MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE RANGÉE
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Jusqu’au 9 juillet
Mardi, mercredi, jeudi à 19h.
La présence toujours chamboulante de Caroline… pour incarner les mémoires d’une Simone pas vraiment rangée !
Beauvoir et ses Mémoires si vivantes, saisies par Silhol et sa présence magnétique, dans le magnifique écrin du Poche, chargé de tant de densités littéraires… Voilà la certitude de vivre un moment de grâce théâtrale, éblouissant et pérenne.
« J’ai toujours été fascinée par la richesse, la vérité, la diversité de ce texte moderne, vivant et magnifiquement écrit, ponctué d’un humour qui le rend si humain… » confie Caroline Silhol en préambule de sa superbe adaptation de l’ouvrage captivant Mémoires d’une jeune fille rangée, publié en 1958, à 50 ans, par la grande Simone.
Avec un talent solaire et une sororité évidente, notre lumineuse interprète nous fait partager les premières années de la vie de Beauvoir, de sa naissance en 1908 à l’agrégation de philosophie et à sa rencontre avec Sartre, vingt ans plus tard.
Elle entre d’abord, à cinq ans, dans la très religieuse école du Cours Désir, où les moindres désirs sont voués aux gémonies, car ceux de toute femme élevée dans la bourgeoisie traditionaliste et patriarcale sont suspects et se résument au mariage : « la femme est ce que son mari la fait », selon les préceptes maternels. Puis, un jour de ses quatorze ans, elle perd la foi : « Je ressentis dans l’angoisse le vide du ciel… J’étais seule. » Peu après, à Paris, elle fait une autre découverte : « Je réalisai que j’étais condamnée à mort ! »
Dès lors, elle se sent condamnée au mensonge pour ne pas perdre l’estime de sa mère et l’attachement de sa si chère et fusionnelle Zaza. Caroline Silhol nous émeut intensément en évoquant cette grande amitié d’enfance. Personnalité entière et passionnée, Zaza n’eut pas la force physique et morale de renoncer à son grand amour, Pradelle (NDLR : pseudonyme de Merleau-Ponty). Sa mort plongea Simone dans des abîmes de tristesse teintée de culpabilité.
Quant à ses premiers émois amoureux, doublés de tempêtes émotionnelles pour son cousin Jacques, qu’elle vénérait et admirait pour son côté transgressif, Caroline rend pittoresque la stupéfaction de Simone en découvrant son mariage très traditionnel avec une « petite » dont la principale vertu était une dot considérable. Elle fut « navrée de voir le héros de notre jeunesse se transformer en un bourgeois calculateur ».
Caroline Silhol nous éblouit lorsqu’elle évoque le passionnant « temps de son apprentissage », le récit de ses combats pour réaliser son rêve le plus cher : devenir « un écrivain… Je serai reconnue… L’unique ! »
« À partir de maintenant, je vous prends en main », lui dit un jour Sartre, au début de leur rencontre, lors de leur admissibilité à l’agrégation de philosophie. Dès lors, sa conquête de la liberté et de l’émancipation ne la quittera plus. Elle accomplit avec détermination son destin de féministe, transcendant la femme au foyer, l’épouse ou la mère, pour donner naissance à un être unique, personnalité flamboyante, universellement reconnue pour avoir transformé à jamais l’intimité des relations entre le masculin et le féminin.
Et ne serait-elle pas, déjà, à l’origine de la très moderne et controversée « théorie du genre », en affirmant : « On ne naît pas femme, on le devient» ? Osons cette extension : « On ne naîtrait pas plus homme que femme… Ne le deviendrait-on pas ? »
Une certitude, ici et maintenant : courez voir ce spectacle épatant et venez applaudir ce duo de femmes radieuses, positives et pleines d’espoir, qui nous rappellent avec force :
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant. »
Anne Revanne
Mémoires d’une jeune fille rangée
De Simone de Beauvoir
Lecture scénique conçue et interprétée par Caroline Silhol
Sous le regard amical de Anne Bourgeois et de Yves Angelo
D’après l’œuvre Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir
© Editions Gallimard, 1958
Mis en ligne le 18 mai 2026
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