David Alexis pour La vie parisienne
Michel Voletti pour "Ladies Night" à l'Essaïon
Alain Sachs pour "La vie parisienne" au théâtre Antoine
Felix Sabal Lecco, Khalil Maouene et Aurélie Konaté pour Tismée
Gilbert Ponté pour Giacomo sur les planches
Franck Vincent et Hervé Lewandowski
QUINCE, Chiara Di BARI, Laurent BAN pour Marlène D.
Valérie Masset et Valery Rodriguez pour Swinging Life
Julien SALVIA, Robert ABURBE, Sandrine MALLICK, Ludovic Alexandre VIDAL pour le Prince et le Pauvre
| Aline STINUS |

R : J’ai vu récemment votre spectacle, Décorum, qui ne laisse pas indifférent. Pouvez-vous-nous dire comment il est né ?
A : C’était au départ, en mai 2009, une invitation à faire partie du festival "Mises en capsule du Ciné 13 Théâtre. J’avais une contrainte : que cela n’excède pas 30 minutes. Depuis, je l’ai retravaillé et j’y travaille encore, je l’enrichis d’idées nouvelles et je peaufine l’écriture.
R : Comment vous est venue l’idée d’arriver ainsi complètement nue sur scène ?
A : Je voulais que ce soit une mise en abyme du théâtre. Mon personnage arrive effectivement nu, comme un bébé qui vient de naître. Mes cheveux sont aussi tirés, cachés. Puis cette nudité pose problème lorsque le personnage découvre qu’il n’est pas seul, que le public est là.
C’est le regard des autres qui est dérangeant. Ce sont alors les accessoires du théâtre qui vont être utilisés, le livre, le rideau qui devient draperie ou camisole.
R : Avec aussi cette parodie de Phèdre
A : Mais je dois encore améliorer ce passage, mieux l’amener, le mettre en valeur.
R : C’est aussi une pièce très féministe qui dénonce l’image de la femme dans la société
A : Oui une société où c’est « sois belle et fais le ménage »
R : D’où l’utilisation d’ustensiles ménagers, sac poubelle, gants en caoutchouc, balai espagnol avec les clins d’œil aux icônes féminines, Rita Hayworth, Brigitte Bardot etc.
A : Je suis toujours sur le fil entre le côté décalé, burlesque et la sensualité, le glamour. En tant qu’historienne de l’art, j’aime aussi ce travail d’utiliser le corps féminin comme source d’inspiration.Avec des moments qui sont comme des arrêts sur image.
R : Quel avenir pour ce spectacle ?
A : Je vais le rôder en Province, dans différents festivals et poursuivre mon travail de réécriture, continuer à l’améliorer, continuer à creuser les différentes facettes du théâtre.
R : Vos projets ?
A : Je travaille aussi avec d’autres compagnies, notamment sur un projet d’adaptation d’un roman qui traite des rapports entre psychanalyse et .cinéma hollywoodien des années 50. J’exerce aussi mon métier de comédienne au cinéma, à la TV, par exemple dans une série sur Arte.
R : Comment vous définiriez-vous ?
A : Comme une privilégiée. J’ai la chance de pouvoir exercer le métier que j’aime, que j’ai choisi, même si comme pour toutes les femmes qui travaillent, la vie est toujours plus compliquée que celle d’un homme car il faut tout gérer en même temps, le travail, la maison, les enfants.
Propos recueillis par Nicole Bourbon
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Regarts : Bonjour Michel. Tu es actuellement à l’affiche de Ladies Night dans le rôle de Bernie, le boss. Comment en es-tu venu à jouer dans cette pièce? Michel : J’avais vu « Ladies Night » l’année dernière, le public délirait totalement. À la sortie, j’ai parlé avec Guylaine Laliberté (le metteur en scène) qui avait très envie que je joue le rôle de Bernie pour la reprise. Cela faisait longtemps que je n’avais pas joué de vraie comédie. Bernie est un personnage qui revient en pointillé et je ne voulais par d’un rôle trop important. J’aime bien le théâtre Essaïon, ce n’était que deux jours par semaine. Bref, tout était réuni pour que j’accepte ! De plus, je connais depuis mon adolescence Jacques Collard (co-auteur de la pièce avec Stephen Sinclair et Anthony Mac Carten) et je suis ravi de faire partie de sa pièce. R : En quoi ce rôle de Bernie pourrait-il te ressembler ? M : Il me ressemble car il est râleur, grognon, grincheux. Je pense que si on ne râle plus dans la vie, c’est un peu comme si on était mort. Mais Bernie est aussi un gentil et là il me ressemble encore plus ! -rires- Il protège son petit clan, ses copains chômeurs, mais passe son temps à les engueuler. Cela fait partie de sa personnalité et de la mienne. R : Tu as en effet une grande personnalité mais tu es aussi un acteur d’envergure car tu as joué dans « Les nuits fauves » de Cyril Collard qui a eu le César du meilleur film en 1992. Peu savent que tu as aussi joué au Met de New York et au philharmonique de Berlin dirigé par Kurt Mazur ? M : Oui, cela restera mon plus beau souvenir de scène. C’était « Jeanne d’Arc au bûcher » de Paul Claudel, sur une musique d’Arthur Honneger avec Marthe Keller... un moment magique que je n’oublierai jamais. R : Que penses-tu de tes complices actuels sur la scène ? M : C’est l’une des raisons qui a fait que j’ai accepté avec joie ce rôle : ils sont tous formidables. Chacun a sa personnalité et ça donne une équipe géniale ! Je connaissais déjà Michel Laliberté, qui joue le rôle de Manu et qui est le directeur de l’Essaïon. R : Toi aussi, tu as été directeur de l’Aktéon Théâtre ? M : Oui. Michel et Guilaine Laliberté me l’ont acheté (avec 3 associés) il y a quelques années, puis ils se sont agrandis avec le théâtre Essaïon. Ce sont des canadiens très sympas qui savent allier le plaisir du théâtre - car ils produisent des pièces - et la gestion d’un lieu. R : Parmi tous les personnages que tu as pu interpréter au théâtre, au cinéma ou à la télévision, en as-tu un particulièrement qui t’a marqué et pour quel raison? Le « De profundis » d’Oscar Wilde par exemple? M : C’était un projet personnel qui me tenait à cœur. Je voulais partager ce texte superbe avec le public de la manière la plus simple possible. J’ai fait une adaptation depuis l’original, l’ai traduite et jouée en lecture spectacle afin de ne pas être dans la performance d’acteur mais plutôt dans le rôle d’un passeur. Ça a duré huit mois et j’ai eu des retours du public très touchants dont une dame qui est venue me voir pour me dire que je l’avais rapprochée de Dieu à travers cette pièce ! J’ai eu des témoignages superbes… Côté cinéma, Eric Rohmer m’a fait un très beau cadeau en me proposant le rôle de Maxence dans « Contes D’hiver » qui m’a permis entre autre d’aller au Festival de Berlin où nous avons obtenu le Prix de la Critique Internationale. Le dernier film auquel j’ai participé aux côtés de Clive Owen « L’Enquête » de Tom Tikwer a fait l’ouverture du Festival de Berlin cette année ! Je n’ai que de beaux souvenirs avec cette ville que j’aime beaucoup. R : Parle-nous de ton parcours ? M : Ma première scène fut l’Opéra de Nice avec un spectacle sur Jules Verne. Après un séjour aux États-Unis où le hasard m’a fait participer à un film d’Andy Warhol, je suis venu à Paris au Cours Florent et j’ai très vite fait du théâtre. C’était la grande époque des Cafés Théâtres. J’ai joué Jean Anouilh, Victor Hugo, Jean Cocteau, Jean Giraudoux, Israël Horowitz… et aussi de jeunes auteurs, j’ai écrit, mis en scène, joué dans des comédies musicales comme « Let My People Come ! » à l’Olympia ! Côté cinéma, mon premier rôle au cinéma fut aux côtés de Lambert Wilson et Anny Duperey dans « De l’enfer à la victoire » de Hank Milestone, puis il y eu une comédie totalement déjantée de Michel Caputo avec Bernadette Laffont, Michel Galabru, Bernard Haller… « Arrête de ramer t’attaques la falaise »… toute une histoire ! D’autres films et télévisions s’ensuivirent tout en continuant le théâtre… mais, l’éternel insatisfait que je suis décida sur un coup de tête de repartir aux Etats Unis pour travailler un an à l’Actor’s Studio… On m’a demandé de participer à une comédie musicale dans laquelle ils avaient besoin d’un français et je suis resté dix ans entre Los Angeles et New York à faire l’acteur autant sur scène que sur le petit et le grand écran ! R : Un destin comme on dit ? M : Sûrement puisque quoi que je fasse, où que j’aille, je me retrouve toujours à faire mon métier d’acteur ! J’appelle ça ma bonne étoile. R : Tu aimes ce métier donc ce métier t’aime ? M : Oui, c’est vrai même si le métier a beaucoup changé, je suis toujours là et j’en redemande encore ! -rires- R : Tu parlais de professeurs qui t’ont propulsé ? As-tu eu des personnes parmi eux qui t’ont poussé ? M : Oui et non. J’étais à l’armée à Fréjus et je m’échappais le week-end à Saint Tropez où j’ai rencontré François Florent qui donnait des stages d’été avec Robert Hossein. C’était en 1972 et François m’a proposé de suivre ses cours à Paris gratuitement en échange de quelques aides techniques. J’ai donc travaillé un an avec lui rue Rodier, mais très vite, je suis monté sur scène (pour moi, c’est la meilleure école) et ça ne lui plaisait pas beaucoup. Donc je suis parti en continuant le théâtre et en travaillant parallèlement pendant plusieurs années avec Andréas Voutsinas. R : Tu disais que le métier avait beaucoup changé? Est-ce lié au fait que dans les écoles, les acteurs ne travaillent plus de la même manière ? M : C’est plutôt que la mentalité des gens a changé. Tout va trop vite maintenant, il faut être célèbre avant d’apprendre ! Avec la peopolisation due à certaines émissions de télévision, on croit que tout est facile et se fait en claquant des doigts. Heureusement, il y a toujours des professeurs qui véhiculent les valeurs de l’acteur avant celles de la célébrité ! À l’époque à laquelle on vit, je peux comprendre, mais ce n’est plus le métier que j’ai choisi. R : En quel sens ? M : Disons que je suis un éternel idéaliste et un grand gamin. J’ai choisi ce métier pour m’amuser toute ma vie! Avoir du plaisir en travaillant ! Maintenant, pour garder le plaisir intact, comme j’ai eu la chance de bien rouler ma bosse, je fais des choix. C’est un luxe mais je me l’autorise. Sinon, ça a beaucoup évolué : les conditions ne sont plus les mêmes, les tournages sont trop rapides, la qualité du travail est négligée, les salaires ont énormément baissé… On est beaucoup trop nombreux dans ce métier. Autant, je n’ai rien contre la Star Academy et autres émissions du genre, mais cela apporte pléthore de gens qui n‘ont rien à faire dans ce métier et qui grâce à la téléréalité se retrouvent propulsés dans un vedettariat de paillettes. Dès qu’une personne est connue par ce biais, on la retrouve dans des téléfilms et au théâtre… Pendant ce temps la, de vrais comédiens se débattent avec les assedic ! R : Mais il existe quelques exceptions comme Aurélie Konaté par exemple ? M : Bien sur ! Certains artistes se servent de ces médias pour essayer de se faire connaître et ils ont raison. Je dis à tous les jeunes : « Si vous avez le courage d’aller là dedans, faites de la téléréalité mais soyez suffisamment intelligents pour que ça vous serve à quelque chose de positif dans le métier ! »… Après, c’est une autre histoire. R : Derrière le message léger de « Ladies Night » se cachent des messages plus durs tels que le fléau du chômage. Comment le perçois-tu, comment les jeunes réagissent-ils et comment toi, l’aurais-tu perçu à ton époque ? M : Il est sûr qu’à mon époque, c’était plus facile de trouver du travail que maintenant. Mais les médias n’aident pas en ressassant sans cesse la crise, le chômage, la grippe H1N1... Je trouve cela très négatif. La France a fait d’une partie de ses citoyens des assistés. Les aides de l’État sont une bonne chose, à condition qu’elles ne dissuadent pas de travailler. Il y a trop de gens qui profitent du système, ça le rend négatif. En France, il y a un problème avec la richesse, mais sans argent, comment aider ceux qui n’ont pas les moyens de manger, de se loger ? L’argent restera toujours le nerf de la guerre. Pour que les choses évoluent, il faut d’abord changer sa manière de penser, sortir de son petit « Moi » et aller vers les autres, communiquer et essayer de comprendre sans demander à l’État de tout résoudre. C’est à nous de bouger sinon ça ne marchera pas. Quand j’étais étudiant, mes amis me disaient toujours : « Mais comment fais-tu pour sortir, aller en boîte, au cinéma? »… C’était simple, je travaillais ! Quand je leur proposais de leur trouver du travail, les réponses étaient les mêmes : « Oh je n’ai pas envie de faire tel ou tel