HEMINGWAY
Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Jusqu’au 8 novembre 2026
Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 17h30
Hemingway : le génie, la puissance littéraire et la folie magnifiés sur scène…
Voilà un biopic qui marquera la rentrée théâtrale, tant ce seul-en-scène de Jérôme Paquatte, qui interprète un génie de la littérature et un personnage hors du commun, est absolument époustouflant. Avec une ressemblance physique troublante, une adéquation psychologique étonnante et une personnalité charismatique évidente, Ernest et Jérôme nous emmènent au Paradis, dans la salle bien nommée pour l’occasion du Lucernaire, bourrée à craquer ce dimanche après-midi.
Tout est là pour plaire aux spectateurs ravis. Saluons tout d’abord un texte sublime, qui fictionne admirablement la réalité, écrit sur mesure par une auteure, Pascale Moine-Frémy, d’autant plus inspirée qu’elle connaît parfaitement son magnifique comédien de… mari ! Ensuite, la scénographie originale et particulièrement inspirée d’Élie Rapp, qui suit le chemin de la pensée foisonnante de l’écrivain plutôt que de respecter la chronologie de sa vie. Et puis, et puis… quelle interprétation ! Laissons-lui nous expliquer pourquoi « ils » vont si bien ensemble : « Le même amour pour le mot, pour l’écriture. Comment donc ne pas tomber amoureux de cet homme, de ses œuvres et de sa manière de travailler ? Je ne voulais pas être un narrateur… mais être l’homme en situation ! »
Et là, nous assistons à un artiste transcendé par son maître, qu’il incarne avec incandescence.
Cuba, 1954. Hemingway tape sur sa machine à écrire et la radio diffuse la nouvelle de son prix Nobel de littérature, saluant son chef-d’œuvre au succès mondial Le Vieil Homme et la Mer, publié en 1951 ; il s’énerve, parle à sa bécane : savent-ils qu’il a inventé quarante et une fins ? Et que comprennent-ils de cette lutte acharnée et héroïque, d’égal à égal, entre l’énorme marlin et le vieux marin cubain qui veut retrouver sa dignité bafouée ? « La vie est une lutte tragique perdue d’avance… Qui mérite de mourir ? L’homme ou le poisson ? »
Autre combat, aussi intense mais intime et affectif : celui avec sa mère, qui le critique avec violence. « Tu es devenu un pétochard comme ton père. Et un ivrogne comme ton oncle, rien de plus ! » — « Tu sais pourquoi j’écris ? Pour passer ma colère. Je défoule dans mes livres ce trop-plein qui vient de toi. »
Puis, lorsqu’arrivent les fameuses rencontres avec les personnages emblématiques qui ont jalonné sa vie, les imitations de notre Jérôme sont d’un réalisme désopilant : Al Capone, de Gaulle et Robert Capa, qu’il admire et avec lequel il se remémore conversations et aventures complices. De son évocation de la douceur de vivre à la française et de boire ses élixirs fameux émane un hédonisme qu’il nous fait partager avec une volupté sensuelle. Quant à la fin de vie tragique de son héros, Paquatte nous bouleverse tant son jeu revêt une intensité dramatique, notamment quand la folie le ronge et qu’il évoque ses électrochocs, ses hallucinations et sa confusion des espaces-temps.
Autre aspect terriblement séduisant de ce spectacle coruscant, à ne surtout pas manquer : les ambiances musicales harmonieuses et rythmées, chansons et tubes de l’époque — Guantanamera, Aranjuez, West and Blues, Chant des Partisans, In the Mood, Quizás Quizás, Ça sent si bon la France…
Venez danser avec la grâce de Jérôme Paquatte et vous enivrer de son audace jubilatoire, pour ressentir l’ivresse d’un génie… Durant quatre-vingts minutes que vous n’oublierez pas.
Anne Revanne
Hemingway
De Pascale Moine-Frémy
Mise en scène Élie Rapp
Avec Jérôme Paquatte
Fabrication décor Pascale Duchaussoy
Lumière Dan Imbert
Production PPPROD
Soutiens Ville de Bonneuil sur Marne et L’Athénée le petit théâtre de Rueil
Mis en ligne le 13 octobre 2026
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