L'EMPEREUR DES BOULEVARDS
Théâtre Lucas Paumier,
15 rue du retrait
75020 Paris
01 87 44 61 11
Jusqu’au 29 décembre,
les lundis et mardis à 19h
Il n’existe pas tant que ça de pièces sur Feydeau. Une, récente, le montrait dans une clinique, face à ses démons.
Celle d’Olivier Schmidt a le mérite de présenter une biographie de l’auteur de tant de vaudevilles échevelés où l’adultère règne en maîtresse, c’est le cas de le dire.
Il s’agit d’une reprise, avec une distribution différente, celle-ci au théâtre Lucas-Paumier, connu auparavant comme théâtre des Gémeaux Parisiens.
En une série de brefs tableaux, voici donc que se déroule la jeunesse de Georges, fils d’Ernest, déjà lui aussi dans l’écriture, mais dans un tout autre genre.
Première pièce, premier bide. Feydeau ne se décourage pas. On le voit stimuler ses troupes (enfin, sa troupe), à préparer Chat en poche, qui est enfin un succès. Il est même adoubé par un Labiche cacochyme. La fille du peintre Carolus-Duran, sa future femme, est là, déjà. Georges court partout, comment concilier vie de mari et vie d’auteur.
Dans une boîte évoquant le luxe et le louche, le célèbre « Chabanais », il fait la rencontre d’un travesti qui va être à la fois son mauvais ange et une sorte d’incarnation de son destin. Étrange personnage, qui préfigure la Mort.
La pièce se veut, et est, surtout informative ; l’auteur ne cherche pas le gag ou le bon mot, même si Feydeau n’en était pas avare, on le sait. Il joue surtout sur la vérité psychologique, le climat de l’époque. On y croise donc Raimu, le couple Sacha Guitry et Yvonne Printemps, et même Sarah Bernhardt (bonne composition de la comédienne). Il y a des chansons d’époque et même un cancan.
Et puis… et puis Feydeau voit sa santé se dégrader rapidement. La syphilis.
Il doit être interné. Tout semble aller à vau-l’eau : problèmes de santé, de couple… À cause de dettes « conjugales », il est saisi, sur fond d’une scène de sa pièce Le Dindon.
Ce maître du vaudeville, mort à 58 ans, a eu une vie hors du commun. Comédien lui-même à ses débuts (ce qui est peu mentionné), auteur délirant et pointilleux, il triompha avec de « grosses machines de théâtre » avant de finir par se lâcher en écrivant de courtes comédies noires sur le thème du couple et ses tracas : Feu la mère de madame, On purge bébé…
Cette pièce-ci est, comme on disait alors, « enlevée ». La mise en scène tourne bien et les deux comédiennes et trois comédiens, qui se partagent vingt-six rôles, inspirés.
Que demander de plus.
Gérard Noël
L'Empereur des boulevards
Écriture et mise en scène : Olivier Schmidt
Avec : Vincent Albaricin, Damien Cochin, Carla d'Emilia, Stéphanie Palies, Kevin Maille
Mis en ligne le 22 septembre 2026
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