Entête

LA PERMANENCE DES RÊVES Il y avait donc urgence

 

Théâtre de la Reine Blanche
Passage Ruelle
75018 Paris

Jusqu’au 14 novembre 2026
Mercredi et jeudi 21h
Samedi 20h

 

loupe

Photo © Sandra Saragoussi

 

Quatre apparitions se dessinent derrière un cyclo au fond du plateau. Noir. Puis une femme apparaît sur scène : c’est Paradis. Elle porte la parole de la femme, de toutes les femmes, de tous les combats. Elle est poésie, sorcière, allégorie, logorrhée. Féministe, elle représente toutes les femmes de l’univers, la révolte des femmes contre les hommes.

Elle est pleine de langue ; l’actrice est envoûtée, au sommet de son art.

Les autres personnages forment un groupe de musique. Ils sont à l’écoute de la parole de Paradis. Chacun se positionne, chacun s’affranchit à sa façon de son propre rapport aux autres et au monde : rapport à l’amour, à la création, à la politique, à la survie.

Le décor est épuré. À jardin, un cercle de copeaux éclairé par une guirlande LED, lieu du rituel politique, espace du témoin et de celui qui s’exprime. L’espace à cour est laissé libre à la parole et à l’engagement de chacun, tour à tour.

Mélange de harangue, d’adresse crue et de lyrisme, Paradis est la femme de tous les temps, figure tragique qui porte toutes les femmes dans la bataille.

On sent la rage dans l’écriture et un geste brut au plateau, dans une direction d’acteur·ices au cœur de la langue. On oublie très vite que l’on est au théâtre. On est porté par l’universalité des résonances du propos, par la présence âpre de chacun·e.

La fiction apporte une véritable puissance au sujet. Au-delà de la revendication féministe, c’est une sublimation du rapport de la femme au monde. Les cinq acteur·ices, comme les cinq doigts d’une même main, sont excellents dans leur jeu, dans l’engagement de leurs corps et de leurs voix.

Cela réconforte de voir que le théâtre, dans sa créativité, permet d’aller bien plus loin qu’une œuvre documentaire lorsqu’il s’empare de la question féministe. C’est la fiction qui, par son décalage, transporte le poème, en tant qu’acte artistique, jusqu’à la catharsis.

Paradis est un symbole, une figure très contemporaine et mythologique. Elle bouleverse le point de vue de chacun et provoque la prise de position des autres protagonistes. Elle est la révélatrice ; elle favorise aussi la prise de conscience du public.

La poésie est victorieuse.

Une belle claque ce samedi soir dans la petite salle du Théâtre de la Reine Blanche, alors que la pluie, claquetant sur les toits, ajoutait son rythme poétique aux élans sonores du spectacle.

Claire Coursange

 

La Permanence des rêves

Texte et mise en scène : Catherine Morlot

Jeu : Anthony Audoux, Félicité Chaton, Louise Dupuis, Sarah Taradach, Samy Zerrouki

Création Lumière : Laurant Bénard
Création sonore : Sylvain Jacques