La vie parisienne au théâtre Antoine
Ces années-là à Saint-Germain des Prés
TISMEE : Mama Africa, on t’aimera toujours !
La vie parisienne à l'Opéra de Lyon
Dracula, entre la vie et la mort
| TOUJOURS ÇA DE PRIS |
|
L’éternel féminin
Vanessa Hidden nous donne, dans un charmant numéro, une vision légère de la femme. Elle interprète avec grâce, légèreté, esprit et beaucoup d’humour des chansons du début du siècle qu’avaient immortalisées Marie Dubas, Yvette Guilbert et Yvonne Printemps. Des intermèdes écrits par Stéphane Ly-Cuong, également metteur en scène, décrivent une femme d’aujourd’hui que ne renieraient pas ces trois grandes dames. C’est moderne et nostalgique en même temps, tendre et parfois cruel, bref, jouissif. On se laisse porter par le charme de l’interprète, sa voix superbe, son jeu à la fois ingénu et pervers, la fausse naïveté des mots, la virtuosité du pianiste, Tristan Michel, la mise en scène précise dans sa sobriété. Ce spectacle qui aurait pu être ringard fait passer un moment délicieux, hors du temps. Il nous raconte l’éternel féminin, mais pas féministe, heureusement Vanessa Hidden met la distance nécessaire pour qu’on prenne au second degré la femme frivole décrite dans les chansons. Elle fait une interprétation magnifique de « C’est la saison d’amour », comique de « Pédro », moqueuse de « Quand on vous aime comme ça », étourdissante du « Tango stupéfiant ». Excellente comédienne, elle nous fait partager des moments inattendus, comme lorsqu’on la trouve couchée au sol à manger du Nutella ! Cette équipe parvient à créer un climat qui devrait ravir aussi bien les personnes d’un certain âge que les plus jeunes. Saluons ici Michèle Tollemer qui ouvre son Atelier théâtre de Montmartre rue Coustou à ce spectacle parmi d’autres, elle qui défend avec acharnement une certaine idée de l’art, qui a rêvé et réalisé un lieu dédié à la création, se voulant comme elle le dit si bien « une patronne en résistance ».
Nicole Bourbon
En savoir plus http://ateliertheatredemontmartre.ifrance.com/
|
| LA BELLE ET LA BÊTE |
|
« Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ... » Tout n’est que poésie dans cette œuvre extraordinaire et mythique « La Belle et la Bête », imaginée au cinéma par le génie de Jean Cocteau et écrite à l’origine au XVIIIe par Jeanne Marie Leprince de Beaumont. L’adaptation de Guy Grimberg qui a pris soin d’en respecter le lyrisme, reste ici magique, inattendue par ses moments de franches drôleries et féerique. Tout commence par un tableau où l’on voit un prince malchanceux transformé en créature hideuse sous l’action maléfique d’une princesse dont il a repoussé la proposition de mariage - Jean Denis Lefèvre en Bête touchante et fière en alternance avec Christophe Jeannel-. La scène suivante nous présente un décor quasi réaliste de cirque ambulant où La Belle-joliment incarnée par Caroline Cottier-, son père- l’acteur Fred Nony, en père aimant et juste- et le fermier Igor – David Seigneur, au jeu bien trempé-se produisent sous les yeux de la coquette, paresseuse et jalouse Bérangère, fille aînée du pauvre homme-Laetitia Richard, très piquante en alternance avec Sabine Michaud-. Le conte s’installe alors et nous projette dans un château fantomatique où s’activent maladroitement deux domestiques dont on se régale des scènes les plus cocasses –nos Laurel et Hardy alias Courtemanche et Tourneclou sont très bien campés par Vincent Grousseau et David Groleau- Signalons la performance comique et acrobatique irrésistible de ce dernier! Tapi dans l’ombre, le Prince devenu La Bête, règne en seigneur isolé particulièrement aigri par des années de souffrance…Une rose enchantée, arrachée à la vie par le père de la Belle, redonnera alors un sens à la sienne... La scénographie est belle : les scènes sont ponctuées par des moments de totale loufoquerie au rythme accéléré, qui n’enlèvent rien au charme romantique et suspendu dans le temps qui entoure La Belle et La Bête. Cette mise en scène nous plonge dès lors dans l’univers poétique décrit par Jean Cocteau, dont le texte ici est très bien adapté par Martine Nouvel. Le livret musical est un bouquet symphonique, lyrique et envoûtant –le chant de La Belle est un extrait de « La chanson de Solfeg » de Peer Gynt . Notons que les costumes de La Bête, du Prince et de La Belle ont été créés par Pierre Cardin. Ainsi, c’est aussi beau à écouter qu’à voir… Ce conte plein de magie et de poésie est aussi pour tous, une délicieuse invitation au rêve… Safia Bouadan A l’affiche au Palais des glaces : http://www.palaisdesglaces.com/ Signalons la création Peter Pan actuellement aussi au Théâtre des Variétés
|
| PETER PAN |
|
