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Interview réalisé avec Jonathan aux Jardins des Tuileries le 25 juin 2009
R : Bonjour Jonathan !
J : Bonjour !
R : Merci d’être là aujourd’hui. Afin de te présenter à nos lecteurs, je vais faire une petite introduction à propos de l’artiste que tu représentes : tu es donc auteur, compositeur et interprète, et j’ai vu aussi que tu as travaillé dans le monde du cinéma, non seulement en tant qu’acteur, mais tu as aussi réalisé un court métrage et exercé des talents de dialoguiste ?
J : Oui, en effet. Mon film s’appelait « Au suivant » !
R : Tu as de plus fait plusieurs albums en tant que chanteur. Alors, peux-tu nous dire dans quel cadre tu as embrassé le monde de l’image ?
J : C’est un monde qui me fascine, mais c’est souvent aussi un monde qui choisit plutôt qu’on le choisit .Il est assez rare d’aller frapper à la porte du cinéma et qu’il vous ouvre les bras.
R : Tu parlais de la sculpture sonore et de celle du visuel dans tes spectacles. On te connait beaucoup en homme de théâtre car tu as eu le Molière en 2005 pour Camille C avec Jean Luc Moreau à la mise en scène, Annick Cisaruk et Sophie Tellier dans le rôle de Camille C, lesquelles jouent sur deux générations différentes. Vincent Heden et toi même interprétez des rôles bouffons et romantiques à la fois…Pourquoi cette œuvre Camille C parmi tous ces artistes du
XIXè s? Te
considères-tu comme un romantique ?
J : Romantique oui, si le romantisme est Chateaubriand, Schumann…Alors on peut dire que je suis quelqu’un de romantique, dans ce sens où c’était des gens qui développaient une espèce de « jusqu’au boutisme » du sentiment …Le romantisme est quelque chose d’acerbe, d’acéré et qui développe un aspect qui est en relation avec la mort, l’éternité, la mythologie. En ce sens, c’est vrai souvent dans mes spectacles, je me sers comme ça, d’un aspect mythologique
car
je trouve, étant né bien après la guerre, et j’ai pointé ce fait dans les années 68, qu’on était encore empreint de ces figures mythologiques . On avait des figures tutélaires comme De Gaulle …Et après, on est parti dans un autre monde, on a basculé dans l’ère de la technologie à outrance, l’ordinateur et internet…C’est vrai que peut être chez moi, il réside un désir, tout en me servant d’une certaine forme de technologie, de traduire cet ancien monde qui a disparu quelque part et dont je suis un peu l’héritier
dans ce monde nouveau. J’ai du plaisir à travailler sur des personnages comme Camille Claudel ou comme Achab , le capitaine de Moby Dick d’Hermann Melville qui n’est pas contemporain de Camille mais pas loin…Mais ceci dit, j’ai aussi écrit une comédie musicale avec un groupe de rock, voire presque de hard rock, j’ai écrit aussi un polar musical…
R/ Le romantisme pour toi peut utiliser tous les supports modernes à condition qu’il respecte quelque part cet esprit qui serait autour d’une réflexion sur la mort, sur l’éternité, sur la mythologie …l’âme ?
J : Oui…On parlait toute à l’heure des anglosaxons, je trouve que le gothique qui est restitué à travers tout ce que j’ai pu voir là bas, chez les américains aussi d’ailleurs, à travers des œuvres qui vont de Rocky Horror Picture Show à West Side Story, en passant par Sunset Boulevard, et ce sont toutes des comédies musicales, ou encore avec Oliver Twist, un héros de Dickens …On est dans une forme de romantisme, cad qui développe des sentiments où on utilise
le tragique,
la mort. Il y a un mort quelque part qui rode : Camille Claudel pour moitié a passé sa vie au purgatoire et pas loin de la mort, comme au départ de la tragédie, cinq cents ans avant Jésus Christ. Il fallait tuer quelque chose, et cette chose devait disparaître avec le sujet saisi, et ressurgir sous la forme d’une rédemption. J’y trouve quelque chose de jouissif, par exemple au Mexique où on fête les morts. Avant, on les fêtait en faisant des banquets, parfois plus festifs que certains mariages. J’aime cet
univers là !
R : A ce propos, ta compagnie laquelle porte un nom particulier, a été fondée en quelle année ?
