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Au Théâtre du vieux balancier à 14 h 30
2 rue d'Amphoux
84000 - Avignon

Une évocation fine et puissante de l’artiste américaine.
Quelle belle incarnation que celle à la fois sobre, émouvante et passionnée offerte par l’actrice Maria Vaz qui réalise ici une vraie performance dans ce monologue haletant d’une durée d’une heure quinze.
La vie de la danseuse et chorégraphe Isadora Duncan est ainsi revisitée grâce aux mémoires de l’artiste elle-même. Elle est adaptée ici à la scène avec beaucoup de vérité et de subtilité humaine, en collaboration chorégraphique avec Ludovic Constantin, par Christine Wystup. Elle nous confie d’ailleurs qu’elle réalise enfin son rêve d’enfance : celui de monter un jour une création sur l’histoire de cette femme fascinante et farouche qui a révolutionné de son temps
le monde de la danse contemporaine et celui des idées par ses visions absolues de l’art et de la société …
On ne retient de cette femme artiste que sa fin tragique le 14 septembre 1927 dont on sait qu’elle meurt étranglée par son long voile pris dans les rayons de la roue d’un bolide prêté par un ami… Cette étoffe qu’elle aimait tant porter telle une muse sera aussi son linceul et nous ramène inévitablement aux soyeux drapés dont elle se revêtait pour présenter au monde ses chorégraphies empruntées à la mythologie grecque, allant jusqu’à en recréer le chœur antique avec
Les Isadorables-ce parfait ensemble de jeunes danseuses qu’elle formera dans ses écoles à son art pour le diffuser internationalement …
On oublie trop vite qu’Isadora donna ses premiers cours de danse à ses camarades de classe et de quartier à l’âge de six ans pour aider financièrement au foyer et qu’elle crée sa première école à l’âge de douze : en effet, sa mère Mary Dora avait été abandonnée avec ses quatre enfants à charge par son mari, un banquier ruiné.
En pédagogue idéaliste et consciente de la portée de son enseignement, elle continuera ainsi à ouvrir des écoles en Allemagne avec l’aide de sa sœur Elizabeth puis à Paris et à Moscou qu’elle quitte, passionnée puis déçue par la révolution russe et le régime soviétique …
Sa vie porte la marque d’une vraie tragédie : en 1913, alors qu’elle n’est pas avec eux, elle perd ses deux jeunes enfants noyés avec leur nourrice dans leur voiture tombée à l’eau et peu de temps après elle subit l’abandon de Serguei Essenine, le poète russe, alcoolique et dépressif qu’elle épousa en 1922.
Sur cette petite scène du Vieux Balancier, soutenus par des lumières ténues, les moments forts de cette personnalité peu commune sont ainsi passés en revue avec force et intelligence devant un public attentif : la particularité de Christine Wystup est entre autre - pour le décor ou le costume- l’utilisation de drapés bleus, rouges ou blancs qui soutiennent la gestualisation symbolique et dramatique du corps, la dynamique de l’espace/temps, ajoutant en la suggérant,
à la dimension spirituelle de cette artiste danseuse morte prématurément. Ces tissus, tour à tour les étoles ou les costumes antiques dont s’enroule la comédienne, font office d’ouverture ou de fermeture d’un univers à un autre... Chacun des éléments scénographiques et scéniques nous fait revivre le temps d’un instant le monde oublié d’Isadora …
Safia Bouadan
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