job, de gagner si peu d’argent… ». C’est qu’il ne voulait pas travailler en fait. Je viens d’une famille où il y avait peu d’argent. Ma mère était vendeuse, et mon père inexistant. Je suis parti à dix huit ans pour être libre et quand ma mère m’envoyait des chèques pour m’aider, je ne les encaissais pas, je gagnais ma vie en travaillant. R : Merci Michel, c’est un beau message à donner à notre jeunesse actuelle un peu désespérée ? M : Heureusement, il y a aussi une jeunesse qui se bat et qui travaille ! C’est comme avec le système des subventions. Ayant été directeur de théâtre à l’Aktéon, j’aurais beaucoup à dire là-dessus quand certains directeurs de théâtres subventionnés me répondaient: « Vous savez, si on ne perd pas d’argent l’année prochaine on aura moins de subventions… ». Mais le but est lequel ? Celui de pomper les subventions ou d’avoir des subventions qui vous aident à faire marcher votre théâtre afin de ne plus avoir besoin d’en demander ? Et là, on peut en aider d’autres. R : « Ladies Night » fait passer justement un message de solidarité et d’amitié. Bernie est le patron du bar, le témoin des relations entre ces hommes. Il est l’axe central de cette solidarité, le critique aussi et il relance la machine quand cela menace de tourner à la crise entre les copains ? M : Oui. Dans la pièce, il y a cet univers de copains qui se réunissent dans son bar, font les idiots et picolent un peu. Le langage est cru mais parallèlement, on ressent les effets de la crise lorsqu’ils racontent les difficultés dans leur vie, leur ménage… Ils ont tous un peu vieilli avant l’âge à cause de leur travail. R : On parle en effet du métier de mineur de père en fils ? M : Absolument ! On évoque ces métiers très durs où les gens gagnaient très mal leur vie. Les régions du Nord de la France on le sait sont très touchées par le chômage. On est dans les années 80, la grande époque des Chippendales et tous se disent « Pourquoi pas nous » ! Ce sont des gens qui sont prêts à tout pour s’en sortir. Bernie est fier de pouvoir les aider. R : Ils créent un projet ensemble, avec des valeurs communes qui les confrontent aussi à eux-mêmes. M : D’autant plus qu’ils vont devoir se mettre à nu physiquement bien sur, mais surtout psychologiquement ! Je crois que c’est une excellente thérapie ! R : C’est aussi un petit clin d’oeil fait sur la société des apparences et du bodybuilding, lié au rôle de cette femme coach, Glenda parfaitement faite, qui les entraîne à bouger leur corps et à savoir danser ? M : C’est un tout petit clin d’œil car la pièce est plus axée sur le social, le chômage, sur le fait de retrouver confiance en soi. Évidemment, le fait qu’ils réussissent à aller jusqu’au bout, qu’ils deviennent les premiers « Ch’tispendales » comme je les appelle -rires- cela leur permet de se libérer de leurs problèmes et de retrouver une certaine liberté et une fierté. R : Ce qui est très bien dans cette pièce, c’est la distribution. Ces personnages ne se ressemblent pas mais ils ont tous un point commun, une forme de désespérance, d’enfantillage… ? M : Oui, ce sont de grands gamins. Je crois que si l’on garde toujours une parcelle d’enfance en soi, on s’en sortira toujours. Je crois au Père Noel ! R : Même s’il n’existe pas ? M : Mais si, il existe! R : Non, chers lecteurs, il n’existe pas ! M : Si! La preuve, je suis là devant toi ! -rires- R : Ah oui c’est vrai, j’oubliais pardon !... -rires- Peux tu nous parler des tes partenaires ? Comment s’est faite cette rencontre ? M : Pendant les répétitions tout simplement. La force de Guylaine est d’avoir trouvé huit personnes qui ont tous une très forte personnalité et qui se sont adaptés à leur personnage. Laurent Mentec le poids lourd de l’équipe que j’appelle « Gégé… latine » il vient du one man et il a un comique naturel… Marc Diabira,(ou Alain Azerot) les beaux gosses, Sacha Patronjevic le perturbateur, Franck Partaud le timide, Pascal Aubert le sex symbol macho, Michel Laliberté l’initiateur du projet, Marielle Lieber-Claire la prof de danse, ancienne amie de Bernie. Tous sont excellents et c’est un vrai plaisir de partager la scène avec eux. R : Parle-nous maintenant de ton actualité? M : « Ladies Night » Of course! Cet été, j’ai tourné dans un film de Jean-Michel Verner « Même pas mort », avec Gérard Darmon. J’ai aussi participé au court métrage d’un jeune réalisateur qui s’appelle Cédrick Spinassou, ainsi qu’au premier film de Guillaume Martinez (primé à Berlin pour son premier court métrage) « Eva Nova » avec Edith Scob. Il y a également « L’enquête» de Tom Tykwer qui vient de sortir en DVD. J’y suis Viktor Hass, un ancien collaborateur et ami de Clive Owen. À venir, deux projets théâtre : « Le messager et la ballerine » (d’après la vie de Margot Fonteyn) de Herman Van Veen qui sera créé à Amsterdam en juin 2010 et « Forget Hollywood » de Miro Gavran au festival de Bratislava en septembre 2010. En espérant les jouer à Paris… R : Merci Michel. Quel serait ton vœu pour les dix prochaines années ? M : Qu’il n’y ait plus de guerre. Et que les gens soient un peu plus généreux dans le vrai sens du terme. Arrêtons de demander de l’aide, soyons notre propre force d’action. Si nous ne bougeons pas, personne ne le fera pour nous. Essayons d’être heureux nous même et partageons avec nos proches… si chacun faisait cela, chaque cercle grandirait et tous ces petits cercles deviendraient un grand cercle. R : Les communautés se sont construites avec ces réseaux de solidarités, de corporations de métiers. Il faudrait peut être y revenir selon toi ? M : Absolument ! Le compagnonnage avait du bon ! On peut toujours rêver… R : Merci Michel. Pour rappel, Ladies Night est à l’affiche jusqu’à fin mars et pour les fêtes ? M : Oui, tous les vendredis et samedis à 21h30. Si vous voulez réveillonner avec nous, le 31 décembre il y aura deux représentations à 19h00 et 21h30 avec champagne, cotillons et petits fours. On va faire la fête ce soir là. Sur billetreduc, les critiques sont excellentes à part une, mais celui ci a dû se tromper de pièce ! R : C’est moi ! M : Merci Safia. C’est une pièce pour les femmes pas pour les enfants ! R : J’en ai vu pourtant dans la salle ? M : Tout dépend de l’éducation que les parents leur donnent. Je préfèrerai les emmener à « Ladies Night » que les voir collés à un écran devant certains jeux vidéo qui prônent la violence et la guerre ! Donc venez tous vous amuser avec nous ! R : Oui. Merci encore Michel pour cette interview. Rappelons que « Ladies Night » est à l’affiche au Théâtre de l’Essaïon pour notre plaisir à tous pendant les fêtes. Cette pièce des plus sympathiques se prolongera aussi jusqu’à fin mars 2010.
Propos recueillis par Safia Bouadan Voir article « Ladies Night » |
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INTERVIEW réalisée au Théâtre Antoine le 16 décembre
R : Bonjour Alain Sachs. Merci de nous accorder cette interview. Pouvez-vous nous parler en premier lieu de votre dernière création ? Pourquoi Offenbach et pourquoi cette œuvre « La vie parisienne » ? A : J’aime quand il y a du monde sur scène avec de grosses équipes. Alors c’est comme ça que j’ai monté l’année dernière « Les deux canards » de Tristan Bernard au Théâtre Antoine avec Isabelle Nanty, « Madame Sans-gêne » de Victorien Sardou avec Clémentine Célarié, « La Locandiera » de Carlo Goldoni avec Cristiana Reali toujours dans ce même théâtre, « Le Bourgeois Gentilhomme » avec Jean Marie Bigard au Théâtre de Paris…J’aime les grands et beaux projets… J’alterne la création contemporaine avec des créations de répertoire. Maintenant, je n’aurais jamais pu imaginer monter du Offenbach car cela nécessite beaucoup de monde en comédiens, en musiciens, en danseurs, en chanteurs .C’est parce que c’était impossible que j’ai voulu trouver le moyen de le faire et de remettre Offenbach dans les théâtres parisiens car il a toujours été conçu pour jouer dans les théâtres avec des comédiens et non pas des chanteurs. J’ai eu l’idée de voir s’il n’existait pas en France des artistes comédiens, chanteurs, danseurs et musiciens. J’ai commencé par faire cette recherche et quand j’ai su qu’il en existait, je me suis dit que c’était possible de le faire à treize acteurs là où d’habitude, on en a quarante ! R : Dans cette version originale et vivifiante que vous proposez, il n’y a pas d’orchestre, ni de chanteurs lyriques. Comme vous le disiez, en 1866, Offenbach a pris la troupe du Palais Royal qui était en majorité des vaudevilliens. Même si Labiche était contre car il avait l’impression qu’on mangeait un petit peu son répertoire et surtout qu’on grignotait son public, il a reconnu que c’était une très bonne pièce. Vous, vous remettez cela à l’honneur-comme Jean Louis Barrault l’avait fait aussi- c'est-à-dire redonner du sens au livret, à la théâtralisation de cette œuvre lyrique. Les grands complices d’Offenbach, Halévy et Meilhac écrivaient beaucoup sur la parodie et sur le satyrisme qui n’est pas lyrique au départ mais qui est un genre comique à part entière . A : Tout à fait. Beaucoup de personnes viennent et connaissent parfaitement l’œuvre .Elles me disent qu’elles ne savaient même pas que ça racontait tout ça…Il existe déjà un premier contre sens car quand les gens la voient à l’opéra, c’est avec plein de chanteurs et de danseurs. Ils gardent seulement l’idée qu’on connaît, le grand et le vrai Paris. Mais la pièce ne traite pas du tout de ce sujet là ! Ce n’est pas du tout ça ! Cela parle d’une arnaque totale : c’est un baron qui est trimbalé de fausses fêtes en fausses fêtes…Là, les comédiens portent vraiment l’histoire. R : Comment avez-vous choisi votre distribution ? A : On a procédé par étape : on a commencé par chercher des gens qui soient chanteurs et musiciens : on voulait que ça chante avec un vrai niveau mais on a demandé cela à une population de comédiens, pas de chanteurs. Après, on leur a demandé leur niveau d’instrument. Les gens qui appelaient et qui me disaient qu’ils n’avaient que cinq ans d’expérience de violon par exemple, je leur répondais que ce n’était pas la peine de venir car ils allaient être le seul violon de la troupe. « Je leur confiais : «Si vous n’avez pas dix, quinze ans de violon, laissez tomber! ». Quand on eut fini cette première sélection, je les ai distribués en fonction de leur qualité d’acteurs. J’ai eu la chance d’avoir un baron qui ressemble à un baron, une baronne qui ressemble à une baronne. C’était magique et là, je les ai auditionnés comme acteurs. Il se trouve-et ça c’est un miracle- que ces artistes s’intéressent à tout et dans leur parcours, ils étaient fatalement passés par la danse .On ne le savait pas et on a demandé un niveau de danse assez haut, notamment pour Noémie Delavennat, la plus jeune qui a vingt ans et qui me demande un soir : « Est ce que je peux garder mon boulot d’un soir, je suis danseuse de french Cancan »! C’est fou, on a eu une chance incroyable. En plus, ils sont évidemment très travailleurs et très sympathiques. Ils sont très disciplinés : on en est à la quinzième et on vient de travailler encore deux heures ce soir jusqu’à 19h30 .On fait ça tous les soirs, pour améliorer encore : ce soir, c’était la musique, demain, ce sera la danse. R : Oui, ce qu’il faut savoir, c’est que le livret est respecté de la première à la dernière note et du premier mot au dernier ? A : Exactement, il n’y a pas un seul mot de rajouté. R : J’ai aussi remarqué une petite chose dans « Le Quatuor » récemment, vous aimez bien prendre l’instrumentiste comme acteur et vice-versa, ce que l’on retrouve aussi dans « La vie parisienne »? Tout d’abord, vous-même avez-vous « touché de l’instrument »-car Offenbach était un violoncelliste assez virtuose aussi ?- A : Pas du tout. Je ne lis pas de la musique, ni ne la joue… Et je chante faux !