J : C’est dans les années 80 où j’étais encore à Paris, date à laquelle j’ai produit un polar musical qui s’appelait « Le Mat » que j’ai fondé « Le Bateleur Théâtre » et je suis maintenant en Banlieu EST, où se trouve ma compagnie. A l’époque, j’avais travaillé le tarot à La Sorbonne avec Jodorowski …
R : D’où ce nom de ta compagnie « Le Bateleur Théâtre » ?
J : J’ai beaucoup travaillé le tarot un moment. En quelque sorte on peut dire que c’est une traduction du monde. C’est un jeu divinatoire qui vient de l’époque de Catherine de Médicis. Certains disent que ce serait les tables de la loi qui auraient été déguisées dans des cartes apparemment anodines pour traverser les siècles. Jodorowski qui est quand même un grand penseur et qui officie toujours dans un café m’a-t-on dit à Belleville où il tire lez cartes, m’a assez impressionné.
Il y a dans le tarot un aspect mythologique effectivement, comme si nos vies étaient enchâssées dans un mythe et je trouve que c’est une manière d’éclairer un sujet… Mais ça c’est personnel. Une carte, quand je le regarde suffisamment longtemps, me propose des schémas qu’il m’arrive de poursuivre.
R : Pourquoi le choix de cette arcane, Le Bateleur ?
J : Parce que le Bateleur, c’est un peu tout : il a devant lui les dés, les objets, les outils (il me semble qu’il y a même un sextant). C’est celui qui met en branle, qui attire aussi les gens à lui, une espèce de bateleur de foire… Il y a quelque chose de spectaculaire dans ce personnage et de l’ordre du chant aussi : quand on invite les gens et qu’on essaie de les attirer, on est déjà dans le théâtre Musical « Entrez, entrez, mesdames et messieurs… », c’est du Théâtre
chanté.
C’est mon but au théâtre : la parole se transforme en chant…
R : Oui, c’est la tradition du tragique, du tragi-burlesque ou du burlesque On retrouve cela dans ton œuvre en cours de création « Jean d’Arc », un projet très suivi par tous, où est présente d’ailleurs cette espèce de parodie de l’histoire, laquelle est très respectée en même temps, dans l’historicité et dans l’aspect religieux. Ce qui est intéressant, c’est que Jean d’Arc reste aussi romantique et médiéval ?
J : Oui mais romantique trash alors ! –rires-
R : Pour en revenir à cette soirée où tu as entendu le chant de Julio Iglesias que quelqu’un vantait comme romantique, ce terme ne serait –il pas trop souvent confondu avec celui de « sentimentalisme » ?
J : J’avais sorti un 45 tours dans les années 80, « Foutus romantiques », c’était une manière de me moquer de cela. Mais ce côté trash, hard romantique je le revendique. Pour parler d’Iglesias, on a assimilé ça à une espèce de chose langoureuse, roucouleuse, chemise ouverte et main sur le coeur, avec un côté vaporeux évanescent…Le romantisme c’est pour moi être sur les barricades, descendre aux enfers pour pouvoir remonter aux étoiles, parler de sa tombe en espérant les
embruns de
vagues bouillonnantes de St Malo(donc sans repos). Achab qui lutte finalement contre Dieu, à travers la baleine, est un romantique. Pour moi il existe aussi un côté défricheur, pionnier, révolutionnaire… On ose ! Effectivement, c’est plus violent.
R : Plaçons-nous dans cet esprit au sein du mouvement romantique littéraire et musicale au XIXè en France et en Europe, quelle est la figure qui selon toi pourrait te servir de modèle ? Hugo, avec son discours sur la peine de mort au Th de L’Odéon ?
J : Oui, Hugo. Mais aussi Goethe…Pour parler du Manifeste, le livre que j’ai co- écrit avec Jean Luc Annaix, je trouve qu’en France, la culture est réservée à une forme d’élite ou à la masse, de façon plus accessible .Entre les deux existe un point milieu , un segment, un no man’s land. Beaucoup de réalisateurs, d’artistes se sont regroupés pour occuper ce terrain là.
R : Justement, parlons du livre « Le Manifeste » qui paraîtra en septembre 2009 aux éditions l’Oeil du Souffleur ?
J : Jean Luc Annaix et moi-même, en tant qu’auteur compositeur directeur de compagnie et metteur en scène, nous essayons d’occuper ce terrain pour propager et pour développer ces projets de théâtres musicaux là : ceux qui tout en restant exigeants, restent accessible au populaire ...Charge à nous comme l’ont fait la danse, le cirque les arts de la rue, de réaliser cet objectif…
R : Vous avez tous les deux entre autre le projet de trouver un lieu qui permettrait de garder les livrets et d’archiver les œuvres ?
