LES CARNETS
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
Jusqu’au 29 avril
Des carnets sublimes… merveilleusement incarnés !
Quelle belle performance humaine et artistique nous offre Stéphane Olivié Bisson dans son adaptation subtile, sa mise en scène originale et son interprétation flamboyante des Carnets d’Albert Camus, écrits entre mai 1935 et décembre 1959 et parus à titre posthume le 3 mai 1962 en trois volumes !
C’est dire le magnifique travail de synthèse et la prouesse de comédien réalisés par Stéphane, fasciné par le passionnant Albert, pour nous embarquer, tambour battant, dans un récit haut en couleur et nous révéler les méandres d’une pensée aussi complexe que riche, aux fulgurances éblouissantes, parfois déconcertantes mais toujours pertinentes…
Attention, il nous alerte : « Écrivain nobélisé, consacré et souvent aseptisé par les manuels scolaires, il est un dangereux classique… » Il dénonce la malveillance de certains intellectuels, les indignations à géométrie variable, défend un humanisme sans illusion et nous invite à être heureux avec furie.
Traversant la scène avec une véhémence aussi légère qu’énergique, habité par son héros qu’il porte en lui comme un oiseau blessé, Stéphane se lance dans une chorégraphie où renaît toujours, avec éclat, le Phénix. Il nous parle de l’impossibilité de bien aimer : « L’amour n’existe pas… Il est fuite, déchirement, instant merveilleux ou chute sans délai », de la renommée, « dans le meilleur des cas, un malentendu », du Français et de ses révolutions : « il est devenu fonctionnaire, petit bourgeois et midinette », de ses politiciens : « ce qu’il leur manque, c’est l’imagination. Leurs remèdes sont à peine à la hauteur d’un rhume de cerveau »…
Un grand carré de morceaux de marbre blanc trône au milieu du plateau, que notre noble comédien foule avec rage ; puis il y plonge, pour que les éléments, la matière se mêlent à la pensée : Camus est aussi un être de chair !
Mes dix mots préférés : « Le monde, la douleur, la terre, la mère, les hommes, le désert, l’honneur, la misère, l’été, la mer. »
Ces Carnets nous livrent un joyau intime et précieux : celui du combat acharné et désarmé d’un homme face à sa solitude, à la tuberculose dont il se moque, qu’il fustige et qui lui enseigne la valeur du temps. Ils révèlent son anarchie profonde, son chaos intérieur qui le déchire, mais qui est aussi le cœur, le centre et le nœud gordien où se fabrique une œuvre sublime.
« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. » À cette magnifique phrase d’Albert Camus, on peut ajouter…
Par ces temps de morosité, allez découvrir d’invincibles raisons d’espérer… grâce à un spectacle somptueux, d’une modernité décapante, porté avec un charisme enjôleur par un Stéphane Olivié Bisson profondément marqué par la présence vibrante de cet auteur captivant, limpide et mystérieux…
Anne Revanne
Les Carnets
D’après Carnets d’Albert CAMUS © Éditions Gallimard
Adaptation, mise en scène et interprétation Stéphane OLIVIÉ BISSON
Collaboration artistique : Bruno PUTZULU
Musique : Éric CAPON
Lumières : Franck THÉVENON
Mis en ligne le 17 mars 2026
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