KATSUJIN KEN – Le Sabre qui donne la vie
Théâtre Transversal
10 rue d’Amphoux
84000 – Avignon (relâche le mercredi)
du 4 au 25 juillet
relâche les 8, 15, 22 juillet
à 14h00
Normalement, quand on rentre dans la boîte noire d’un théâtre, le tapis de sol est noir. Ici, nous sommes accueillis par un tapis immaculé, blanc : un dojo. Seules trois branches de bois sont dressées dans l’espace ; on apprendra plus tard que ce sont des sabres. Yan Allégret, acteur, auteur, metteur en scène et directeur de théâtre, pratique également les arts martiaux. C’est sans doute l’endroit qui canalise au mieux toute sa création, sa façon d’écrire, d’être au monde, son souffle intérieur.
Nous assistons à un parcours initiatique d’aïkido, avec toute sa valeur spirituelle, sa construction en mouvement, son rapport à l’autre, l’acceptation en soi de la violence que l’adversaire peut nous signifier…
Yan Allégret commence le spectacle par la fin : il nous dit que ce qu’il préfère au théâtre, c’est ce moment où la lumière s’allume, quand s’échangent les regards avec le public, et surtout les applaudissements, les mains qui se frappent l’une contre l’autre, rejoignant la pratique des arts martiaux pour appeler les disparus, les maîtres yogi, les dieux…
Nous sommes au calme. Yan Allégret nous prendra par la main pour nous faire voyager dans l’univers de sa pratique de l’aïkido ; il partagera le chemin philosophique du combat dans l’approche, l’écoute, l’apprentissage, la réception des passions, dans la transformation du mal en bien, dans le duel de soi à l’autre, révélateur de la reconnaissance du combat avec soi‑même pour trouver l’équilibre avec l’autre.
Il nous expliquera chaque mouvement, nous invitera au jeu, demandant à une femme du public de le regarder avec violence pendant qu’il arme son sabre de bois à bonne distance, en précisant que c’est en portant l’arme à gauche qu’il parviendra à l’attraper de sa main droite pour lui couper la route. Il parlera plus qu’il ne combattra. Il improvisera avec nous un combat entre les guerriers d’Athènes et ceux de Thessalonique dans le cercle de l’arène.
La trame du spectacle est jalonnée de moments de son autobiographie : son rapport à l’autre depuis l’enfance, l’adolescence, sa découverte du théâtre par l’amour, ses voyages au Japon…
On comprend que ce dojo est non seulement sa page blanche d’écriture, mais qu’il devient le plateau du théâtre, de la création, avec la même conscience dépouillée qui ouvre à la lumière, à la voie de la vie. Une aïkidoka, Manon Soavi, vient le rejoindre sur le plateau, synthétisant en mouvement tout l’enseignement que nous a transmis Yan Allégret depuis le début du spectacle.
Sa performance est éblouissante de gestes précis, de duels avec l’espace vide ; il est entièrement habité par la pratique de cet art. Ses sabres de bois auront chacun une signification différente. Nous sommes transportés dans la pureté du mouvement, et dans l’évocation de ce que le théâtre traduit pour lui : l’essence même du souffle de la vie.
La page blanche, le cercle, le combat, le souffle, le silence, l’être en présence, la source de vie, le corps et l’âme, le regard, le rapport à l’autre… sont essentiels tant au théâtre que dans l’aïkido, et sont les moteurs de créativité de Yan Allégret.
Un spectacle rare, incontournable, dont nos corps et nos esprits ont besoin.
Claire Coursange
Katsujin Ken
Cie (&) So Weiter-Yan Allégret
Direction d’acteur Stéphane Facco
Regard extérieur Yoshi Oïda
Jeu et écriture Yan Allégret
Participation Manon Soavi
Mis en ligne le 13 juillet 2026
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