|
Interview de Peter Pan réalisé à Bobino le 15 octobre.

R : Bonjour Christophe Jeannel : vous jouez le rôle du Captain Hook dit Crochet dans la comédie adaptée par Martine Nouvel et mise en scène par Guy Grimberg. Elle est issue du célèbre conte du 19è s de James Matthew Barrie. Bonjour Johan Nus : vous êtes la nouvelle recrue chorégraphe. Comment expliquez-vous le succès de ce spectacle auprès des petits mais aussi des familles?
C : Pour réponse, je dirai qu’avant tout, c’est dû à l’œuvre de James Matthew Barrie qui plaît beaucoup et à l’adaptation qui en a été faite, très respectée aussi par Martine Nouvel et Guy Grimberg. C’est une version qui se rapproche également plus de l’univers de Disney donc elle séduit plus les enfants.
J : Le succès tient au fait que ce conte soit une référence pour chacun et que aujourd’hui dans notre société, on a un véritable besoin de rêver. Quand on va voir ce spectacle, le chant , la danse et la comédie, nous permettent d’entrer dans un rêve. Dans les dix premières minutes du show, Peter s’envole et à partir de là, le spectateur est propulsé dans le pays imaginaire.
R : Saviez vous que la maman de l’auteur James Matthew Barrie avait perdu un fils né avant ce dernier et que l’auteur a essayé de remplacer ce frère défunt dans le cœur de sa mère et ce, tout au long de sa vie. C’est ce qui l’aurait poussé à écrire Peter Pan : on retrouve ce thème de l’enfant en quête d’une maman. Que pensez-vous de ce contexte d’écriture ?
J : Pour ma part, je ressens plus la maman en attente de ses enfants. Ce thème est fort pour moi dans la pièce même si il est montré de manière courte. Il me touche presque plus que le besoin d’une mère pour un enfant. Même si ils sont loin de chez eux, les enfants des Darling sont très heureux avec Peter et les enfants perdus.
C : Je n’irais pas aussi loin dans l’analyse même si ce thème de la mère effectivement est abordé mais pour moi ce sont des enfants qui jouent, qui rêvent dans une chambre ou ailleurs. C’est une parenthèse où des enfants vont s’amuser et où ils vont dans un pays imaginaire mais cela aurait pu être dans un autre espace car n’importe quel lieu prête à la rêverie quand on est gamin. Et puis arrive le moment où on atterrit et on se souvient qu’on a une vraie maman et qu’on peut se faire gronder. Pour moi c’est
un jeu! Ce spectacle est juste une bulle d’air qui nous sort de notre quotidien et par là même, un adulte aussi va pouvoir s’identifier.
R : Cette pièce plaît à toutes les générations autant aux enfants qu’à leurs parents ou à leurs grands parents ; on le voit dans les retours sur internet car ce sont eux qui écrivent non?
C : Oui ! Peut être plus encore de retour de leur part. Les enfants restent dans le jeu, les parents ont une certaine nostalgie d’où leur témoignage écrit.
J : Parce que cela nous ramène à notre propre enfance : on a tous construit une cabane ! On commence avec la première chorégraphie par un rapp, on construit une maison, on joue à être des pirates ou des indiens…. On joue à se raconter des histoires, on joue à se faire peur…Il y a sans arrêt ce jeu là. On joue à être des danseurs-par exemple la danse irlandaise- …Oui, on joue à… !
R : Ma question est aussi sur ces danses et le choix très stylisé de celles-ci pour ce conte. De plus, dans la troupe, tous ne sont pas danseurs.
J : Sur ce numéro de danse irlandaise, tous ne le sont pas en effet et pourtant ils dansent tous ensemble. Je n’avais pas envie de mettre certaines personnes en valeur plutôt que d’autres car pour moi cette troupe de Peter Pan est une famille, c’est une vraie unité, pour moi chacun est important.
R : Comment avez-vous intégré l’équipe de Peter Pan déjà très construite et rodée ?
J : Je réponds à tes deux questions –rire-: cette esthétique là et ces choix chorégraphiques ont été donnés par la musique demandée par Guy Grimberg. On a travaillé avec l’idée que ce sont des petits garçons qui dansent hormis Wendy, donc avec une esthétique masculine. Pour mon intégration dans l’équipe, c’est surtout par l’intermédiaire de Christophe, j’ai passé une audition puis on a discuté avec Guy Grimberg et on a décidé de travailler ensemble. J’en suis vraiment
ravi car j’aime profondément l’équipe et le spectacle.
