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Freddy Viau est metteur en scène de la pièce «Les vivacités du capitaine Tic »d’Eugène Labiche, fait le 9 septembre au Théâtre de l’Essaion.
R : Bonjour Freddy Viau, tout d’abord : pourquoi avoir choisi cette pièce d’Eugène Labiche, « Les vivacités du capitaine Tic » écrite en 1861, montée en 1862 et quasiment plus revue depuis ?
F : L’initiative vient d’Axel de Ferran qui est un grand fan de Labiche dont il connait bien l’œuvre et la période du second empire en général. Il connaissait cette pièce peu connue de Labiche mais aussi d’autres, telles que « L’avare en gants jaunes » qui se passe pendant un carnaval. Il a eu envie de me faire découvrir ces textes là de l’auteur… Il m’a incité à monter l’une de ces pièces. On a hésité entre les deux mais « Les vivacités du capitaine Tic
» était
plus facilement montable. Il avait beaucoup aimé un de mes spectacles d’où cette proposition…
R : Lequel ? « Dard Dard » ?
F : Absolument et c’est Dard Dard qui a créé notre rencontre. Il m’a demandé de lire ces textes de Labiche et de lui donner mon avis, à savoir si c’était parce qu’elles étaient des pièces mineures qu’elles ne se montaient pas. Je les ai lues et j’ai trouvé qu’elles n’étaient pas en dessous de l’œuvre de Labiche.
R : Comment expliques-tu la disparition de ces œuvres auprès du public, à cause des changements de mode ou de politique?
F : Oui. Les œuvres ont des carrières, elles sont presque comme des personnalités à elles seules .Celle ci a pourtant eu du succès à ses débuts sur les grands boulevards.
R : Dans quel théâtre ?
F : Je crois que c’était dans le Théâtre du Vaudeville où la plupart des pièces de Labiche étaient réalisées. En général, les pièces avaient une courte vie. Elles étaient montées pour soixante dix représentations. C’est pour ça que Labiche et Feydeau écrivaient beaucoup car ils fournissaient très régulièrement les affiches de ces théâtres dont les pièces tenaient quand elles avaient du succès entre trois et quatre mois. Certaines pièces ont perduré avec le temps
mais c’est
assez mystérieux de savoir pourquoi elles sont amenées à disparaître. Peut être que le propos était moins adéquat les années suivantes.
R : Aviez-vous déjà mis en scène ou même joué des pièces de Labiche ?
F : En fait non. Ni joué .En revanche depuis un bout de temps, je souhaitais le faire. J’aime beaucoup Labiche en comparaison avec Feydeau, car je trouve que chez Labiche, il y a quelque chose de plus riche, quelque chose de plus humain, les personnages me semblent plus attachants. Et c’est un peu le retour que l’on a des spectateurs qui viennent voir ce spectacle, ils trouvent les personnages très attachants.
R : En dehors de la mécanique du rire ?
F : Tout à fait! Il y a une intrigue du rire très bien nouée chez Feydeau aussi, mais chez ce dernier, il me semble qu’il y a un peu moins la place pour dévoiler le côté humain des personnages. J’aime beaucoup ce côté chez Labiche, je pense à « L’affaire de la rue de Lourcine » où les personnages deviennent presque fous. C’est comme un tourbillon, avec un caractère très grinçant aussi.
R : Qui est lié à la société elle-même, celle dans laquelle ils s’inscrivent, dans laquelle ils sont coincés ?
F : Exactement. Et Labiche excelle dans le rendu de cette société bourgeoise.
R Ils sont plus tourmentés les personnages de Labiche, c’est cela ?
F : oui, voilà, c’est cela! Ils sont parfois plus tourmentés, je pense…
R : Vous avez essayé de respecter l’écriture de Labiche tout en étant inventif car dans cette pièce étonnamment, et c’est ce qui est rare dans les oeuvres de l’auteur, à l’origine, il n’existe pas d’intermèdes musicaux ?
F : Oui. Le compositeur du spectacle Nicolas de Ferran a aussi fait les musiques des chansons du spectacle et Axel de Ferran s’est permis d’écrire les textes de ces intermèdes musicaux, qui ajoutent de la légèreté à l’ensemble. Et ils sont très doués car on croirait vraiment des textes et des musiques de l’époque. C’est très ciselé et cela s’intègre parfaitement au spectacle.
