Entête

OVTR (ON VA TOUT RENDRE)

 

Théâtre Public de Montreuil
10 place Jean-Jaurès,
Montreuil
01 48 70 48 90

Jusqu’au 7 avril 2026
Du lundi au vendredi à 20h, Samedi à 18h, Relâche dimanche

 

loupe

Crédit photo Danielle Voirin

 

Danse, théâtre et musique se mêlent dans ce spectacle original et vivifiant qui se penche sur les pillages des vestiges grecs. En particulier celui du vol d’une des Cariatides du Parthénon par un diplomate anglais, Lord d’Elgin, ambassadeur britannique à Constantinople, dont l’ambition était d’en orner sa demeure en Angleterre. Les six Cariatides qui soutenaient l’entablement du temple d’Érechthéion toujours debout depuis 25 siècles se retrouvèrent donc à cinq. Elles le sont toujours, ces cinq originaux ayant trouvé refuge dans le musée de l’Acropole tandis que la sixième est conservé au British Muséum, en attente d’une potentielle restitution.

Toute cette partie historique, riche en détail et en anecdote sur les intrigues politiques de l’époque pour s’emparer de ces richesses artistiques (qui s’ajoutent à plus de la moitié des frises du Parthénon) sert de fil conducteur au spectacle. Sur une partie de la scène, un bureau un peu kitch, avec lampes abat-jours et tapis oriental. C’est là que se déroule toute la partie sonore du spectacle : La narration de l’histoire qui nous emporte des premières années du XIXème siècle avec principalement des échanges de lettres écrites entre le lord anglais, sa famille et ses émissaires pilleurs d’antiquité, jusqu’à nos jours, et la musique live et les inserts musicaux de la musique anglaise des années 70, avec les tubes planétaires des Clash, Cure, Sex Pistols… tous morceaux rebelles aux institutions bien-pensantes.

Des musiques live, puissantes, modernes et des insertions de discours modernes (de Melina Mercouri à Chateaubriand), toute cette agitation nerveuse vient en écho percutant à la force quasi immatérielle des six danseuses et danseurs qui, vêtus et coiffées comme les Cariatides d’Athénes, performent durant sur tout l’espace de la scène. Dans une chorégraphie lente, précise, un parallèle entre le récit et l’existence de ces six statues mises en vie se crée. Une force impressionnante se dégage de ces corps, six au départ, puis cinq, lorsque l’absente se retrouve emballée dans du papier bulle pour ce voyage hors du monde antique. Ils incarnent une forme de sacré face au sacrilège, à pas feutré jusqu’à la révolte dans une danse finale, le rebétiko, insérée ici par Gaëlle Bourges pour ne pas oublier les racines orientales de la culture grec, mère de notre occident…

La beauté des déplacements et des manipulations d’un dispositif scénique simple qui rappelle l’état de chantier dans lequel fouilles et pillages ont jeté toute l’acropole, donne l’intensité de cette quête de la perfection que la Grèce antique donna au monde occidental. Débarrassés des toges qui étaient le parure de pierre des six Cariatides au début de la pièce, c’est uniquement vêtues de leurs coiffes soutenant un socle de pierre blanche (comme si elles étaient des Sisyphes chargées de leurs peines), qu’elles montent et démontent leur univers en chantier. Les corps deviennent alors comme des pendules d’hypnoses fascinants. Ils appellent à une liberté que tout le propos du spectacle clame.

Car ce mélange de récits, de sons, de musiques, de corps, de gestes et de déplacement en chœur est centré sur la juste réclamation de la restitution des œuvres pillées. Œuvres à qui la scène et le travail de Gaëlle Bourges et de sa distribution donnent une existence sensible, charnelle, lumineuse.

Tout l’univers sonore de Stéphane Monteiro a.k.a XtroniK, inventif, électronique souvent mais surtout riche d’une matière presque organique, accompagne toute la narration. Les inserts des morceaux rock, pop et punk sont comme des jets d’adrénaline. La performance du narrateur qui crée un personnage à la fois docte et ironique ajoute à la vitalité du spectacle. Quant aux six performeuses et performeurs, ils impressionnent par la précision à la fois tendue et souple de leurs déplacements, l’harmonie que le groupe parvient à générer et l’intensité de l’incarnation qu’ils réalisent.

On va tout rendre fait partie d’une carte blanche offert à Gaëlle Bourges dans le cadre de Quartiers d’Artistes par le Théâtre Public de Montreuil. Une carte blanche intitulée : Ce qui nous manque. Plusieurs autres spectacles, performances et interventions sont programmées jusqu’au 26 avril, notamment : (La Bande à) Laura du 10 au 16 avril, inspiré du tableau Olympia d’Édouard Manet.

Bruno Fougniès

 

OVTR (On va tout rendre)

Conception & récit Gaëlle Bourges
Avec les lettres de Lord Elgin, Giovanni Battista Lusieri, le révérend Philip Hunt, Mary Elgin, François-René de Chateaubriand, etc. & des extraits de discours de Melina Mercouri, Neil MacGregor et Emmanuel Macron

Avec Gaëlle Bourges, Agnès Butet, Jonathan Drillet, Camille Gerbeau, Pauline Tremblay, Alice Roland, Marco Villari, Stéphane Monteiro a.k.a XtroniK (musique)

Traduction des lettres anglaises Gaëlle Bourges, avec l’aide d’Alice Roland & Gaspard Delanoë
Lumière Alice Dussart
Musique Stéphane Monteiro a.k.a XtroniK, The Beatles, David Bowie, Kate Bush, The Clash, The Cure, Marika Papagika, The Sex Pistols
Coiffes des cariatides, moulages, couture, dorure, plumes Anne Dessertine
Régie générale et régie son Stéphane Monteiro
Régie lumière Maureen Sizun Von Dorp
Ingénierie son Aria de la Celle
Administration et production Marie Collombelle, Cyann Desvaux