Comme un livre d’images animées… La lumière tamisée d’une chambre d’enfants… Le rêve s’offre à nous : Wendy dort, Michael endormi aussi, tient serré contre son corps son inséparable nounours, John aux éternelles lunettes, l’aîné des enfants à ses côtés... Un conteur –joué avec une belle présence par Guy Grimberg, aussi metteur en scène de la pièce et de « La Belle et la Bête » à l’affiche au Palais des Glaces- s’avance doucement vers un public attentif. Il s’agit de John devenu un homme. Il nous confie son histoire dans un retour vers le monde de son enfance: nous entrons alors dans l’univers onirique de Peter Pan-interprété par le jeune Thibaut Boidin, léger, sensible et doté d’une très jolie voix- … La magie commence… Ce conte musical fidèle au chef d’œuvre de James Matthew Barrie, finement adapté par Martine Nouvel, nous transporte dans l’ombre féerique de Peter Pan. « Celui qui ne veut pas grandir » est venu du Pays imaginaire pour emmener Wendy afin d’offrir une maman aux enfants perdus, ses seuls amis, au grand dam de la fée Clochette. De la romance la plus innocente aux jeux les plus espiègles… De combats acrobatiques des plus énergiques à la danse des plus gracieuses de Lily l’indienne- la talentueuse Vanessa Cailhol évolue sur une chorégraphie de Caroline Cottier-, tout est mené ici tambour battant ! Nous tous, petits et grands, sommes tenus en haleine au fur et à mesure que se succèdent dans la plus belle des fantaisies les aventures rocambolesques de Peter Pan. On se rend complice des facéties malicieuses de nos trublions en culottes courtes, ponctuées par le rire des enfants dans la salle qui se manifestent joyeusement. La distribution est parfaite : la famille Darling, les pirates et les enfants perdus ou encore la délicate Wendy sont très justes et Christophe Jeannel, dans le rôle du Capitaine Crochet, excelle dans ce registre… Ainsi, chacun joue, danse et rebondit avec une telle joie que parfois on se croirait bien à la récré! Les scènes, la scénographie sont peaufinées de telle sorte que le voyage féerique se prolonge, ce, malgré les changements de décor par ailleurs magnifiques, réalisé par Antoine Jayez, sur une idée de Guy Grimberg, lequel est aussi à l’origine des costumes réalisés par Corinne Joubert. Peter Pan… Un très joli cadeau à faire aux enfants !
Safia Bouadan À l’affiche jusqu’au 3 janvier 2010 au Théâtre des Variétés : www.theatre-des-varietes.fr Signalons aussi que « La Belle et la Bête » de Martine Nouvel et Guy Grimberg se joue actuellement au Palais des Glaces :
|
|
MISTINGUETT MADONNA ET MOI
Caroline Loeb : Une artiste à la gouaille généreuse … ! Le ton est donné ce 5 octobre -jour anniversaire de l’artiste- au Théâtre Montmartre-Galabru dans ce nouveau show « Mistinguett, Madonna et moi » écrit et mis en scène par Caroline Loeb avec Nicolas Vallée et Yves Coudray. Dans une envolée musicale et théâtrale fantasque et pleine de charme, cette dernière nous campe avec aplomb quelques belles célébrités du Music Hall. La chanteuse, comédienne et metteuse en scène - « Les monologues du vagin » au Théâtre Michel 2007, « La Madeleine Proust » au Rive Gauche 2008 -, nous montre ici toute sa palette d’actrice et de chanteuse de Music Hall alliant avec aisance et audace, le burlesque à la chanson populaire. Dans ce spectacle tonique et original, avec une autodérision parfaite, défilent ainsi des égéries du Music Hall telles qu’Arletty, Mae West, Zizi Jeanmaire, Mistinguett ou encore Tallulah Bankhead - actrice célèbre sur l’autre continent mais ignorée ici - … Caroline Loeb n’hésite pas en passant à se gausser d’elle même et de son tube « C’est la ouate », qu’elle triture musicalement par tous les bouts. Elle nous entraîne au gré de sa fantaisie dans un répertoire de titres revisités et détonants incarnés par des vedettes comme Fred Astaire, Joséphine Baker, Yvette Guilbert ou encore Madonna et elle est accompagnée par l’excellent accordéoniste, et son complice à la scène, Laurent Derache. À la fin du spectacle, on est « à bout de rire », époustouflés par la verve sympathique de cette artiste subtile, toujours aussi gouailleuse et vraiment douée ! Caroline Loeb mène ici la danse et le jeu avec brio, parsemant son show de joutes oratoires avec le spectateur aussi inattendues que loufoques, mais toujours maîtrisées : un art difficile à manier… Elle nous présente ainsi en cette occasion, un extrait de son album « Crime Parfait », disponible depuis le 5 janvier 2009 et distribué par le site Believe. Philippe Gautier en a habillé le titre dans un très beau clip réalisé avec l’artiste et que vous pouvez déjà voir en ligne… N’hésitez pas à venir nombreux partager l’univers pastiché d’humour et de tendresse de Caroline Loeb ! « Mistinguett Madonna et moi » est à l’affiche au Théâtre Montmartre-Galabru jusqu’en décembre, tous les dimanches à 19h.
http://www.youtube.com/watch?v=p9_U_-fYtgw&feature=channel_page
Safia Bouadan
|
|
Le Quatuor 1084°C …est Dans le vent !
