LE LIVRE DE DAMAS ET DES PROPHÉTIES

Au théâtre Jean Vilar
1 place Jean-Vilar
94400 Vitry-sur-Seine
01 55 53 10 60
Les 23 et 24 novembre à 21h. le 25 novembre à 16h.

 

En décembre à l'Épée de Bois

 

Saadallah Wannous est un auteur peu connu en France, même si en Syrie, son pays natal, ses pièces sont montées avec succès. Ici, l'adaptateur et metteur en scène a eu l'heureuse idée de réunir deux textes, « Un jour de notre temps » et « le viol », pour en faire une seule et unique pièce. Dans cette pièce longue, près de trois heures, les scènes s'enchaînent en alternance, une fois côté arabe, une autre côté israélien.

On fait ainsi connaissance avec Najat et Farouk plus un autre couple, Rachel et Isaac. Le fait que ces deux couples soient joués par les mêmes comédiens ajoute à l'effet de parallélisme. Et de trouble. Il y a aura aussi un directeur d'école, un imam, un chef de la police. Plus un psychanalyste qui nous permet de retrouver Bruce Myers, un habitué des mises en scène de Peter Brook. Le dispositif, sièges divers et structure métallique, de même que la voix qui commente de façon littéraire les actions, tout ceci commence par refroidir l'intérêt. Et puis cela fonctionne : à cause, ou grâce à la longueur du texte, dont on se dit, qu'à l'orientale, il faut prendre son temps, ne rien laisser de côté, installer une sorte de rapport hypnotique avec l'action et les personnages.

Il y a, comme chez Brecht, une relation forte (bien que non soulignée) entre la vie privée des personnages et leur vie sociale. Et la politique. Ici dans ce pays arabe sous dictature, un homme est troublé et même plus, d'apprendre que sa femme se prostitue pour des raisons financières. Ailleurs, suite à un interrogatoire politique poussé, un policier craque et va voir un analyste pour tâcher de comprendre les raisons qui l'amènent à ne plus pouvoir faire l'amour avec son épouse Rachel. Celle-ci est draguée par Gédéon, une vague relation. Confondant désir et contrainte, il abusera d'elle.

À force d'entendre parler de Mademoiselle Fadoua, nous sommes impatients de la rencontrer. La scène arrive enfin. Farouk, le prof de maths, qui a poussé la porte de sa maison close, est alors le témoin des malheurs de la demoiselle en question : son mariage, alors qu'elle n'était plus vierge, l'arrangement entre son père et son mari. Le reste,  pas très glorieux non plus.

De cette suite de scènes, émerge la figure du psy israélien : son accent est indéfinissable, il lit son texte mais il a une présence réelle. Et c'est à lui que revient le mot de la fin : une interrogation sur le conflit israélo-palestinien, sur l'écriture en général, sur l'intérêt ou non d'essayer, dans un monde en crise, d'apporter modestement son témoignage. Sobre et dépouillée, la mise en scène sert, au mieux, le propos de l'auteur. Les comédiens sont tous très bien et la musique, jouée sur scène, s'intègre harmonieusement à l'ensemble.

Un spectacle fort, donc, qui n'élude rien. Pour cette générale, le public était en majorité scolaire : il a suivi avec intérêt le spectacle dans son intégralité, ce qui est un signe et non des moindres, qu'à prendre des risques, on ne le regrette pas.

 

Gérard Noël

 

 

Le livre de Damas et des prophéties

Texte : Saadallah Wannous.
Adaptation, mise en scène, scénographie et lumières : Fida Mohissen.

Avec Ramzi Choukair, Khadija el Mahdi, Malik Faraoun, Stéphane Godefroy, Corinne Jaber, Benoît Lahoz, Bruce Myers.

Musique originale (live) Michel Thouseau
Régie générale : Louise Gibaud.
Maquillage : Colette Kramer.
Construction décor : Alain Pinochet (ateliers théâtre de l'Union)
Costumes : Julien Silvereano (Ateliers Théâtre de l'Union)

 

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