VALJEAN !
Théâtre Essaïon
6 Rue Pierre au Lard,
75004 Paris
Jusqu’au 18 juin 2026 : mercredi et jeudi à 19h00
Du 3 au 25 juillet 2026 : vendredi et samedi à 19h00
Un Valjean flamboyant qui rend Les Misérables… d’une richesse éternelle !
Déjà remarqué, car remarquable, dans Rembrandt sous l’escalier, donné à l’Essaïon en 2024, Christophe Delessart, interprète coruscant et auteur inspiré d’une quinzaine de pièces, nous éblouit par son incarnation incandescente et magnétique d’un Jean Valjean bouleversant par ses contradictions ontologiques : colosse ardent et homme vulnérable, à la destinée poignante.
Ce seul-en-scène nous offre à la fois une immersion totale dans l’univers des Misérables et une intimité profonde avec son héros. Performance supplémentaire : notre exceptionnel comédien joue, à lui seul, l’ensemble des personnages clés de cette fresque historique, en nous transmettant avec ignescence toute la palette émotionnelle des protagonistes.
Ainsi assiste-t-on, avec délectation, attendrissement ou effroi, à des scènes toutes aussi réalistes que chargées d’une humanité contrastée. Tantôt Christophe se métamorphose, par magie, en Fantine, pour traduire, avec sa petite voix plaintive et fragile, toute sa reconnaissance envers Valjean, devenu le respectable maire Monsieur Madeleine, jusqu’à la scène tragique de son décès. Elle a dû, hélas, placer sa toute jeune Cosette chez les redoutables Thénardier : « Il y a dans la femme le fond d’une brute et dans l’homme l’étoffe d’un gueux ».
L’imitation par notre comédien de leurs pleurnicheries suintant une lésinerie sordide est un morceau d’anthologie grandiose.
Plus loin, nous vivons, grâce au jeu somptueux, délicat et convaincu de notre talentueux interprète, les relations attendrissantes et pleines d’affection qu’il noue avec la tendre enfant qu’il arrache à sa funeste destinée :
« Tu regardes le vieux bonhomme qui t’emmène en lui souriant. Tu es si jolie, si fragile… Tu apportes la lumière dans notre trou. Plus tard, je t’apprends à lire. Je veux te donner tout ce qu’au bagne j’ai appris à faire le mal. »
Mais il y a Javert, le redoutable inspecteur, directeur de la police municipale, qui le pourchasse sans relâche. Il faut fuir. Ils se réfugient dans un couvent. Vie relativement tranquille jusqu’aux terribles barricades de Saint-Merry, puis le passage glauque dans « les intestins de Paris », en tentant de sauver un mourant portant dans sa poche un mot : « Je m’appelle Marius Pontmercy. Porter mon cadavre chez mon grand-père… »
Puis la fin de Javert, démasqué par Gavroche, condamné à mort, sauvé par Valjean, puis suicidé.
Rideau.
Cosette a grandi, est devenue une femme séduisante, puis une amoureuse… d’un certain Marius, héros des barricades un temps, révolutionnaire devenu honorable bourgeois : Monsieur Pontmercy, époux de cette jadis charmante, désarmante et désormais lointaine enfant. Il se montrera froid et réaliste face à un beau-père désarmant, désarmé, mais tout de même inquiétant.
Puis viennent la vérité, la désillusion, la chute… et une agonie qui est aussi, encore, un chant d’espoir, pour que ne meure pas tout à fait la justification de ses réparations oblatives, à travers l’amour d’une enfant, pour sauver l’humanité tout entière.
Un spectacle puissant, d’une profondeur ontologique universelle et intemporelle, magnifiquement adapté et somptueusement incarné par un Christophe Delessart au sommet de son art, nous gratifiant d’un jeu particulièrement charismatique.
Anne Revanne
Valjean !
De Christophe Delessart
Avec Christophe Delessart
Mise en scène Elsa Saladin
Mis en ligne le 1er juin 2026
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