BOUVARD ET PÉCUCHET
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Jusqu’au 8 janvier
Les mardis, mercredis et jeudis à 19h
Photo © : Sébastien TOUBON
Un duo burlesque pour illustrer la dichotomie entre rêve et réalité…
Quelle belle diatribe contre l’accumulation des savoirs face à leurs expérimentations !
Lorsque Flaubert s’attaque à l’écriture de son dernier roman en 1872, il écrit à sa nièce Caroline de Commanville : « Je suis effrayé de ce que j’ai à faire pour Bouvard et Pécuchet. Sais-tu à combien se montent les volumes qu’il m’a fallu absorber ? Á plus de mille cinq cents. »
L’adaptation originale de Géraud Bénech et de Marc Chouppart répond avec bonheur à une triple ambition : valoriser la magnifique prose, pleine de dérision de l’auteur, privilégier les dialogues vifs et savoureux et conter l’histoire de la « fabrication » si laborieuse de cette œuvre inachevée, grâce à la voix off de Flaubert, interprétée par Stanislas de La Touche, qui continue sa correspondance avec sa chère nièce, ponctuant ainsi habilement chaque chapitre du récit ; il lui fait part de ses difficultés, de ses angoisses et de son enchaînement « à ces deux bonhommes qui m’épouvantent ! »
Quelle exaltation eut été la sienne de constater que sa pièce, interprétée un siècle et demi plus tard, par deux artistes aussi cocasses que ludiques apporterait autant de joie à un public enchanté et hilare… N’écrivait-il pas en août 1859 « Je n’ai aucune biographie… L’écrivain ne doit laisser de lui que ses œuvres. Sa vie importe peu. Arrière la guenille ! »
Paris 1840, deux copistes se lient d’amitié. Quand Bouvard hérite, les deux compères quittent leurs vies étriquées pour devenir propriétaires terriens d’une ferme de trente-huit hectares… Ils se jettent alors sur toutes sortes d’encyclopédies pour suivre à la lettre les conseils et recommandations, parfois contradictoires, souvent folkloriques des divers ouvrages… S’ensuivent une cascade d’événements catastrophiques aussi bien techniques qu’esthétiques, avec puanteur généralisée et solitude désespérante : nos apprentis-naïfs ayant fait fuir tous leurs voisins horrifiés ! Reste à découvrir l’Amour pour ces deux célibataires endurcis… Pécuchet s’entiche d’une petite bonne à l’air bien prude qui fait des manières, puis qui lui refile… une maladie vénérienne et Bouvard courtise une veuve qui après des effets de robe affriolants et des minauderies le mettant dans tous ses états « Je vous Aimeuh ! Marions-nous !!! » s’en va en épouser un autre bien plus riche…
Rendons un bel hommage au jeu extraordinaire des deux comédiens désopilants, à l’énergie communicative : Jean-Paul Farré toujours aussi effarant de pétulance qui campe un Pécuchet halluciné et Marc Chouppart aussi ahuri que drolatique qui incarne un Bouvard totalement déconnecté de la réalité…
Flaubert meurt le 8 mai 1880, foudroyé à sa table de travail, en train décrire son deuxième volume de Bouvard et Pécuchet qui devait s’appeler Le Dictionnaire des idées reçues…
Un spectacle à ne pas manquer, tant il est jouissif à regarder et tant il demeure actuel à l’époque des réseaux sociaux bourrés de clichés, de l’information qui remplace la connaissance et de MA Liberté de penser ce qui me plaît, au plus grand mépris DES Vérités factuelles et scientifiques…
Anne Revanne
Bouvard et Pécuchet
Adaptation Marc CHOUPPART et Géraud BÉNECH
Avec Jean-Paul FARRÉ et Marc CHOUPPART
Mise en scène, création lumière et son Géraud BÉNECH
Avec la complicité de Cathy CASTELBON
Voix : Stanislas DE LA TOUSCHE
Lumière : Dorian MJAHED-LUCAS
Mis en ligne le 29 novembre 2025
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