LE MYSTÈRE DE LA CHARITÉ DE JEANNE D’ARC
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Les 30 juin, 1, 2, 7, 8 et 9 juillet à 21h
Photo : Sébastien Toubon
Une Jeanne aussi mystérieuse que déchirée et tellement… humaine !
Voilà un cri déchirant qui va résonner fort et de façon pérenne dans le spectacle vivant des prochains mois…
Synthèse issue de deux ouvrages de Charles Péguy, écrits en 1897 et en 1910, cette pièce retrace son combat intérieur entre son adhésion au socialisme (« le plus grand évènement de (sa) vie morale ») et sa foi catholique, angoissée par le silence retentissant de Dieu et tourmentée par le destin des actions à accomplir, qui refusent la soumission à l’ordre établi…
Tout d’abord, un aveu personnel, loin d’un quelconque autocentrisme… Bien au contraire, et simplement pour exprimer la force d’un texte exceptionnel et d’une interprétation hors norme : athée convaincue et revendiquée, je fus, durant toute la durée de la représentation, non seulement profondément « croyante », mais déstabilisée de façon incandescente par le « Doute », ce terrible « déchirement ontologique », m’identifiant avec intensité à cette sublime femme, la Grande Jeanne, aussi intelligente que sensible, qui veut comprendre la condition humaine, si fragile et si misérable, et la confronter à un Dieu théoriquement bon, rempli de miséricorde : « Au règne de la terre qui n’est rien que le règne de la perdition. » Sujet essentiel, problématique métaphysique fondamentale qui habite tout croyant authentique : n’y aurait-il pas eu « un méchant dérapage » dans le casting de la création ? Les progrès de l’éthologie nous démontrent qu’avant l’apparition de l’homme sur terre, le règne animal était déjà confronté non seulement à la douleur physique, mais aussi à des souffrances émotionnelles et psychologiques intenses…
Revenons à nos moutons de Saint-Rémy… Car Jeannette a encore bien du mal à se départir de cette autre caractéristique du christianisme : la royale culpabilité, source de bien des manipulations…
« Mon Dieu, pardonnez-moi… Jamais on n’a tant désobéi… Au lieu que ce soit le règne de votre charité, le seul règne qui règne, c’est celui du royaume impérissable du péché… C’est le règne de la tentation. »
« Mon Dieu, délivrez-nous du mal… Il y a quelque chose qui ne marche pas ! »
Face à cet écartèlement, qui est aussi un sursaut de lucidité, Jeannette se lie d’amitié à la jeune Hauviette, confidente insouciante qui ne la comprend pas vraiment, car elle la constate malheureuse même en faisant le bien…
Puis il y a la fameuse Madame Gervaise, « fille de Dieu, une sainte », qui est au couvent et qui, espère-t-elle, va lui apporter les réponses à ses questions existentielles et métempiriques : « Elle doit savoir pourquoi le bon Dieu permet qu’il y ait tant de souffrances… et tant de perdition. »
Suspense !? Que nenni… La gente Gervaise va s’emmêler les pinceaux cognitifs pour asséner le Dogme et ressasser les tautologies immuables du grand principe de causalité ultime : « C’est un Mystère ! Le plus grand mystère de la création. » La messe est dite… mais pas les solutions pour résoudre le cas de conscience de l’héroïne devant « la grande pitié qui est au royaume de France », et dont la charité humaine, douloureuse et désespérée, bute sur le mal et l’injustice universelle…
Face à ce dilemme, elle se montre rebelle et agissante : « Orléans, qui êtes au pays de Loire ! » Quand elle prononce cette ultime réplique, c’est, selon le mot de Bernanos, « Jeanne écoutée par Péguy qui entend sa prière jaillir de son propre cœur… »
Un spectacle magique et sublime, à voir absolument, pour se ravir d’un choc émotionnel dont on ne ressort pas indemne : plus humble et tolérant en tant que croyant… On l’espère ! Plus enclin à aimer l’humanité dans sa dimension compassionnelle, pour les autres… On le souhaite !
Anne Revanne
Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc
De Charles Péguy
Adaptation Séverine Cojannot et Georges About
Mise en scène Georges About
Avec Séverine Cojannot – Anne Turolla – Alice D’Arceaux ou Mathilde Riey
Décor : Jean-Marie Granghaud
Costumes : Frédéric Morel
Illustration musicale : Michèle Savalle
Lumières : Clément Lucbereilh
Mis en ligne le 4 juin 2026
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