R & J

R & J …Du théâtre dans le théâtre !

Que d’inventivité, d’humour et d’émotions dans ce «Roméo et Juliette» pas comme les autres !...Grâce aux talents de la troupe de comédiens qui se produisait hier soir sur la scène du Studio des Champs Elysées, nous avons pu vivre un vrai moment de théâtre à la première de R & J, inspiré de la tragédie de Shakespeare, adaptée, montée et jouée par Alexis Michalik dans le rôle de Roméo.

Trois personnages sur scène, deux hommes et une jeune femme habillés en tenues décontractées et modernes, nous apostrophent gentiment du haut du plateau  alors que nous nous installons confortablement sur nos sièges.  Ils nous invitent dès lors à entrer dans une ronde théâtrale et endiablée aux allures presque enfantines….

Le livret et la mise en scène nous emmènent bien au-delà du songe prophétique de Mab et de la tragédie shakespearienne, jouant toujours cependant avec la modernité du propos textuel et le ressort du  rire : en effet, la comédie est présente dès le début de la pièce …Puis lorsque s’égrènent les notes endeuillées de l’Ave Maria de Schubert, on bascule vers le drame soutenu par le jeu de lumières créé par Nicolas Lamartine. Les comédiens(ne)  Juliette Capulet- Anna Mihalcea, très juste en innocente passionnée et des plus émouvantes en jeune épouse éperdue-  et Roméo Montaigu -Alexis Michalik , en amant volontaire et courageux, puis souffrant et malheureux- sont convaincants et touchants . Le public est ému par le désespoir qui s’abat soudain sur leurs pauvres âmes…Mais pourquoi meurent-ils ? se dit-on.  Oui, pour une fois, on aimerait vraiment que cette tragédie connue de tous et librement adaptée ici par son auteur, nous offre enfin une fin heureuse ! Soupirs ! …

La mise en scène est parfois pensée en circus : les acteurs tournent autour du décor scénographié par Rachel Marcus -composé de portants agrémentés de panneaux ingénieux et roulants-disparaissant et réapparaissant au gré des épisodes et des nombreux changements rapides de costumes imaginés par Sarah Dupont. Au cœur de ce jeu tragicomique, nous nous retrouvons plongés de façon inattendue dans le monde tragique, onirique et puissant de Shakespeare, celui des rixes claniques des Montaigu et des Capulet, familles puissantes de la belle Vérone, celui éternel et beau de Roméo et Juliette…

Pourtant l’action connait tout au long de la progression de l’intrigue dramatique des épisodes bouffons qui soufflent un vent de légèreté au milieu des sièges occupés par les nombreux spectateurs. Ce choix judicieux apporte beaucoup au charme de la pièce. Les scènes se veulent tantôt drôles et interactives avec le public ou  purement poétiques et romantiques,  axées alors sur le drame amoureux et reposant sur le douloureux dilemme qui y est rattaché  pour nos héros : mourir par amour- par le sacrifice que Roméo veut faire de sa vie pour laver sa faute d’avoir tué un membre très aimé de la famille Capulet et de Juliette, elle même  rendue coupable d’être tombée amoureuse de son pire ennemi, un Montaigu.

Tous deux décident alors de fuir leur destin funeste, aidés par Frère Laurent –Régis Vallée excelle dans tous les registres -et pour Juliette, cela signifie de simuler la mort afin de ne pas subir des épousailles forcées avec un comte des plus disgracieux. Soulignons ici encore les belles performances réalisées par nos trois acteurs car chacun joue -tel un homme-orchestre - tous les rôles principaux de la pièce. La mécanique du jeu théâtral est montrée voire démontée sous nos yeux -tout se fait face public : changements de décor ou de costumes, habillages et déshabillages ...

La tragédie de Shakespeare est bien ici repensée, ce qui permet une  redécouverte assez surprenante mais attachante de l’œuvre : le texte, les saynètes musicales-citons la touche apportée  par la musique indie rock de Spleen -, et le jeu scénique qui emprunte au théâtre de geste, à celui de guignol ou de la comedia delle arte, sont au final très harmonieux.  Beaucoup de trouvailles ingénieuses, d’idées audacieuses s’entremêlent et s’articulent finement pour nous enchanter et le public composite et transgénérationnel est réellement conquis !

Après le succès non démenti au 20è théâtre et au Splendid de « La mégère à peu près apprivoisée », une adaptation réussie en comédie musicale de la pièce de Shakespeare, voici en terre parisienne R & J !…On rit, on pleure et on en redemande ! Alors, cher public,  laissez-vous porter par l’originalité de cette pièce qui ne vous laissera pas indifférent!...  Depuis le 20 mai, tous les soirs à 20h45 du mardi au samedi et le dimanche en matinée au Studio des Champs Elysées.

 

Safia Bouadan

 

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