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L'Essaîon
6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
Du 11 novembre 2010 au 29 janvier 2011, du jeudi au samedi à 21 h 30, dimanche à 16 h30

L’écrin et son joyau !
L’écrin, c’est ce beau théâtre de l’Essaion pour lequel Régis Mardon a eu un coup de cœur-il y avait déjà monté des années auparavant un Marguerite Duras-. Mais ici le bijou, c’est cette adaptation très soignée et fort réussie de la célèbre œuvre de Choderlos de Laclos qu’il a faite en collaboration avec Pascal Emmanuel Luneau. Point de trait soulignant à l’extrême la perversité des deux amants maudits, Monsieur le vicomte De Valmont et Madame la marquise de Merteuil,
mais une plume discrète, précise, au style scénarisé comme on aime voir au cinéma et tenant compte sans créer de rupture des glissements dramatiques dans le temps et l’espace. Régis Mardon –en vrai réalisateur- veut raconter une histoire qui nous parle au cœur du ventre et celle ci nous entraîne dans les tourments intérieurs mais non pulsionnels de ces personnages. On se demande même si on ne se trouve pas là plongés dans l’ambiance d’un film doucement romantique et c’est en contradiction totale avec la violence
que sous-tendent les relations entre tous ces personnages. La mise en scène et scénographie ainsi que la direction d’acteurs sont pensées de telles sortes qu’elles dégagent une impression de fluidité dans l’enchainement des scènes, avec ces entrées-sorties- cour et jardin- utilisant avec grâce la beauté de l’espace et les ombres des voûtes et des pierres. Tels des plans séquences ou des fondus enchaînés, tout s’étire avec harmonie pour nous amener irréellement dans l’univers démasqué et bien réel
de ces âmes fortes ou faibles, tourmentées ou malhonnêtes.
Les liants musicaux empruntés au cinéma , les jeux d’ombre et de lumière , celui des flammes des bougies successivement éteintes ou allumées afin de créer une atmosphère de secrets d’alcôves contribuent à rendre la présence de l’un, tour à tour fantomatique ou obsédante par et dans la pensée de l’autre .Les lettres écrites puis lues par les protagonistes au fil du déroulement dramatique sont autant de confidences dévoilées .Pensées sous la plume de l’un, elles tombent
entre les mains d’un autre qui s’en joue impudiquement sous nos yeux…Tout de ce mécanisme mystérieux qu’est le jeu amoureux nous est ainsi offert et démantelé avec une douceur contrastant avec la cruauté de la partie infernale ainsi jouée entre les amants .
Le choix de ce type de mise en scène est des plus heureux : Régis Mardon assisté de Laurence Porteil, relève un beau défi, celui de réécrire cette œuvre mythique. Nous ne nous ennuyons jamais absorbés par le drame qui se déroule devant nous par touches inexorables…
Le décor imaginé par Catherine Parmentier et les costumes créés par Camille Lamy et Marlène Rocher sont tout simplement ravissants et d’une belle efficacité dramatique qui sert à la fois et au mieux les contraintes d’espace et le rythme de la pièce. La distribution est bonne : la petite Cécile de Volanges est jouée à la perfection par Coralie Coscas d’une juste et belle fulgurance-rôle joué en alternance avec Eloise Auria-. Marie Laborit campe une Madame de Rosemonde
tout à fait crédible dans ce rôle de vielle tante de Valmont qui vit ses dernières heures dans un cachot attendant que sonne le glas de la guillotine et narrant ainsi l’histoire des liaisons dangereuses et des mœurs dissolues de l’aristocratie au XVIII° siècle. Intéressant ce point de vue vu sous cet angle historique que nous propose ici l’adaptateur et le metteur en scène…
Soulignons aussi la force magnétique du couple des héros déchus : -la prude et pieuse Madame de Tourvelles jouée avec pureté, passion et pudeur par Guylaine Laliberté –touchante dans ce rôle inattendu-et Michel Laliberté jouant avec brio et forte malice, le terrible vicomte de Valmont ; il est tour à tour audacieux, arrogant et froid dans ce rôle de conquérant infâme et à femmes.Tous deux sont d’une si belle sincérité que cela en est jouissif de
voir évoluer ce couple de parents si harmonieux à la ville vers cette impasse et ce piège amoureux des plus fatals.
N’hésitez pas à découvrir ce spectacle audacieux, à l’affiche depuis le 18 novembre, qui dans ce lieu magnifique qu’est le théâtre de l’Essaion nous transporte dans un autre temps…
Safia Bouadan
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