De formation supérieure classique, nos virtuoses sont tous de merveilleux solistes ou intégrés dans des formations prestigieuses d’Orchestre d’Opéra. C’est en 1998 qu’ils conjuguent leurs talents ce qui les conduira à obtenir en 2000, le premier prix de Musique de Chambre à l’unanimité au Conservatoire Supérieur de musique de Paris. Depuis 2006 par ailleurs, la compagnie « Cuivres à la carte » se charge de promouvoir leurs récitals...Leur nouveau spectacle porte un titre aussi loufoque que leur originale prestation : « Dans le Vent : un road movie musical » et il a été coécrit en collaboration avec Matyas Simon, par Frédéric Baptiste, également metteur en scène, créateur de « Déconnectées » Avignon 2004 et Estelle Bright -Avignon 2005- ou encore de Musical Suspect au Théâtre Sorano de Vincennes...
Ce vendredi 2 octobre à L’Espace St Exupéry de Franconville, le public était venu très nombreux pour applaudir la belle performance de Pascal Benech, tromboniste basse, François Michels, tromboniste ténor, Vincent Mitterrand, trompettiste et Marc André, trompettiste. En effet, notre quattuor en pleine prestation orchestrale –la scène d’ouverture est des plus drôles !- est obligé soudainement de fuir pour l’Espagne avec trompettes et trombones ! Nos amis comptent bien se faire oublier de la police qui les pourchasse pour un meurtre qu’ils n’ont pas commis mais l’aventure pour eux ne fera que commencer...
Cette trame dramatique judicieusement imaginée par les auteurs nous permet de suivre avec jubilation, les tribulations de nos sympathiques « Pieds Nickelés » en goguette, devenus pour un soir, musiciens-acteurs et danseurs de cabaret ! Ce spectacle musical vraiment pas comme les autres prend ici sa véritable dimension grâce aux concours du metteur en scène, Frédéric Baptiste et de la chorégraphe Catherine Arondel - « Chance » 2001-2009 et interprète aussi comme dans Cabaret 2006 – 2008 - lesquels ont imaginé une pièce sous la forme de tableaux originaux, teintés de poésie et d’humour, associant un très large palmarès musical où chacun peut reconnaître les plus grands airs classiques et nos plus célèbres standards de music hall ou de films cultes ! Ce Quatuor de cuivres qui fait grimper la température à 1084°C n’a pas fini de nous faire rire !... À suivre !
Safia Bouadan
|
|
Étincelant
Charles Moeller et Cláudio Botelho, très connus pour les spectacles musicaux qu’ils créent au Brésil, ont concocté à partir des chansons des Beatles un vrai petit bijou que les lyonnais ont eu le plaisir de découvrir à la Maison de la Danse. Dix chanteurs et trois musiciens (violoncelle, piano, percussions) se sont véritablement appropriés ces standards des années 60 pour en faire un spectacle qui sort de l’ordinaire où l’on a parfois un certain mal à reconnaître les originaux tellement ils sont retravaillés. Mais c’est fait tellement intelligemment et avec tant de talent que même les puristes n’y trouvent rien à redire. Les voix sont superbes et nous emmènent sur des sommets, que ce soit des solos, des duos ou des ensembles polyphoniques. A été particulièrement applaudi le duo « Let It Be » et « Yesterday », où voix et textes s’entremêlent dans un accord d’une beauté à vous mettre les larmes aux yeux. Pas d’histoire, un vague fil rouge tellement ténu qu’on l’oublie vite mais là n’est pas le propos. Pas de décor, juste des accessoires, chaises, gants, parapluies et autres valises mais qui viennent souligner fort justement les effets de mise en scène. Des lumières époustouflantes avec des pénombres et des ombres, des halos qui transpercent la brume. Les succès s’enchaînent souvent dans l’ordre des albums, notamment la face B d’Abbey Road. C’est sublime, c’est à la fois Les Beatles et tous les souvenirs qu’ils véhiculent mais aussi complètement autre chose. Un «Yellow Submarine» complètement loufoque, un «Honey Pie» délirant, un «Michelle, Ma Belle » lyrique, des medleys superbes, le public conquis a tout savouré et les applaudissements chaleureux et nourris ont amené en rappel, bien sûr un «Hello Goodbye » repris en chœur par toute la salle.
