SUPERVISION

 

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
 75014 Paris 

Jusqu’au 8 février 2020 à 20h

 

Supervision loupe 

 

L'auteure, Sonia Chambretto, s'est interessée au monde feutré de la cusine française et du service hôtelier. La vie dans les palaces, les conditions de vie et états d'âme du personnel, voilà son terrain d'étude, inspiré par une série d'entretiens menés par une sociologue, Sylvie Monchatre pour ne pas la nommer. On voit bien le projet. On mesure combien était tentant de se saisir de cette parole brute pour tenter une approche mi-sociologique mi-psychologique.

Le problème, c'est que tout ceci en reste au stade de l'intention. On entend ces voix, on compatit ou on sympathise... mais surtout intellectuellement, l'émotion n'est pas là. Ou peu. La faute, peut-être, au fait que les comédiens (trois en tout) incarnent de nombreux personnages différents qui sont présentés sobrement par une voix off. Cette même voix off (vieil artifice de théâtre) en interroge certains, sorte d'entretiens d'embauche censés illustrer au passage la rigueur patronale voire l'inadaptation des langages... entre futurs employés et recruteur.

L'auteure, encore une fois, a tenté de mêler fiction, témoignages et documents d'archive. On entrevoit, à plusieurs reprises, ce que la pièce aurait pu donner, mais les saynettes sont trop courtes, l'auteure n'installe rien, préférant faire confiance aux comédiens pour donner de la chair à tout ceci.

On a aussi droit à du texte qui commente l'action (guère nouveau) et des monologues face public, plus informatifs que "sensibles".

Il y avait pourtant matière à réaliser un peu à l'anglo-saxonne, un travail réussi sur ces vies : celle de Cindy, stigmatisée parce que femme ou encore les affres d'un chef de rang ou bien Betty, avec la description de sa journée. Voilà Samy qui déroule le fil de sa vie et là, on commence un peu à s'intéresser.

Les personnages (est-ce voulu ?) n'ont de ressenti que professionnel. Ils n'ont pas de vie à l'extérieur et seuls sont mis en avant le côté répétitif de leur travail et la fatigue y afférant. Aliénation, donc et exploitation règnent. Tout ceci dans un cadre de grand luxe et de philosophie (facile) du client-roi.

Dans un décor sobre et épuré, plutôt réussi, avec des éclairages très travaillés, les déplacements s'enchaînent bien. L'ensemble se regarde sans déplaisir mais ne captive pas vraiment.

Ne soyons pas trop sévère, certaines choses fonctionnent et les comédiens, deux hommes et une femme sont justes et font bien ce qu'on leur a demandé. Et la tentative, de toute façon, est louable.

Gérard Noël

 

Supervision

de Sonia Chambretto
Mise en scène : Anne Théron
Chorégraphie : Claire Servant
Scénographie :Anne Théron, Barbara Kraft
Lumières : Mickaël Varaniac

Avec : Frédéric Fisbach, Julie Moreau, Adrien Serr

Administration : Bérénice Marchesseau

 

 

Mis en ligne le 7 février 2020


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