ALEX PANDEV


Interview d’Alex Pandev  faite le 15 juillet à la Comédie de Paris.

 

Regarts : Bonsoir Alex et merci d’avoir accepté cette interview. J’ai envie de te demander en premier lieu, pourquoi ce titre « Le cri de la fourrure ? »

Alex : Cela m’embête de répondre à cette question car je dévoile forcément le sujet.

R : Tu as mis beaucoup de toi-même dans ce spectacle « Le cri de la fourrure» qui montre un  personnage en quête de bonheur, d’amour et de vérité. N’est- ce pas un peu autobiographique ?

A : Pas de  bol, Safia,-rires-…Je ne vais malheureusement pas  répondre  non plus à cette question : quand tu vas au restaurant, tu ne vas pas voir le chef dans les cuisines pour lui demander ce qu’il a mis dans le plat ? -rires-.  Cela reste  les ficelles de la magie de la préparation.

R : Pour cette comédie à un personnage, est ce que tu t’es servie de ton environnement, de tes expériences ?

A : On  se sert toujours de ce qui nous environne. Je me considère un peu comme une voleuse d’images avec un computer personnel  pour stoker  les infos sur mon disque dur ; quand tu es  observateur et attentif, la vie et les gens sont une source  d’inspiration  d’une richesse formidable

R : Peux-tu raconter ton parcours ? Je sais que tu as l’âme voyageuse, un peu téméraire, peux tu raconter cela avec tes mots ?

A : J’ai plutôt un parcours atypique : j’ai fait le conservatoire de Paris, après j’ai eu de très beaux rôles dans de grands théâtres subventionnés, où on me cantonnait toujours dans des rôles de tragédienne, parce que je suis  très brune avec une voix très grave. J’avais beau faire, les gens ne me voyaient pas autrement. Paris me semblait très petit, Paris me semblait très gris et très étroit d’esprit donc je suis partie. D’abord en Amérique du Sud,  à Buenos Aires… où je suis restée  un an et demi et où j’ai chanté, dansé…Après je suis revenue à Paris et j’ai continué à travailler et puis je suis repartie. A New York. Car décidemment Paris m’étouffait.

R : Tu y as fait l’Actor’s Studio, non ?

A : Oui entre autre. Et  des comédies musicales pendant 2 ans. C’est en revenant de New York,  en septembre 2001, que j’ai commencé véritablement à écrire.

R : Ton premier vrai succès de pièce et d’interprète c’est Happy Hanouka, au théâtre Michel mis en scène par Jean Luc Moreau, avec Maike Jansen.

A : Absolument. Ca a été un très gros succès et on a enchainé avec une très grosse tournée.Ca a été formidable.

R : Tu en parles comme une référence parce que c’était une aventure pour toi ?

A : C’était une aventure, mais c’était aussi une pièce qui me tenait particulièrement à cœur pour des raisons  familiales –petit rire-Comme je te le disais toute à l’heure, quand on écrit on se sert toujours  de tout : Il se trouve que je viens d’une famille qui est très excessive donc qui m’inspire !

R : C’est un peu comme une recréation, une récréation. C’est un peu comme une «  intimisation » généreuse alors ?

A : Si tu veux oui ! On peut dire ça comme ça, c’est très joli !

R : Dans les deux pièces « Happy Hanouka » et « Le cri de la fourrure », ce sont deux rôles où le personnage est en souffrance ? Est ce que ce sont ceux qui te touchent particulièrement…Là, on est quand même dans le tragique !

A :-rires-…Oui effectivement, on est tous en recherche d’amour, de reconnaissance quelque part. Les personnages râpeux et rock n roll me sied. Je n’aime pas les personnages qui sont consensuels. A partir de là, je préfère les personnages flamboyants avec des grosses fêlures.

R : Grâce à ton producteur Jean Pierre Bigard.

A : Qui est une merveille qui est le meilleur producteur du monde !

R : Oui .Grâce à lui, Le cri de la fourrure a pu arriver ici à la Comédie de Paris depuis le 2 juillet. Est ce que tu as déjà des retombées du public ? Comment perçoit-il ce spectacle un peu particulier ?

A : Je suis vraiment très, très émue par tous les papiers qui sortent. Ce sont des papiers qui sont absolument merveilleux et qui me réchauffent le cœur !   C’est formidable !

R : Tu en donnes, alors forcément tu en reçois de sa part?

A : Merci. C’est gentil !

R : Ton personnage est tragicomique en scène et il fait beaucoup penser à ceux de Pedro Almodovar, as-tu un lien avec lui, un lien de cœur ?