Nicole Bourbon |
|
Des chants pour se souvenir
Les voilà, les Quilapayun, ce groupe chilien fabuleux qui porte la voix des disparus, des victimes de la dictature chilienne depuis tant d’années. Ils entrent en scène, vêtus du poncho noir des muletiers des Andes, et déjà une immense ovation monte de la salle. Pour ce qu’ils sont. Pour ce qu’ils représentent. Pour saluer 45 ans de combats. Et aussi un talent unique. Une grande émotion planait sur le Châtelet pour ce concert exceptionnel dédié à Victor Jara, chanteur, poète et compositeur engagé, qui fut leur directeur artistique de 1966 à 1969. Les chants se succèdent et la magie opère. Les voix puissantes aux harmonies vocales prestigieuses transportent le public bien loin de Paris, il n’est nul besoin de connaître l’espagnol, on ressent tout ce qu’ils veulent nous dire, et les images défilent dans les têtes, portées par la musique. Retour aux années sombres du Chili avec le coup d’état des généraux emmenés par Pinochet, les arrestations, les tortures, les assassinats dont celui de Victor Jara. En ce terrible jour du 11 septembre 1973, les Quilapayun étaient en concert à Paris, ce qui leur a sans doute sauvé la vie. Et c’est la ville de Colombes qui leur offre asile, quel symbole ! Ils deviendront les porte-paroles de tout un peuple, portant haut les valeurs de liberté et fraternité dans le monde entier. Sauf, le cœur déchiré, dans leur propre pays qu’ils ne retrouveront qu’en 1988 après le retour de la démocratie. Depuis chacune de leur apparition est un événement. Pour eux, avec le temps qui passe, il est de plus en plus important de transmettre, de porter le flambeau du souvenir. Le devoir de mémoire sous-tend leur existence. Mais ils sont aussi poètes, musiciens et ils font également partager tout le patrimoine culturel du Chili, avec son folklore, ses instruments particuliers comme les charangos, bien loin de la prédominance de la musique anglo-saxonne. Le public est comme envoûté. L’émotion est palpable et atteint son paroxysme avec en final le célèbre chant emblématique « Venceremos ». Toute la salle est debout, et l’ovation se prolonge, c’est comme une vague qui submerge tout ; par delà le Chili c’est la voix de tous les opprimés sur terre qui s’est faite entendre. Nul besoin de mots. La musique est universelle. Toujours. Siempre.
Nicole Bourbon
En savoir plus :
|
|
Un hymne poétique et lunaire pour les petits et pour les grands! Jeannot et Jeannette dans ce conte musical plein de poésie nous font revivre ce beau théâtre de marionnettes si cher à notre culture et à notre enfance… Le théâtre de Jean De la Lune est frappé d’un arrêt de destruction pour devenir un garage. Déjà nos deux complices sont sur les lieux, et la magie de leur imaginaire, sous les notes de la célèbre comptine issue de ce personnage lunaire opère, car Jean de la Lune ressuscite sous nos yeux. Il nous emmène alors dans une aventure où se croisent un géant, la maison citrouille, et dans un effet d’illusionnisme réussi, apparaissent en ombres chinoises ou en lumière noire, l’Ogre de Barbarie, mangeurs d’enfants et la fée Zélée. Ce conte éducatif, merveilleux et spirituel dont la seule prétention est de nous faire rêver, est servi par deux acteurs passionnés de ce genre, comme la très romanesque Amala Landré dont le papa, Patrice Landré, auteur compositeur a écrit l’histoire et la musique pour la scène au côté de sa maman, Oona Hodges, actrice et chanteuse. La jeune Amala, interprète du célèbre « violon sur le toit », et de « Rutabaga Swing » ou plus récemment d’«Audimat » porte ce spectacle lunaire avec beauté aux côtés de son compagnon Arnaud Denissel, excellent par ailleurs en Jeannot, déjà remarqué aussi dans « les années Twist » ou dans « Le soldat rose ». Ainsi Jean de la Lune, un conte aux multiples effets créé par la compagnie Patchwork, mis en scène et en décor avec ingéniosité par James Hodges, n’a pas fini de nous éblouir!...
Safia Bouadan
|
|
L’Opéra de Lyon a choisi la mise en scène épurée de Klaus Michaël Gruber disparu en 2008. Créée en 1993 au Châtelet, à Paris, elle avait alors soulevé la polémique. Seize ans plus tard, le public semble plus réceptif. Il est vrai pourtant qu’elle est surprenante. Cette vision austère et dépouillée, bien loin des fastes habituels, crée une intimité dérangeante, dans une atmosphère sordide et oppressante. Minimaliste, elle n’autorise aucun geste amoureux, pas une étreinte, paradoxale dans une œuvre où l’amour domine. De ce fait, elle met en évidence le caractère esseulé de cette femme, victime consentante d’une société puritaine, davantage que le côté courtisane frivole traditionnel. Violetta est toujours isolée des autres, particulièrement dans la scène avec Giorgio Germont le père, où un rideau transparent les sépare telle la barrière infranchissable des classes sociales auxquelles ils appartiennent. Le ton est donné dès le premier tableau. Dans les versions plus « classiques », il est gai, coloré, animé. Là, dans un éclairage de veillée funèbre, une assemblée d’hommes et de femmes uniformément vêtus de smokings noirs,( symbole d’un monde dominé par les hommes ?) se tiennent immobiles sur leurs sièges alignés. Pas de plaisir, mais l’impression saisissante d’une société qui s’ennuie à mourir sous les apparences de la fête. Côté cour, une femme nue immobile, signe que la chair est triste ou référence à l’Olympia de Manet, dont elle partage le regard fixant le public et la main cachant le sexe. Les décors sont magnifiques, dépouillés, très picturalisés, branches d’arbres évoluant selon les scènes. Très en accord avec l’Opéra de Lyon, rénové en 1993 par Jean Nouvel, écrin sombre pour un spectacle noir. Violetta est interprétée par Ermonela Jaho. Soprano aux aigus éclatants (trop ?), son timbre strident laisse place à une voix susurrée bouleversante, magnifique dans les demi-teintes (« Ditte alla giovane »). L’ensemble manque du coup de sensualité, d’émotion, au profit de la virtuosité. C’est particulièrement sensible dans le final tronqué. Reste la musique de Verdi, simple, efficace, une succession de grands airs qui remuent l’âme.