-rires- R : Et pourtant, vous êtes réputés pour porter magistralement la musique au théâtre, cela a même été une des critiques de la presse nationale ? A : C’est l’amateur: j’aime ça, cela me met en joie. J’adore la musique, j’adore le music hall, j’adore la danse mais je le fais avec l’innocence du candide. J’ai bien sûr le sens de la musique puisque j’interviens précisément sur des arrangements, des orchestrations. R : Donc, vous avez pris en collaboration musicale et vocale Patrice Peyriéras ? A : Bien sûr et il a fait un travail de fou car il a fallu refaire toutes les orchestrations et tous les arrangements. On travaillait jour et nuit parce que je lui disais pour tel air, un tel un tel un tel vont chanter donc tu n’as de disponible qu’un violon, une trompette… R : C’est assez extraordinaire… ! A : Oui. Il faut voir le spectacle deux fois et je crois que c’est ce que vous allez faire ce soir. Alors amusez-vous à comprendre ce qui se passe au niveau du passage des instruments : sur les treize, huit sont pianistes. Mais les gens ne le voient même pas la première fois. Il n’y a pas de chef d’orchestre. Ils se dirigent eux-mêmes, on ne sait pas comment les airs partent et pourtant il y a bien quelqu’un qui les lance. C’est amusant de venir revoir le spectacle pour refaire le trajet des instruments de musique : l’acteur dépose la trompette à un moment puis il la reprend pour faire trois notes…Ils sont tous les treize sur scène en permanence et c’est très difficile car c’est un parcours de combattants. R : C’est complexe aussi car cela fait penser à onze personnages en quête d’auteur…c’est du Pirandello ? En tout cas, c’est comme cela qu’on peut le percevoir au début : on peut être déstabilisé quand on ne connait pas ce théâtre et quand on s’attend à l’adaptation classique de l’opéra-bouffe. Alors pourquoi cette référence réelle à Pirandello ? A :Vous avez raison, c’est une vraie référence. C’est parce que je voulais vraiment accentuer le fait que je l’ai fait dans un théâtre car c’est un spectacle de théâtre. Comme les gens viennent voir « La vie parisienne » avec pleins d’idées dans la tête de ce qu’ils ont vu , entendu, …Des idées qui sont toujours forcément du côté du traitement musical et du lyrique, je voulais les déstabiliser tous, en leur disant : « De toute façon, ce ne sera à aucun moment comme tout ce que vous pouvez imaginer car on sera au théâtre. Cela commence par cinq minutes de silence –et c’est ça qui est drôle-…C’est aussi pour mettre les gens à un niveau d’écoute où chaque évènement va prendre son importance. Dans le premier acte, je m’évertue à ce que chaque instrument apparaisse l’un derrière l’autre. Tout ça forme un évènement et en plus, ce sont des jeunes qui entrent en scène et on découvre leur innocence devant une œuvre puisqu’ils sont censés passer une audition ou être en répétition -l’histoire ne le dit pas- Ils vont découvrir « La vie parisienne »pour la première fois. D’ailleurs, c’était la réalité : quand j’ai fait les auditions, je n’ai pas dit que c’était pour « La vie parisienne ». C’était un secret d’état. R : Oui, il me semble que c’est le huit octobre que vous leur avez révélé le nom de l’œuvre. A : Tout à fait le huit ! Donc, je leur ai tout expliqué : beaucoup d’artistes ne la connaissaient pas !...Il se passe sur scène quelque chose de très proche de la réalité. Certains l’ont découverte et c’est cette candeur qui est un des aspects enthousiasmants du spectacle. R : Vous avez-vous-même été marionnettiste pour Philippe Genty et on voit ça et là, des clins d’œil au répertoire que vous avez joué. Je me permettrais de dire qu’on a même une référence à la mécanique du rire à un moment avec ce jeu de porte, d’entrée et de sortie : on retrouve vraiment le dix neuvième par la référence au Feydeau, au Labiche. Le livret de Meilhac et Halévy est aussi respecté mais on retrouve votre goût pour le music hall, et notamment aussi pour le burlesque, représenté par les numéros de David Alexis qui vient de cet univers là. Est ce vraiment toute cette ambiance que vous avez voulue rendre ici pour que le public trouve la pièce plus populaire, qu’elle lui soit plus accessible ? A : Non, en fait, j’ai revu un soir sur Arte un reportage sur la compagnie Renaud- Barrault et grâce à cela, je me suis souvenu que ce dernier remettait au répertoire « La vie parisienne » dès que les caisses étaient vides. C’était il y a cinquante ans environ au Palais Royal, en 1958. Il faut dire que cette œuvre est faite pour ça .On n’est pas en train de présenter une version nouvelle et innovante : on remet Offenbach là où il a été conçu. Il disait : « Je préfère des acteurs qui chantent mal que des chanteurs qui ne savent pas jouer ». J’ai appris hier que quelqu’un a des enregistrements en rouleau de cire de « La vie parisienne ». C’étaient des chanteurs de caf’conf qui chantaient. Offenbach n’a jamais imaginé un jour autre chose. C’était des amuseurs, ce n’était pas du tout des voix lyriques. Malheureusement, après cela n’a plus pu être joué dans les théâtres. Maintenant qu’il existe la contrainte des charges sociales, dans un théâtre subventionné, on peut avoir plus de monde mais dans un théâtre privé... J’ai eu jusqu’à vingt personnes sur « Le bourgeois gentilhomme », on ne peut pas aller au-delà. C’est entre douze et quinze artistes pour les très grosses distributions. Donc Offenbach serait tombé dans l’oubli si les opéras ne s’étaient pas emparés de lui mais des tas de ses contemporains n’ont pas eu cette chance. J’ai monté « Le Sire de Vergy » sur une musique de Claude Terrasse, aux Bouffes Parisiens en 2000 :c’est sensationnel, c’est largement aussi beau qu’Offenbach mais comme cela n’a pas été repris par les Maisons d’opéra, c’est tombé dans l’oubli .France Musique m’a dit que c’était une idée extraordinaire de faire ça ! C’est comme Hervé. Cela m’amuserait tellement de les sortir car ce sont des gens tellement spirituels, intelligents et joyeux qui écrivaient pour les acteurs. R : Et qui savaient dénoncer aussi une certaine catégorie de la société qui s’encanaillait alors qu’elle avait des codes très rigides, sur ce qu’était le bon savoir vivre, le bon savoir faire et le bon comportement. C’est ce qui est intéressant aussi ? A : Oui, bien sûr, les gens prennent cet opéra-bouffe comme une référence à un paradis perdu, au gai Paris mais en vrai, c’est une parodie, une satire totale d’une société dont Offenbach, Meilhac et Halévy se fichent. R : C’est vrai et je pense qu’Offenbach a décidé de créer le genre opéra-bouffe au Bouffes Parisiens pour avoir une certaine indépendance aussi avec ses des deux complices en écriture Meilhac/ Halévy qui allaient dans des soirées champagne dont ils s’inspiraient dans leurs œuvres pour dénoncer les travers de cette société. A : Oui, c’est bien cela. Tout à fait. R. Ce qui est bien, c’est que cette version que vous avez faite reste populaire et accessible à tous. En Italie, les genres opéra, opéra comique et surtout opéra bouffe ne sont pas cloisonnés que ce soit au niveau des prix ou du style, le « bouffo » ou l’opéra. Ce n’est pas le cas en France. Comment expliquez-vous cela ? A : C’est parce que les français sont devenus extrêmement cartésiens. A la fin du dix neuvième, il n’y avait pas cette scission entre les intellectuels et les amuseurs. D’ailleurs tous les amuseurs étaient de grands intellectuels : ces gens là étaient extrêmement cultivés. Quand Offenbach fait la Belle Hélène, il va s’amuser autour du thème de la tragédie grecque. C’était des intellectuels déconneurs mais maintenant cela n’existe plus. On est soit du côté des amuseurs, soit de celui des intellectuels. Les amuseurs n’ont en général pas le mépris de ces derniers car souvent ils le sont tous. R : Le bon mot, le bon trait d’esprit proviennent pourtant d’une grande spiritualité et de l’intellectuel ? A : Absolument. Des artistes comme Michel Leeb sont des professeurs de philosophie au départ. Même Boris Vian était un scientifique. R : C’était un ingénieur issu de l’Ecole Centrale et beaucoup d’autres encore venaient de grandes écoles ou d’études philosophiques. A : C’est vrai pour la plupart….Quand le subventionné a été créé au début, les gens avaient le sens du populaire, Planchon, Maréchal, Vilar :il n’y avait pas cette scission entre le grave et le sérieux et progressivement, on ne sait pas pourquoi, le public est devenu quelque chose qui serait l’apanage des gens qui auraient une pensée sérieuse et grave sur les choses .Encore que c’est en train de changer car on monte du Feydeau à tour de bras faute d’identifier de nouveaux auteurs. Même les Feydeau, Labiche ces grands amuseurs étaient de grands intellectuels, des académiciens, des gens qui écrivaient, des journalistes. C’était des grands intellos mais des intellos déconneurs. R : Ils avaient le sens de la dérision, il faut savoir aussi rire de soi ? A : Et cela, c’est une chose qui s’est perdue. R : Oui , mais aussi, j’ai remarqué en lisant les critiques par ailleurs très bonnes du public, que ce dernier faisait un amalgame entre l’opérette et l’opéra bouffe qui est très particulier : on parle justement des amuseurs, du « bouffe », du « bouffo » et le bouffon était en charge de dénoncer d’une façon satyrique et drôle des évènements politiques, économiques, sociaux, une façon de penser, un comportement alors que l’opérette peut recéler aussi un genre sérieux, même si c’est de la même famille. Or le public -et cela va peut-être aider de voir La vie parisienne-confond ? A : Oui c’est vrai : ce sont des glissements qui à chaque fois revêtaient des réalités différentes. C’est difficile d’expliquer cela car ils se sont succédé dans l’histoire. R : La France avait besoin de trouver son genre ? A : Il y a une chose que les français ont inventée : c’est Lully et Molière ! R : Et on est dans la comédie sociale et de mœurs en même temps que dans la spiritualité !…Merci beaucoup Alain Sachs pour ces échanges et pour ces informations. Je voulais vous demander en dernier lieu : quel serait votre vœu en tant qu’homme de théâtre pour les vingt prochaines années ? A : Ce serait bien que des gens écrivent vraiment pour le théâtre car on a un vrai problème d’auteurs : ceux qui sont capables d’écrire des pièces et de les structurer sont partis à la télévision ou au cinéma. Ecrire une pièce en quatre actes, structurée, racontant une histoire. J’ai monté Les deux canards de Tristan Bernard l’année dernière et les gens ont adoré ça car c’est une pièce incroyablement construite avec un déroulement, des péripéties, des retournements, une vision de la société, du monde…En fait, il y en a très peu maintenant, même quand on pense à Jean Anouilh, vraiment les derniers grands auteurs remontent aux années cinquante comme Pirandello. Il reste des auteurs de théâtre mais ils écrivent pour le subventionné, des choses très intéressantes mais qui ne sont pas structurées dans une dramaturgie classique d’évènements de théâtre. Plus personne ne sait le faire. Même des auteurs comme Yasmina Reza…crée plutôt des climats : ils font résonner le monde d’aujourd’hui. Il n’existe plus des grands raconteurs d’histoire au théâtre et ce serait bien qu’il y en ait car les gens adorent ça ! La vie parisienne raconte : c’est très simpliste mais les gens écoutent ça avec une attention qui me stupéfie car l’argument est vraiment léger dans cette œuvre mais les gens s’intéressent. R : Parce que cela parle du mensonge, de la représentation : le jeu du mensonge, on est tous dedans. Ça dénonce le masque de la société que l’on porte tous. Il valait mieux prendre une histoire simple pour pouvoir en montrer les tiroirs complexes ? A : Oui tout à fait…Imaginez un nouveau Goldoni, ou Pirandello…Cela serait extraordinaire ! R : Vous-même avez bien écrit si je puis dire : « Un amour de théâtre » ? -Rire- A : Oui, j’écrivais beaucoup à cette époque pour le théâtre. R : Avec toujours cette passion du théâtre qui avec La vie parisienne remet au goût du jour aussi le populo, on vous en remercie beaucoup. «La vie parisienne» est à l’affiche et remporte l’adhésion pleine et entière du public depuis le 3 décembre et il s’annonce déjà une tournée ? A : Oui, elle est d’ores et déjà prévue entre septembre et décembre prochain. R : Et avez-vous un prochain projet que vous pourriez déjà nous confier ? A : Je fais tout à fait autre chose :c’est une comédie anglo-saxonne à quatre personnages qui va être jouée au Théâtre des Variétés après Le Quatuor par des gens très populaires qui reviennent au théâtre et qui sont Corinne Touzet, Jean Luc Reichmann , Bernard Dhéran et une jeune fille qui se nomme Delphine Rivière. Cela s’appelle : « Personne n’est parfait » et ce sera à partir du 12 mars au Théâtre des Variétés donc. R : Merci beaucoup Alain Sachs et à très bientôt !
