GRATTE GRATTE
Théâtre La Flèche
77 rue de Charonne
75011 Paris
Tel. 01 40 09 70 40
Jusqu’au 6 juin
Les samedis à 21h
Photo Thierry Lebrun
Où il est question d’addiction aux jeux de grattage, mais aussi d’amitié et de mémoire…
Ils sont quatre anciens jeunes d’un petit village, figurez-vous qu’ils approchent de la trentaine, un de ces villages où la vie tourne autour du café‑tabac et du « point‑jeune », un local hérité des MJC destiné aux ados. Parmi eux, Nina est la seule à être partie à Paris pour suivre des études supérieures de sociologie. Elle a choisi pour sa thèse le thème de l’addiction aux jeux de grattage, un sujet à la fois scientifique et intime, qu’elle connaît autant par ses recherches que par son histoire personnelle, à laquelle elle revient pour une raison particulière.
Les trois autres sont restés à Reignac. Nolan vit de petits boulots et soutient sa mère. Sa petite sœur Tiffany construit sa vie et sa maison avec son conjoint. Quant à Maureen, elle a repris le bistrot du village. C’est dans ce bistrot que venait chaque jour, depuis des décennies, un bonhomme solitaire que la bande des quatre avait adopté durant leurs années de collège. Un vieux marginal qui leur distillait une philosophie des champs entre deux demis et deux tickets de la Française des jeux, auxquels il s’adonnait quotidiennement.
Ils n’ont jamais connu de lui que son surnom : « Gratte‑gratte ». C’est Nolan qui le découvre chez lui, allongé, décédé, un ticket gagnant de 20 000 euros à la main. Le choc. La crise cardiaque. Nolan décide alors de réunir la bande pour organiser, avec cet argent, la plus belle cérémonie mortuaire possible.
Ce sont ces retrouvailles entre la Parisienne et ses trois amis d’enfance que retrace la pièce de Margaux Lebrun. Les nostalgies de l’enfance alternent avec le choc culturel entre la ruralité et la néo‑Parisienne, au fil de préparatifs qui les rapprochent par à‑coups et déterrent de vieilles histoires d’amourettes et de rancunes jamais vraiment digérées.
Le spectacle est construit en scènes vives et en dialogues oscillant sans cesse entre humour et gravité, dans le décor peu idyllique du point‑jeune, qui semble concentrer tout l’ennui que la vie d’un petit village impose à sa jeunesse. Et pourtant, de cette comédie douce‑amère s’échappe un hommage aux amitiés de l’enfance, même si la vie rurale apparaît parfois comme une condamnation à rester toute sa vie au même endroit.
Finalement, Gratte‑gratte aura de belles funérailles, grâce à l’honnêteté et au respect que lui porte notamment Nolan, décidé à dépenser la totalité des 20 000 euros pour cette cérémonie, malgré son propre besoin d’argent. Une sorte de code d’honneur que les quatre amis défendent, comme une révolte contre l’esprit d’intérêt qui domine le monde libéral dans lequel nous vivons.
Bruno Fougniès
Gratte gratte
Texte de Margaux Lebrun
Avec Hugo Samperiz, Clara Navarro, Zoe Lignac, Margaux Lebrun en alternance avec Emmanuelle Taton
Création lumière : Ylan Thanos
Mis en ligne le 7 avril 2026
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