JE VOLE... ET LE RESTE JE LE DIRAI AUX OMBRES

 

4ème FESTIVAL DE THÉÂTRE EN FRANÇAIS DE BARCELONE

Institut Français de Barcelone

Le 14 février

 

Je vole... et le reste je le dirai aux ombres loupe© Photos : JC Lemasson

 

Mars 2002. La France découvre horrifiée ce que l’on a appelé La tuerie de Nanterre où un homme, Richard Durn abat des membres du conseil municipal de sa ville.

Jean -Christophe Dollé, qui n’a de cesse d’explorer les tréfonds de l’âme humaine, la montée de la violence, la naissance d’un monstre, ce moment infime où tout bascule, ne pouvait passer à côté de ce terrible fait divers.

Il le fait avec tout le talent qui le caractérise, parvenant même à glisser de ci de là quelques notes de poésie et de la magie, apportant ainsi toute la distance nécessaire. Il signe avec Clotilde Morgiève une mise en scène d’une précision et d’une complexité remarquables, empreinte d’humanité avec parfois quelques notes d’humour.

Sur scène, côté jardin, une table, côté cour une cabine téléphonique flanquée d’un banc. Entre les deux, une sorte d’aquarium où sont accrochées perruques et costumes qui permettront les changements à vue de personnages.

Richard Durn après son acte terrible s’est défenestré au 36 quai des Orfèvres. C’est cette chute d’une seconde qui emplit la pièce, une seconde où nous allons pénétrer la mémoire du tueur, revivant ou inventant certains épisodes de sa vie. On ne le verra pas, on entendra juste sa voix de temps à autre. Nous croiserons sur son chemin sa mère, dont Clotilde Morgiève fait une composition saisissante, son prof de théâtre, excellent Julien Derivaz, un ami, une jeune bosniaque, une vendeuse d’armes, Robocop, avec une incursion du côté de Robert Zucco, un des plus célèbres tueurs en série des années 80, que Koltès a fait revivre dans une pièce de théâtre qui suscita maintes polémiques.

Toutes ces scènes vont permettre de dessiner le portrait en creux de cet homme énigmatique, miné par un mal être inguérissable, qui tua pour ne pas mourir seul.

« Alors que j’ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre. » avait-il écrit avant de passer à l’acte.

Les trois comédiens, Jean-Christophe Dollé, Julien Derivaz et Clotilde Morgiève incarnent tous les personnages avec une intensité remarquable et une crédibilité sans faille.

Ils créent une œuvre forte, la plus forte peut-être de tout ce festival qui déjà n’en manquait pas, une œuvre marquante, dérangeante, angoissante parfois, au rythme soutenu, qui porte à la réflexion, accompagnée d’un travail précis sur le son et la composition musicale, soutenant l’action quand le temps se distord.

On en sort secoué, ému, bouleversé d’avoir assisté à un grand moment de théâtre.

Nicole Bourbon

 

Je vole... et le reste je le dirai aux ombres

Compagnie Fouic théâtre

De : Jean-Christophe Dollé

Mis en scène par : Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé

Assistanat mise en scène Leïla Moguez
Avec Jean-Christophe Dollé, Julien Derivaz, Clotilde Morgiève et les voix de Félicien Juttner et Nina Cauchard
Scénographie et costumes Marie Hervé
Magie Arthur Chavaudret
Lumière Cyril Hamès
Son Soizic Tietto
Musique Collectif N.O.E
Plateau François Leneveu
Couture Julia Brochier

 

Mis en ligne le 15 février 2020


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