Nicole Bourbon
|
|
Pinocchio...Un conte vraiment merveilleux, tendre et burlesque! |
|
Les Elfes et la fée des bois sont-ils venus au Trianon pour nous enchanter? La réponse se lit dans l’éblouissement des lueurs dorées, volées dans le regard des touts petits mais aussi des grands, lorsqu’ils découvrent ce nouveau spectacle musical « Pinocchio » mis en scène avec recherche et beaucoup de majesté par Sébastien Savin. Sur un livret de ce même auteur de qualité, ce conte aussi féerique qu’éducatif, nous transporte dans le bois magique gardé par les créatures de la forêt et protégé par la très belle fée des bois, interprétée par la charmante et délicate actrice et chanteuse Florence Trinca, également parolière des chansons. Ces dernières par ailleurs ont été composées par Jérémie Champagne –campant un truculent Elfe aux drôles de facéties, aussi la conscience de Pinocchio .Les titres ont été arrangés par son complice, le compositeur Raphael Bancou. Là, dans un petit recoin perdu au milieu des bois, demeure le noble Gepetto, le très convaincant comédien Alain Wilmet, pauvre de condition mais grand par le cœur, lequel aime les arbres au point de ne jamais les couper. Mais un jour dans sa solitude, il décide de se faire un pantin de bois avec les branchages morts. La fée, touchée par son désir d’avoir un fils transforme alors la marionnette en un vrai petit garçon. Mais Pinocchio ainsi dénommé par son papa, a tout à apprendre de la vie pour le devenir un jour !...Dans cette jolie pièce, nous suivons les mésaventures de Pinocchio, désobéissant mais généreux, lequel est joué et chanté avec grâce et sensibilité, par la jeune Chloé Pimont. Nous partons entre autre à la rencontre de Mister Fox le Renard, interprété par l’excellent David Eguren, acoquiné de son compagnon, le Chat, malicieux et drôle, l’acteur Jean Paul Delvor, et d’un triste compère, Mr Scampoli, le maître des marionnettes, que ce dernier expose chaque jour dans sa foire et dont il tire gaillardement profit ! Citons à ce propos la délicieuse Mimipadroite, Cécile Nodie parfaite dans ce rôle, laquelle réchappe de justesse au bûcher! Ainsi pendant plus d’une heure, on suit les tribulations de ce pauvre Pinocchio, à la recherche de son père dont il finira par sauver la vie. Les costumes et la scénographie sont signés de Pierre Caumon, soutenu pour le visuel par Franck Harscouet et musicalement par le pianiste Arnaud Jules. Si vous l’avez manqué ?...C’est sûr …Vous ne tarderez pas à croiser de nouveau sa route!
Safia Bouadan
En savoir plus |
|
Le soleil brille au plus haut de son zénith dans ce spectacle musical très original métissé de poésie ethnique, de quête initiatique et de valeurs humanistes. Quelle fraîcheur ! Ces trois acteurs de qualité, Félix Sabal-Lecco, Khalil Maouene et la merveilleuse actrice danseuse chanteuse Aurélie Konaté sont d’une spontanéité et d’un naturel qui touchent au cœur même de l’être… L’âme du spectateur a battu ce soir au Théâtre de l’Européen, au rythme de la très belle musique traditionnelle écrite par Khalil et Félix, aussi comédiens de cette pièce si particulière. Le livret de Bruno Fougnies est d’une justesse et d’une beauté littéraires peu communes et la connaissance qu’il a du problème identitaire africain est étonnante, venue de la part de cet artiste européen ! La parolière Lùa Jù illustre avec beaucoup de talent la musicalité de l’ensemble servi par la lumière de Tom Klefstad et un décor sobre certes mais très présent dans ces tableaux tour à tour réalistes ou oniriques chorégraphiés par l’excellent Bernard Lebeau. Quant à Rubia Matignon, plus qu’une metteuse en scène, c’est en véritable maître d’œuvre qu’elle a su donner la touche essentielle à ce petit bijou qui ne restera pas longtemps ignoré du grand public, lequel ressort heureux et fier de ce vibrant hommage fait à la nature humaine , et à nous tous, citoyens du monde. On se sent l’âme voyageuse dans ce Tismée très émouvant et si plein de vérité… Cette petite et joyeuse troupe sera dès le 18 septembre à l’affiche au Théâtre de la Reine Blanche, très joli lieu niché dans le 18è arrondissement parisien… Alors n’hésitez pas à embarquer sur « Le Tisménie » !
