L’APOLLON DE BELLAC
Théâtre Essaïon
6 Rue Pierre au Lard,
75004 Paris
Jusqu’au 1er octobre
mercredi et jeudi à 19h00
Une Agnès magnétique… qui ensorcelle les hommes !
L’Apollon de Bellac est une pièce en un acte, écrite en 1942 par Jean Giraudoux pour Louis Jouvet, alors en exil au Brésil, qui la jouera en avril 1947 au Théâtre de l’Athénée.
Ce petit bijou de fine psychologie intemporelle et universelle vient d’être repris par Christel Pourchet, qui en fait une adaptation et une mise en scène aussi brillantes que charmantes, ayant la riche idée de ponctuer les dialogues de chansons françaises fameuses et délicieuses qui font partie de notre patrimoine musical… Je voudrais en savoir davantage (Misraki/Hornez) ; Le bonheur ne passe qu’une fois (Trenet) ; Parlez‑moi d’amour (Lenoir) ; J’attendrai (Olivieri/Porterat) ; Ne vous mariez pas les filles (Vian) ; Vous qui passez sans me voir (Misraki/Trenet)…
Dans la salle de dépôts des « petites et grandes inventions », une charmante et naïve jeune femme, Agnès, tente de prendre un rendez‑vous avec le président de l’institution pour décrocher un emploi. Un peu gauche et timide, elle ne réussit pas à passer la barrière de l’huissier. Un mystérieux Monsieur de Bellac entre alors en scène pour lui faire une révélation : pour obtenir tout ce qu’elle veut des hommes, elle doit leur dire « qu’ils sont beaux » et les comparer à « l’Apollon de Bellac », statue grecque aussi sublime que fictive…
Et notre Agnès, magnifiquement interprétée par la charismatique Christel Pourchet, confiante et bonne élève, se transforme en séductrice des plus convaincantes et en « tombeuse » des plus radicales ! Le président, transcendé par la soudaine découverte d’être enfin beau, va congédier sa secrétaire, la revêche Mademoiselle Chèvredent, pour offrir son poste à Agnès et renoncer à son mariage avec sa promise Thérèse, qui le trouve moche et désagréable… On assiste alors à une danse jubilatoire et à une chorégraphie des plus jouissives où Agnès ensorcelle avec doigté et maestria aussi bien l’huissier que tous les hommes de cette vénérable et sage administration, y compris le président qui, genou à terre, lui déclare sa flamme.
Au‑delà de la légèreté du propos, cette flatterie est une métaphysique de la transfiguration : en prêtant aux êtres une perfection qu’ils n’ont pas, on les incite à l’incarner et on les libère de leur laideur intérieure ou de leur médiocrité. Il est également question des rapports de domination et de la manière dont la fausse naïveté féminine peut renverser l’autorité masculine…
Une mention toute particulière aux comédiens, tous excellents : aux côtés de la sublime Christel, Étienne Ménard campe un Monsieur de Bellac magistral et captivant, Samuel Giuranna joue avec conviction, maîtrise et drôlerie tous les personnages masculins subjugués par notre irrésistible charmeuse, et Pauline Joquel incarne avec pétillance et rouerie les deux rôles des « délaissées ».
Un spectacle réjouissant, aérien et dense, à venir applaudir aussi bien en famille qu’en couple ou entre amis pour un débriefing animé… assuré !
Anne Revanne
L’Apollon de Bellac
Auteur Jean Giraudoux
Mise en scène Christel Pourchet
Avec Etienne Ménard, Christel Pourchet, Samuel Giuranna, Pauline Joquel, Barbara Castin (en alternance)
Mis en ligne le 13 septembre 2026
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