Entête

LE SOUFFLEUR DE LA PEUR

 

Théâtre Les 3T Les Platanes

7 rue louis Pasteur
84000 – Avignon

 à 14h35

(relâche les jeudis)

loupe 

 

Bruno est un clown rêveur. Il aime prendre une bière en terrasse pour regarder l’automne, le soleil, et parler aux gens. Il est enthousiaste, charmeur. Il observe, scrute, s’amuse de ceux qu’il regarde. Il tente de déceler l’invisible chez chacun : après tout, ce couple qui ne se parle pas, est‑il hypocrite ? Et ces deux femmes assises à l’autre table, seraient‑elles des criminelles ? Cette jeune fille qui l’écoute, croit‑elle vraiment ce qu’il imagine ?

Après la naïveté et la bonhomie du clown, arrivent progressivement le doute, la paranoïa, la suspicion, puis la vérité qui pointe derrière les mensonges et les masques de ceux qui se présentent à lui. Son clown glisse vers le bouffon, parce que la société qui l’entoure est une tragédie. Complot, compromission, délation : le pouvoir de la peur, au‑dessus de lui et de tous, le fait basculer.

Bruno change de costume, se socialise, ôte son nez rouge et s’adresse directement au public, sans fard.

Le public reste muet : est‑ce un consentement silencieux, ce mutisme partagé qui semble guider tout le monde ?

C’est le premier texte que Matéi Visniec a écrit pour le théâtre, à 17 ans, dans une Roumanie totalitaire. Il n’avait jamais été représenté. Victor Quezada‑Perez, qui a déjà monté douze pièces de Matéi Visniec, s’attaque cette fois à son premier seul‑en‑scène, sur un texte qu’ils ont revisité ensemble. On retrouve dans les autres pièces de Visniec des thèmes déjà présents ici. Et cela résonne fortement aujourd’hui : pour nous, terrasses de café où l’on redoute les terroristes, ou cafés où, lors de la dernière pandémie, nous devions inscrire nos noms sur une liste au comptoir…

L’écriture est une mise en abyme théâtrale du langage : tout ce que le clown dit et joue est inscrit dans le texte ; les réactions et les silences du public appartiennent au scénario. Il en va de même pour le rôle du serveur, également régisseur. Le clown se sent manipulé par la force supérieure de la peur, qui le traite comme une marionnette.

Victor Quezada‑Perez nous offre un clown plein d’humanité, proche de nous par son espièglerie et sa douceur, puis nous renverse dans la lucidité par ses questionnements. Il nous tient éveillés, nous pousse à observer autour de nous, en quête de vérité et d’éclaircissement, tant théâtralement qu’humainement. Magistral.

On peut vivre le spectacle sur scène : n’hésitez pas à prendre place à une table du café.

Claire Coursange

 

Le Souffleur de la peur

Texte De Matéi Visniec
Cie Les Mains Bleues

Mise en scène et interprétation Victor Quezada-Perez

Collaboration : Marine Fabre, Laure Ponce grasset
Musique Éric Prados