Safia Bouadan
Voir l'interview des comédiens En savoir plus www.myspace.com/tismeeofficiel
|
|
Marlène et Marlène ?... Marlène sera toujours Marlène ! Quelle étrange vision que celle de Quince arrivant sur la scène pour incarner la grande Marlène Dietrich, l’impétueuse et mystérieuse diva venue de Berlin, laquelle au cours de sa carrière tombera éperdument amoureuse de l’acteur français Jean Gabin au point de le suivre sur le front de guerre et elle passera les dernières années de sa vie recluse dans son appartement parisien! …C’est avec une surprise aussi intense que la fascination qui l’accompagne, que le public découvre ce soir là, au 20è Théâtre, cette œuvre touchante et vraie « Marlène D » mise en scène par Riccardo Castagnari. En effet, cet acteur italien de très belle sensibilité nous offre avec générosité et poésie, sa composition dramatique et sa vision esthétique des épisodes véridiques mais méconnus du public de la vie de Marlène D : ses rituels artistiques et humains, ses caprices et ses manies, ou encore les souffrances vécues par la star dès les premières lueurs de la gloire…Dans une atmosphère volontairement cinématographique, ce comédien chanteur nous enveloppe de sa voix et de sa gestuelle, de manières si fines et féminines qu’elles en deviennent troublantes. Il est accompagné par son pianiste Andréa Calvani, lequel joue dans ce spectacle musical, le rôle de Burt Bacharach, un auteur compositeur de génie et ami intime de l’actrice. Quince réussit ce tour de force de conquérir un public de non initiés qui se laissent petit à petit gagner par la beauté et la fulgurance des jeux et facettes cachés de la vie mythique de Marlène Dietrich, ainsi réincarnée pour un soir. « Marlène D » a été adaptée par l’artiste de talent, Laurent Bàn, Marius 2009 de la meilleure adaptation d’œuvre musicale du festival des Comédies Musicales de Paris dirigé par Matthieu Gallou. Elle a été traduite de l’italien avec la complicité de l’actrice et chanteuse italienne, Chiara Di Bari. Ajoutons que cette pièce a été découverte en France l’été dernier au Théâtre Le Lucernaire, et un DVD a été édité depuis chez L’Harmattan. Ce spectacle musical déjà connu en Italie et en Amérique Latine est écrit en trois langues, en italien, en français et en espagnol. Il est ainsi à l’affiche au 20è Théâtre depuis le 7 juillet 2009dans le cadre du festival. Marlene D… ? Un rêve qui vous fera vibrer !… Safia Bouadan
En savoir plus |
|
SWINING LIFE …Nos vies, nos états, nos amours ! Swinging Life revient ! Après le succès que ce spectacle musical a connu au Trianon le 21 mai puis le 25 mai à l’Alhambra, la troupe talentueuse se réinstalle entre le 2 et le 31 juillet à l’Alhambra pour une quinzaine de dates. Swinging life est avant tout une fresque musicale humaine, riche et drôle qui décrit à travers le choix de tableaux illustrés par des standards de comédies musicales célèbres de Broadway, l’époque noire américaine de l’entre deux guerres aux années soixante dix. Lorsqu’on interroge son metteur en scène Jean Michel Fournereau, lequel est un artiste complet, et dirige le festival NotenBulles et l’Orphée Théâtre depuis plusieurs années à Auray, ce dernier nous répond : «Lorsque Valery Rodriguez m’a proposé de mettre en scène son spectacle, c’était pour moi un défi à la fois enthousiasmant et angoissant ! » Et on le comprend car sur la scène, un orchestre joue en live ,il est composé de cinq musiciens, Alex Poyet, à la batterie, Pascal Vaucel à la guitare, Clément Blumen, à la basse et Jean François Fierling au saxophone et Christian Jambois au clavier. Ils sont entourés de huit acteurs chanteurs danseurs, généreux dans leur jeu et véritablement plein de ressources ! « ... L’idée était de créer un spectacle très contrasté, d’alterner drôlerie et émotion, d’avoir, même sans « scénario », des personnages récurrents auxquels le public peut s’attacher, et tenter de parler de choses sérieuses sans se prendre au sérieux, et surtout toujours mettre en valeur cette musique envoutante et ces voix incroyables » commente Jean Michel. Ce pari est ainsi réussi : le public suit ce spectacle-revue, originalement chorégraphié par Valérie Masset et dirigé musicalement par Jan Stumke avec plaisir et avec une curiosité toujours plus grande :celle de mieux découvrir la musique et les moeurs noires américaines de ces époques. Pour finir, les spectateurs sont galvanisés par les rythmes entraînants et le dynasmisme prenant des acteurs : citons Valery Rodriguez, le créateur et l’auteur du livret, Matthieu Boldron ou Thierry Picaut et les actrices Nelly Célerine, Mélina Mariane, Anandha Seethanen ou Mélina N’Poy. On se retrouve donc à chantonner sur un blues troublant et à gesticuler, pour ne pas dire danser, sur une musique endiablée de jazz, de soul music ou de Rythm n’blues… Et comme nous le dit fort bien le metteur en scène : « Quant aux nombreux gags qui rythment le spectacle, ceux là sont, je crois, immédiatement bien perçus ! La petite guerre entre les deux maquereaux, les jeux de séduction des deux romantiques, le curé qui planque du whisky dans sa bible, la prostituée qui compte le nombre de passes, en tapotant sur une calculatrice, tout en enchainant les positions avec ses clients, les anges qui se tapent dessus. ». La seule difficulté soulevée par un tel spectacle, interprété qui plus est dans la langue, en reste la compréhension auprès de notre bon public ! Jean Michel nous répond alors à ce sujet : « Sans doute que les spectateurs ne voient pas forcément tous les « signes » proposés… Mais par contre, j’ai la conviction que toutes ces petites scènes, qui évoquent, par exemple, la ségrégation dans un bus (Take the A train), les « Blackfaces » et Al Jolson, la femme africaine qui s’en « remet » à l’Ange (en peignant « you’re the boss » sur son torse), le tirailleur sénégalais avec l’image d’ une boite « Banania » posée sur une veste d’uniforme, comme un hommage aux soldats noirs qui ont servi de chair à canon… toutes ces histoires (et d'autres) , que nous avons travaillées en répétition, ont permis aux interprètes d’avoir de vraies situations à jouer et de pouvoir alors laisser s’envoler leur imaginaire et leur sensibilité… Ils sont sur scène, tous, toujours très présents, très expressifs et touchent beaucoup le public… Alors… peu importe si on ne voit pas tout ce qu'il y a derrière… » Oui, peu importe !… Le souffle d’une vérité historique pas si lointaine, celui du passé et des cultures des peuples noirs américains, passe entre les murs de l’Alhambra !Il nous imprègne pour une soirée enivrante d’un parfum musical aux accents exquis…La joyeuse troupe vous attend à L’Alhambra dés le 2 juillet et jusqu’au 8 puis du 15 au 31 juillet à 20h30.