Safia Bouadan Voir l'article sur "La vie parisienne "
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Interview de Felix Sabal Lecco, Khalil Maouene et d’Aurélie Konaté réalisé au Théâtre de la Reine Blanche le 14 novembre 2009. Regarts : Bonjour Félix ! Tu es actuellement depuis le 18 septembre à l’affiche de Tismée , un spectacle musical qui parle du racisme et de la discrimination, avec Aurélie Konaté et Khalil Maouene. Hors, tu n’es pas forcément acteur de formation, comment cette aventure est venue à toi ? Felix : Oui, l’aventure est venue à moi car j’ai connu Rubiah Matignon, notre metteuse en scène, sur un spectacle qui s’appelait » L’Archange » avec Antony Cavannagh où je joue un rôle de batteur. R : Tu es batteur pour Prince, Sting, Manu Di bango … ? F : Oui, c’est mon métier mais je ne suis jamais satisfait de moi. J’ai toujours l’impression que je débute et je suis toujours en quête de perfection .Mais du coup, cela m’aide à être plus ambitieux. –rires-. Puis j’ai voulu apprendre le métier de chanteur, grâce à Manu Di Bango d’ailleurs et d’abord timidement. J’ai remplacé le chanteur Bonga et j’ai travaillé sur la comédie musicale « Jo et Joséphine » mise en scène par Rubiah, avec un rôle de batteur mais j’avais aussi quelques répliques. Rubiah m’a proposé le personnage dans Tismée. Elle m’a dit que le rôle avait été écrit en pensant à moi, qu’on avait beaucoup écouté ce que je disais ...Alors je leur ai dit : « Bon on va voir ! » R : Bruno Fougnies est l’auteur du livret et justement, il existe une parfaite similitude avec les personnages que vous incarnez sur la scène et avec ce que vous êtes dans la vie Aurélie, Khalil et toi ? F : Oui ! Je ne sais pas comment il a fait Bruno. Un jour, on rentrait de voyage, je conduisais et j’ai beaucoup parlé et Bruno s’est inspiré de cette façon que j’avais de raconter les évènements…A ce point que tout le monde me demande si c’est moi qui ait écrit ! J’ai juste écrit ma tirade amoureuse et philosophique …-Il déclame- - rires- R : On retrouve une certaine fidélité au livret : vous ne jouez pas, vous êtes. Ces trois personnages sont un reflet de l’Afrique avec ses contradictions, ses amours, ses espoirs et ils sont tous les trois, dans cette quête d’avoir leur place comme citoyens du monde. Qu’en penses-tu ? F : Je suis comme un chauffeur qui conduit ce message et je suis juste un petit support sur lequel se base une pensée d’une certaine communauté. Avant qu’on me présente cette pièce, je n’y pensais pas vraiment, mais depuis que j’ai commencé à lire ces textes, je me suis impliqué vraiment d’une autre manière. C’est étrange car je suis africain et j’ai subi le racisme en France mais moins qu’aux Etats Unis ou dans d’autres pays comme l’Angleterre, l’Italie ou en Allemagne…Je parle sur scène maintenant du racisme, du métissage alors que dans les conversations, je ne l’évoquais jamais ! R : Ce spectacle Tismée est un moyen pour toi d’évacuer ce problème que tu as rencontré, de répondre à ce questionnement : « pourquoi ai-je vécu le racisme » ? F : Oui, je n’y avais jamais pensé avant. C’est bien d’être un bon batteur qui joue avec des célébrités, qui gagne beaucoup d’argent et qui voyage dans le monde mais il ne faut pas perdre de vue le fait que je suis un étranger. Même chez moi en Afrique, j’en suis un. R : Tu viens de quelle région d’Afrique de l’Ouest, du Cameroun plus exactement ? F : Ma mère est Boulou, c'est-à-dire du Centre Sud à la frontière camerounaise, un peu comme Emile Abbo Solo, comme Georges Seba. On n’est pas beaucoup de Boulous artistes, en France. Mon père est plutôt de l’est du Cameroun, il est Berthois –c’est musulman et cela se situe sur la route qui va au nord du Cameroun limitrophe au Congo, à l’Empire Centre Africain...J’ai grandi plus du côté de chez ma mère : du côté de l’est, chez Les Képérés et les Berthois qui ne sont pas connus même parmi les camerounais. J’ai d’ailleurs appris que Richard Bona était de l’Est alors que je pensais qu’il était de Douala. Cela me fait drôle car les musiciens de l’est sont très peu nombreux !... R : Tu es le compositeur de certains titres de Tismée que tu chantes en africain. As-tu travaillé avec Julie-Lua Jù la parolière- ? F : Non je n’ai jamais travaillé avec elle : en fait, les chansons sont de moi, texte et musique. J’ai écrit ces titres en camerounais, dans la langue de ma mère, le boulou, même les titres sur lesquels Aurélie danse. Je parle dans mes chansons de ma mère et de mon pays, d’une terre qui est loin… R : Que voudrais-tu que le public retienne de Tismée ? Quelle trace veux-tu laisser de ce spectacle ? F: J’aimerais que les gens en France qui viennent voir cette pièce s’intéressent plus à ce genre de problème, qu’ils prennent conscience de certaines choses. R : Merci Félix, ton complice sur la scène, Khalil, vient de nous rejoindre à l’instant. Arrivée de Khalil Maouene R : Bonjour Khalil. Tu es aussi à l’affiche pour Tismée. Comment s’est faite pour toi la transition entre le musicien que tu es et ton entrée dans le monde de l’actorat dans lequel tu débutes ? Khalil : Bonjour Safia. Déjà, c’est un cadeau qui a été fait par Rubiah et Aurélie Konaté qui ont pensé à moi pour ce rôle. De moi-même, je ne suis pas sûr que j’aurais fait ce chemin là mais je suis très content de l’avoir fait au final car je m’amuse beaucoup et j’apprends pleins de choses et j’ai ma place dans ce spectacle Tismée. R : Est-ce que Bruno s’est aussi inspiré de toi pour ton personnage ? K : Justement. Au début, le personnage avait très peu de présence, de répliques et Bruno ne connaissait pas mon histoire .On a eu de très longues discussions et il s’est très largement inspiré de ce que j’ai vécu et le reste, il l’a perçu et c’est ça qui est extraordinaire. C’est son grand talent, car il est très observateur et il a réussi à mélanger nos trois histoires personnelles dans ce livret pour en faire cette histoire romancée qu’est Tismée. On n’a pas besoin de jouer. F et K : Voilà ! K : On n’a pas besoin d’une grande technique pour ces personnages : il suffit d’être nous-mêmes. Il suffit d’avoir accès à ses propres émotions et le tour est joué… R: Félix nous disait que ce spectacle était un moyen pour lui de répondre à ce questionnement sur le racisme qu’il a subi aussi et de ton côté, qu’en penses- tu ? K : Non. Comme tu le disais toute à l’heure, j’ai la sensation –même dans ma vie- d’être un médiateur. Je suis le plus petit d’une fratrie de cinq enfants et déjà petit, j’ai appris à prendre le bon de chacun pour faire mon propre équilibre. Cela te permet aussi de faire ton choix même par rapport à tes parents alors que quand tu es fils unique, ils sont ton seul modèle. C’était bien pour réaliser la bonne équation pour ma vie future. Quand on était en France, on partait souvent en Algérie. Je suis du côté d’Alger-à une quinzaine de kilomètres à La Madrague-. R : Dans le spectacle, ton personnage se plaint d’être systématiquement appelé par les siens pour faire de la musique dés lors qu’il se prépare un mariage en vue? Est ce ton cas? K : Non je n’ai pas vécu cela mais c’est une analogie par rapport à la tradition : le poids de la famille peut être énorme surtout quand on rencontre quelqu’un : quand tu rencontres une fille ou un jeune homme, tu épouses sa famille avec ! –rires- R : Où en es-tu avec ta tradition musicale car tu as fait l’album de Julien Clerc… ? K : Justement on a été éduqués dans cette connaissance mais je ne parle pas l’arabe par exemple. R : Dans quelle tranche immigrante, tes parents sont-ils arrivés ici ? K : On est arrivés en 1979. F : Comme moi ! K : Oui j’avais un an et demi. Mes frères et sœurs ont tous été scolarisés en Algérie. Tout le monde parlait français et arabe ; sauf moi qui n’avait appris que le français. En revanche on partait deux à trois fois par an en Algérie. R : Suis- tu les traditions, le ramadan par exemple ? K : Je l’ai fait pendant très longtemps mais pas l’année dernière. J’ai été éduqué dans la religion de mes parents mais cela n’a jamais fait d’interférence dans mes choix. Je crois en Dieu : il y a un métissage, un compromis de ce côté-là aussi. R : Tes parents ont-ils bien vécu ton orientation de musicien ? K : Parfaitement non car mes parents sont venus ici pour que l’on fasse de grandes études. R : Comme tous les parents ? K : En fait, mes frères et sœurs sont tous sortis de grandes filières telles que major de promo, docteur ou diplômé de MBA. Moi, je suis le mouton noir !-rires- R : Avec Tismée, as-tu l’impression de montrer qui tu es vraiment ? K : Oui cela m’a permis de montrer aux gens mon savoir faire. Je pense en avoir acquis un au fil des années et c’est une gratification de pouvoir le valoriser, de chanter ces chansons, d’accompagner Aurélie… Le personnage que je joue est effectivement très proche de moi donc si le public est touché, c’est un bienfait pour moi qui y ait mis beaucoup de ce que je suis. R : A ce propos, tu es en collaboration avec Lua Jù, la parolière : comment s’est faite cette rencontre ? K : En fait, elle est ma compagne depuis seize ans. Elle venait du Canada et je vis avec elle .On travaille ensemble. R : D’où cette harmonie entre le texte et la musique ? K : Oui, lorsque j’écris, elle comprend ce que j’ai mis dedans et elle écrit un truc qui correspond parfaitement et qui l’emmène même plus loin. La seule chanson du spectacle qu’elle n’a pas écrite, c’est « Mon âme cœur », parce que pour le coup, c’est la chanson que j’ai écrite pour elle. Elle est aussi une métisse, elle est d’origine irlandaise, québécoise, haïtienne et portugaise. Cette chanson est authentique en ce sens que Lua est très métissée, sans offense pour Aurélie qui vient d’arriver !-rires- R : Merci Khalil et que voudrais-tu à ton tour que le public reçoive ? K : Moi ce qui m’emmerde, ce sont les barrières. Tismée n’est pas un hymne au métissage à tout prix mais celui au métissage culturel et musical : tout ce que la France a apporté de plus beau! On est une force, une énergie et il suffit juste de puiser dedans ! On est là, on répond présent… R : Donc, c’est un hymne à la diversité ? K : Oui, c’est un hymne à faire tomber les murs et ce spectacle est bien pour ça : c’est familial, pluriculturel! Les gens ressortent heureux après avoir vu Tismée et c’est ça notre cadeau. Arrivée d’Aurélie Konaté
R : Bonjour Aurélie. Je suis très heureuse de t’accueillir car tu es le personnage central de « Tismée » qui met en valeur le sens de ce questionnement sur le métissage. « Tismée », tu le dis dans la pièce est le verlan de « métisse ».Tu es le personnage vraiment en quête d’identité car tu ne connais pas tes racines. Dans la pièce, tu as appris de façon très brutale ce que veut dire « être tismée » ? Aurélie : Oui dans le spectacle, j’apprends en effet qui je suis en arrivant à Paris où quelqu’un me hurle : « Eh toi la tismée, la tismée ! ».En gros : « Qu’est ce que tu fous là ? R : Connaissais-tu ce terme Tismée ? A : Personnellement, oui car j’ai grandi dans une banlieue chaude comme on dit. Donc le langage de la rue, le « verlan » m’était familier. Mais souvent, on m’appelait « chabine » car j’ai la peau très claire. Je sais que je suis métisse, donc je suis la métisse. R : Tu es un personnage qui est à la fois naïf, innocent mais qui est aussi philosophe : elle essaie de réfléchir sur ce qu’elle est, sur son existence, sur le sens de ce qu’elle vit. C’est elle qui pose les questions à ces deux hommes protecteurs qui l’entourent dans Tismée et elle les fait réagir. Est ce que tu connaissais déjà Bruno Fougnies avant ? A : Bruno me connaissait car j’avais déjà travaillé avec Rubiah Matignon sur « Jo et Joséphine » et il a appris à connaître Aurélie Konaté –il n’était pas auteur sur ce spectacle-.Il a connu ma vie, ce que je suis et dans Tismée, ce personnage est à la fois proche de moi, en ce sens où c’est quelqu’un de déterminé qui se pose ces questions existentielles depuis très longtemps. Elle est décidée à avoir ses réponses maintenant, pas après. Donc elle quitte sa famille sans les avertir. Par contre, je n’ai pas eu ce déclic là, de prendre mon sac et de partir. Bruno s’est basé sur le fait que je suis quelqu’un d’assez déterminée, d’assez fragile aussi. Quand on me connait, on voit cette hypersensibilité. R : Ça se voit sur scène et c’est ce qui touche le public. Notamment une chanson que tu as composée « D’un seul regard » ? A : Oui la chanson est venue d’un coup quand Khalil a lancé des notes au piano. Quand j’ai composé en « yaourt »-c’est une technique qu’on utilise quand on n’a pas encore le texte-, je pensais au thème où la fille cherche quelqu’un pour l’aimer pour ce qu’elle est. Lua Jù a trouvé les mots justes pour transcrire ce que j’avais mis dans la composition. R : En quoi te sens-tu proche de cette jeune fille qui vit le déracinement, de sa quête identitaire, de celle de ses racines familiales, de celle de l’amour aussi ? En quoi cela te correspond ? A : En tout !-rires-Ce qui est assez particulier dans Tismée, ce sont de personnages qui ont été créés mais à partir de personnes réelles et vraies. Mine de rien, une partie de moi est là sur scène et forcément, parfois je n’ai pas assez de recul, je le sens. Le déracinement ? Mon père l’a vécu aussi donc je me sens proche de tout ça. R : Quelles sont tes origines Aurélie ? A : Ma mère est bretonne de Carantec dans le Finistère et mon papa est guinéen de Conakry. Il est arrivé très jeune à Paris car là bas, il ne pouvait pas poursuivre ses études .Il a rencontré ma maman et voilà ! C’est une souffrance pour lui car il n’est pas retourné aussi souvent qu’il le voulait en Guinée. R : Tes parents ont aussi vu le spectacle : quelles ont été leurs réactions ? A : En fait, si j’ai toutes ces questions aujourd’hui, c’est parce que mon père ne parle pas beaucoup. Il est très pudique. Quand il a vu le spectacle, à la fin, on fait danser le public et je suis allée vers lui et il s’est levé d’un coup. Après au restaurant, il est resté en retrait mais il m’a dit qu’il avait aimé…C’est quelque chose de très fort .Ma maman a pleuré ! Je sais que c’est quelque chose qui les a touchés. Dans la vie, on a du mal à trouver les mots et c’est plus facile de faire passer des messages par la scène. R : Tu l’as fait aussi pour ça ? A : Oui ! R : Que voudrais tu que les jeunes des banlieues chaudes dont tu parlais, en pensent ? A : Tout le monde a été touché d’une manière ou d’une autre : ceux qui ont vécu en banlieue ou qui sont métisses ou les autres aussi. Comme on joue avec notre cœur, cela touche beaucoup de gens et pas seulement les gens de couleurs. Le message de réflexion, de tolérance et de joie passe. R : Aviez- vous travaillé tous les trois ensemble auparavant? A : J’avais déjà joué avec Félix dans « Jo et Joséphine ». Et avec Khalil , on avait collaboré sur des chansons. K : C’est moi qui t’ai présentée à Rubiah et après c’est toi qui m’a proposé pour Tismée.-rires- R : Comment se sont passées les étapes de travail avec Rubiah Matignon? F : On arrive en répétition sans savoir ce que représente le travail d’acteur. On fait comme on le sent mais Rubiah nous a corrigés au fur et à mesure –elle a beaucoup observé car nous n’étions pas des pros - Mais elle nous a laissé aussi trouver les choses car ces personnages nous ressemblent. On a apporté beaucoup de notre personnalité : elle observe, elle enlève, elle cadre …Au départ, je ne savais pas trop où on allait car je ne connaissais pas ce type de travail sur table ... A : Elle cadre. R : Il fallait aussi que vos personnalités restent authentiques ? K : Il a d’abord fallu que je trouve ma place moi-même, étant débutant et ensuite avec Félix et Aurélie. A : Ce que j’ai apprécié dans ce spectacle, c’est que j’ai eu l’impression qu’on l’a créé pour que chacun exprime des choses à sa façon. Tismée, c’est trois personnages principaux qui se rencontrent avec une vraie relation d’amour et d’amitié. K : Le rôle avait une envergure au départ et cela me faisait peur. L’intelligence de Rubiah, c’est qu’elle a laissé les énergies se mettre en place et elle nous a mis autour d’une table .Elle a cadré ! A : Elle nous a fait confiance en nous laissant faire notre petite tambouille mais elle nous a beaucoup dirigés aussi. K : Des fois, on se disait où ça va ? En fait, cela va bien quelque part ! R : On a deux types de metteurs en scène dans ce métier : certains sont très directifs, d’autres laissent la place à la créativité du comédien ? Rubiah Matignon fait partie de cette catégorie ? F : Je me suis retrouvée dans ce rôle là car elle sait que je suis quelqu’un dans la vie d’un peu fou mais en même temps, je suis aussi assez profond. Elle a su le faire ressortir dans le spectacle. Bruno a bien cerné nos personnalités et il est sensible. R : Vous portez un message universel qui n ‘est pas facile à véhiculer ? K : Justement, c’est le bon moment. On n’a jamais entendu autant parler de codes : discrimination positive ou identité nationale. On ressort libre de tout ça avec Tismée ! F : Une amie d’Aurélie est venue avec des élèves qui ne sortent pas d’une famille d’immigrés. Ils ont eu une réflexion autre et ils ont posé des questions pertinentes. On a eu beaucoup d’enfants qui me demandaient après, si je connaissais la mère de Khalil, ou encore j’ai lu des questions sur internet du genre : « Est-ce que tu es déjà reparti au Cameroun ?… » A : Il y a toujours des questions après le spectacle, une curiosité. K : A travers les chansons et le texte, ce sont des problèmes identitaires universels : avec « Etre moi », Aurélie parle des diktats de la mode, cela parle à toutes les jeunes filles qui se cherchent…Le message va donc plus loin même si on a un héritage fort par nos origines et celles de nos parents. R : Merci à tous les trois. Votre actualité ? Vous avez quelques dates et un projet de Cd ? A : Les gens sont en demande en tout cas ! On y pense… R : Tu es aussi dans « Chante » sur Fr 2 ? A : Oui! Je joue une peste dans « Chante », la saison 2 est terminée et je ne suis que dans la saison 3, après on ne me voit qu’à la fin… K : Je prépare mon album aussi comme auteur compositeur interprète et en anglais, style musique soul funk américaine. F : Là, je continue comme batteur pour des artistes nationaux et internationaux mais je fais aussi mon album. Je me tourne petit à petit vers un style plus métissé depuis Tismée. Le terme « world music » est trop réducteur pour moi ici en France car on trouve bien d’autres styles partout. R : Oui. Peter Gabriel avec Real World a créé un label de musique multiculturel qui rassemble toutes les musiques du monde, en effet. Merci à vous trois. Je sais que vous préparez une très belle route à Tismée !
