LE CRIME DE CAMDEN TOWN

L'Auguste Théâtre 
6 Impasse Lamier
75011 Paris
01 48 78 06 68

Le 11 juin

 

Le crime de Camden Town loupe 

Le printemps des Arts est un festival initié par Juliette Moltes avec pour objectif de mettre en lumière la jeune création et permettre à de jeunes comédiens, metteurs en scène ou auteurs de se frotter au public et à la critique.

Chaque spectacle sélectionné se produit deux fois et ce soir nous assistons à la seconde représentation de « Le crime de Camden Town ».

Le texte est de Hugo Le Guen qu’on connaît davantage comme comédien – il a joué dans plusieurs spectacles à « La petite loge » notamment.

 

L’histoire est inspirée du tableau de Walter Sickert : The Camden Town Murder qui représente une femme assassinée gisant sur sa couche. Assis au bord du lit, un homme est assis, tête baissée, mains jointes. La femme était une prostituée tuée dans les bas fonds de Londres en 1907 sans doute par le fameux Jack l’éventreur. Rajoutons pour la petite histoire que l’écrivain Patricia Cornwell au terme d’une enquête minutieuse mais sans véritables preuves a  soutenu la thèse que le peintre était le célèbre criminel !

Mais ce n’est pas l’enquête policière qui a intéressé Hugo Le Guen mais plutôt la peinture d’une certaine société du début du XXème siècle imaginant quelle pouvait être la vie de ces deux personnages, leurs aspirations, les gens qui pouvaient les entourer.

Il nous en  livre une vision très sombre et quasi désespérée, ne laissant poindre aucun espoir de pouvoir échapper à sa condition, éclairée toutefois de quelques notes d’humour. C’est bien vu, bien écrit avec juste une légère tendance à grossir le trait qui rend de temps à autres les personnages un peu trop caricaturaux.

Il retrouve à la mise en scène Svetlana de Cayron qui avait dirigé un remarqué « Huis Clos » à « La petite Loge » et avec qui il avait déjà travaillé pour le spectacle « Ses femmes ».

Plein de bonnes idées traversent ici le plateau : chaque scène est conçue comme un tableau puisque c’est le peintre le narrateur de l’histoire, chacun commençant par une vidéo permettant de situer le décor : la chambre, une rue, le bar.

Le spectacle commence et se termine par la reproduction « en réel » du tableau d’origine.

Les personnages semblent tous  d’ailleurs  sortis d’une œuvre picturale avec des maquillages très réussis, qui utilisent les techniques de la peinture créant ombres et reliefs en blanc et ocre, et des touches à « l’impressionniste » sur les vêtements.

En revanche, toute scène devant servir à faire avancer l’histoire, les trois séquences dansées ne semblent pas vraiment nécessaires et rallongent inutilement le spectacle (même si elles sont très bien réalisées).

Il reste à trouver le bon rythme, l’ensemble est un peu lent, les répliques ne fusent pas comme elles devraient, les silences ne sont pas « habités ».  Julie Villers, avec l’expérience de ses one woman shows et son passage à « On ne demande qu’à en rire », domine indéniablement la distribution par ailleurs prometteuse, elle sert de moteur à la troupe, ses partenaires, portés par son dynamisme, ayant davantage de présence dans les scènes où elle leur donne la réplique. La preuve s’il en est qu’être comédien demande un vrai travail de longue haleine et qu’un artiste se construit petit à petit.

Tel qu’il est, avec ses qualités et ses quelques imperfections et maladresses, voilà un spectacle intéressant qui révèle pas mal de talents en devenir. À suivre.

Nicole Bourbon

 

Le crime de Camden Town loupePhoto Corps & Graphe

Le crime de Camden Town

De : Hugo Le Guen
Mise en scène : Svetlana de Cayron

Avec : Hugo Le Guen, Mélissa Rojo, Armance Molès, Julie Villers, Guillaume Sorel, Gaétan Penna


Mis en ligne le 12 juin 2015

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