Entête

APPELEZ-MOI MADAME GEORGE SAND

 

À La Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt
75011 Paris

Jusqu’au 28 novembre
Vendredi et samedi à 19h30

 

loupe

 

 

Un homme se lève au premier rang des gradins, traverse le plateau, et nous dit qu’il n’appartient pas au spectacle. Il va ouvrir une porte au fond de la scène, côté cour, pour chercher un personnage. Apparaît alors une sorte de corbeau : perruque noire, petite robe à la Édith Piaf, un pied en chaussette, l’autre en chaussure, affublé de sacs de shopping Dior, Galeries Lafayette…

Cette créature entre en scène, jette sa perruque sur son tas de sacs, son rimmel coule déjà et sa bouche est raturée de rouge à lèvres. Simplement, un homme est là, sans artifice, avec une robe alternant plus tard avec un pantalon, du vernis rouge aux ongles des pieds, d’une grande féminité naturelle dans ses gestes, pour incarner la masculinité par laquelle George Sand a su s’imposer à son époque, afin d’affirmer sa liberté.

Voilà George Sand qui vient s’adresser au public : toute sa poésie, ses odes à la nature, sa liberté de femme, son engagement d’écrivaine, ses rencontres avec Chopin, Musset, Flaubert, Liszt, Hugo, sont entrecoupées de questionnements de la part de son acolyte, qui endosse le rôle d’un psychiatre, attifé d’un costume de cowboy, et qui lui-même se prend au jeu de la découverte de l’écrivaine, créant ainsi un lien complice avec nous, le public.

Georges, depuis tout jeune, s’est habillé en femme, a voulu devenir George (sans « s », ça fait plus anglais !) Sand. Il ne cesse de respirer, vibrer, vivre en George Sand. L’acteur lui-même est habité : Joshua Lawrence, une véritable révélation ! C’est de la poésie pure qu’il nous confie en creux, au son des oiseaux. Tout est liberté. L’espace aussi est éclaté : méandres entre chambre de George Sand, couchette chez le psy, chaises et tas de plastique transparents…

Puis un coup de théâtre : une spectatrice vient chanter des lieds de Liszt, à plusieurs reprises, au plateau.

Joshua Lawrence nous embarque, avec fluidité, sur le fil, avec douceur, dans l’univers de l’écriture. Il n’incarne pas : il est. Il signe George Sand, dans son corps, humainement et sensiblement. Il est Georges et George Sand, totalement en quête de lui-même et de la révolution qu’agite en lui l’écrivaine.

Une prestation investie et nourrie par la rencontre d’une écriture et d’un cré-acteur. Quand l’extrême présence nous mène au-delà du théâtre, quand l’acteur est traversé, il nous traverse.

À ne pas manquer à la Folie Théâtre !

Claire Coursange

 

Appelez-moi Madame George Sand

Mise en scène Joshua Laffont-Cohen et Claude Bokhobza

Avec : Joshua Lawrence et Alexis Néret