Entête

LA MIGRATION DES CŒURS (LES HAUTS DE HURLEVENT)

 

Théâtre Le Poche, Genève (CH)
Rue Marcelle De Kenzac 7,
1204 Genève, Suisse

https://lepoche.ch/

Du 29 octobre au 8 novembre 2026
Les jeudis et samedis à 19h, vendredis à 20h, dimanches à 18h

 

loupe

©Christophe Raynaud Delage

 

C’est par une sorte de longue et forte filiation féminine que ce spectacle est né. Emily Brontë fait figure d’aïeule, d’ouvreuse de rêves, d’inventrice d’histoires avec Les Hauts de Hurlevent. Maryse Condé recueille cette fiction romanesque pour inspirer sa propre fiction : La Migration des cœurs. Avec elle, la trame se déplace de l’Angleterre du début du XIXe siècle jusqu’à la Guadeloupe un demi-siècle plus tard. Puis Anne Monfort hérite de ces deux autrices, de ces deux romans, dont elle réussit à faire un assemblage judicieux et intelligent, continuant ainsi de porter cet imaginaire qui fascina des générations de lectrices et de lecteurs.

Créer un spectacle de théâtre sur la base d’un roman est une gageure difficile ; en créer un sur la base de deux romans relève de l’exception. C’est pourtant ce qu’Anne Monfort, ses interprètes et son équipe de création parviennent à réaliser. Pour cela, elle convoque sur scène les deux autrices. Rien de moins. Du moins leurs représentations. D’abord, Emily Brontë qui apparaît derrière un tulle, une bougie à la main, et nous parle de rêve, de réalité, de mondes qui s’entrechoquent, des riches et des pauvres, de la discrimination liée à la couleur de peau dans l’Europe du XIXe siècle. Plus tard, ce sera au tour de Maryse Condé d’apparaître, porteuse, elle, de la nouvelle trame qui se déroule dans les plantations sucrières entre propriétaires békés et les plus déshérités de l’île à la peau trop noire. Les deux récits vont alors se croiser, les personnages grandis par l’héritage de l’autrice anglaise et par la vision actuelle et engagée de l’autrice guadeloupéenne.

Il faut redire que le défi était immense pour donner à voir et à entendre le discours, mais aussi la vie de ces personnages qui semblent traverser les siècles pour nous apporter leurs témoignages de vengeance, d’injustice, de désirs abolis et de racisme, lui, toujours bien vivant. Pour parvenir à ce résultat, une double adaptation des romans a été nécessaire, mais également un travail minutieux sur tout l’aspect visuel et musical.

Une scénographie ingénieuse met le temps en perspective grâce à un tulle et à un encadrement de porte qui symbolisent les passages d’un lieu à un autre. Un univers sonore précis renvoie aux forces de la nature, omniprésentes dans les deux textes (création musicale de Núria Giménez Comas). Une lumière délicate permet de créer différents espaces (création lumière : Roger Olivier pour la Guadeloupe, Cécile Robin pour l’Hexagone et l’Europe). L’unité de toutes ces disciplines apporte une texture particulière et sensible au spectacle.

Reste à dire un mot de l’interprétation des différents personnages et de cette distribution magnifique, avec un coup de cœur particulier pour le talent et l’énergie communicative de Coralie Méride et Djemi Pittet.

Bruno Fougniès

 

La Migration des cœurs (les Hauts de Hurlevent)

Librement inspiré de Maryse Condé & Emily Brontë
Conception et mise en scène Anne Monfort
Collaboration artistique Laure Bachelier-Mazon, José Jernidier, Fanny Holland

Distribution Harry Baltus, Judith Henry, Isabelle Kancel, Coralie Méride, Djemi Pittet

Création lumière & régie Roger Olivier (Guadeloupe), Cécile Robin (Hexagone/Europe)
Création musicale Núria Gimenez Comas
Scénographie Irina de Faveri
Costumes Marine Gressier

Date future

Le 12 novembre 2026 à L’Arc, Scène nationale Le Creusot (FR)