GÉNÉRATION BARBER

 

Le Prsbytère loupe

 

 

Marie‑Cécile Robin‑Heraud, bonjour et bienvenue sur Regart.org. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je suis Marie‑Cécile Robin‑Heraud, artiste lyrique, musicienne et comédienne. Si je devais ne choisir qu’une phrase pour résumer ma carrière, je dirais que je suis un caméléon de la voix. Je m’explique : n’ayant jamais voulu choisir entre une carrière lyrique et une carrière dans la chanson, j’ai choisi d’explorer ma voix dans tous les styles et de changer ma couleur de voix au gré des répertoires, tantôt de l’opéra, tantôt de la chanson, du gospel, du rock… Je suis la cofondatrice de la compagnie Barber Shop Quartet.

Actuellement au théâtre de l’Essaïon avec « Génération Barber », qui reprend cette vieille tradition du Barbershop Quartet, quelle en est l’origine ?

Au début du XXᵉ siècle, aux États‑Unis, les clients des échoppes de barbiers avaient pour habitude de pousser la chansonnette en attendant leur tour. De là naquit le Barbershop Music, un style reposant sur un chant en harmonie à quatre voix a cappella.

Et qu’est‑ce qui vous a intéressé ?

Au début des années 2000, je découvre ce style musical a cappella et tombe sous le charme des harmonies très sophistiquées et de la précision vocale qu’implique ce répertoire. Avec trois autres chanteurs, je crée un groupe de Barber Shop et, très vite, vient l’idée de l’adapter en français et d’y ajouter de l’humour, de la comédie. En plus de pouvoir exprimer l’étendue de ma palette vocale, je trouve enfin un espace pour exprimer mon « clown » et mon humour burlesque.

Ce n’est pas la 1re fois que vous proposez dans vos spectacles ce style musical mais la 4e fois. Diriez‑vous que c’est la suite ou une autre facette ?

Les deux. Dans ce nouveau spectacle, nous avons choisi de garder l’identité de la formation, qui existe depuis plus de vingt ans, en renouvelant entièrement le répertoire. Mais la grande différence est que, sur les autres créations, la mise en scène était collective. Sur « Génération Barber », nous nous sommes adjoints le concours d’une metteuse en scène, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de la merveilleuse et talentueuse Sophie Forte.

Avec vos trois autres acolytes, Xavier Vilsek, Guillaume Nocture et Clémence Paquier, vous interprétez toutes les chansons a cappella. Comment prépare‑t‑on sa voix ?

C’est un travail de précision. Après avoir intégré la partition, le travail de « couleur vocale » commence, c’est‑à‑dire que nous travaillons techniquement la place vocale qui va correspondre à chaque chanson, où les quatre voix s’harmoniseront parfaitement.

« Génération Barber », ce n’est pas moins de 20 compositions que vous avez coécrites avec, entre autres, Sophie Forte ou Trad. Qu’est‑ce qui a été le plus difficile ?

Je ne me souviens pas avoir rencontré la moindre difficulté à partager la coécriture avec l’équipe de Génération Barber, Sophie Forte et Raphaël Callandreau. Les échanges sont simples et créatifs lorsque l’on travaille avec des gens talentueux qui n’ont pas d’ego surdimensionné et qui sont dans le partage.

Et pourquoi exclusivement en français ?

À partir du moment où nous avons choisi l’humour comme mode d’expression, il était évident pour nous de nous exprimer en français.

Bien que ce soit un concept des années 30, le spectacle aborde des sujets très contemporains. Est‑ce aussi sa nature de faire réfléchir sur la société ?

Bien sûr. Lorsque nous choisissons des sujets, c’est que forcément nous sommes interpellés. Mais il ne s’agit pas de dénoncer quoi que ce soit, plutôt de déclencher par le rire quelques interrogations sur notre quotidien et sur l’absurdité de certaines situations.

Selon vous, peut‑on tout dire ? Et pourquoi ?

Ah, vaste sujet ! Je pensais, quand j’ai commencé la scène, que l’on pouvait plaisanter avec tous les sujets à partir du moment où nous ne faisions pas de peine et restions assez bienveillants, et que les sujets même graves pouvaient être traités avec humour (la maladie, la mort, le racisme…). Aujourd’hui, cela n’est plus possible : il y a une forme d’autocensure qui s’est immiscée chez les artistes. Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Les gens ont‑ils perdu le sens de l’autodérision ?

En vous remerciant, d’après vous, comment voyez‑vous le « Barbershop » de demain ?

Comme d’habitude : inattendu et plein de surprises !

 

Propos recueillis par Jean-Davy Dias