UNE HISTOIRE DU THÉÂTRE
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Le lundi à 19h
jusqu’au 29 juin
Photo SEBASTIEN TOUBON
Une anthologie éblouissante du théâtre par deux conteurs magiciens…
En 2010, Philippe Tesson racontait l’histoire du théâtre dans une série d’émissions sur France Culture qui avait marqué les esprits par la vivacité de son récit et par sa connaissance encyclopédique d’une épopée traversant tous les genres et tous les pays, de la tragédie grecque au vaudeville, en passant par le drame shakespearien. Christophe Barbier, journaliste éminent lui aussi et qui fut son ami, partageant la même passion, ressuscite aujourd’hui ce voyage sous la forme d’un dialogue complice, à fleuret moucheté, fait de joutes verbales délicieuses, pleines d’humour, riches d’analyses subtiles, de points de vue originaux et de révélations inattendues. Le public se régale, gloussant de plaisir, riant doucement pour ne pas rompre la magie de ce moment d’exception.
Attention, l’aventure va commencer… Esprits, suspendez votre vol !
Aux temps des premiers hominidés, au début du langage, il y avait la forêt, la clairière, et un homme qui se grima, se déguisa de feuillages, imita certains membres de sa tribu, les cris d’animaux, suscita un attroupement : le théâtre était né ! Avec son décor, sa scène, son public et surtout son acteur, cet homme un peu plus doué que les autres.
Puis apparurent des civilisations aujourd’hui enfouies, avec leurs superstitions, leurs grandes peurs, leurs rites et leurs cérémonies funéraires. Ce n’était plus pour rire, mais pour exorciser le sort : la tragédie était née.
Plus récemment, il n’y a même pas trois mille ans, les Grecs formaliseront le mot theatron, « l’endroit d’où l’on voit ». Religieux à l’origine, le théâtre devint rapidement manifestation culturelle ; la tragédie s’installa comme dialogue avec les dieux, et la comédie arriva pour distraire le peuple, c’est‑à‑dire le divertir… et permettre au pouvoir d’agir librement.
Christophe résume alors la pensée de son éminent aîné et l’interroge :
« Il y a le vertical, la transcendance, les dieux, la tragédie. L’horizontal, l’immanence, les hommes, la comédie… Le comédien qui oscille entre la cour et le jardin… La parole de Philippe qui nous vient de là‑haut… Et moi qui rampe ici en tentant de lui répondre… Philippe, il manque l’enjeu. Pourquoi aller au théâtre ? Qu’est‑ce qu’on fait ici, vous et moi ? »
Notre maître s’adonne alors à une analyse éblouissante et à une remarquable synthèse concernant la double intention à laquelle le théâtre répond depuis 2 500 ans : représenter le monde, domaine de l’humain et tenter de l’expliquer, domaine du spirituel.
Et Christophe de rétorquer avec malice que le critique Philippe Tesson tente d’expliquer le théâtre, tandis que le directeur qu’il fut tenta de le représenter, avec sa vision et son idéal : « Ici, au Poche, nous donnons des représentations. Et puis au bar du Foyer, nous cherchons des explications. »
Viennent ensuite de magistrales démonstrations du « théâtre total, antichambre de la vérité humaine ». De tels magiciens sont rares. Sophocle ? Shakespeare ? Molière ? Musset ? Beckett ?
On passe alors à sa nature, à ses objectifs : « fait social, instrument politique, arme de pouvoir, arme de résistance, arme morale, moyen d’éducation… »
« Votre récit a commencé dans l’imaginaire ; le voici dans la politique. N’est‑ce pas contradictoire, et donc un peu tessonien ? » Et de protester avec affection : « Vous êtes sur France Culture, Philippe, tenez‑vous bien… Ne vous contentez pas de nous donner un cours, racontez‑nous des histoires de théâtre ! »
Là, l’humble chroniqueuse que je suis doit calmer son enthousiasme et laisser le public découvrir la suite absolument nitescente, qui passe en revue toutes les époques, tous les styles, tous les auteurs, avec leurs pittoresques désaccords et leurs tendres chamailleries. Par exemple, à propos de la Renaissance et de Shakespeare : est‑ce, oui ou non, du théâtre politique ? Non pour Tesson ; oui, oui et oui pour Barbier !
Le Baroque, peu intéressant pour l’un, que l’autre trouve bien sévère… « Il y a Corneille, Philippe (Tesson), celui du Menteur ! » Les comparaisons de ce dernier avec Molière donnent lieu à des échanges réjouissants, sans compter la bouderie de Tesson envers Racine… Le passage sur le début du XVIIIᵉ siècle, puis sur celui des Lumières, est des plus coruscants, jusqu’au terme des 80 minutes qui embrasent le Petit Poche devenu, pour l’occasion, « la plus grande scène du monde », magistralement habitée par l’âme d’un grand historien, personnalité littéraire, l’inoubliable Philippe Tesson, et par son acolyte, digne successeur, partageant la même passion du théâtre : le charismatique Christophe Barbier.
Un spectacle qu’il est absolument nécessaire d’aller applaudir, toutes générations confondues, tant le didactique s’y confond avec le meilleur du divertissement. Quant aux amoureux du théâtre, ils seront aux anges et même les autres seront immanquablement convertis, sous le charme d’un moment de grâce intemporel.
Anne Revanne
Une histoire du théâtre
De Philippe Tesson
Enregistrements de Philippe TESSON commentés par Christophe BARBIER
À partir de l’émission de France Culture Une histoire du théâtre, proposée par Matthieu Garrigou-Lagrange
Mis en ligne le 27 avril 2026
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