LICHEN
Artephile (salle1)
7 rue Bourg Neuf 84000
Avignon
du 4 au 25 juillet,
à 12h20
(relâche les dimanches)
Il est des spectacles qui ne marquent pas trop, mais auxquels on repense après. Lichen est de cette catégorie-là. Précisons :
Inspiré par une résidence d’écriture à Lens, Lichen est un spectacle exigeant.
Il est dépouillé, violent parfois, lyrique assez souvent.
Soit donc une maison qui se délabre, qui part à vau-l’eau, dans ce quartier abandonné de la ville : il y a le père, mutique, l’évocation de la mère, dont on comprend qu’elle est partie, et cette petite fille rêveuse qui parle, parle.
Tout d’abord, le côté durassien de l’écriture peut désarçonner : « elle dit… », « Papa dit… ». Il y a aussi un côté littéraire, des images qui s’enchaînent.
La mère rêvait de voyages lointains, ce dont témoignent des posters placardés dans les toilettes. La rage de l’enfant, vue par l’autrice, s’exprime par des « Bordel !… Merde ! » qui ne seraient pas indispensables.
On passe à un autre lieu, l’école, à d’autres moments.
La gamine est insultée par ses camarades, harcelée : « Sale pute ! » entend-elle.
La comédienne de ce seul-en-scène se déplace. Elle est censée habiter un personnage, créer des espaces différents ; cela fonctionne plus ou moins bien.
Le personnage de la stagiaire, à l’école, précise les choses. Retour à la maison, après l’agression de la fillette. Le père ferme la porte, dans tous les sens du terme.
Il y a aussi les oiseaux du père, ces oiseaux qui puent, qui laissent des plumes partout.
« C’est beau et c’est mon histoire » est une sorte de leitmotiv pour ce récit d’une enfance brisée.
Quand Nathalie Sarraute écrivait sur son enfance, elle le faisait avec un double « je » : d’abord l’enfant qu’elle était et qui parle comme une enfant, et l’adulte qu’elle est devenue et qui peut donc commenter les propos de cette enfant.
Ici, rien de tel. La femme adulte a des mots d’adulte.
La réhabilitation du quartier et de l’îlot va entraîner la venue de tracteurs, de camions et de tractopelles, avec une fin surprenante et forte.
Redisons-le : ce spectacle, une fois les lumières éteintes, se retient.
On se rend compte alors que rien n’était laissé au hasard, qu’il a semé des impressions en nous. Et des émotions.
Gérard Noël
Lichen
Texte : Magali Mougel
Direction artistique : Amélie Armao
Mise en scène : Marien Tillet
Avec Amélie Armao et Gaël Ascal
Création sonore et direction musicale : Gaël Ascal
Mis en ligne le 2 juin 2026
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