LECTURES – Nathalie Fillion

 

 

 

Humour et eau salée loupe 

 

Après avoir lu un extrait de la Chambre à soi de Virginia Woolf suivi d’un texte qui lui avait été commandé par Olivier Py pour Avignon et qui questionne la place des femmes dans le théâtre contemporain, la rayonnante Nathalie Fillion a lu deux extraits de ses pièces. Ou plutôt devrait-on dire qu’elle a joué ces extraits tant sa formation d’actrice transparaît sur son visage et dans ses gestes aussitôt qu’elle se met à lire ses propres textes !

Dans Spirit, Nathalie Fillion imagine la rencontre improbable et anachronique entre Lénine et trois sœurs qui, vivant aujourd’hui dans le même appartement parisien qu’il a habité en 1909 lors de son exil, connaissent rétrospectivement les destins de la Russie et des idéaux communistes… Les interférences entre le passé et le présent créent une incompréhension entre les personnages qui bouscule chacun et le renvoie à ses propres interrogations.

Dans À l’Ouest, qui est sans doute sa pièce la plus connue et la plus traduite, c’est la vie de famille sous le prisme délicat des questions d’argent que Nathalie Fillion met en scène. Entre le radin qui aimerait bien se montrer généreux, celui qui n’a pas les moyens d’être autre chose qu’économe, celui qui ne se soucie de rien ou qui ne veut pas aborder le sujet, à travers surtout les railleries douces et amères de tous ceux qui ne sont pas dupes de ce qui se cache derrière les postures des uns et des autres, elle dresse une galerie de portraits très vivants, plus attachants et vrais les uns que les autres. Cette impalpable et insaisissable « réalité » qu’est l’argent devient matière à toutes les projections possibles.

Il existe plusieurs points communs entre ces deux pièces comme entre toutes celles qui composent  l’œuvre de Nathalie Fillion : la forme très dialoguée qui donne un rythme très soutenu aux échanges entre personnages, un ancrage fort dans les enjeux de société de l’époque contemporaine, un amour pour le fantastique qui traduit la volonté de rendre visible ce qui semble absent, ainsi qu’un goût pour la remise en question de l’ordre des choses. Il est certain qu’elle a donné ce soir là au public de Figeac bien plus qu’une lecture, une envie de découvrir davantage son théâtre et son univers faits de désirs et de secrets. Chaque spectateur est reparti charmé, emportant avec lui un peu de fantaisie mêlant réalisme et poésie.

Frédéric Manzini

 

Lectures

Par Nathalie Fillion

 

 

 

Mis en ligne le 28 juillet 2020


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