Propos recueillis par Safia Bouadan.
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| Caroline LOEB |
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R : Bonjour Caroline.Tu es actuellement à l'affiche pour "Mistinguett, Madonna et moi" au théâtre Montmartre Galabru. D'où te vient cette passion pour ces personnalités féminines mythiques ? C : Tout a commencé avec Yvette Guilbert. Quand j’étais petite, j’écoutais beaucoup d’Opéra car mes parents avaient énormément d’albums de Verdi et de Mozart. Mais ils avaient aussi Serge Reggiani et Yvette Guilbert. J’ai tout de suite été fascinée par sa voix, par ses chansons tellement particulières, par sa façon unique de placer sa voix, et par son talent comique évident. J’ai découvert après, l’immense artiste que c’était, la femme de tête, la curieuse, l’innovatrice. Puis adolescente, j’ai passé beaucoup de temps à la cinémathèque de Chaillot. Là, les actrices comme Katherine Hepburn, Mae West, Bette Davis et Marlene Dietrich m’ont fascinée. Leur élégance, leur chic, mais surtout cette façon complètement originale d’être femmes. J’ai aimé très tôt des femmes aux personnalités fortes, comme Dorothy Parker, une femme écrivain des années 30, la femme la plus spirituelle de New York à l’époque dont j’ai appris par cœur les petits textes ciselés et brillants. J’avais l’impression de trouver une âme sœur. Ce qui me touche chez Madonna, c’est cette volonté et cette capacité à se réinventer toujours, cette réussite à la force du poignet, de travail, et cette vision forte d’elle même qui l’inspire depuis des décennies. Toutes ces femmes avaient ça en commun. Comme Shirley Goldfarb dont j’ai adapté le journal intime « Shirley » en 1999, avec Judith Magre. R:Tu as une parfaite connaissance de l'art du Music Hall. Peut être as-tu été marquée par ton enfance à New York? Broadway? C : Oui, j’ai passé une bonne partie de mon enfance à New York, et ai donc été nourrie très tôt de comédies musicales où j’ai découvert des personnages comme Judy Garland, Fanny Brice, Fred Astaire, les Marx Brothers. Le magicien d’Oz passait tous les Noëls à la télé. C’est une comédie musicale qui marque à vie, par sa beauté, le génie des numéros musicaux et son côté fable philosophique. La comédie musicale est présente partout dans la culture américaine. Même pas la peine d’aller à Broadway ! Avec mes parents, on allait à l’Opéra. Et c’est sur l’aria de Don Elvire dans Don Giovanni de Mozart que j’ai eu mes premiers flashs de mise en scène… R : De toutes les personnalités évoquées, laquelle te touche le plus? Pourquoi ? C : Marlène surtout. Sa beauté, évidemment, mais par dessus tout son élégance folle, son intelligence, sa façon de prendre la lumière. Plus tard j’ai découvert son engagement. Ce qui m’a tout de suite touchée, c’est son génie à se jouer des codes, à les transgresser. Son ambivalence. On disait d’elle qu’elle n’était jamais si féminine que quand elle était habillée en homme et jamais si masculine que quand elle était habillée en femme. Ça, ça m’intéresse. Comment échapper aux stéréotypes masculins. Comment inventer ses propres codes féminins dans un monde d’hommes. Les actrices qui se travestissent, ça existe depuis longtemps. La Dejazet, la Mogador, Sarah Bernhardt elle-même, avaient l’habitude de jouer des rôles d’homme. Pour ne pas être uniquement un objet de désir, et prendre la parole pour exprimer le sien. Et parce que les rôles d’hommes étaient parfois plus intéressants. Quand j’ai passé le concours du Conservatoire, j’ai d’ailleurs présenté une scène dans laquelle je jouais un homme, ce qui a beaucoup intrigué Roger Blin, qui faisait partie du jury. R :Tu évoques même Tallulah Bankhead qui est un peu différente non? Très marginale? Pourquoi cette femme? C: Tallulah Bankhead est une personnalité très forte. C’est une actrice des années 30, 40 qui a joué dans « Lifeboat » d’Hitchcock, entre autres. Très belle, très intelligente, très spirituelle, elle était connue pour son humour ravageur. Elle était capable de sortir des trucs énormes sans sourciller. Évidemment, elle me fait beaucoup rire ! R : Te considères-tu comme une grande gueule? Tu joues aussi beaucoup avec ton public en le provoquant sans cesse et cela marche… C : Avec tous ces modèles, tous ces personnages auxquels je me suis identifiée, que j’ai reconnus comme étant de « ma famille », j’ai bien sûr trouvé des frangines. Ces femmes à la langue bien pendue, à l’humour viril m’ont nourrie, inspirée. Comme Dorothy Parker, il y a eu une époque où j’aurais tué père et mère pour un bon mot ! Aujourd’hui, j’aime toujours quand ça va vite, quand c’est intelligent, et quand c’est gonflé, mais je fais plus gaffe aux autres. Avec le public, c’est un jeu. Une complicité. Les gens aiment bien être un peu bousculés. R : Ton univers scénographique et scénique est enrichi par la gestualisation, la poésie burlesque, le music hall, la variété et tu passes de l'une à l'autre avec facilité? C: J’ai toujours eu le sentiment que jouer, chanter, danser c’était la même chose et comme j’ai vu beaucoup de films, de Kazan à Minelli, en passant par Cukor, Kurosawa ou Stanley Donen, mon bagage d’images est très varié. La comédie musicale m’a donné le goût de ces mélanges de genres. Pour moi, peu de moments sont aussi magiques que ceux où, dans « La belle de Moscou » par exemple Fred Astaire marche avec Cyd Charisse dans Central Park, il esquisse un pas, elle un autre et la marche devient danse. C’est absolument divin. C’est de la poésie pure. Ça me met en transes. Depuis que je fais de la mise en scène je travaille avec toutes ces images dans la tête. C’est évident pour moi. Quand dans mon spectacle je mets un gros pull rouge pour chanter « di doo dah » de Gainsbourg pour Birkin, j’ai dans la tête Marilyn dans « le Milliardaire ». Et j’adore quand il y a un public cultivé qui reconnaît les références et les clins d’œil. D’un geste, d’un détail de vêtement, évoquer des images que j’ai aimées, je le fais depuis que j’ai commencé la mise en scène, en 1993 avec Michel Hermon aux Bouffes du Nord. Là, les références étaient aussi liées à Fassbinder, mais déjà également à Fritz Lang, mon premier grand choc esthétique au cinéma. Comme je viens d’une famille de galeristes, la peinture est aussi une influence forte. J’ai créé un spectacle autour des Fleurs du mal de Baudelaire, il y a quelques années qui était plein de références à Courbet, Delacroix, Man Ray, Bacon.. Avec la mise en scène, j’aime faire des tableaux. R :En parlant de graphisme, je regarde la pochette et tout comme le clip réalisé par Philippe Gautier, l'univers est très stylisé ? C : Je suis très heureuse que Séverine Gambier, qui a un talent fou, ait travaillé sur ma pochette et mon livret. Elle a fait une œuvre d’art précieuse, profonde, subtile. L’image autour des chansons est évidemment importante. J’aime que l’univers esthétique autour de mon travail reflète mon goût pour la peinture, le cinéma, la littérature. J’attache toujours beaucoup d’importance aux affiches de mes spectacles, également.
Retrouver Philip Gautier pour le clip de « Crime parfait » a été important pour moi. Quand on a travaillé sur les idées pour « C’est la ouate », on était partis de Gruau, un très grand affichiste, qui a fait toutes les campagnes Dior pendant des années. Pour « Crime parfait », on a plongé dans les bouquins sur le Constructivisme russe, on a évoqué « Sunset Boulevard », Mistinguett, Marlène, toujours. Il est venu voir mon spectacle « Mistinguett, Madonna et Moi » plusieurs fois, et ça a pas mal influencé son approche aussi. Il est venu voir le spectacle et beaucoup de choses y font référence car le clip est très music-hall aussi avec le haut de forme, la canne… J’aime aussi certains passages comme ce visage qui tourne et qui rappelle les années 30… Aujourd’hui, on a l’impression que les filles sont toutes des hardeuses! C’est vulgaire et bête, sans esthétique évoquée à part celle de la pornographie…Alors que dans les années 80, les clips qu’a faits Philip Gautier pour les Rita, Etienne Daho… étaient réalisés avec des références culturelles et graphiques très fortes, ce qui n’est plus du tout le cas maintenant et c’est affligeant cette inculture là ! C’est essentiel qu’il y ait ce goût pour des choses qui nous inspirent… R:Tout est cohérent en effet : le spectacle, la recherche graphique, le clip, tes choix musicaux. Parlons justement de tes collaborations dans ce domaine ? C : Avec Chet , j’ai coécrit « Crime parfait ». C’est un plaisir d’écrire avec lui, il a beaucoup de talent et d’humour aussi. Le style de Lisa Point, c’est subtil, littéraire… Ils ont tous les deux un goût très fort. Pour Bertrand Belin, c’est pareil...Ce sont tous des gens que j’ai croisés, vus et appréciés. Quand on dit qu’il n’y a pas de fil rouge, mais si, le fil, le lien, c’est moi ! R: En effet, c’est totalement un univers très personnalisé, intime dont ce titre que tu as écrit, « Écorchée » qui est plus dans la retenue, l’intimisation ? C : La chanson est sortie comme ça, car cela parle de quelque chose de très intime, de très essentiel… Les choses les plus personnelles sont celles qui touchent le plus. « La place du mort » a touché beaucoup de gens. Je parle des histoires dont on ne se remet jamais, des deuils qu’on n’arrive jamais à faire. La place du mort est celle qui est à côté de soi et qu’on n’a jamais pu occuper… « Écorchée » est une chanson très intérieure qui me tient beaucoup à cœur. Il faut qu’elle soit pudique en même temps car les mots sont très forts, élégants. J’ai eu l’idée de cette ambiance…D’abord quand je confie des textes les musiciens me renvoient le titre avec la musique et c’est rare que je n’aime pas. En général, j’ai eu de la chance même s’il est arrivé deux ou trois fois que ce ne soit pas du tout ça ! Je dois beaucoup à Fred de Fred qui a fait les arrangements, à qui j’ai laissé carte blanche. Il a travaillé avec beaucoup de finesse et il a su ressentir la profondeur des choses. R :Comme tu le disais, tu viens d’une famille de galeristes du côté de ton père et de ton grand père je crois. Alors y a-t-il eu quelque chose dans cette culture qui t’a marquée pour la réalisation de tes mises en scène, ton sens artistique ? C : Dans mes spectacles, en effet, je me suis aperçue de l’influence de la peinture mais je n’en avais pas conscience quand j’ai commencé la mise en scène il y a quinze ans. J’étais plus imprégnée par l’univers du cinéma, de Fritz Lang, de Murnov… Mon grand choc au cinéma a été l’expressionnisme allemand. J'ai créé aussi « Les bijoux »de Baudelaire mis en musique par Léo Ferré, un type de cabaret érotique sublime, avec une fille extraordinaire du nom de Sophie Balabanian. Et là, la première image, c’était « L’origine du monde » du peintre Gustave Courbet. Donc c’était très inspiré, très fort et après cela allait de plus en plus loin et j’ai pu m’apercevoir à quel point la peinture m’avait marquée, comme je t’en parlais plus haut avec l’influence de tous ces peintres… J’aime faire des tableaux. Un beau plan d’un film, c’est un tableau avec un cadre autour. R : Cela va ensemble, la peinture, le cinéma de Fritz Lang… ? Et Carl Theodor Dreyer t’inspire t-il aussi ? C : Oui. Fritz Lang était un architecte aussi. Pour Dreyer ? j’ai des souvenirs très forts de « Jeanne d’Arc » avec Antonin Artaud et ces plans incroyables. La force de ce visage de Falconetti est impressionnante. J’ai vu une exposition dernièrement sur Artaud à la BNF et pu admirer ce travail. Mais Dreyer n’a pas été pour moi un maître comme ont pu l’être Lang, Murnov, Eisenstein, Kurosawa, Cukor, Mankiewicz, … R : Oui avec des films comme « Le château de l’araignée » de Kurosawa, on a une dimension spirituelle. Es-tu aussi portée par une certaine spiritualité ? C : Je suis plus touchée par la beauté d’un cadre, d’un visage. Tu me demandes si je suis spirituelle, quand j’écris, j’essaie de faire un mot juste, quand je dirige un acteur, un geste juste …Les moments parfois sont tellement forts que cela est proche du mystique. Comme dirait Woody Allen, mon Dieu c’est l’art! R : Merci Caroline, j’ai envie de te poser la question comme dans le court métrage que tu as réalisé : « Vous désirez »? C :-Rires- Tu me demandes ce que je veux … Continuer à faire tout ça! À être sur scène, à faire des chansons, à m’amuser…J’ai un projet de comédie musicale qui me tient beaucoup à cœur et qui avance bien. R : À combien de personnages, quel en est le sujet ? C : Beaucoup de personnages. Ça se passe à New York, fin des années 60. Le thème est la libération des femmes, celle des noirs et celle des pédés. C’est quelque chose que je n’aurais pas eu envie d’écrire si je n’avais pas été élevée au coin de Harlem ! R : C’est vrai qu’on ignore qui est vraiment Caroline Loeb ? C : On est très vite enfermée dans un tiroir et c’est grave car il y a beaucoup d’artistes qui ont plein de talents. Dans les pays anglo-saxons, on est plus généreux qu’ici, on aime voir les artistes rebondir ! Je vais finir avec une phrase d’Einstein « on dissout plus facilement un atome qu’on ne détruit un préjugé » et en France, c’est très dur de bousculer les préjugés mais ça va, j’ai de l’énergie ! R : Tu es en tournée aussi actuellement ? C : Oui je mets en scène Isabelle Alonso dans un spectacle féministe évidemment, avec des textes très bien écrits sur la politique, drôles et percutants. Son spectacle s’appelle « Et encore je me retiens » R : Rappelons ton actualité :en ce moment « Mistinguett Madonna et moi » au Théâtre Montmartre Galabru , tous les dimanches à 19h. C : Et c’est la bonne heure ! R : Oui et c’est le bonheur de venir te voir en scène ! -rires-…Sinon, ton album « Crime parfait « est sorti chez Believe depuis janvier 2009, dont le single Crime parfait a été extrait pour le clip en ligne réalisé par Philip Gautier. Merci Caroline pour cette interview.