R : Ce qui fait aussi la force du spectacle, c’est la complicité et la longévité de la compagnie Parciparlà avec laquelle vous avez mis en scène vos spectacles depuis la création de cette troupe qui remonte à près de dix ans maintenant ?
F : Oui presque dix ans en effet. La compagnie Parciparlà s’est créée en 2001 et elle est née de la rencontre entre sept comédiens .On s’étaient tous rencontrés lors de la présentation d’un spectacle jeune public et une osmose s’est faite au point que le programmateur nous a proposé d’en monter un ensemble.
R : C’était à Paris ?
F : Oui .C’était dans un petit lieu qui s’appelait l’Espace Château Landon où on a démarré en 2001. J’y ai mis en scène une adaptation du « Roman de Renart » qu’on ballade un peu partout et qui se joue encore .On en est à la neuf cent cinquantième et on le reprend à nouveau cette rentrée car la compagnie Parciparlà devient résidente pour le spectacle jeune public au Théâtre Michel à partir du 19 septembre et tout au long de l’année. Nous y jouerons aussi en alternance
« Alice
au pays des merveilles », notre deuxième création avec la voix de Philippe Noiret et qui a aussi une très belle vie : on en est à la cinq cent cinquantième représentation. C’est la même distribution sur ces deux spectacles. Travailler avec les mêmes comédiens est une contrainte de création très enrichissante, c’est très excitant d’emmener les acteurs dans des rôles différents, de fidéliser aussi un public qui est heureux de les retrouver et de les voir dans des emplois divers... Après ces deux spectacles
Jeune Public, j’ai créé « Dard Dard, Comédie insecticide » qui était une pièce pour adultes cette fois, un peu folle et barrée, puisqu’elle se passait dans l’herbe et qu’elle mettait en scène des insectes avec des chansons et de la danse. On l’a présentée au Point Virgule, à l’Aktéon et au Ciné 13 Théâtre et on la reprendra peut être au printemps prochain car on a un plaisir fou à la jouer tous ensemble. Enfin, tout dernièrement en mars, « Les vivacités du capitaineTic » qui met en scène six des comédiens de
la compagnie.
R : Vous aviez fait dix dates ?
F : Oui mais c’était plus en showcase. L’Essaion a été intéressé donc on l’a reprise cette rentrée dans cette jolie salle. On est content car elle a été créée spécialement pour ce lieu où les vieilles pierres et la salle voûtée donnent une véritable harmonie à la pièce. C’est un endroit qui a vraiment beaucoup de charme dans ce vieux Paris et puis qui colle avec cette atmosphère XIXè siècle.
R : Justement, parlons de la mise en scène en circus et de la scénographie, de ces enjeux dramatiques liés aux scènes de couloirs, aux ambiances sournoises et mesquines régnant dans les salons et qui font par ce choix que vous avez fait que le spectateur a deux visions scéniques de la pièce de Labiche?
F : En fait, Nic de Ferran est un scénographe avec lequel je travaille depuis longtemps maintenant Quand on a lu ce texte, j’ai eu envie d’être surtout dans la fidélité au texte. Il fallait assumer ce que cela raconte : des portes qui claquent et qui n’arrêtent pas de claquer comme toute cette époque là, celle de Feydeau et de Labiche. Mais en même temps, je ne voulais pas être embarqué avec l’éternel canapé, le salon bourgeois carré…Iil fallait trouver
une idée,
d’où celle du cercle au lieu d’un traditionnel espace au carré.Il y a souvent dans ces pièces, un mouvement circulaire, une sorte de tourbillon qui embarque les personnages et qui n’arrête pas. Alors on a imaginé avec Nic de Ferran les entrées et sorties autour d’un panneau pour essayer de rendre ces quiproquos, où souvent quand un personnage rentre, l’autre sort, sans pratiquement se voir. J’ai eu aussi envie de montrer ce qui se passait derrière les murs, d’où cette idée du mur transparent et par le jeu
des lumières, on a pu créer du suspens. Le fait de voir arriver les personnages de loin par transparence crée l’impatience de se demander ce qui va se dérouler …
R : Il y a un jeu de lumière mais aussi un jeu d’ombres. On en parlait avec « L’Affaire de la rue de Lourcine » de Labiche, où les personnages sont plus sombres. Ici encore, on bascule petit à petit et tous les masques tombent à la fin : chacun plonge ainsi dans son trait le plus excessif et se dénonce de lui même: les hypocrites, les manipulateurs les passionnés et les innocents ?
