LES BONNES
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Grande salle
4 Square de l'Opéra Louis-Jouvet
75009 Paris
Jusqu’au 25 octobre 2026
Photo Agathe Poupeney
Il y a quatre-vingts ans, Louis Jouvet créait Les Bonnes sur cette même scène de l’Athénée. La saison 2026-2027 célèbre cet anniversaire : la pièce revient, portée par la troupe de la Comédie-Française et mise en scène par Carme Portaceli. Le rendez-vous est un symbole et l’attente n’en est que plus grande !
Claire et Solange sont sœurs, et bonnes. Elles répètent le meurtre de leur maîtresse dans un rituel où la cadette, Claire, se pare des robes de Madame pour en jouer le rôle, tandis que l’aînée, Solange, joue la bonne. Monsieur, elles sont déjà parvenues à le faire arrêter. Reste Madame.
Les bonnes sont pétries dans une condition impossible à dépasser où le crime a valeur, non pas de libération, mais d’honneur par la reconnaissance, par le défilé des réprouvés. Pourtant, l’empoisonnement n’arrive pas à advenir, il n’arrivera pas ; cette latence imprègne l’atmosphère pestilentielle de cette tragédie. Nous, public impuissant, assistons à ce rituel, non pas théâtral mais vital. La force indomptable de la catharsis ne suffit pas à les sauver, seule la mort semble être l’issue.
La mise en scène ne laisse pas suffisamment place à cet air toxique. Elle applique un vernis, par des effets inutiles, qui cache la profondeur du gouffre. La vidéo relève de l’esbroufe et remplit le volume de la scène de façon creuse. Ainsi, les deux comédiennes ne semblent jamais pouvoir déployer toute la puissance de leur jeu, coupées dans leur élan. Le geste répétitif, souligné par un bruit inutile, illustre ce que l’on a déjà compris : le corps est asservi. S’ajoute à cela du potache sans intérêt où l’on voit tour à tour les personnages pisser sur le trône. Ce parti pris gâche un peu le plaisir de voir se déployer Edith Proust en Claire et Anna Cervinka en Madame.
Quatre-vingts ans après Jouvet, les mots de Genet n’ont rien perdu de leur venin. À force de remplir le plateau, la mise en scène en oublie l’humilité du vertige.
Alexandra Diaz
Les Bonnes
Texte Jean Genet
Mise en scène Carme Portaceli
Avec la troupe de la Comédie-Française : Anna Cervinka (Madame), Élissa Alloula (Solange), Edith Proust (Claire)
Dramaturgie Inés Boza ·
Scénographie Paco Azorín ·
Costumes Silvia Delagneau ·
Lumières David Picazo ·
Musiques originales et son Jordi Collet ·
Travail chorégraphique Ferran Carvajal ·
Assistanat à la mise en scène Ruth Orthmann
Mis en ligne le 26 septembre 2026
DERNIERS ARTICLES