JUDITH MAGRE ET ÉRIC NAULLEAU ÉVOQUENT IONESCO
Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Jusqu’au 21 décembre
Le lundi à 19h
Ionesco, Magre, Naulleau : une trilogie magique et jubilatoire…
Après nous avoir régalés avec Apollinaire puis Aragon en 2025, le charismatique couple Judith Magre et Éric Naulleau revient au Poche pour continuer son exploration, pleine de subtilité joyeuse, de l’abécédaire des auteurs du XXe siècle, ponctuée de lectures, de chansons et de musiques, véritable cocktail séduisant et enchanteur… Mais pas que. Le très lettré et cultivé Éric Naulleau nous fait découvrir un Eugène Ionesco (1909-1994) qui demeure l’un des dramaturges les plus célèbres et les plus méconnus. Non, nous révèle-t-il, Ionesco n’est pas qu’un auteur de l’absurde ou du non-sens, mais un dramaturge de l’étonnement et de l’angoisse d’être au monde, un écrivain de la quête du sens ultime, un des grands auteurs mystiques du siècle passé.
Le public prend, grâce à lui, de la hauteur, loin des malentendus dont Ionesco fut affublé, et s’élève au son de la voix si mélodieuse de Judith, qui nous croque les contradictions du maître à propos de sa croustillante « Expérience du théâtre » ou de son opinion acide concernant les critiques de cet art.
Puis, quand vient la conversation entre M. et Mme Martin dans La Cantatrice chauve, véritable morceau de bravoure inénarrable où coïncidences et évidences sont tricotées de façon désopilante, les spectateurs rient de bon cœur tant cet humour est communicatif. Ensuite, notre duo de choc interprète avec un plaisir coquin le dialogue entre le professeur, joué par Judith, et la jeune élève, interprétée par Éric, dans La Leçon, mélange de Shakespeare et de Feydeau, de drame et de comique. Là encore, la salle roucoule avec connivence.
Mais quand arrive Rhinocéros, l’une de ses pièces les plus connues, et que Ionesco dénonce la montée des totalitarismes à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Judith Magre est bouleversante dans le monologue final, alors que Daisy est partie rejoindre les rhinocéros dans le nouveau monde. « Bérenger reste seul dans l’ancien monde, il est l’ultime résistant, il est le dernier homme, il est notre frère, notre semblable. »
L’une des nombreuses qualités de ce spectacle captivant est d’alterner les moments drôles et pétillants avec des périodes profondes et puissantes, comme lorsqu’à la fin de sa vie Ionesco devint peintre. Judith nous livre alors, avec grâce et intensité, ses mots poignants et si émouvants : « Les couleurs sont le seul langage que je puisse parler… Elles chantent, elles sont de ce monde et il me semble qu’elles me relient à l’Autre Monde… Elles sont la parole… Couleurs, ô ma vie, mes témoins, mes univers, accompagnez-moi, aidez-moi, vivez pour que je sois, couleurs, vous, figures vivantes, signes de la vie, parures. »
Venez, sans hésiter, vous éblouir de mille feux au si envoûtant théâtre de Poche pour admirer le joyau Judith, bijou nitescent, et son complice attendri Éric, écrin précieux et valorisant. La certitude de passer une soirée des plus délicieusement culturelles.
Anne Revanne
Judith Magre et Éric Naulleau évoquent Ionesco
Une causerie conçue et animée par Éric Naulleau autour de l‘œuvre d’Eugène Ionesco
Textes lus par Judith Magre
Mis en ligne le 22 septembre 2026
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