MICHELLE, DOIT-ON T’EN VOULOIR D’AVOIR FAIT UN SELFIE A AUSCHWITZ ?
Théâtre de L’Oulle
19 Pl. Crillon
84000 Avignon
à 17h25
(relâche les jeudis)
Après son succès au festival Off 2024, Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? est de retour au festival Off 2026.
Inspiré d’un fait réel : en 2014, une photo d’une jeune fille souriant sur un selfie qu’elle a pris à Auschwitz a circulé sur internet et fait fureur.
Michelle vit seule avec sa mère ; son père est mort il y a trois ans. Entre elles deux, une porte blanche les sépare, au propre comme au figuré. Elle est adolescente, elle est surtout connectée par textos avec ses camarades de classe. Les uns et les autres passent la majeure partie de leur temps sur leurs téléphones, se prenant sans cesse en photos entre eux, se les envoyant sous pseudos, répondant par des likes…
Un jour, leurs professeurs les emmènent en voyage scolaire, en bus, à Auschwitz. Peu leur importe le paysage qui défile durant le trajet : ils continuent à échanger par iPhones interposés, plongés dans leurs écrans. Ils visiteront le camp surmonté de l’enseigne « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre). Ils liront une liste de noms des victimes du camp…
Ils diront, au retour, avoir été émus de ce qu’ils ont vécu à Auschwitz. Mais avant leur retour, Michelle s’est fait un selfie avec un grand sourire à Auschwitz. À peine le publie-t-elle sur internet qu’il est repris et partagé partout sur la toile d’araignée du réseau.
De là commence la rumeur : qu’est-ce qui lui a pris ? Elle recevra des menaces, sera harcelée de toutes parts, ce qui la poussera à la dépression ; elle ne répondra plus, s’enfermera sur elle-même…
Cette histoire de Michelle pose la question du danger actuel des réseaux sociaux, qui mêlent fiction et vision faussée du monde, de l’étalement excessif de la vie de chacun, de la propagation inconsciente et immédiate des informations, du jugement hâtif pour ou contre l’autre.
Concernant l’importance que peut prendre un simple post touchant à la mémoire collective, il est entendu qu’on ne peut pas photographier Auschwitz comme une simple photo souvenir. Il y a bien un devoir de conscience de mémoire, pour tout ce qui touche à l’humanité, et l’inconscience d’un selfie personnel, de qui que ce soit, doit interroger et ne pas se banaliser.
Le texte de Sylvain Levey est extrêmement juste : il le truffe du langage elliptique des textos et autres posts sur les réseaux ; il donne une vision très concrète de cet univers virtuel des adolescents sous l’emprise de l’internet. Leur monde s’éloigne de la réalité, et, dangereusement influencés, ils plongent dans l’addiction numérique jusqu’à en être victimes.
Le spectacle est esthétiquement très précis : les visages collés aux téléphones sont éclairés en découpes, en couleurs ; astucieusement, de grandes balançoires en planches de bois servent de sièges chez Michelle, dans l’autocar ou dans la salle de classe, puis seront démontées en jeu pour représenter les rails d’Auschwitz ; la neige balayée deviendra tas de cendres à Auschwitz…
Tout est organique dans la fluidité du changement d’images et de situations.
Les acteur·ices (ils sont huit au plateau) interprètent la partition du texte dans un jeu choral et corporel, chorégraphié avec énergie, de bout en bout. On voit une troupe très contemporaine, animée par la langue ciselée de Sylvain Levey et menée avec brio par Franck Régnier.
Un coup de cœur aussi du festival Off 2026 !
Claire Coursange
Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ?
Mise en Scène Franck Régnier / Cie Nandi
Avec : Mathilde Cerf, Anthony Candellier ou Elias Duqué, Guillemette Crémèse ou Bulit Léa Lebigre, Sabine Ben Nijma ou Mathilde Cribier, Élise Dano ou Sandra Vandroux, Cédric Saulnier, Léonce Pruvost ou Yanis Ramet et Franck Régnier
Mis en ligne le 12 juillet 2026
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