Voir l'article sur le spectacle
Interview réalisée par Safia Bouadan
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| Gilbert PONTÉ |
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Interview de Gilbert Ponté réalisé au salon de thé La ferme le 23 octobre 2009. R : Bonjour Gilbert Ponté. Vous êtes actuellement à l’affiche pour « Giacomo sur les planches » qui est l’épisode II d’une trilogie de la mémoire avec en épisode I :« L’Enfant de la cité » qui est autobiographique. Comment cette aventure très humaine a-t-elle commencé ? G : Elle a commencé parce que j’avais envie depuis longtemps de raconter l’histoire de ma famille italienne en France : depuis leur départ d’Italie jusqu’à leur arrivée. Mais également comment ils avaient réussi à s’intégrer, comment ils s’en étaient sortis. Comme tous les immigrés, ils sont arrivés avec une valise. Ils se sont installés, ils ne parlaient pas un mot de français. Ils ont fait des enfants. Ils ont travaillé dur. J’ai vécu dans une cité ouvrière, et je voulais donner la parole à ces gens ordinaires comme disent les canadiens. Ces gens ordinaires qui deviennent extraordinaires sur une scène de théâtre. Ces gens ont structuré et nourri l’imaginaire de ce petit personnage Giacomo. C'était des gens qui portaient en eux une force de vie et non une force de mort, c'était donc des battants. C'est un peu tout cela que j’ai voulu rendre sur scène avec sincérité. Je viens d’une région en Italie où la devise est honnêteté et travail. R : Quelle région ? G : Le nord est de l’Italie près de Trieste, dans mon village de Talmassons. R : Vous êtes partis pour arriver en Alsace ? G : Ce n’était pas facile d’y vivre car les alsaciens avaient des problèmes déjà avec leur culture alors voir arriver comme ça des étrangers …Dans les années 60, ce n’était pas si évident! Cela se reproduit avec d’autres nationalités. Je voulais justement dans ce spectacle faire une passerelle entre l’histoire ancienne et celle contemporaine et récente. R : Vous donnez par ailleurs beaucoup d’importance à l’histoire mais aussi aux découvertes historiques ? G : J’ai toujours travaillé avec le contexte historique. Pour soulever des questions, il faut savoir dans quel contexte cela se passait. Là on parle des années 70, c’est l’apparition de la consommation, du confort, de la télévision R : On évoque mai 68 aussi ? G : Oui, on parle de tous ces évènements qui quarante ans après déteignent sur nos sociétés. L’être humain ne change pas fondamentalement. R: On sort d’une crise pour rentrer dans une autre ? G : Tout à fait. C’est cyclique, on revient aux mêmes choses. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment les êtres humains se comportent par rapport aux évènements extérieurs qui arrivent. Qu’est ce qu’ils font et finalement ils font avec ! –rires- R : Pour parler de l’extra-terrestre, on parle de l’homme qui a marché sur la lune. Quel impact cela a-t-il eu sur l’enfant que vous étiez ? G : Tout à fait. Je me souviens que mon père m’a réveillé la nuit. Pour moi, cet évènement extraordinaire a été un point de départ de l’histoire et j’ai voulu situer le début de mon spectacle autour de ce fait. R : Est-ce la seule raison de le situer à cette époque ? G : Non. Il y avait aussi la fascination. R : Vous avez un rappel poétique dans le cyclorama qui défile en même temps sur l’écran scénique et une grande part est donnée à la poésie burlesque ? G : Elle vient des êtres humains que j’incarne et du respect de cette rencontre avec ces personnages. Je n’aime pas le comique méchant, qu’on se moque des défauts physiques, même si dans mon spectacle, la petite fille Sandrine a un appareil dentaire mais elle est très belle quand elle l’enlève ! -rires- R : La petite file Sandrine correspond au moment ou le petit Giacomo veut lui faire répéter Roméo et Juliette et elle est amoureuse de lui ? G : Ce sont les premières amourettes de Giacomo qui découvre le sexe opposé. R : A travers le théâtre aussi ? G : Oui c’est vrai .J’utilise la vie très riche de mon entourage pour construire celle de mon personnage et ma création. R : Giacomo c’est vous bien sûr ?C’ est l’oncle Eddy qui vous a vraiment ouvert les portes du théâtre ? G : Oui, c’est bien moi et Eddy m’a beaucoup marqué : c’était un homme très cultivé, qui lisait beaucoup et de tout. C’était un personnage atypique et original qui aimait la littérature et dans ce contexte ouvrier, il détonait .C’est vrai, il buvait aussi mais à chaque fois que j’allais chez lui, il lisait, peut être parce que la vie l’emmerdait tout simplement! Il s’échappait du monde alentour …Pour lire, il faut accepter d’être seul, d’être dans le silence. On dit qu’il y a beaucoup de gens qui lisent comme ça mais le font –ils vraiment car cela exige de se déconnecter du monde autour de soi. R : Une référence importante est faite à la religion par l’intermédiaire du curé et d’une façon très cinématographique à la Dino Risi ? G : Oui. Le personnage du curé m’a marqué dans mon enfance aussi car il avait le sens du spectacle. Il mettait sa messe en scène et c’est ça qui m’a fasciné. Le curé jouait, Eddy répétait avec moi. Le personnage du rebouteux est aussi un personnage de théâtre .Ce sont eux qui m’ont nourri d’humanité. J’ai vécu dans une communauté italienne et c’est vrai que l’on retrouve ces personnages dans le cinéma italien. Quand on va en Italie, tous les italiens dans la rue jouent un personnage, se montrent et parlent fort. On est toujours en représentation. R : Dans les ruelles, à chaque coin, on y voit des icônes et des statuettes de la Vierge et des saints. Justement, vous incarnez dans cette galerie de personnage Jésus ou San Sebastian d’une façon loufoque et très personnelle ? G : Dans l’église trônait un grand San Sebastian de trois mètres de haut qui m’impressionnait toujours : il avait les yeux révulsés et il était en extase avec ses flèches. Je le regardais en me disant que c’était incroyable ce type qui prend plaisir à être un martyr. Alors je me suis dit pourquoi pas le faire parler…Et ce qui est original en effet, c’est que d’un seul coup, un musulman, Boubaker, entre dans l’église et se met à parler avec un saint. C’est totalement théâtral. R : Les musulmans ont en effet aussi leurs saints mais là c’est différent. Quelle est la réaction des gens ? G : rires- Oui ce n’est pas tous les jours qu’un musulman s’adresse à un San Sebastian! D’ailleurs, le public à ce moment précis entre dans un silence religieux et je le ressens. Alors que les italiens quand ils rentrent dans une église, ils se comportent normalement: un saint qui parle ?… pourquoi pas ! -rires- R : C’est la référence à la culture populaire : le « populo », le peuple fait l’Italie ? G : Oui, on appelle ça la tradition populaire, le conte populaire. Dario Fo en parle très bien : on joue dans la tradition populaire, on incarne des personnages que l’on fait vivre dans une espèce de bouffonnerie, mais toujours dans une certaine générosité. R : Ce n’est pas votre première collaboration avec Stéphane Aucante. Il a commencé avec vous par une adaptation de Dario Fo ? G : Tout à fait avec « Le Saint jongleur François « qui a été joué à La Comédie Française l’année dernière. J’en avais fait la traduction et là aussi, on a un peu de mal dés qu’il s’agit de religion. Si on connait un peu Dario Fo, il a un profond respect pour Saint François d’Assise mais il en fait un personnage justement populaire. R : Vous l’aviez adapté à Paris ? G : Oui je l’avais joué en 2005 ou 2006 au Théâtre Essaion. R : C’était votre première collaboration avec Stéphane Aucante et d’autres ont suivi. Comment s’est faite cette rencontre ? G : On s’est bien entendu, ce sont des affinités qui se créent parfois naturellement. R : Vous l’aviez rencontré dans un festival ? G : Oui, au festival d’Avignon et on a essayé de commencer quelque chose ensemble .C’est devenu un ami et il connait bien mes défauts. Et là qui plus est, c’est mon histoire donc c’est plus difficile à mettre en scène. R : Pour cet épisode II, « Giacomo sur les planches », Stéphane Aucante dit : C’est difficile de mettre un acteur seul en scène mais qu’avec vous, c’est un véritable plaisir qu’il a eu envie de renouveler. Il rajoute aussi qu’il faut oser notre envie de théâtre, voire aller dans une certaine démesure avec ce qu’il y a de spectaculaire. D’où le côté étoffé que l’on voit sur scène, avec le support visuel, audio- fidèle à l’époque où l’action se situe-,celui issu du travail de gestus, ce,pour que le public ait une vraie idée de ce type de théâtre ? G : Oui .Il faut mettre beaucoup de références dans ce sens. R : Combien de personnages incarnez-vous ? G : Oh à peu près une trentaine. R : C’est très identifié à la culture italienne mais c’est transfrontalier ? G : Oui je raconte cette histoire là comme c’est le cas pour tous les immigrés en France. R : Votre actualité ? G : je suis à l’affiche avec « Giacomo sur les planches » jusqu’à fin janvier à la Manufacture des Abbesses. R : Mais vous préparez déjà la suite ? G : Oui je répète avec Stéphane Aucante, on prépare le troisième épisode de Giacomo et qui sera « Le monde est grand ».il va fuir la cité et ce sera un vrai travail sur la mémoire…Mais je ne peux pas tout raconter. R : Merci pour cette interview Gilbert Ponté et belle continuation. Lien vers l'article sur Giacomo sur les planches
Propos recueillis par Safia Bouadan |
| Charlotte BAGLAN |
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Interview de Charlotte Baglan réalisé au Salon de Thé La Ferme, le 29 septembre 2009. R : Bonjour Charlotte .Tu es Silvia, la jeune héroïne de cette pièce incontournable de ce talentueux Marivaux, mais l’adaptation faite par Erika Vandelet en est très originale et moderne. Dis nous comment s’est faite cette rencontre, ce choix de l’actrice ? C:Tout simplement en passant une audition mais j’étais en Inde dans cette période et j’ai vu sur un site de comédiens qu’ils cherchaient une Silvia….je suis revenue en Bretagne pour auditionner. R: Lorsqu’on te regarde, on voit que tu es très métissée, asiatique ? C: En fait, j’ai des origines mongoles et italiennes. J’aime beaucoup faire des grands voyages et là je voulais parcourir cette région. R:Peux-tu nous parler de ton parcours de comédienne ? C: J’ai toujours voulu faire du théâtre. Je viens de Marseille du côté d’Aubagne, mais là j’ai perdu l’accent sinon, je ne pourrais faire du théâtre. En fait, il y avait dans ma petite enfance des pastorales et mon premier rôle a été d’être le bébé de la crèche !