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« Un Marivaux vraiment pas comme les autres… »
Tout est original dans cette pièce », écrite par Marivaux en 1730, « Le jeu de l’amour et du hasard » et mise en scène par Erika Vandelet. Cette dernière formée comme comédienne sous la houlette de Daniel Mesguich et à l’Atelier Antoine Vitez du Théâtre National de Chaillot fonde en août 1995 avec Jean Le Scouarnec, la compagnie du Théâtre de l’Echange. Cela la conduit naturellement au travail de mise en scène dont nous pouvons admirer
ici l’étendue.
Avec «
Le jeu de l’amour et du hasard », elle signe une œuvre dont la recherche théâtrale est particulièrement axée sur la modernité tant sur le plan de la scénographie que dans l’actualisation du propos dramatique, le tout sur un rythme des plus soutenus, ce qui n’est pas coutume dans ce type de répertoire très classique. En effet, dés la première scène, le spectateur est surpris de découvrir un décor sobre mais porteur de sens, formé entre autre d’un double plateau incliné posé sur la scène – imaginé par la
scénographe Valérie Jung formée à l’Ecole bruxelloise, et où s’entrecroisent des acteurs en costumes d’aujourd’hui savamment pensés par Sylvie Lombard. Au centre de la scène trône une baignoire de laquelle surgit une Silvia parée d’une nudité sans fard, jouée ici par Charlotte Baglan, jeune actrice dont on apprécie la vraie fraîcheur ainsi que la subtilité de jeu dans ce rôle d’amoureuse tour à tour facétieuse ou inquiète. L’ingénue est ainsi en grande confidence avec Lisette -soubrette aux allures de Carmen,
interprétée par la comédienne Anne Mauberret-Thunin, passionnante et très expressive.
Le jeu dramatique s’articule ainsi entre trois paires de complices : d’un côté Silvia et Lisette encadrées par Orgon et Mario, et de l’autre Dorante et son valet Arlequin, lesquels par des jeux de masques se croisent et forment d’improbables couples trompeurs et trompés par les apparences.
Le père de Silvia, Orgon, est manipulateur à souhait-Jean Le Scouarnec est par ailleurs remarquable dans ce rôle des plus ambigus-. Ce dernier entraîne son fils et frère de Silvia, Mario- l’acteur Nathanael Maini, dont la duplicité et la présence sont convaincantes- dans ce subterfuge imaginé par Dorante – Sébastien Nivault qui nous offre ici une très belle prestation. En effet, celui-ci va faire passer son valet Arlequin- joué avec panache par Raphael Poli-pour
le prétendu
destiné
à Silvia, afin de tester sa personnalité et ses sentiments. Ce qu’il ne sait pas, c’est que cette dernière a imaginé le même stratagème pour éprouver l’amour de ce prétendant qui lui est envoyé .Elle se déguise à son tour en Lisette qui prend alors la place de la riche héritière!...
De chassés croisés en quiproquos, de la réjouissance la plus vive à l’inquiétude la plus forte, voici remis au goût du jour ce classique mis en scène avec une belle intelligence, dans le choix fait d’une adaptation très personnelle du genre, appuyée par une stylisation très personnelle de la commedia dell’ Arte et par une perception singulière de cette « métaphysique du cœur » si chère à Marivaux.
Erika Vandelet fait ici un parcours sans faute en respectant l’écriture et le style du maître, tout en lui donnant une force créatrice. Elle est par ailleurs assistée pour la mise en scène par Marie-Christine Livinec-elle même aussi actrice et metteuse en scène- et pour les lumières, de Jean Michel Bourn, lequel sert par sa création, les divers jeux de masques qui tissent celui des
personnages.
Notons que
cette pièce de théâtre a reçu le parrainage de Robin Renucci.
Ainsi, ce ne sera pas le fruit du hasard qui vous mènera au Théâtre 12- Maurice Ravel- situé au cœur de la Porte de Vincennes… A l’affiche depuis le 17 septembre jusqu’au 18 octobre 2009.
Safia Bouadan
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