AU PLUS PRÈS DE CES VOIX Partie 1 – L’Ère de Mahsa
Au 100 ECS
100 rue de Charenton
75012 Paris
Jusqu’au 13 mai
Mardi et mercredi à 20h
Puis au Festival Avignon Off
au Théâtre de la Porte Saint-Michel
23 rue Saint-Michel
84000 Avignon
du 4 au 25 juillet à 18h30
(relâche les mercredis 8, 15 et 22)
Photo © Vahid Amampour
L’Iran est au cœur de ce spectacle. L’Iran actuel y résonne intensément depuis que les séries de manifestations réprimées se succèdent depuis plus de deux ans. Pourtant, c’est bien au cœur d’un épisode de l’histoire ancienne du pays que le texte de Chahla Chafiq prend sa source.
Le porteur de ce passé est un professeur d’histoire interprété par Jean-Paul Sermadiras. Les récents événements, et en particulier le mouvement « Femme, vie, liberté » qui souleva le peuple iranien contre le pouvoir des mollahs après la mort de Jina Mahsa Amini dans les geôles de la police des mœurs en 2022, bouleversent la vie paisible de ce professeur. La révolte n’a jamais été le moteur de sa vie, même si, comme beaucoup, il est conscient des violences de ce régime autoritaire.
La vision de toutes ces Iraniennes qui ôtent leur voile et défient le régime le questionne profondément, au point qu’il doute de sa propre attitude. Dans ce moment de trouble, il repense à un personnage de l’histoire qui fut à son époque une précurseuse de la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes. C’est cette histoire dont il est principalement question ici. Celle de la poétesse rebelle Tahereh Qorrat ol Ein, la première femme à avoir osé retirer son voile devant une assemblée pour s’adresser à un public essentiellement masculin, il y a presque deux siècles.
L’incarnation de Tahereh Qorrat ol Ein, dont le nom signifie « la Pure » ou « Consolation des yeux », apparaît alors sur scène, chantant en iranien. Elle est là avec la poésie de son chant, incarnant l’évocation faite par Jean-Paul Sermadiras et donnant corps à cette figure emblématique qui revendiqua égalité et liberté, et qui, à l’instar de la jeune Amini, est morte assassinée pour avoir osé se révolter contre les lois islamiques de la charia.
La mise en scène de Gilles David, sociétaire de la Comédie-Française, est une épure qui donne toute la place au jeu et à la narration totalement investie de Jean-Paul Sermadiras, ainsi qu’à cette rencontre fantomatique entre ce dernier et la poétesse martyre du XIXe siècle. Grâce à cette belle proximité entre scène et public, on entre aisément dans ce récit qui donne une image forte du courage des femmes iraniennes. Un courage fou qui offre une belle leçon d’humilité aux hommes et qui rouvre les souffrances de ce peuple pris en otage aujourd’hui entre un pouvoir religieux despotique et une guerre.
Bruno Fougniès
Au plus près de ces voix
Texte Chahla Chafiq
Adaptation Jean-Paul Sermadiras
Mise en scène Gilles David (Sociétaire de la Comédie-Française)
Avec Salmi Elahi et Jean-Paul Sermadiras
Création sonore Evgueni Galperine et Salmi Elahi
Lumières Jean-Luc Chanonat
Vidéo Ludovic Lang
Costumes Cidalia da Costa
Mis en ligne le 9 may 2026
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