Entête

LES PETITES FEMMES DE MAUPASSANT

 

Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris

Jusqu’au 23 août 2026
à 16h30 du mercredi au samedi.
à 15h, le dimanche.

 

loupe

 

 

A‑t‑on assez lu et relu, vu et revu les nouvelles de Maupassant ? Non, apparemment, car ce spectacle a plus d’ambition : l’autrice a imaginé les retrouvailles de deux amies dans un petit port normand. Une nièce va se joindre à elles, en compagnie d’une comédienne. L’idée est de passer quelques jours dans une villégiature « entre femmes ». Riche idée : c’est l’occasion de revisiter, sous forme de récits, des nouvelles de Maupassant… mais pas seulement.

Les caractères des héroïnes sont bien dessinés et il se passe de petites choses : des relations qui évoluent, des situations amoureuses, de l’une ou de l’autre, qui vont changer.

Il y a Céleste, la brune hôtesse, que rejoint la blonde Hortense. Coralie est la nièce, et la comédienne a pour pseudo Zoé Tambour.

Quatre natures de comédiennes, au diapason.

Le monde de Maupassant, c’est un monde d’hommes, le plus souvent mariés, avec des maîtresses ; un monde de femmes qui s’ennuient et qui, souvent, prennent à leur tour un amant. C’est un monde de cabinets particuliers où l’on soupe, entre autres, un monde de bains de mer (une découverte), de fiacres et de chemins de fer. On arbore des bretelles, des montres à gousset et des queues‑de‑pie, des voilettes et des robes longues : c’est la bourgeoisie de cette fin du XIXᵉ siècle.

Les personnages vont évoquer Flaubert ou Fécamp. Une histoire mentionne même Offenbach : on y est.

Que l’on reconnaisse ou non les nouvelles de Maupassant n’est pas très important : l’écriture est ciselée, les séquences s’enchaînent bien et l’on suit avec intérêt et gourmandise ces quatre femmes qui racontent une époque en se racontant. On voit, au passage, qu’elles ne se laissent pas faire et sont promptes à « se venger » quand il faut, voire à regarder vers ailleurs.

« La fatigue suit la possession ! » lâche l’une d’elles.

Une petite scène prétendument improvisée met en scène Coralie en homme et Zoé en bonne, et c’est aussi très réussi. Comme les chansons que l’on entend : « Quand on vous aime… » ou encore « Ma grand‑mère… », créée par Yvette Guilbert.

Le mot de la fin est amer :
— Tu peux encore plaire, dit Hortense à son amie Céleste.

Et celle‑ci de commenter :
— Tu as dit “encore” !

Gérard Noël

 

Les Petites Femmes de Maupassant

de Guy de Maupassant
Adaptation : Roger Desfossez
Mise en scène : Gwénaël de Gouvello

Avec : Eurydice El-Etr ou Nancy Loïs, Marie Grach, Karine Pinoteau, Alexandra Sarramona

Scénographie : Emilien Andro
Lumières : Jean-Christophe Violo
Costumes : Maxence Rapetti-Mauss