Safia Bouadan
Visitez leur site : www.myspace.com/swinginglifemusical
|
|
Chance….le bon numéro !
Tout a été dit ou presque sur cette comédie culte qui vient tout juste de fêter sa neuf centième en mai dernier au Palais des Glaces à Paris! Dès le début, on se trouve enveloppé dans une bouffée de fraîcheur qui vous emmène…dans un cabinet d’avocats où tout peut arriver. Hervé Devolder, auteur-compositeur et metteur en scène signe là une œuvre particulièrement fleurie et bon enfant, avec la seule volonté de nous faire passer un heureux moment…Et ça marche depuis huit ans déjà ! Créée le 3 juillet 2001 au Théâtre Dejazet, ce succès populaire est pourtant issu d’une petite production, ce qui n’est pas coutume et il n’est pas prêt de s’arrêter !... Ainsi Chance renoue avec la belle tradition des opérettes légères d’Offenbach, mais aussi avec les films musicaux de Jacques Demy et de Michel Legrand. Les acteurs sont toujours aussi bien distribués malgré de nombreuses alternances qui plaisent au public, lequel revient plusieurs fois pour voir une nouvelle formule toujours plus colorée de ce spectacle déjanté. C’est une vraie récréation où chacun s’amuse, où tout le monde chante et danse sur des airs parodiés et sur des textes et tableaux décalés voire loufoques. Le rideau s’ouvre sur la musique qu’égrène le piano, servie alternativement par Hervé Devolder ou Stéphane Corbin. Ils sont soutenus tout au long de la pièce par les guitaristes Jean Pierre Beuchard ou Duck . Ce choix acoustique des plus heureux permet ainsi une mise en train dramatique plus soignée pour les acteurs qui chantent en direct.
Tout commence dans ce cabinet d’avocats au petit matin où s’agitent Agnès, la secrétaire paradoxalement toujours en retard et maladroitement amoureuse de son « Boss », le patron Henri , un avocat sans scrupule, une jeune stagiaire, Nina, secrètement malade, ignorée de tous ses collègues sauf d’Etienne, un jeune avocat amoureux de Paris, sans expérience, Kate, la secrétaire bilingue américaine sous le charme d’un coursier, un habitué des lieux, épris de liberté. Tout ce beau monde joue au loto et se raconte ses états d’âme, jusqu’au jour où le coursier leur annonce qu’ils ont gagné le gros lot … quatre vingt dix neuf millions d’euros à s’offrir en partage!...Chacun va pouvoir vivre son rêve jusqu’à l’épuisement : Kate va faire la fête, la jeune Nina, se payer des soins pour guérir et rester tout simplement parmi les vivants. Derrière une apparente légèreté du livret et des chansons, le spectacle est empreint de valeurs sociales et humaines claires et la bonne humeur est au rendez vous. L’argent ici, loin de rendre ces chanceux employés, égoïstes et blasés, leur ouvre les portes du cœur. Le cabinet se transforme en start-up caritative sous nos yeux ébahis et tous défilent habillés en haute couture sous les éclats de rires et les applaudissements nourris du public…Chance fera à coup sûr votre joie à défaut de votre fortune ! Alors n’hésitez pas à retrouver cette troupe sympathique, au Palais des Glaces tout cet été.
Safia Bouadan
En savoir plus |
|
Quelle pêche ! Elles sont quatre. Quatre qui nous mènent à un train d’enfer pendant plus d’une heure, nous promenant au gré de leur pousse-pousse dune vingtaine de chansons en délires. Portant coiffures et costumes improbables regorgeant de plumes, couettes et nœuds, leurs mimiques caricaturales, leurs jeux de mots incongrus, paraissent improvisés mais on sent bien un jeu de scène précis au millimètre. Leurs musiciens, un contrebassiste et un guitariste, n’hésitent pas de temps à autre à leur renvoyer la réplique. Mais ces quatre-là sont complètement déjantées et semblent n’en faire qu’à leur tête, n’hésitant pas à jouer avec le public. Les sujets choisis pour leurs chansons sont inattendus. C’est ainsi qu’elles peuvent s’emparer joyeusement du thème tant et tant utilisé de Paris pour en faire un Paris porcherie entrecoupé des airs du répertoire, effet comique garanti. Elles nous parlent aussi des sacs de dame, d’un vieillard palace à faire frémir, d’une bergeronnette dans la bouse, d’amantes religieuses, nous font un numéro de fakir inénarrable, utilisant au fil de leur inspiration, ombrelles, éventails ou moustaches. Se demandent où sont passés les hommes. Et n’hésitent pas dans un savoureux morceau plein de jeux de mots à nous dire, contrairement aux apparences, qu’elles n’ont pas la pêche ! Bref, si un soir vous n’avez pas le moral, allez voir les Seagirls, c’est un remède garanti contre le spleen.