-rires-Mes parents étaient compréhensifs et j’ai fait A3 bac théâtre et littéraire. J’ai fait la scène sur Saône et par les concours nationaux, je suis arrivée à la CDN de St Etienne. R : As-tu un modèle de comédien ou de spectacle qui aurait joué le rôle de déclic pour toi? C : Un modèle de spectacle, oui :"Le Pays lointain" de Lagarce monté par François Rancillac (nouveau directeur du théâtre de l'Aquarium). Cela a été une de mes premières grandes émotions au théâtre, j'aime particulièrement son travail - mais un comédien en particulier non … R : As-tu été marquée par des professeurs en particulier ? C : Nombre de professeurs m’ont apporté leur savoir notamment dans le domaine de l'écriture contemporaine que j'affectionne particulièrement : au sein de la Comédie de St Etienne, on travaillait parfois de neuf heures du matin à vingt trois heures, alors j’étais vraiment gavée comme une oie ! J’avais vingt ans à l’époque et j’ai étudié des auteurs comme Koltès, Sarah Kane, Gilles Granouillet pour la pièce « Trois femmes descendent vers la mer » …Alors travailler un classique avec Erika, je ne demandais que cela ! R : En avais tu abordé avant ? C : Oui, Shakespeare, Claudel... et même de la tragédie (Euripide), mais je suis plus à l’aise dans le registre contemporain…Erika justement ne cherchait pas l'image type de la jeune première au sens dit "classique". D'ailleurs le jour de l'audition, je suis montée sur une chaise en brandissant le texte de Silvia avec ma personnalité et après cela a été un vrai travail pour avoir le texte, le mâcher, le redonner car au départ, je n’étais vraiment pas douée ! R : Comment s’est faite ta rencontre avec les autres acteurs de la troupe dont beaucoup avaient déjà eu une formation à ce répertoire classique ? C : On ne se connaissait pas. Sébastien Nivaux qui joue mon amoureux Dorante a également passé une audition. Anne, Nathanaël, Raphaël et Jean avaient déjà travaillé avec Erika dans d'autres projets. Cela a été une amitié qui s’est faite par le travail : on a sué avec ce texte à essayer d’en faire le nôtre avec ces deux couples Arlequin et Lisette ou Dorante et Silvia! Ce sont de jeunes adultes qui éprouvent l’amour et dans ce mot, il y a le terme « épreuve » : on devait s’investir corps et âme ! R : Trouves tu que ce personnage te ressemble ? C : Mes partenaires diraient que j’ai quelques côtés de Silvia : une ultra sensibilité car je passe du rire aux larmes en deux secondes dans la pièce .On a travaillé l’état adolescence… R : Tu m’as confié que tu avais fait de la recherche en écriture et en ethnologie ? C : Oui je suis allée interroger des femmes de mineurs dans le bassin minier de la Loire car j’ai vu qu’il y avait très peu de recherches sur ce domaine. R : Pourquoi cet intérêt ? Tu as aussi une sœur journaliste, cela vient de là ? C : Non, c’est la ville où j'habitais à l'époque et sa population qui m'ont inspirée! Ces mineurs sont les artisans de la ville comme nous comédiens le sommes. Du coup, je devais me servir de cette source. R : Comment as-tu abordé le personnage psychologiquement ? C : Justement, je ne l’ai pas trouvé tout de suite. Je pense même qu’on y est arrivé en dernier. Ce qui était compliqué car tout s’articule autour de Silvia ! Il faut saisir la langue, le rythme puis l’intériorité, sans en faire trop pour ne pas s’éloigner du personnage. Il fallait être dans la juste mesure tout le temps, ce qui représentait des couches et des couches de travail. R : C’est assez rare d’avoir un très bon metteur en scène et directeur d’acteur en même temps ; on dit que l’un disparait au détriment de l’autre ? C : Oui j’ai eu une très bonne direction d’acteur avec Erika et très suivie. C’était un vrai travail …Elle me disait qu’il y aura beaucoup de Silvia mais il n’y aura qu’une Silvia-Charlotte, un Arlequin-Raph… Comment ramené à soi? C’est intemporel dans les rapports humains. Le texte amène un souffle aussi. J’ai l’impression que quand ça marche bien c’est de l’ordre de la valse et dans le sens contraire ce serait plutôt une bourrée –rires- R : Parlons de la maturité du spectacle ? C : On a eu un mois et demi de travail intensif en Bretagne vers Lorient et Auray …L’année de création on a beaucoup tourné en Bretagne tel Lanester, Lorient, Pont l’Abbé… R : Combien de temps avez-vous retravaillé avant de la présenter au Th 12 Maurice Ravel ? C : Très peu en fait. Quatre ou cinq services. Mais quelque chose se digère entre temps : des choses qu’on ne comprend pas sur le moment à vif mais qui sont là quand on revient. R : Comment expliquez vous l’excellente réaction du public face à cette version très moderne et fidèle au texte en même temps ? C : Le texte est d’une beauté sans appel. Aucun des comédiens, ne s'économise sur le plateau! Le public accroche car on y va avec rythme… R : Les personnages de Lisette et d’Arlequin sont très proches du genre « bouffon », au contraire de ceux de Dorante et de Silvia ? C : Oui .Eux ont ce comportement là car il y a quelque chose de plus mental dans leur relation au contraire du premier couple qui reste très physique. R : Qu’est ce que vous souhaitez apporter au public de nouveau dans cette adaptation plus moderne faite par Erika Vandelet ? C : Qu’on le dépoussière et qu’on le rende plus accessible : les classiques, ce n’est pas chiant ! Il me plait de relire du Corneille par exemple, mais je ne veux pas décrier les autres spectacles. Les beaux mots, les grands sentiments, cela fait grandir ! R : Justement Charlotte, ta voix est très mûre et grave et ce n’est pas une voix d’adolescente ? C :Non. Je n’ai jamais eu une voix fluette : déjà à trois ans, on me disait : "Ah vous êtes si jeune c’est drôle cette voix ! ». En tout cas c’est la mienne! R : Tu appartiens à cette jeune génération d’acteurs issue des grandes mutations culturelles. Comment perçois-tu ce changement ? Etre acteur aujourd’hui, est ce pareil que dans les années cinquante, soixante ou soixante dix ? C : Non, je ne pense pas. Je sors d’une maison: La Comédie de Saint Etienne …Avec la décentralisation, Jean Dasté...Je suis entrée dans une famille. Il y a deux types d’écoles et je pense qu’il faut être chercheur aussi. J’écris en parallèle des reportages sociologiques que j’adapte à la scène en fait. J’avais justement joué " Mine de rien" à l’Odéon à Paris aux ateliers Berthier. Le métier est dur et il faut le prendre comme un artisan. Aujourd’hui il faut être multiple… R : Parle-nous de ton actualité ? C : Après le Théâtre 12 Maurice Ravel près de la Porte de Vincennes, on est en tournée les 22, 23 et 24 octobre 2009 Arras, les 27 et 28 octobre 2009 à Beauvais, les 31 octobre, 1 et 2 novembre 2009 à Evreux, les 13 et 14 novembre à Toulouse, les 16 novembre 2009 Montpellier, les 20, 21 et 22 novembre 2009 Toulon, 28 novembre 2009 Chambéry, les 30 novembre et 1er décembre 2009 à Macon. Après je repars en tournée avec « Yael Tautavel ou l’enfance de l’art » et cela fait un an que je tourne. J’étais en reprise de rôle et il a été nominé comme spectacle jeune public aux Molière 2007. J’y joue le personnage de Kinöé, la petite fille. R : Merci Charlotte pour cet entretien. Belle route aussi pour « Le Jeu de l’Amour et du hasard » mis en scène par Erika Vandelet et qui va être en tournée.
Propos recueillis par Safia Bouadan Voir l'article sur « Le Jeu de l’Amour et du hasard » |
| Michel CRÉMADÈS |
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-Rires- M : Non, chaque rôle que j’ai joué au cinéma ou au théâtre a toujours été une histoire d’amour qui se finit plus ou moins bien, parce qu’on est plus ou moins heureux après, de la manière dont cela a été monté pour parler du cinéma. Mais j’ai toujours eu la chance de tomber dans des équipes ou dans des aventures formidables. Les copains me font souvent la remarque : « Tu as un bol toi, tu tournes toujours dans des trucs qui ont cartonné ! « .Et je leur réponds : « Mais non, c’est parce que j’ai joué dedans que ça a cartonné ! ». -Rires- R : On te connait également comme un artiste qui a un grand cœur et je sais que tu appuies actuellement un réalisateur Pierre Antoine Carpentier qui a lancé une opération au profit des enfants malades pour les faire rire, sourire et rêver surtout! Elle s’appelle « Planter des rêves » ? Tu l’as présentée, je crois le 28 septembre à Maubeuge ? M : Oui, tout à fait à Maubeuge et à Lille. R : Comment est partie cette histoire de cœur, cette envie ? As-tu déjà participé à ce type d’opérations sociales, humanitaires et caritatives ? M : Oui, beaucoup : déjà dans la région de Bourgogne, je suis parrain du Téléthon. Pendant trois jours, je fais mille kilomètres en voiture pour aller voir les diverses associations qui montent des stands, vendent des crêpes…Je me sens très proche des personnes qui sont dans ma vie de tous les jours. Je me dis toujours comment jouer des personnages si je ne vis pas dans la vie de tous les jours, si je suis enfermé dans ma tour d’ivoire, un superbe trois cents mètres carrés dans le seizième arrondissement? J’aime bien aller boire mon café, discuter avec les gens, voir comment se comporte un serveur, s’il est énervé… Et je filme ça dans ma tête. Le plus bel exemple que je donne, c’est lorsque Claude Zidi m’a proposé le rôle du voleur de sacs dans « Les Ripoux » et quand ce dernier se retrouve au commissariat. Il est sûr qu’il va en prendre pour trente ans, hors Noiret le libère, Lhermitte ne comprend pas, lui non plus ne comprend pas. D’un coup c’est la caméra cachée, surprise-surprise…C’est en prenant le métro que j’ai trouvé l’attitude à avoir pour ce rôle : j’ai vu en effet un comportement de deux mecs très bizarres au point que j’ai cru qu’ils allaient se suicider tous les deux. Ils avaient physiquement une attitude très étrange, une respiration anormale. Le métro s’est arrêté et deux dames en sont sorties. Les gars ont suivi les deux bonnes femmes et à mon avis, ils sont allés leur piquer leurs sacs à la sortie. Alors dans les Ripoux lorsqu’on a filmé dans le XVIIIè, sur la place du marché, près de la mairie, j’ai incorporé ces deux personnages : jamais ils ne vont imaginer que je me suis inspiré d’eux pour avoir cette respiration, cette tension ! -Rires- M : … Je suis père de trois enfants et c’est quelque chose qui me touche-Le hasard a voulu un jour– mais il n’y a jamais de hasard- que je vois un film très drôle mais avec une chute complètement ratée et je m’en suis ouvert au réalisateur qui m’a demandé mon contact. Un an et demi après, il m’a recontacté pour ce court métrage « Planter des rêves ». Lui même s’était occupé d’un enfant pendant deux ans qu’il avait suivi mais qui est décédé. Il avait envie d’en parler et il m’a raconté l’histoire de ce gamin dans le film qui a un cancer, qui est hospitalisé avec un traitement en chimiothérapie donc avec le crâne rasé. Il a un grand frère qui passe la nuit dans sa chambre. Ils sont passionnés par un livre qui raconte l’histoire de deux chevaliers qui doivent trouver deux morceaux de lune pour terrasser le dragon. Je joue un homme d’entretien qui leur permet de s’évader un moment de ce monde de la maladie …J’ai défendu le film à Maubeuge, à Lille et je crois que ça va bien fonctionner dans les associations pour enfants malades, dans les hôpitaux ou dans les festivals. En plus, il a rajouté des séquences où on retrouve ces personnages en dessins animés : les enfants sont des chevaliers et je deviens un troll qui les aide. R : C’est un conte en fait ? M : Oui, tout à fait, c’est un conte ! Et lors du tournage, on a eu une trentaine d’enfants malades qui sont passés pendant trois à quatre jours qui sont venus avec leurs parents et c’était pour eux un après midi génial et pour nous aussi. R : Oui alors pour ce film, tu es aussi le parrain ? M : Oui, je suis ravi et ce qui est très amusant j’en parlais hier à Jean Pierre Jeunet car on était à Lille pour la promo du film Micmacs à tire-larigots : « Tu vois, j’étais à Maubeuge et à Lille pour défendre le projet « Planter des rêves » et je me suis retrouvé dans une petite chambre d’étudiante avec des petits moyens je me suis payé mon train pour les aller retours… ». Une semaine après je viens défendre Mic- Macs à tire-larigots qui sort le 28 septembre, avec un coût de vingt cinq millions d’euros et je me retrouve alors dans une chambre d’hôtel où je ne peux même pas compter le nombre d’étoiles ...C’est merveilleux ce métier là ! R : C’est un métier de saltimbanque où on navigue entre le paradis et l’enfer ? M : Au paradis, on serait alors comme dans un monde de drogués… R : Un monde de facilité où tout devient faux alors ? M : Oui effectivement, ça devient faux. Il y a pas mal d’acteurs qui pètent les plombs car ils claquent des doigts et il y a quarante personnes qui les servent. Il faut faire gaffe et avoir la tête sur les épaules et aussi savoir s’entourer pour qu’on vous tape sur l’épaule et qu’on te dise : « Calme toi, t’es entrain de changer ! ». R : Parlons de l’actualité du Chalet de l’Horreur de la trouille qui fait peur, une pièce humoristico-policière qui plaira à toute la famille ! Elle est à l’affiche à la Comédie de Paris jusqu’au 28 décembre inclus. Encore merci Michel de t’être prêté à cet interview.