R : Un des numéros phares est justement cette danse irlandaise avec les claquettes. Comment avez-vous procédé dans votre élaboration chorégraphique avec les artistes?
J : Au début, le premier travail est de rassurer tout le monde, faire avec ce que chacun peut donner et essayer d’aller plus loin. Puis la 2ème démarche a été de faire un travail rythmique car on est vraiment sur un numéro de claquettes irlandaises. Après j’ai écrit la chorégraphie que j’ai complexifiée en fonction des artistes que j’avais face à moi. On l’a montée très rapidement : je fonctionne en posant une structure, un squelette et ensuite je crée ce que je nommerai
la matière jusqu’à faire un dernier « cleaning » avec mon assistante sur ce spectacle, Sabrina Giordano.
R : Je me tourne vers Christophe Jeannel qui joue le rôle du méchant, le capitaine Hook et qui jouait aussi le rôle de la Bête dans le conte La belle et la Bête de madame Leprince de Beaumont adapté par les mêmes auteur et metteur en scène. Comment êtes-vous entré dans l’aventure ? Qu’est cela vous apporte de jouer ce type de rôle sur le plan artistique et humain ?
C : J'ai rencontré Guy Grimberg en 2005 pour l'audition de la Belle et la Bête. Un rôle magnifique que j'ai honoré pendant plus de 3 ans à travers la France et l'Europe. Ensuite j’ai été choisi pour jouer le Capitaine Crochet. Encore un rôle de méchant au cœur tendre. Chez Guy Grimberg, les personnages sont toujours d'une grande densité et c'est toujours avec délectation que l'on s'y plonge, que ce soit la Bête ou Crochet !
R : Oui mais tous deux sont des créatures, elles ne sont pas humaines ?
C : Oui ! Mais pour Guy Grimberg et moi-même, le personnage de Crochet est un enfant qui n’a pas grandi non plus et qui s’entoure de camarades moins performants que ceux de Peter Pan –rires- …Je veux dire qu’il s’entoure d’éclopés, d’une bande de bras cassés ! Ça reste de ce fait plus léger et néanmoins, j’ai travaillé ma voix pour donner de la densité à mon personnage et continuer ainsi à le faire respecter des enfants sans pour autant les effrayer.
R : D’ailleurs les enfants n’en ont pas vraiment peur et on le voit dans leurs réactions au cours de la pièce.
C : Non ! Ils avaient en effet beaucoup plus peur du personnage de la Bête qui était très sombre avec une souffrance qu’ils n’arrivaient pas à maîtriser.
Celui de Crochet reste une créature de grand spectacle et accessible d’autant qu’ils savent très bien qu’il ne gagnera pas à la fin !-rires- Parfois , je demande à Peter Pan s’il y aurait une possibilité de gagner au moins une fois !-rires-
J : Les enfants sont presque tristes que le Capitaine se fasse avaler à la fin par le crocodile.
C : Justement, c’est ce que l’on voulait : rendre le personnage attachant !
J : Je suis d’ailleurs persuadé que si tu venais saluer seul, les enfants ne te hueraient pas, ils t’applaudiraient! Mais nous avons pris le parti que tous saluent en même temps.
C : Tout à fait ! Eh bien je me présenterai tout seul la prochaine fois !
-Rires-
R : A quoi rêviez vous enfants tous les deux ?
J : Le point commun que j’avais avec Peter, c’est que je rêvais de voler. C’est certainement pour cela que j’ai choisi la danse et je désirais aussi avoir plein de frères et des camarades autour de moi pour jouer. Finalement, j’ai eu une sœur. Cela va peut être vous faire rire mais les spectacles de Chantal Goya avec les trois petits lapins roses qui dansent et jouent des claquettes m’ont fait rêver depuis l’âge de quatre ans ! Donc j’ai eu un parcours de danseur
classique mais très vite, j’ai eu besoin de toucher à toutes les autres disciplines.
R : De Lorraine vous êtes monté à Paris dans le but de vivre de votre art?
J : Non, je me suis jamais dit, je vais être chorégraphe .J’ai eu une maman qui m’emmenait voir des spectacles qui m’ont nourri et la voie s’est faite naturellement. Je rêvais de faire de la scène.
R : Comme Le magicien d’Oz avec Judy Garland ou comme ces comédies musicales américaines !
J : Non ce n’était pas ma référence car ma culture première était issue de celle des ballets classiques du fait de ma dynamique de danseur classique, le jazz est venu beaucoup plus tard !
