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« Le chandelier » d’Alfred de Musset…une pièce enlevée et fascinante !

Cette pièce envoûtante d’Alfred de Musset augure la publication très proche de son œuvre « Confession d’un enfant du siècle » et qui a beaucoup inspiré la metteuse en scène. Tout fusionne dans cette pièce : le mot, le corps, les thèmes dramatiques tels le mensonge et la duplicité, la confusion des sentiments, la désespérance amoureuse, la mort.
Dans un salon, des jardins aux alcôves secrètes, depuis une fenêtre d’où on épie les allées et venues de l’amant du soir, quatre personnages s’affrontent et se démasquent avec leurs vices, leur peine et leurs envies.
Jacqueline, femme maltraitée par son époux Maître André, brutal et irrévérencieux est aimée de Fortunio l’infortuné éconduit et sacrifié au ban de la manipulation diabolique ourdie par l’amant de celle-ci : l’impitoyable et sauvage officier Clavaroche qui n’hésite pas à utiliser la faiblesse du jeune Fortunio dont il fera leur chandelier afin de détourner les soupçons du mari jaloux.
Un quartet amoureux est ainsi diaboliquement formé avec le mari, la femme, l’amant et l’amoureux transi.
Chacun des acteurs est très à l’aise dans son registre : Bertrand Farge, Johannes Oliver Hamm ou Ludovic Perez, Marie Plouviez, très en place dans le rôle de Jacqueline. Cela fonctionne auprès du public qui rebondit autant que leurs corps au rythme des épisodes, des stratagèmes et des retournements de situations dramatiques.
Ce travail précis de mise en espace et de direction d’acteurs est réalisé avec une exigence liée au corps voulue par la metteuse en scène Marie Claude Morland « pour une écoute physique et sensuelle des mots » et « pour que seuls les corps et les souffles des comédiens le portent ».
Les costumes sont adaptés : celui réalisé pour le rôle de l’épouse jeune et belle est ainsi imaginé pour les besoins physiques de la scène : on eût aimé voir une Jacqueline féminine dès le début de la pièce et moins pantomimique mais il faut reconnaître que cela sert corporellement au jeu dramatique qui se noue entre les amants. La robe portée dans un second temps la rend plus charmante et désirable.
La lumière joue aussi un rôle important, réduit à un piano d’où s’extraient les amants fougueux ou quelques meubles de salon, dans ce décor très intimiste du Théâtre Lucernaire.
Cette pièce au premier abord très déroutante retient néanmoins l’intérêt par son parti pris d’un style de mise en scène très près du corps ; même si, parfois un peu trop acrobatique, il prend le risque de nous éloigner du propos dramatique.
Les acteurs sont bons et pleins d’une énergie qu’ils transmettent au public en communion avec eux : jeux et farce, drame et mort se conjuguent dans ce spectacle qui saura troubler le spectateur à plus d’un titre.
La production du Théâtre du Trèfle porte ici une nouvelle création qui mérite d’être découverte.
À suivre donc : après Paris, ce spectacle tournera bientôt sur les villes de province.
En savoir plus : www.theatredutrefle.com
Safia Bouadan
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