A : J’ai une très grande admiration pour ce mec là.

R : On retrouve d’ailleurs dans ton personnage : « Femmes au bord de la crise de nerfs », « Talons aiguilles »…Je dirai même, c’est un attachement particulier ?

A : Toi aussi tu observes !

R : Je sais que tu as pris Agathe Bergman comme metteur en scène? Peux-tu nous en parler ?

A : Agathe Bergman ’est une fille formidable, d’une grande intelligence. C’est l’œil et l’oreille idéaux  qui m’étaient nécessaires pour me canaliser.

R : Oui, c’est un travail d’orfèvre, car on sent que sur la scène, c’est de ta matière personnelle dont on parle et qu’il ne faut pas la déformer.

A : Agathe  possède cette délicatesse pour occuper cette fonction.

R : Et Ta marraine est l’actrice Sonia Vollereaux ?

A : C’est une personne  exquise qui a eu une belle  générosité de cœur à mon égard, et cela m’a fait un grand plaisir de lui offrir ce rôle.

R : Je tiens à souligner aussi l’esthétisme dans ce spectacle tel que la robe de Courrèges bien choisie et le design du décor. Comment s’est faite cette rencontre avec l’architecte designer Christophe Pillet ?

A : C’est une rencontre particulière organisée par l’un de mes amis qui lui a parlé du spectacle et Christophe a eu un coup de cœur. Il m’a dit : «  je n’ai jamais fait encore cela mais si tu veux je le fais »…Ce qui est formidable dans « Le cri de la fourrure », c’est que  je suis entourée de gens qui sont très talentueux et qui m’ont fait confiance. Comme Minino Garay pour la musique, qui est un immense musicien très connu. C’est merveilleux ! Ca c’est pour le back ground, mais aussi toute l’équipe de production qui est derrière moi est formidable. Ils me soutiennent tous beaucoup !

R : Peux tu nous parler de tes désirs d’artiste et de femme qui sont dans « Le cri de la fourrure » ou pas ?

A : Mon désir d’artiste, c’est de continuer...  de m’amuser, de devenir le plus possible indépendante des diktats et des moules imposés et d’être encore un peu … beaucoup, dans la lumière !!

R : Et ton désir de femme ?

A : C’est de continuer à aimer et à être aimée par l’homme dont je suis amoureuse.

R : Après ce spectacle très féroce, on a envie de jeter sa fourrure par la fenêtre ?

A : Laquelle ?

R : Il y a aussi cachée, la notion de l’animal dont on enlève la fourrure et qui crie ?

A : Au choix de chacun. J’ai lâché le bébé avec l’eau du bain !

R : Parmi tous ces messages et ces facettes, lequel parle le plus à tes yeux et que tu as envie que le public reçoive en premier?

A : …Le malheur n’appartient pas qu’aux moches et qu’aux pauvres ! Mais Ce qui est important, c’est de savoir que le Bonheur  peut être à la portée de tous.

R : Merci. J’aimerais connaître ton actualité ?

A : Je suis à La Comédie de Paris, jusqu’au mois d’octobre .Entretemps  je vais tourner un film d’Eric Le Roch au mois de septembre, une comédie complètement dingue : je suis ravie. et viens de terminer le tournage d’une nouvelle série pour la télévision : « Duo » qui devrait bientôt être diffusée.

R : Sur France 2.

A : Oui, mais je ne sais pas quand. Par ailleurs, j’ai fini l’écriture de  deux nouvelles comédies très  féroces qui j’espère seront produites bientôt.

R : Tu as des titres ?

A : Oui …Mais Je n’ai pas envie de les donner par…

R : Superstition ?

A : C’est ça !

R : On rencontre toujours dans la vie, des personnes qui sont un peu pour nous des maîtres, lesquelles sont encore vivantes ou non ? As-tu un maître ?

A : « Ni Dieu ni maître ».

R : Tu es ton propre maître  et ton propre Dieu ?

A : Mon propre maître oui.

R : Tu gouvernes ?

A : En tout cas, j’essaie  de garder le contrôle sur ma vie. Le plus possible.

R : Bravo pour ce spectacle  très courageux et généreux : c’est une comédie de femme,  d’être humain, certes décalée, féroce déjantée mais aussi très tendre ?

A : Parfaitement :   Tu as su voir les couleurs essentielles de mon spectacle.

R : Alors si je les ai vues, d’autres l’ont vu et le verront encore. Merci Alex et à  très vite !

A : Merci ! À très vite !

Propos recueillis par Safia Bouadan

 

Voir Article : Le cri de la fourrure