LES FLEURS GELÉES

Au théâtre 13

depuis le 4 janvier 2011.


© Ludovic Sigaud

Une tragicomédie nordique  et médiévale envoûtante, une magnifique adaptation d’œuvres d’auteurs.

 

C’est avec bonheur que nous avons pu assister à la première de la création « Les « Fleurs gelées », titre donné en référence à l’une des répliques d’un personnage clé de la pièce. Léonard Matton relève un beau défi et nous offre ce soir-là un spectacle de haut vol issu de l’adaptation de deux pièces d’auteurs : « La fête à Solhaug » de Henrik Ibsen et « La femme de Sire Bengt » de August Stringberg. L’originalité d’écriture de ces deux œuvres du XIXe réside en  la jeunesse des écrivains au moment de la création et en sa situation historique- l’action se situe au Moyen Age au XIVe siècle en Suède- et chronologique - la seconde est la suite directe de la première-. Tout naturellement mues par un coup de cœur du créateur naîtront Les fleurs gelées.

Au cœur du XIVe siècle, dans un royaume de Suède pris dans la tourmente des rixes entre seigneurs, deux sœurs aux jeunesses éloignées se disputent l’amour d’un paysan devenu Chevalier mais qui sous le coup d’un bannissement du Roi pour raison d’infortune et de pauvreté  verra sa vie se transformer en enfer, par la main de son pire rival, le cruel bailli Knut.  Margit est déjà mariée, fortunée  et malheureuse, sa jeune sœur Sygne est innocente et sans aucune expérience de la vie que celle convenant à la fraîcheur de son jeune âge, lorsqu’arrive au château, Bengt, amour de jeunesse de Margit qui s’apprête à fêter ses trois ans de mariage avec un seigneur disgracieux, possessif et brutal.

Le travail de création est ambitieux tant sur le plan de l’adaptation textuelle, les chansons, la mise en scène mais aussi par la composition et l’orchestration musicales assurées par le frère du metteur en scène Jules Matton de la Julliard School.  Il nous faut d’autant souligner la création costumes exceptionnelle de la grande styliste espagnole Agatha Ruiz de la Prada qui donne une force contemporaine et lumineuse à ce thème moyenâgeux des plus tragiques. Cette touche esthétique ne serait rien si elle n’avait été portée magnifiquement par des comédiens aux talents certains.

 Ils sont parfaitement distribués : parmi les principaux personnages, citons  la jeune Sygne jouée par la très douée Julie Cavanna, ravissante, passionnée et touchante, le Chevalier Bengt, joué en alternance par Benjamin Penamaria et interprété ici par Alexis Michalik qui montre avec force et vérité toute sa palette d’acteur, particulièrement bouleversant dans son combat mené pour sauver son amour et son honneur.

L’une des sœurs gelées, Marjorie de Larquier maîtrise elle aussi avec une belle justesse  dramatique, son jeu d’épouse, de femme enflammée et envieuse de la passion irrépressible que porte son ancien amour de jeunesse à sa jeune sœur. Le seigneur et maître des lieux est fort bien campé par Matthias Marty manifestement très à l’aise en mari possessif, cynique et sans grâce tout autant  que le terrible et dangereux Knut dont le rôle est endossé avec une énergie mordante par Nicolas Saint Georges .Tous sont excellents –à noter aussi l’interprétation de Léonard Matton dans le rôle du lâche Erik de Hoegge.

De belles surprises avec du rire, des combats de scène risqués qui se font en effet avec de lourdes épées, avec une scénographie  et un décor pensés par Aurélia Michelin à l’esthétique sobre mais troublante – tentures murales rappelant les démons de cauchemars refoulés-citons les dessins originaux de Luc François Granier-.

 Les actes se déroulent ainsi sous nos yeux fascinés nous plongeant dans un univers baroque et moderne à la fois , dans un jeu de lumière très soigné  signé Mohamed Mokaddemini.

Léonard Matton est soutenu à la dramaturgie par Roch Antoine Abaladejo et pour les chorégraphies par Julien Dusart et Philippe Lamassoure.

Bravo donc à la compagnie A2R pour cette nouvelle création à qui nous souhaitons nos meilleurs vœux de succès !

 

Safia Bouadan

 

Les fleurs gelées

de Henrik Ibsen et August Strindberg (création)

mise en scène Léonard Matton

Avec Julie Cavanna, Marjorie de Larquier, Mathias Marty, Léonard Matton, Alexis Michalik ou Benjamin Penamaria et Nicolas Saint-Georges