FRACASSÉS

Grande Halle de la Villette
211 av. Jean Jaurès
75019 Paris.
01 40 03 75 75

Jusqu’au 15 décembre 2018
à 20h,

Tournée :
4-17 janvier 2019 à Lyon (69) Théâtre des Célestins
12 et 13 mars 2019 : Châlons-en-Champagne (51) La Comète, Scène nationale
7 mai 2019 : Cergy-pontoise (95) Nouvelle Scène Nationale

 

Fracassés loupe 

Sincère hommage… ou réminiscence, on retrouve un peu du mythique "Blasted" (Anéantis) de Sarah Kane dans le "Wasted" (Fracassés) de Kate Tempest.

Cette dernière est une rappeuse née en 1985... dont l'oeuvre poétique est riche et l'oeuvre dramatique... en plein essor.

On comprend que le metteur en scène Gabriel Dufay ait été séduit par ce texte : il évoque trois trentenaires en qui il est aisé de se reconnaître : ce sont des amis de longue date, de jeunes Londoniens que la vie a peu à peu éloignés. Il y a le couple formé par Charlotte et Danny, tout d'abord. Elle est devenue prof' et se persuade que c'est là sa vraie vie, celle où elle va pouvoir s'épanouir, se sentir utile. Lui, entre deux joints et une ligne de coke, bricole toujours dans la musique. Son groupe se produit dans des salles minables, des bistrots et il veut croire qu'il va enfin "percer", que son quotidien comme celui de Charlotte va changer du tout au tout. Enfin Ted (incarné par le metteur en scène) est devenu employé de bureau : fini les tee-shirts "no future", la bibine et les soirées qui finissent à pas d'heure, il s'est rangé et vit en couple. L'occasion leur ait donné, à tous trois, d'une soirée mémorable (la dernière ?), une soirée où ils vont sortir, s'éclater,  philosopher  et tenter de refaire le monde, à commencer par le leur.

On voit assez vite la limite de l'exercice. C'est Raoul Vaneigem qui écrivait : "Nous étions nés pour ne jamais vieillir !"

Toute la pièce, entre propos pas vraiment nouveaux et monologues lucides, illustre cette idée. De plus, les trois ont perdu Tony, un autre ami et c'est avec sa fin, celle de leurs illusions. "On avait l'impression que le monde était à nous..." est leur antienne.

Entendons-nous : tout ce qui est "autour" du texte est fort et maîtrisé : les projections de paysages urbains, la musique (qui baisse puis s'arrête quand les personnages vont parler) les lumières, et surtout la mise en scène.  Les comédiens sont au top, chacun dans leur style : Clément Bresson prête à Danny sa barbe en broussaille et ses élans désabusés. Claire Sermonne a la gnaque, elle impose dès le début un personnage de "caillera" qui cède la place assez vite à une femme "rangée" dont le mal être est criant. Quant à Gabriel Dufay, crâne rasé et silhouette dégingandée, on suit avec empathie les déambulations de son personnages, pris entre l'envie de tout laisser tomber, et celle de refaire "quelque chose", s'associer avec ses amis, par exemple, pour ouvir un food-truck consacré à la boisson. Il rentrera lui aussi dans le rang et accompagnera sa compagne, le matin suivant, pour aller choisir des rideaux.
En bref, il est dommage qu'ici, seul le texte ne soit pas tout à fait à la hauteur de la réalisation et de l'interprétation.
Mais le spectacle, surtout dans la deuxième partie, réserve de vrais beaux moments d'émotion: il parlera peut-être plus au moins de quarante ans qu'aux autres. Ils en partageront le constat amer et seront séduits, n'en doutons pas, par les mots et le propos de Kate Tempest. Ici à Paris ou bien ailleurs, puisque la pièce part en tournée.

Gérard Noël

 

Fracassés

de Kate Tempest.
Mise en scène : Gabriel Dufay
Scénographie : Pierre Nouvel

Avec : Gabriel Dufay, Clément Bresson et Claire Sermonne

Costumes : Gwladys Duthil
Vidéo : Pierre Nouvel et Vladimir Vatsev
Son : Bernard Vallery
Lumières : Sébastien Marc
Régie vidéo/son, montage images : Jérémie Oury
Regard Chorégraphique : Corinne Barbara
Stagiaire mise en scène : Salomé Blaise

 

Mis en ligne le 12 décembre 2018