En savoir plus : www.les-seagirls.com |
En savoir plus :
http://spectacle.hairmusical.fr/
| LADY IN THE DARK | ||
|
Mon Dieu, quel plaisir! Quel plaisir que d'assister à un pareil spectacle où le rythme, l’énergie des interprètes, l'inventivité du metteur en scène emportent tout dans leur mouvement. Rappelons brièvement l'histoire: Lady in the dark fut écrit en 1941 par Kurt Weill ((auteur de l'Opéra de quat'sous,) et Ira Gershwin (le grand frère de George Gershwin), sur un livret de Moss Hart. L'héroïne, Liza Elliot, est rédactrice en chef d’un magazine de mode. Heureuse en apparence, elle est en proie à une déprime qu'elle ne parvient pas à définir. Sur le divan du psychanalyste, elle s'évade et fait trois rêves différents qui correspondent à trois séquences de l’opéra : le rêve de glamour, le rêve du mariage et le rêve du cirque . Kurt Weill a voulu écrire pour les trois séquences de rêves trois véritables opéras en un acte. Le monde diurne, le théâtre, l’inconscient, la musique coexistent dans le véritable numéro d’équilibriste qu’exécute pour nous Liza. La clé de l'analyse se trouve dans la musique. Il y a une chanson qui hante la mémoire de Liza, mais elle ne parvient pas à se souvenir des paroles. Le thème sert de leitmotiv à toute la pièce. On apprendra à la fin qu'elle fut chantée pour la première fois par Liza à l'âge de trois ans dans un contexte de rejet parental et d'humiliation. Quand enfin, Liza pourra chanter cette chanson (il s’agit de "My ship", devenu un standard du jazz) les choses pourront commencer à s'arranger pour elle. Deux interprètes se partagent le rôle de Liza, l'une pour la partie parlée, l'autre pour les parties chantées, ce qui traduit à merveille la dualité du personnage et permet également des mouvements de mise en scène ingénieux. Leurs voix comme d'ailleurs celles des autres interprètes n'appartiennent complètement ni au lyrique ni à la variété, mais cette sorte de "mixité" ne m'a pas gênée dans ce contexte, l'œuvre étant elle-même tellement "hybride". Fuyant Berlin pour l'Amérique, Kurt Weill s'était immédiatement et complètement senti américain. Dans Lady in the Dark, il s'était amusé à faire un résumé de toutes les formes qui ont constitué l’histoire de la comédie musicale américaine : la parade de cirque, la variété, le show, la revue et l’opérette. Jean Lacornerie, le metteur en scène (et co-directeur avec Etienne Paoli du théâtre de la Renaissance à Oullins, près de Lyon) a parfaitement capté cet esprit en présentant numéros de cirque, de prestidigitateur, de claquettes ou encore héroïne qui s'envole dans les airs en une époustouflante scène de yoyo. On pourrait croire que cette comédie musicale a été écrite aujourd'hui tant le thème et les personnages paraissent actuels. L'astuce de la mise en scène la rend intemporelle: rien dans les costumes (d'une folle originalité) ou le décor (jeux de rideaux, colonnes lumineuses qui se déplacent) ne permet de dater l'histoire. Les deux mondes (réel et rêvé) s’opposent dans une construction dramaturgique savante, totalement singulière. On passe de l'intimité la plus troublante du cabinet de l'analyste à l'exubérance généralisée dans les bureaux du magazine et puis tout à coup s'ouvre avec la musique l'espace du rêve et du fantasme . On oscille sans cesse de la vie « réelle » représentée par le théâtre parlé, construit dans une grande sobriété de jeu, de décor et de costumes, au rêve représenté par la comédie musicale où la folie s'empare de la scène, dans une débauche de mouvements et de couleurs. Le coup de génie de Moss Hart et d'Ira Gershwin, c'était d'avoir fait d’une quête analytique une formidable comédie musicale, surprenante, riche, rythmée où tout finit loin du divan. Comme Woody Allen le fera des années plus tard, ils ont traité de la psychanalyse sur le mode léger. Le coup de génie de Jean Lacornerie, c'est d'avoir proposé cette création en France avec le partenariat de l'Opéra de Lyon. En effet, en 1941 quand l'oeuvre a été créée à New York, personne ne s'y était intéressé en France… Ensuite les admirateurs de Brecht ont tenu le haut du pavé, et tout ce que Weill avait fait sans lui est passé dans l'ombre. Merci donc à Jean Lacornerie de nous avoir permis de découvrir cette œuvre qui nous parle de psychanalyse, mais aussi de liberté, de souffrance, de quête de soi avec humour et légèreté. En savoir plus
|