J : En France, il existe très peu de centres nationaux, de lieux conventionnés, de théâtres municipaux qui sont dévolus à cet art là, au théâtre musical. C’est anormal, car on a une grande tradition depuis Hervé avec « Melle Nitouche », et Offenbach bien sûr…Cela représente un tas d’œuvres qui ne sont jamais montées. Cela permettrait de montrer l’évolution : pourquoi nous en sommes arrivés là, qu’est ce que ça veut dire, où est ce que nous nous ressourçons, où est
ce que nous
avons « sourcé », plutôt que ressourcé d’ailleurs ? Ces lieux devraient être là aussi pour monter suffisamment d’œuvres de qualité. Il existe des œuvres raffinées, audacieuses mais effectivement sans lieu, c’est difficile en France. J’ai fait Camille C au th de l’Oeuvre, « Panique à bord » s’est jouée au 20è Th, … « Le Cabaret des Hommes perdus » a été présenté chez Jean Michel Ribes…Mais ces pièces ne sont pas assez restées suffisamment à l’affiche pour que tout d’un coup, on se dise : « Ah oui,
il existe un genre qui peut être étiqueté. Aidons- le ! ». On connait soit Dusapin, soit Presgurvic, pour parler des deux univers opposés évoqués toute à l’heure. Nos auteurs et compositeurs le sont dans notre microcosme, tel que Louis Dunoyer de Segonzac, par exemple ou Alex Bonstein, mais sont inconnus du grand public.
R : Selon toi, pourquoi ces créateurs ne sont pas relayés médiatiquement et pourquoi le grand public est si peu au courant de leurs œuvres ?
J : Déjà, parce qu’ il y a très peu de théâtre à la télévision, sauf s’il y a une tête d’affiche, alors là, on met le faisceau sur un évènement. La place du théâtre est effectivement réduite, quand à celle du théâtre musical… ! Si on n’a pas un disque qui marche, et trois à quatre millions d’euros ou encore un sponsor pour nous faire exister, c’est très difficile d’exister car les places de visibilité sont restreintes ou très courues. Par exemple, à Paris, le 6 juillet
va s’installer
le festival des comédies musicales de Matthieu Gallou, dans trois lieux importants, le 20è théâtre, le Trianon et l’Européen. Matthieu espère que ça va marcher, mais il n’en sait rien. Il faut multiplier les interventions pour être attractif, alors que cela devrait être le contraire ! On devrait se dire : Ah tiens un festival des comédies musicales, quelle bonne idée, nous allons relayer » …alors qu’il faut à chaque fois prouver qu’on est attractif, distrayant, innovant, bouleversant…d’autres arts ont lutté
et ils ont réussi et je ne vois pas pourquoi nous n’arriverions pas à nos fins! On rencontre aussi cette difficulté parce que ce sont des tentatives sporadiques : on n’a pas réussi à fidéliser un public pour des tas de raisons historiques. Tu parlais de Malraux toute à l’heure qui a eu une politique résolument anti anglo-saxonne un temps. Il y a eu l’opérette qui a sombré quelque part, qui est monté au zénith jusque dans les années 70 et qui avait autrefois des livrets qui pouvait être dérangeant, voir
osé, ce qui était le cas pour Hervé … Mais quand est arrivé le rock, les gens ont quitté ce genre là qui a été ringardisé, peut être que trop peu d’auteurs aussi n’ont pas tenté de se confronter aux merveilles que les anglais et les américains avaient réalisés…
R : On parlait de Matthieu Gallou et du festival des Musicals : avec votre pièce de théâtre musical, Camille C, vous avez eu un double Marius ?
J : Oui ! On a eu avec Camille C en effet, le Marius de la meilleure création et celui de la Meilleure chanson.
R : Oui, c’était avec le titre « Je suis Camille » interprété par la divine Annick Cisaruk. Pour en revenir au problème rencontré dans le théâtre musical, il semble qu’il existe une disparité des valeurs dans ce domaine, mal identifiées par le public .Certaines pièces de théâtre musical sont amalgamées au théâtre populaire, ou à la comedia dell arte. D’autres sont en relation avec le monde de la variété lié aux grosses productions, où le disque porte ces créations,
lesquelles
sont à l’origine de la diffusion de l’œuvre en amont. Le troisième genre est plutôt proche du lyrique : il reste traditionnaliste tel que celui de l’opérette, laquelle n’a pas osé vivre cette transition culturelle. Or, on disait que la France, l’Europe, le monde ont bougé et de ce fait, certains genres n’ont pas su trouver une nouvelle place auprès du public. Donc tout est à faire et votre livre, Le Manifeste, est alors une sorte de constat ? C’est un état des lieux ?
