VIE ET MORT DE H, PIQUE-ASSIETTE ET SOUFFRE-DOULEUR

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manoeuvre
75012 Paris
Tél: 01 43 28 36 36

Jusqu’au 5 février 2017
du mardi au samedi 20h00
dimanche 16h00

 

Vie et mort de H, pique-assiette et souffre-douleur loupeCrédit photo Antonia Bozzi 

Beaucoup d’éléments parlent à l’intime dans cette pièce faite d’histoires de familles qu’on tolère, de parents, d’enfants déjà grandis, d’amis et du Temps qui change la donne et redistribue les pouvoirs entre les gens. Avec cette idée constante que l’être humain se désole autant qu’il se réjouit du bien et du mal qui peut arriver à autrui, surtout aux proches.

Hanokh Levin a une écriture acerbe mais généreuse, cruelle mais drôle. Il pianote sans cesse sur la gamme des sentiments : tendresse, culpabilité, remords, espoirs, délires.

Clément Poirée s’empare de ce verbe sans fard pour créer un spectacle où la démesure des personnages éclate. Un spectacle qui a demandé sans aucun doute un travail intense des comédiens pour trouver la gestuelle et le ton juste pour chaque rôle.

Un travail sur l’invention des personnages qui passe également par une recherche vocale précise, pointue et spécifique. Certaines voix sont flutées, d’autres rocailleuses, d’autres vibrantes comme des cordes, elles sont mezzo, alto ou sotto voce et sonnent comme autant d’instruments d’un orchestre aux vertus symphoniques.

Gestes, attitudes et manières de se mouvoir de chacun des personnages s’harmonisent alors avec les timbres et les rythmes des voix. Et c’est à un ballet théâtral auquel on assiste. Même les silences sont pleins de jeu, de rouerie et de sens.

Car il ne faut surtout pas oublier que sous ce feu d’artifice d’inventivité vrombit la noirceur lucide d’Hanokh Levin. On y évoque aussi bien la folie amoureuse que l’ingratitude parentale et les rapports brutaux mais vitaux entre générations, la mort, le suicide, les hypocondriaques et plaintifs de toutes sortes aussi : bref toute une société en ordre de marche.

Mais ce sont les liens entre humains qui sont disséqués. L’amitié, l’amour filial et parental, l’amour conjugal, la lassitude, la méchanceté et la recherche d’un bonheur illusoire, illusion ou extase ? Cette vision loufoque à force de noirceur déforme la réalité pour mieux la peindre haute en couleur, foisonnante.

Tous les interprètes sont époustouflants à un titre ou à un autre mais tous ont en commun l’art de la maîtrise, de l’extravagance, l’énergie généreuse, la précision des gestes et de la parole. Ils et elles ont créé des personnages d’une originalité exemplaire. Les traits tellement démesurés qu’on dirait par instant les personnages d’une bande dessinée, des apparitions cauchemardesques ou certains personnages parfois surprenants que l’on peut rencontrer dans sa propre rue.

Tout ceci produit une énergie surdéveloppée que certains considèreront comme du sur jeu, mais un sur jeu qui permet au texte de Levin de scintiller à chaque réplique. Tout alors apparaît de ce que l’auteur insuffle : la noirceur, l’humour, la dérision, la peine, la gravité et la jubilation de vivre.

La mise en scène dynamique de Clément Poirée respecte ainsi la forme de rire jubilatoire et le fond extrêmement lucide de l’écriture d’Hanokh Levin. Et l’on ressort de ce spectacle moitié ivre de rire, moitié groggy par les sentiments.

Bruno Fougniès

 

Vie et mort de H, pique-assiette et souffre-douleur

Texte d’Hanokh Levin
Texte français Laurence Sendrowicz (éditions Théâtrales)
Mise en scène Clément Poirée
Scénographie Erwan Creff
Lumières Kévin Briard assisté de Nolwenn Delcamp-Risse
Costumes Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy
Musiques Stéphanie Gibert
Maquillages et coiffures Pauline Bry
Collaboration artistique Sacha Todorov
Régie générale Farid Laroussi
Habilleuse Emilie Lechevalier

Avec : Moustafa Benaïbout, Camille Bernon, Bruno Blairet, Eddie Chignara, Louise Coldefy,  Emilien Diard-Detœuf, Laurent Ménoret,  Luce Mouchel

 

Mis en ligne le 13 janvier 2017