DOUÉ.E.S
Théâtre 13 Bibliothèque
30 rue du Chevaleret
75013 Paris
Jusqu’au 23 janvier 2026
Du lundi au vendredi à 20h, samedi à 18h
Tournée 2026
31 janvier 2026 - La Ferme Corsange, Bailly-Romainvilliers (77)
21 mai 2026 - La Canopée, Ruffec (16)
6 juin 2026 - Le Bruit des Printemps, Montlieu-la-Garde (17)
Photo Hugo Lafitte
Comment représenter physiquement un cerveau en activité, voilà le défi auquel se sont confrontés l’autrice metteuse-en-scène Gabrielle Chalmont Cavache et son équipe de la compagnie Les Mille Printemps. Pas dans un but scientifique mais plutôt pour tenter de traquer les raisons qui parfois provoquent un complexe d’infériorité intellectuelle que beaucoup ont ressenti dans leur vie au moment où ses propres capacités sont mises à l’épreuve.
Ce peut être dans beaucoup de domaines de l’existence : lors d’examens, de concours, de dossiers à remplir, de rendez-vous professionnels ou d’entretiens d’embauche et même, plus prosaïquement de tâches matérielles à exécuter. Et c’est avec ce genre de problème à résoudre que débute le spectacle : réparer une lampe suspendue qui clignote.
Elles sont sept comédiennes sur scène pour résoudre ce problème, s’épaulant pour empiler des éléments de décor pour atteindre la fameuse lampe, intervenant chacune pour donner des conseils, dans une ambiance nerveuse mais dynamique, jusqu’à ce que l’une d’entre elles propose d’appeler Tony, qui est électricien et qui règlera le problème en trois minutes. Une intervention qui déclenche aussitôt une dérive complète du problème qui s’étend, s’amplifie, transforme l’entreprise commune en zone de conflit… une scène expressive qui va permettre à la suite du spectacle de développer la thématique du départ, car ces sept comédiennes sont également sept parties du cerveau.
Elles sont habillées en neurone, si on peut imaginer l’habillement d’un neurone. On les verra plus tard dans une scène hilarante dans des costumes plus spécifiques pour représenter une sorte d’assemblée neuronale regroupant entre autres le Cortex Frontal, l’Hippocampe, l’Amygdale et la Petite Voix intérieure. Mais pour le reste, ce seront des personnages réels qu’elles incarneront en courtes séquences, avec comme fil conducteur l’intervention épisodique d’une neuroscientifique donnant à nous autres, public, une conférence intitulée « Intelligences, ce que disent les neurosciences. »
La pièce est construite en courtes séquences enchaînées rapidement grâce à une scénographie faite de vingt-et-un blocs, des modules aux formes et dimensions variées aussi informe et de même couleur incertaine que des bout de cerveaux. On suit ainsi plusieurs histoires qui s’enchâssent entre elles pour partager une même idée récurrente à savoir que ce fameux cerveau et ses possibilités est parfois, souvent, le responsable de ses propres incapacités à penser, à faire, à créer, à aimer. Un blocage que l’environnement, l’éducation et les influences (entre autres celles des algorithmes du web) créent, développent ou entretiennent.
Même si la dramaturgie de Doué.e.s est parfois volontairement chaotique, le jeu des sept comédiennes vif, tonitruant et inventif permet de savourer différentes séquences. Elles emportent le morceau comme on dit. La palme du jeu investi et touchant revenant à Lisa Toromanian dans ses différents rôles. Et pour spoiler définitivement le spectacle, à la fin, les sept bouts de neurones qui étaient au départ confrontés au problème du luminaire en panne, vont finir par réparer, seules, sans demander d’aide à Toni ni à qui que ce soit d'autre, ce fichu objet qui leur apportera la belle lumière.
Comme quoi, Tristan Tzara avait raison lorsqu’il disait : « On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau. »
Bruno Fougniès
Doué.e.s
Texte et mise en scène Gabrielle ChalmontCavache
Collaboration à l’écriture Marina Tomé
Avec Claire Bouanich, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel, Jeanne Ruff, Juliette Smadja, Lisa Toromanian
Chorégraphie Louise Fafa
Création lumière Emma Schler
Scénographie Angéline Croissant
Costumes Sarah Coulaud
Création musicale Jeanne Ruff
Réalisation des costumes Marion Duvinage
Mis en ligne le 11 janvier 2026
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