Entête

L’ÉCOLE DES FEMMES

 

Théâtre Artistic Athévains
45 bis rue Richard Lenoir
75011 Paris

Mardi 20h, mercredi 17h (20h le 11 mars 2026), jeudi 19h, vendredi 20h30, samedi 17h et 20h30 et dimanche 15h 
Jusqu’en mai 2026 puis à Avignon au théâtre du Chêne Noir et en tournée l’an prochain

 

loupe

 

 

On croit connaître L’École des femmes. On l’a lue, étudiée, entendue mille fois, avec ou sans Isabelle Adjani. Le véritable risque, en la montant aujourd’hui, n’est pas l’anachronisme : c’est la récitation. Comment arracher la pièce à son statut de « classique scolaire » pour lui rendre sa charge subversive ? La proposition de Frédérique Lazarini relève ce défi avec audace : en faisant de l’espace même un dispositif d’emprise. Ici en effet, Agnès n’est pas enfermée derrière des murs opaques mais au contraire exposée dans une chambre vitrée, et placée sous le regard permanent de caméras de vidéo-surveillance anxiogènes. Ce choix scénographique déplace le centre de gravité de la pièce, car l’éducation qu’imagine Arnolphe n’est plus seulement un projet moral archaïque mais prend l’allure d’un contrôle contemporain grâce à la surexposition. Le spectateur n’assiste pas seulement à une plaisante comédie de mœurs mais à une expérience sociale.

Dans ce cadre, les comédiens donnent à la langue de Molière une tension nouvelle. L’Arnolphe incarné par Cédric Colas évite la tentation du simple ridicule : élégant, maîtrisé, presque séduisant par instants, il laisse affleurer une inquiétude sourde et glaçante. Il n’est pas un tyran grotesque mais un homme inquiet et persuadé d’avoir raison. Face à lui, Sara Montpetit compose une Agnès en évolution, qui traverse des états : ingénuité, curiosité, trouble, résistance, affirmation. Son émancipation apparaît comme une lente prise de conscience, où la parole devient conquête.

L’originalité de cette mise en scène tient à cette cohérence qui en révèle la violence sans plaquer une modernité décorative sur le texte. En resserrant l’espace, en jouant sur la visibilité permanente, elle transforme la pièce en réflexion sur l’emprise. On sort avec le sentiment d’avoir redécouvert Molière, non comme auteur patrimonial mais comme observateur acéré des mécanismes de domination. Voilà une École des femmes qui inquiète, et c’est précisément ce qui la rend nécessaire.

Frédéric Manzini

 

L’École des femmes

de Molière
Mise en scène : Frédérique Lazarini
Scénographie et lumières :  François Cabanat assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat
Musique et son : François Peyrony
Vidéo : Hugo Givort 
Costumes : Dominique Bourde et Isabelle Pasquier

Avec : avec Cédric Colas, Sara Montpetit, Hugo Givort, Alain Cerrer, Emmanuelle Galabru et Guillaume Veyre