C’EST PAS SI GRAVE
Théâtre des Gémeaux
Du 4 au 25 juillet
à 21h20
Deux amis médecins spécialistes se retrouvent pris au piège d’une erreur médicale qui les entraîne dans une spirale de mensonges, de maladresses et d’affirmations hasardeuses. Le problème prend une ampleur inquiétante : leur patient n’est autre que leur meilleur ami, et les conséquences pourraient être lourdes. De rebondissement en rebondissement, ils tentent désespérément de se sortir d’une situation qui leur échappe toujours davantage.
On est ici dans un pur boulevard haussmannien : les quiproquos s’enchaînent, les portes claquent, chacun cherche une échappatoire pour retrouver un semblant de stabilité. Mais où trouver cet équilibre quand chaque tentative pour arranger les choses ne fait qu’aggraver la situation ?
Louise Colette signe une comédie volontairement débridée, construite autour de l’emballement des situations. Les personnages courent après une solution qui leur échappe constamment, pris dans une mécanique où chaque mensonge en appelle un autre. Le titre lui-même devient ironique : « C’est pas si grave »… encore faut-il savoir de quel point de vue on se place. Car leur carrière est en jeu, la santé de leur ami également, et le danger devient de plus en plus évident.
La pièce possède une véritable énergie comique, mais cette démesure finit parfois par prendre le dessus sur les personnages. Le jeu est souvent très appuyé, jusqu’au surjeu, et l’accumulation des situations comiques laisse peu de place à une approche plus nuancée. La mise en scène semble privilégier l’efficacité du rire immédiat plutôt que de servir pleinement le texte et la profondeur qu’il aurait pu offrir. Cette histoire, qui touche pourtant à des thèmes forts — la responsabilité, l’amitié, la peur de l’échec, les conséquences d’une erreur — aurait sans doute gagné à être abordée avec davantage de psychologie.
Les comédiens, eux, s’engagent pleinement dans cette mécanique effrénée. On connaît l’énergie et le jeu débridé de Tchavdar, qui trouve ici un terrain idéal, tandis qu’Amélie Etasse lui donne une réplique tout aussi dynamique. Les situations sont épiques, les réparties fusent, et l’ensemble avance à un rythme soutenu.
Mais à force de multiplier les effets comiques, la pièce perd parfois en finesse. Trop de rebondissements empêchent les personnages d’exister au-delà du ressort comique. « C’est pas si grave » assume donc pleinement son choix du boulevard survitaminé, efficace et généreux, mais laisse le regret d’un potentiel dramatique et humain qui aurait pu être davantage exploré.
Jean Michel Gautier
Mis en ligne le 24 juillet 2026
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