J : Oui, je me souviens de cette époque, vers le milieu des années 70, où le cirque disparaissait : il n’y avait plus que Pinder ou presque pour faire encore rêver les gens …Puis tout d’un coup en vingt ans de temps, les gens du cirque se sont fédérés, ils se sont dits : « Non ! On vient d’une tradition lointaine ». Ils ont ouvert des écoles, parce que c’est de cela dont on manque cruellement, car il n’existe pas d’endroit où on enseigne le chant et la comédie sérieusement.
On fait soit l’un soit l’autre, mais pas les deux en même temps ou alors dans des écoles privées ou encore, on court les cours. Par rapport au cirque, cela s’est fait et on a redécouvert que c’était un endroit de magie, de féerie qui faisait rêver. Je crois qu’il faut que nous nous servions de cet exemple là, avec nos spécificités pour installer notre travail. Je suis aussi comédien et j’ai joué des auteurs contemporains comme Koltès ou des classiques comme Shakespeare ou Molière…Mais le passage de la comédie
au chant est quelque chose d’inégalé, quoi que Shakespeare et Molière aient utilisé le chant aussi, on oublie cela -..Il existe quelque chose de libérateur, de merveilleux dans le fait de passer de la parole au chant .Dans notre société cela a disparu ! Avant, on chantait à toutes les occasions! Bien sûr, aujourd’hui, on slame , on a la variété, on a le contact direct avec le public !Mais dans une forme théâtrale, ce passage du théâtre au chant est pour moi quelque chose que je ne vis pas autre part !
R : En fait la leçon serait : « Réapprenons à chanter la vie ! »
J : Par exemple, oui !
R : Comme le faisait Georges Sand qui nommait le théâtre : « le théâtre du monde » et dans lequel elle insérait le récitatif, les cantates.. ? Au XIXès, on s’inspirait beaucoup de la tradition romantique italienne ou encore autrichienne et allemande. On retrouve aussi ce problème dans l’opéra où l’interprétation dramatique n’est pas toujours à la hauteur de la création lyrique qui a donné lieu à l’origine, à celle du personnage ? Est ce un problème franco
français
?
J : Tout à fait ! Il y a des choses à faire.
R : La culture est-elle marginalisée ? Y a t-il des cultures ou des sous cultures ? Faut-il reconstruire cette identité musicale à travers des actions qui soient ponctuelles et fédératrices. ? Justement, j’ai appris que tu serais éventuellement candidat à la rentrée à la présidence de la Fédération des Musicals ?
J : On m’a proposé d’occuper ce poste, et je réfléchis à ça : mais si je peux aider à travers ce Manifeste à dynamiser les choses, pourquoi non ? En fait, je suis né artistiquement dans la comédie musicale en 1975 avec Mayflower. J’ai fait toute ma carrière dans ce domaine, même si j’ai travaillé dans d’autres genres théâtraux, j’ai écrit une bonne vingtaine d’œuvres théâtrales ou de théâtre musical. La plupart ont été joué, ou édité. Donc, je pense peut- être en effet,
être un interlocuteur
valable dans ce domaine là. J’essaie aussi de proposer quelque chose d’original et que ce ne soit pas juste un prétexte. Je trouve que trop souvent, la comédie musicale est un prétexte. Alors pourquoi pas en effet ? Avec Jean Luc Annaix, notre démarche est celle d’auteurs avant tout. Bien sûr, je me suis servi de Moby Dick mais je crois que j’ apporte un vrai regard, et de vraies propositions au regard de cette oeuvre… la partition est totalement originale, je fais intervenir des personnages, tel
que l’andalouse-qui n’existe pas- pour essayer d’éclairer le propos de Melville. J’essaie, en tout cas, de transmettre au public, comment cette oeuvre est passée à l’intérieur de moi. C’est cela qui m’importe. C’est pour cela, par exemple, que dans Camille C, j’ai pris l’option de la mythologie où je fais descendre Hermès de l’Olympe lequel va essayer de résoudre l’histoire de cette femme devant nos yeux. L’Andalouse, par rapport à Moby Dick est l’aspect charnel qui manque à Achab. Son incarnation.