F : Complètement, c’est vrai …Cette pièce là particulièrement puisqu’elle parle des vivacités d’un capitaine. Tout le propos de la pièce repose sur ce fait de savoir si ce personnage va réussir à contenir son caractère explosif : c’est un militaire qui revient de la guerre et donc qui a tué. On a essayé justement de travailler là-dessus. On a voulu créer le divertissement, la drôlerie tout en essayant d’avoir des personnages qui soient crédibles. Le capitaine de cavalerie
est un
officier qui revient du front et qui se pose beaucoup de questions sur le fait de se bagarrer, d’être sanguin, de s’emporter ou de se calmer. Le tourment est très présent dans la quête du personnage principal. La pièce repose beaucoup là-dessus donc : « Est ce qu’il va savoir se maîtriser ou pas enfin ? ».
R : C’est le thème central et il est aidé par son ordonnance, cet ami fidèle qui lui a sauvé la vie et qui est un homme d’honneur et de foi. Est ce que Labiche n’a pas voulu dénoncer cette contradiction liée au militarisme et à ses valeurs positives d’engagement et de courage et a contrario cette déshumanisation s’y rattachant ?
F : Oui, c’est assez attachant ce rapport entre les deux personnages: rapport très hiérarchique de domination de la part du capitaine et en même temps comme il lui a sauvé la vie, on a une vraie relation de fraternité. R : C’est une belle leçon que l’on tire à la fin justement: lesquelles doivent l’emporter, les valeurs humaines ou celles sociales et bourgeoises ? Ce que dénonce aussi des auteurs tels que Labiche, c’est l’embourgeoisement et la condition des femmes
aussi
?
F : Oui !
R : Dans cette pièce, la tante du capitaine n’a pas vu ce dernier depuis dix ans et elle se pose des questions sur lui ?
F : Oui. Mme de Guy Robert est une femme qui connait le caractère excessif d’Horace Tic et elle se demande ce qu’il est devenu. Dés la première scène, elle pose la question : est ce que la guerre l’a changé ou pas. Elle le démasque en fait très vite.
R : Oui, la tante veut savoir s’il est devenu un homme bien ?
F : Oui, s’il est devenu un homme de raison.
R : Sans être un statisticien, comme ce prétendant Célestin Magis. Et bien merci Freddy d’avoir répondu à ces questions. A ce propos, comment le public reçoit-il cette œuvre méconnue ?
F : Les gens connaissent bien le théâtre de Labiche et en même temps, on sent une vraie curiosité de leur part concernant cette pièce peu montée. Je pense que les gens trouvent que ce spectacle a beaucoup de charme, que c’est charmant et j’aime ce qualificatif. Les gens rient, sourient et passent une très bonne soirée. Mais je voulais aussi embarquer le public dans cette époque du 19é siècle pour son côté historique.
R : Oui, nous pouvons souligner son caractère éducatif qui pourrait beaucoup plaire aux scolaires ?
F : Tout à fait, je tenais d’ailleurs à ce que le spectacle soit monté en costumes d’époque, qui ont été réalisés sur mesure par Rick Dijkman et Katia Abros.
R : Donc « Les vivacités du capitaine Tic » est à l’affiche du 2 septembre au 31 octobre au théâtre de l’Essaion ?
F : Oui et se reprend le 28 septembre ici aussi, « 24 heures de la vie d’une femme » adaptée de la nouvelle de Stefan Sweig, que j’ai mis en scène la saison dernière avec Laure Meurisse et Mona Lou. Les spectateurs peuvent découvrir aussi nos spectacles jeune public tous les mercredis et samedis à 14h30, « le Roman du Renart « et « Alice au pays des merveilles », avec la voix de Philippe Noiret, dans ce beau théâtre de 350 places près de la Madeleine qu’est
le théâtre
Michel. Tous les renseignements sont sur notre site www.compagnieparciparla.com. Ainsi que ma prochaine mise en scène, un spectacle Jeune Public, Le Vilain Petit Canard, d’après le conte d’Andersen, que j’adapte, met en scène et joue avec James Groguelin à l’ESSAION à partir du 24 octobre prochain.
Propos recueillis par Safia Bouadan
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