R : Vous ne connaissiez pas « All that Jazz »?
J : Non, plusieurs années après ! J’ai commencé mon apprentissage de la danse à cinq ans, j’ai découvert Bob Fosse bien plus tard avec sa gestique personnelle grâce à l’étude des comédies musicales.
C : Et bien pour ma part, je ne vais pas vous faire rêver : je voulais être pompier comme beaucoup d’enfants –rire-
R : Il me semble avoir entendu parler de cirque ?
C : Oui en effet ! Là où j’habitais avec mes parents, il y avait une grande place où se produisait le cirque Pinder: je le regardais de ma fenêtre et je m’amusais à recréer le chapiteau chez moi et imaginer les numéros qui pouvaient s'y dérouler. Puis à l’âge de huit ans, j’ai voulu être chanteur ! J’avais alors fondé avec une copine, un groupe : on écrivait des chansons et en guise de guitares, on prenait des raquettes ! Le théâtre est venu beaucoup plus tard
à l’âge de seize ans au lycée où nous avons créé, mes amis et moi, un groupe de théâtre. Ce fut alors une révélation !
R : Aviez-vous une référence ?
C : Pour les comédies musicales ? Non. C’est très récent –ça date de deux ans- pour moi, ce genre ne m'attirait pas vraiment. Je ne voyais en fait que les grosses productions françaises à très grand public comme les spectacles Mozart et le Roi Soleil. J’en ai découvert le côté plus passionnant il y a à peine 2 ans en découvrant de plus petites productions comme "le violon sur le toit". Un délice...
R : Guy Grimberg, votre metteur en scène nous a justement précisé que Peter Pan n’était pas une comédie musicale mais bien une pièce avec des numéros musicaux ?
C et J : Oui !
R : La presse est unanime mais avez-vous des critiques ?
C : Elles sont d’ordre technique car on a un décor assez lourd mais dans une catégorie de spectacle Jeune public, on joue l’après midi et de ce fait, le spectacle qui se joue le soir a la priorité sur Peter Pan pour le réglage lumière et pour le décor. Si on était prioritaires, ce serait encore plus magique car Guy Grimberg pourrait encore davantage laisser galoper son imagination. On ne pourra pas faire ça malheureusement, par conséquent, on réalise des changements
classiques avec des fermetures de rideaux, un décor changé manuellement derrière le rideau.
J : Quand je suis arrivé à Paris, j’ai joué Blanche Neige de Jean Luc Moreau aux Folies Bergères. Je trouve qu’avec Peter Pan on est dans l’exigence d’une qualité de spectacle Jeune Public qui nécessite une belle production, tout y est de beaux costumes, de beaux décors.
R : En effet, j’en viens à ce sujet : Bobino est une salle mythique qui a accueilli nos plus grands artistes tels Joséphine Baker, Edith Piaf, néanmoins d’après ce que vous me dites, vous rencontrez certaines contraintes ?
C : En fait, c’est une contrainte de tous les théâtres pas seulement à Bobino !
J : Oui ! Il existe une réalité économique dans toutes les salles aujourd’hui qui est de multiplier les spectacles au quotidien. Cela explique un temps de mise en place technique plus court et un temps de montage dans un théâtre plus rapide.
C : Ce n’est pas possible de faire par exemple des rétroprojections pour prolonger l’effet du décor issu du pays imaginaire car le spectacle du soir « Les Voca People » nécessite un rideau qu’on ne peut pas bouger !
R : D’après mes informations, vous avez opté pour un autre type de visuel face à ces problématiques esthétiques ?
C : Oui ! On va essayer de le faire, ce sera une toile photographiée sur la base de la technique du « mat painting » .Ce sera comme une photographie imprimée sur un tissu similaire au tulle.
R : On sent une très belle complicité sur scène qui est due entre autre au fait que les artistes travaillent ensemble sur cette pièce depuis des années, y a-t-il de nouvelles recrues en dehors du chorégraphe ?
J : Oui, le personnage de Lili la Tigresse joué par Charlotte Bizjak qui vient d’arriver .Effectivement , dans cette famille que représente la troupe de Peter Pan , peu importe la personne qui arrive, il existe une vraie notion d’accueil et d’ouverture où une attention est toujours portée à l’autre .De plus , chaque artiste aime ce spectacle, ce qui fait que chacun le défend comme s’il s’agissait d’une partie de lui-même.
R : Comment ressentez-vous les retours sensibles et actifs des enfants ?
