Entête

ÉLECTRE DES BAS-FONDS

 

Théâtre du Soleil (La Cartoucherie)
route du Champ-de- Manoeuvre,
75012 Paris
01 43 74 24 08 

Jusqu’au 15 juillet 2022,
du mercredi au vendredi à 19h30.
Les samedis et dimanches à 15h30

 

Électre des bas-fonds loupe

crédit ANTOINE AGOUDJIAN

 

À propos de Simon Abkarian, artisan complet de cette Électre, Ariane Mnouchkine déclare : « Je ne sais pas s'il voudrait l'admettre, mais je crois qu'il se vit comme un enfant d'Homère. Ou, au moins, comme un descendant d'une de ses multiples créatures héroïques imparfaites parce que si humaines. »

Après Euripide, Sophocle et d'autres... Abkarian, a choisi d'écrire SA version de l'histoire de Clytemnestre, Électre and co. Il les a traités, ce qui est bien normal, à sa manière. Deux fois bannie, Électre est privée de son rang et de son nom. Elle a fui, après le meurtre par sa mère de son père Agamemnon. Celle-ci a un amant, Égisthe.

La jeune femme, en quête de son frère Oreste, trouve refuge dans un lupanar d'Argos. Elle finira par être arrêtée et séquestrée par sa mère, ce qui donnera lieu à des scènes prenantes. Elle retrouvera son frère également, déguisé en femme.

Abkarian, metteur en scène et auteur ne se prive de rien : le décor est ingénieux sur cette vaste scène. Danses et costumes sont magnifiques et les musiciens ponctuent cette histoire à coup d'envolées rock et blues. L'intrigue s'installe, évolue peu à peu, prend son temps, ce qui n'est pas un contresens, si l'on songe que les tragédies antiques duraient longtemps et que les choses étaient répétées pour que les spectateurs qui entraient, sortaient (et mangeaient) au théâtre, puissent bien tout comprendre.

On retiendra les tenues « à la japonaises » des danseuses-comédiennes, le côté « traître de mélodrame » d'Égisthe, ce jeu avec des nattes coupées et retrouvées, ainsi que les traits d'humour et de poésie dont l'auteur a parsemé son texte. Ainsi : « J'ai survécu dans le cocon de ma haine ! » Ou : « Il y a les putains du corps et les putains de l'âme. ». Ou encore : « Ne mange pas ce que vomissent les autres ! »

Le personnage-clé, à la fois témoin et référent, celui qui hante toute la pièce est une sorte de vagabond au costume noir et à la barbe grisonnante. Il s'appelle Sparos et Abkarian s'est réservé ce rôle à la fois poétique et drôle.

Sa mise en scène, qui privilégie les déplacements fond de scène / avant-scène, (avec des échappées sur les côtés), fonctionne bien. On est pris par les deux destins croisés d'Électre et de son frère Oreste. Dans cette histoire de « vengeance têtue », il y a de vrais moments d'émotion : la confessions des « filles », les malheurs d'Électre, les pérégrinations de son frère, l'affrontement Oreste-Clytemnestre et la scène où celle-ci, la méchante, justifie toute ses actions par le passé, à savoir le fait qu'Agamemnon, son époux, ait sacrifié aux dieux leur fille Iphigénie.

L'entreprise était ambitieuse mais le résultat est à la hauteur. Il est superbe et l'on ne saurait trop le recommander. 

Gérard Noël

 

Électre des bas-fonds

Texte et mise en scène : Simon Abkarian

Avec : Maral Abkarian, Simon Abkarian, Chouchane Agoudjian, Anaïs Ancel, Maud Brethenoux,  Laurent Clauwaert, Victor Fradet, Aurore Frémont, Christina Galstian Agoudjian , Rafaela Jirkovsky, Nathalie Le Boucher, Olivier Mansard, Eliot Maurel, Nadjman Merahi, Manon Pélissier, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian, Suzana Thomaz, Frédérique Voruz. Entourés de  Pierre Ziadé, Philippe Jasko, Jean-Michel Bauer, Geoffroy Adragna, Ronan Mansard, Micha Liebgott, Andrea Nicolodi et Pascale Boeglin-Rodier

Musique : Howlin' Jaws : Djivan Abkarian, Lucas Humbert, Baptiste Léon
Texte publié chez Actes Sud-Papiers