R : D’ailleurs cela fonctionne car tu étais en juin dernier sur la Péniche opéra au programme du festival Diva qui est aussi un fer de lance pour la création dans le domaine de la comédie musicale et du théâtre musical. Vous êtes quatre acteurs et un pianiste : toi, Bernard Allane, le conteur, L’Andalouse jouée par Sophie Delmas et Laurent Malo lequel fait le marin. Le public a fusionné littéralement avec vous .A propos de cette passion pour la mer : tu es donc
breton d’origine,
tes grand pères étaient marin et tu viens de St Malô, puis tu t’es installé à Lorient. D’où te vient cette autre passion, celle avec la comédie musicale? Comment s’est faite cette première rencontre avec la scène, toi qui vient de la mer ?
J : Mon grand père était cap Hornier, pêcheur d’Islande, il a été livré du blé au chinois dans les années 1920 à bord de splendides trois mats,…Et quand il n’a plus pu embarqué, il s’est mis à faire des bateaux en bouteille .Il a fait cela tellement bien qu’une équipe de cinéma est venu filmer son travail dans les années 50 ,notamment lié à un bateau en bouteille qui s’appelait « Fleur de Mai ». Je revois une photo de moi où je brandis ce bateau en bouteille
que
j’adorais… Puis on m’a offert une guitare quand j’avais douze, treize ans et le métier de la mer me passionnant, j’ai fait une école pour devenir plus tard capitaine au long cours .Je suis parti l’été plusieurs fois pour de grosses pêches et je me suis rendu compte que le romantisme lié aux hommes de la mer avait singulièrement disparu et que c’était un métier devenu très technique. Mais j’avais toujours cette guitare que je trimballais !Un jour, j’étais en mer le 24 décembre et j’ai chanté pour les bateaux
qui croisaient dans les mêmes parages que nous. Et tous les marins m’ont dit alors : « Arrête ce métier de con et chante! » Voilà, je suis monté à Paris et j’ai été engagé dans la comédie musicale « Mayflower ». C’était curieux cette coïncidence où je montre ce bateau « Fleur de mai » sur la photo et où je démarre à Paris dans « Mayflower » . C’était une comédie musicale écrite par Eric Charden et Guy Bontempelli et c’est vrai que c’est là que j’ai été initié. Je suis allé à Londres à l’époque et
j’ai vu « Chorus Line » et j’ai été bouleversé même si je comprenais un mot sur trois. C ‘était la vie que j’allais avoir qu’on me racontait sur scène. C’est l’archétype du genre. Un metteur en scène cherche la ligne de chœur pour accompagner une star. Il auditionne chacun et pendant ce temps, sur la scène, on entend les pensées des autres artistes qui se demandent s’ils seront pris : l’un parce qu’il est noir, l’autre parce qu’il est homo…une autre se dit :J’ai envie d’être désirée, ou je n’arrive
pas à payer mon loyer… Cela m’avait bouleversé, oui, cette magie là, celle de jouer et de chanter à plusieurs, ses propres pensées sur scène ! Je me suis dit : « Voilà ce que j’ai envie de faire ! » .Ce genre particulier permet d’arriver à dire une chose et à en penser une autre, avec trois ou quatre, voire cinq personnages. Ce monologue intérieur devient alors quelque chose d’audible, de chantable : on se chevauche vocalement. C’est le seul art choral qui peut permettre cela ! De restituer nos pensées
invisibles. On ne retrouve ça vraiment que dans le théâtre musical.
R : Oui Jonathan et ton actualité est très riche actuellement dans ce domaine car tu rejoues Camille C, dans le cadre du festival des Musicals de Paris organisé par Matthieu Gallou .Cela débute le 20 juillet et se prolonge au 25 juillet, au Trianon ? Mais tu présentes aussi Moby Dick ?
J : Oui ! Je dois rejouer à Avignon « Chante Moby Dick », le 18 ou le 30 juillet et j’ai aussi la sortie de notre livre « Le Manifeste » qui se fera à la rentrée aux éditions L’œil du Souffleur.
R : Merci à toi Jonathan d’avoir répondu à toutes ces questions !On te dit alors à très vite !
J : A très vite ! Merci !
Propos recueillis par Safia Bouadan
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