J : Ce qui est touchant, ce sont leurs rires, notamment l’intervention de Plume Sarah Filc qui joue le médecin. Un autre moment fort pour moi c’est lorsque Peter leur demande s’ils croient aux fées ou lorsque le Capitaine Crochet s’approche de Peter Pan et qu’il empoisonne son médicament. Alors après un temps de silence, les enfants scandent avec force « Non, il ne faut pas boire, c’est empoisonné ! ».L’enfant vit pleinement la situation.
C : Oui les enfants respectent le moment où le Capitaine Crochet fait signe aux enfants de se taire avant de se mettre à crier! Les enfants sont très à l’écoute !
R : Qu’est ce que les perles humoristiques glissées ça et là dans cette pièce apportent au spectacle et au public sachant que dans la majorité de ce type de contes, on ne prend pas toujours de risques ?
J : Parfois, c’est un rajout de comédiens qui a été testé sur scène et que Guy a finalement gardé ! En fait, il y a des références pour les adultes et les adolescents aussi. Il y a divers degrés de lecture.
C : Des scènes sortent parfois de leur contexte mais elles ont été validées par Guy Grimberg : elles sont plus faites pour les adultes car les enfants ne connaissent pas ces références.
R : Actuellement Johan, vous êtes aussi sur une autre actualité que celle de Peter Pan ?
J : Oui. Pour la rentrée, j’ai beaucoup de chance avec dans mon actualité le spectacle Kid Manoir qui s’installe au Palace après avoir été créé au Théâtre Marsoulan.
R : Il a d’ailleurs remporté un franc succès à Avignon sur les deux éditions 2010/2011.
J : Il a été le plus gros succès enfants à Avignon .Cela commencera à partir du 18 ou 19 décembre au Palace. J’ai la chance de chorégraphier aussi Le Noël magique qui va se retrouver au Palais des Congrès, La belle au bois dormant mais aussi Sauna le musical. Pour finir, je fais danser deux artistes comiques Agnès Pat et Anne Bernex-un one women show-. Sinon, à la télévision, nous tournons « La France a un incroyable talent » ainsi qu’ « A la recherche
de ». Je joue aussi dès novembre dans une pièce Noctambule de Carol Trebor au théâtre L’Essaion. Elle est mise en scène par David Fritzmant.
R : Je sais aussi Christophe que vous êtes aussi sur une création, un gros OVNI qui va arriver en 2012 dans le milieu théâtral : c’est une comédie qui sera à Avignon l’année prochaine ?
C : Oui et je peux en parler car c’est officiel : Il s'agit de « L’Emeraude noire de Kalissapaki » une pièce écrite et mis en scène par Patrick Rouet. Cette pièce s'inscrit dans la lignée du travail de Sébastien Azzopardi et de ses comédies déjantées telle Mission Florimont.
L'Emeraude se jouera cet été au festival d'avignon au Théâtre du Roi René en co-production avec le théâtre du Ranelagh.
R : Si vous aviez un vœu à formuler dans les dix prochaines années, quel serait –il ?
J : Pour ma part, ce serait de continuer à participer à de jolis spectacles comme celui de Peter Pan.
C : Par rapport aux métiers d’artiste qu’on pratique et qui sont beaux même si c’est aussi un milieu difficile et instable, mon voeu serait que tous les métiers du monde soient aussi récréatifs .Je trouve dommage de passer une bonne partie de sa vie à subir des contraintes notamment de la part de supérieurs.
J : En rapport avec Peter Pan, ce serait que les enfants continuent de rêver le plus longtemps possible car j’ai l’impression que leur temps de rêve est de plus en plus raccourci et s’il pouvait s’allonger ce serait très bien !
R : Je vous remercie tous les deux pour cette interview. J’ai une spectatrice à mes côtés donc je me permets une question à son encontre : vous venez de voir ce spectacle Peter Pan et si vous deviez le résumer en trois mots, quels seraient-ils?
S : La magie ! La féerie de notre enfance que l’on a toujours en nous, en tant qu’adulte, bien cachée et elle ressort de ce spectacle !
R : Merci à tous et longue vie à Peter Pan qui passera sur le Journal télévisé de TF1 à 13h le 27 octobre ! Ce spectacle trans-générationnel rencontre un véritable succès et il est à l’affiche à Bobino depuis le 1 er octobre. Je vous invite vivement à profiter de cette belle envolée avec Peter !
Safia Bouadan
Site de réservations
|