Voir l'article "Le chalet de l'horreur" Propos recueillis par Safia Bouadan |
| Frédéric NORBERT |
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Interview de Frédéric Norbert, fait le 29 juillet 2009 au salon de thé « La ferme » à Paris. R : Bonjour Fréderic. Tu évoquais toute à l’heure les difficultés économiques et sociales du monde actuel et les retombées sur le monde du spectacle, que voulais-tu dire ? F : Les gens essaient de faire face à leurs problèmes et les issues sont difficiles or dans le monde du spectacle, il faut faire rêver et réfléchir. Je crois que le théâtre apporte des solutions à l’humain. Je suis sûr que la réflexion qu’il provoque- que ce soit pour la revue, le théâtre musical ou une pièce- est importante pour notre condition humaine. Maintenant tout le monde n’aime pas le théâtre pourtant dans nos sociétés actuelles, on en a besoin. R : Georges Sand évoquait « Le théâtre du monde ».Là, tu parles de culture citoyenne ? Tu penses que le théâtre joue un rôle de médiateur ? F : Oui, absolument, comme les chansons l’ont fait aussi… Franchement, on s’écoute de moins en moins : on est tous enfermés dans notre vie, dans nos problèmes et c’est de plus en plus difficile humainement parlant : il y a des crevasses qu’il faut combler. Si on s’écoutait un peu plus, je pense qu’on trouverait ensemble plus de solutions. R : L’acteur joue donc un rôle important ? F: Oui, la parole est importante mais aussi la pensée. La revue qui est un art a fortiori léger demande un travail à pleins poumons, à plein temps. Les livrets peuvent paraître simples- l’histoire ou le sujet étant moins importants que ceux issus d’une pièce de théâtre subventionné ou du cinéma d’auteur- mais quand la trame du livret est liée à la chanson, à la chorégraphie et au spectacle, cela donne un tout très cohérent. On n’a pas besoin d’être supérieurement cultivé pour créer un art qui ait une grande force en lui-même. R : Cela fait d’ailleurs depuis près de trente cinq ans que tu es sur la scène internationale, à New-York justement pour des comédies musicales ? F : Ça! Faut pas le dire car ils vont penser que je suis grabataire! Mais oui cela fait bientôt trente cinq ans.-rire- R : Qu’est ce qui t’a poussé à entrer dans ce monde ? F : C’est très simple. En fait, quand j’étais petit, je voulais être tailleur de costumes et en troisième, mon professeur de français qui s’appelait Maladorno, me demandait à chaque fois pour dire des poèmes dès qu’il fallait en déclamer. Et un jour, il m’a proposé d’intégrer la troupe de théâtre amateur de ses anciens élèves : ils étaient quatre pour jouer une farce, « Les commères battues », une pièce médiévale. On vivait en plein évènement de mai 68 et je ne l’ai jouée qu’une seule fois. Mais cela a été inoubliable pour moi : mon premier rendez vous avec les acteurs, les répétitions …J’ai tellement jubilé ! Le métier de tailleur a été vite oublié et j’ai demandé à ma mère de m’inscrire aux cours Simon et pendant deux ans, j’ai pris des cours avec Béatrice Lord qui est décédée maintenant. Elle était actrice mais comme elle élevait ses enfants, elle était devenue professeur et a repris son métier de comédienne par la suite. Mon premier petit rôle a été dans « Le Sauveur » de Michel Mardore : je jouais le frère paysan de Muriel Catala et mes parents étaient Roger Lumont et Hélène Vallier… R : Actuellement, tu viens de rentrer du Portugal où tu viens de faire un film ? F : Oui, j’ai quelques très belles scènes dans le film : c’est l’histoire d’un couple fatigué d’être ensemble... alors, lorsqu’arrive un jeune homme, la femme succombe. Le mari, en deuil de sa mère, a lui même une double vie tard le soir : il se travestit .C’est un film sombre de Fernando de Susa, auteur inconnu encore puisqu’il n’a fait que trois courts métrages et n’a que vingt six ans. J’avais déjà eu un rôle de travesti dans le long métrage de Paul Vecchiali : « Et plus, si @ff ». R : Tu avais déjà joué dans « La Machine » en 1977 avec lui non ? F : Oui et dans cet autre film de Paul, on a repris une chanson de Roland et Claudine Vincent. Ma vraie mère qui a quatre vingt un ans maintenant, y joue le rôle de ma mère dans le film. C’est une œuvre importante... avec des acteurs tels Gérard Blain ou Hélène Surgère. C’est très fort car c’est un plaidoyer contre la peine de mort … R : Peux tu nous parler de ta carrière dans le musical à Broadway, à New York, comment tu as tracé ce parcours. F : Après avoir dansé avec Zizi Jeanmaire à Bobino pour la première fois en 1978, j’ai joué Bernard, le copain du rôle principal dans « Les parapluies de Cherbourg » de Raymond Gérôme avec Corinne Marchand. On a joué trois mois au Théâtre Montparnasse, mais malgré de très bonnes critiques, cela n’a pas du tout marché. Le directeur du Desert-Inn Hôtel qui était dans la salle, m’a vu et il m’a demandé d’auditionner à L’Alcazar, avec le chorégraphe Dick Price qui était à Paris. J’ai été pris pour jouer le rôle de Jean Marie Rivière, le présentateur, le créateur de L’Alcazar de Paris. Je suis parti à Las Végas au Desert-Inn Hôtel le 20 mars 1980 et je chantais entre autres de magnifiques standards comme « For me, Formidable d’Aznavour, Copa Cabana » et je dansais aussi beaucoup dont le french cancan !...Depuis mes vingt ans, en fait, je jouais et je dansais dans des grands spectacles dont « La Cage aux Folles » en 1973 que j'ai jouée 3 ans et 3 mois au Théâtre du Palais Royal dans le rôle de Salomé : je n'oublierai jamais la scène de la bulle de chewing gum avec Poiret et Serrault ... des partenaires uniques et généreux !… Je suis parti aux Etats Unis en 1980. J’étais alors un acteur très sérieux qui tous les jours s’entrainait mais cela ne se voit plus maintenant ! –il rit montrant son ventre- R : As-tu eu un parrain ou une marraine ? F : J’ai eu Madeleine Ozeray, laquelle a été la créatrice d’Ondine de Jean Giraudoux et on a beaucoup parlé du métier ensemble. Elle est devenue une amie très proche par la suite. Aux Etats Unis, j’ai aussi rencontré la très grande actrice Géraldine Page qui a été mon professeur. Je faisais alors deux revues au Café Versailles tous les soirs entre 1983 et 1984. Elle m’a donné le conseil de ne pas hésiter à me présenter, me disant que j’étais prêt, que mon anglais était bon et que j’étais jeune . Je me souviens, j’ai fait mes premiers passages avec elle en présentant une poésie en français,« Demain dès l'Aube » de Victor Hugo, quand il parle assis sur la tombe de sa fille qu’il adorait. Elle m’a dit après mon passage : « Lorsque tu joues , tu devrais te mettre à genoux, sentir les cailloux sur le sol. Cela aurait été bien que tu les prennes dans ta main. Recueilles toi. Prends le temps!». C’était l’Actor’s Studio, et j’avais trente ans en 1983. A l’époque, il était interdit de faire trois ans de conservatoire si tu jouais sur scène. C’était la règle. Donc, j’ai appris avec Béatrice Lord, Jean Laurent Cochet et Géraldine qui a été très marquante pour toute ma vie d’acteur. De ce fait, j’aime jouer les rôles d’hommes solitaires comme dans « Audimat » :c’est un grand producteur qui a eu du succès mais qui n’existe plus sans cette célébrité. C’est une grande solitude pour moi. R : Comment as-tu été choisi pour ce rôle? Stéphane Druet m’a proposé de passer cette audition et même si jouer trente jours est frustrant, j’ai vraiment aimé ce rôle que j’aurais pu jouer pendant des mois. Car dans ce métier, tous les jours, tu penses au rôle, tu l’agrémentes –ça aussi, je l’ai appris avec Géraldine- C’est ma méthode à moi d’approcher les rôles en les étudiant comme dans un laboratoire, alors j’essaye des trucs : parfois je suis très mauvais en répétition... mais je me considère comme un vrai ouvrier, un artisan. De temps en temps, je m’éloigne des gens autour de moi, alors que je suis un grand bavard dans la vie. C’est pour trouver la « justesse ». Géraldine, notre professeur, nous avait dit qu’on aurait de temps en temps des problèmes de compréhension et de relation avec l’entourage, lié à ces étapes de travail nécessaire pour les rôles. Ce n’est pas que je rêve de l’Actor’s Studio mais cette méthode qu’elle nous enseignait sans être pesante a été très porteuse pour toute ma vie d’acteur. De plus, sa pédagogie était vraiment personnelle…Se tromper, c’est important et si nous ne sommes pas toujours compris car nous ne venons pas de la même école ou parce que nous n’avons pas le même niveau, ce n’est pas grave : il faut de tout pour faire un monde comme disait ma grand-mère ! R : Dans ce parcours, tu es passé par un grand Molière du Musical pour « Cats » ? F : Oui. Je suis très fier de ce rôle. À New-York où j’étais au Café Versailles pendant un an et demi –lieu où avait débuté Edith Piaf, Liliane Montevecchi- je croisais souvent dans les rues Tom Mickael Reed -l'assistant de Michael Bennett- qui m’aimait bien : je l’avais rencontré pour « Chorus Line »à Paris... mais je ne savais pas danser à vingt ans et j’ai commencé à apprendre après cette audition, sur ses conseils, pour me dégourdir et acquérir de la technique ! Il m'a convoqué plus tard pour Cats en remplacement à Broadway ... sans succès et c’est lui qui m’a donné les raisons de mon audition ratée ! Je suis revenu à Paris. J’ ai été pris dans « La Valise en Carton » au Casino de Paris, mis en scène de Michel Roux avec Jean Pierre Cassel et Linda De Suza... Là, j’ai appris que « Cats » se montait en français à Paris... alors je me suis souvenu de tous ces conseils et ai enfin obtenu le rôle du Rocky Tam Tam ... spectacle qu'on a joué un an et trois mois ! R : Dis moi Frédéric, quel est le rôle qui t’a le plus marqué ? F : Dans Audimat, ce qui m’a plu c’est ce côté qu’a le producteur de devoir cacher sa désespérance, de devoir toujours « porter beau et haut »…Je vais de plus en plus vers des rôles comme ça. Sinon, une fois, j’ai fait les « Rencontres de la Cartoucherie de Vincennes » avec une pièce de Marie de Beaumont « Métro » mise en scène par Olivier Schneider au Théâtre de la Tempête. C’est l’histoire de deux clodos sur une rame de métro avec plein de gens autour qui écoutent ce qu’ils se disent. Ce rôle de clochard m’a marqué et j’y pense encore énormément. Ou encore celui que j’ai obtenu dans la pièce « C. 3.3 », de Robert Badinter, portant sur les procès d’Oscar Wilde et mis en scène par Jorge Lavelli au Théâtre de la Colline. J’y tenais plusieurs rôles dont celui, très prenant, de Richard Haldane, un ami d’Oscar Wilde qui est venu le voir en prison et lui a donné du papier pour qu’il réécrive, pour qu’il lise. C’est celui qui l’a fait sortir de prison. R : Tu fais aussi beaucoup de doublage depuis des années ? Oui, j’en fais très souvent : là avec France 3, je double la voix du commissaire dans la série Siska. Cela me fait aussi beaucoup rire parfois … Je viens de faire X men : Fred Dukes. Mes copains m’ont dit que ce rôle m’allait comme un gant : le gars fait cent quarante kilos, certes il a aussi les yeux bleus! Je veux bien croire que j’ai grossi mais là faut pas exagérer !...Rire. R : C’est aussi dans ta nature de toucher à tout ? F : Oui! Tout me plait et je dis qu’il faut arrêter de cloisonner les choses ! R :Parle-nous de ton actualité ? F : Je suis en lecture avec la troupe sur la pièce de théâtre : "Comment harponner le Requin" de Victor Haïm où je joue le requin avec Erwan Greignou qui est en ce moment aussi dans Mission Florimont mise en scène par Sébastien Azzopardi au Théâtre Tristan Bernard. J’ai aussi deux projets en cours avec la grande actrice Dominique Blanchar dont cinq soirées- lectures sur l’œuvre de Marcel Proust : " A la recherche du temps perdu" avec Claude Aufaure , Frédérique Meininger, Annic Le Goff et Catherine Morin, sous la direction de Frank Bertrand. Ce dernier vient d’ailleurs de nous écrire une pièce à Dominique Blanchar et moi, qu'on espère jouer en 2010 . Pour finir, un auteur de roman Serge Martina veut adapter son œuvre pour un film en Afrique et il m’a choisi pour jouer « le gouverneur » et si tout va bien , je devrais jouer le rôle d'Émile de Baecque dans " South Pacific" à Chatham, New-York. R : C’est ce qu’on appelle un riche programme en vue ! Merci Frédéric pour cet entretien.
Site: fr.wikipedia.org/wiki/Frédéric_Norbert
Propos recueillis par Safia Bouadan |
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Freddy Viau est metteur en scène de la pièce «Les vivacités du capitaine Tic »d’Eugène Labiche, fait le 9 septembre au Théâtre de l’Essaion.
R : Bonjour Freddy Viau, tout d’abord : pourquoi avoir choisi cette pièce d’Eugène Labiche, « Les vivacités du capitaine Tic » écrite en 1861, montée en 1862 et quasiment plus revue depuis ? F : L’initiative vient d’Axel de Ferran qui est un grand fan de Labiche dont il connait bien l’œuvre et la période du second empire en général. Il connaissait cette pièce peu connue de Labiche mais aussi d’autres, telles que « L’avare en gants jaunes » qui se passe pendant un carnaval. Il a eu envie de me faire découvrir ces textes là de l’auteur… Il m’a incité à monter l’une de ces pièces. On a hésité entre les deux mais « Les vivacités du capitaine Tic » était plus facilement montable. Il avait beaucoup aimé un de mes spectacles d’où cette proposition… R : Lequel ? « Dard Dard » ? F : Absolument et c’est Dard Dard qui a créé notre rencontre. Il m’a demandé de lire ces textes de Labiche et de lui donner mon avis, à savoir si c’était parce qu’elles étaient des pièces mineures qu’elles ne se montaient pas. Je les ai lues et j’ai trouvé qu’elles n’étaient pas en dessous de l’œuvre de Labiche. R : Comment expliques-tu la disparition de ces œuvres auprès du public, à cause des changements de mode ou de politique? F : Oui. Les œuvres ont des carrières, elles sont presque comme des personnalités à elles seules .Celle ci a pourtant eu du succès à ses débuts sur les grands boulevards. R : Dans quel théâtre ? F : Je crois que c’était dans le Théâtre du Vaudeville où la plupart des pièces de Labiche étaient réalisées. En général, les pièces avaient une courte vie. Elles étaient montées pour soixante dix représentations. C’est pour ça que Labiche et Feydeau écrivaient beaucoup car ils fournissaient très régulièrement les affiches de ces théâtres dont les pièces tenaient quand elles avaient du succès entre trois et quatre mois. Certaines pièces ont perduré avec le temps mais c’est assez mystérieux de savoir pourquoi elles sont amenées à disparaître. Peut être que le propos était moins adéquat les années suivantes. R : Aviez-vous déjà mis en scène ou même joué des pièces de Labiche ? F : En fait non. Ni joué .En revanche depuis un bout de temps, je souhaitais le faire. J’aime beaucoup Labiche en comparaison avec Feydeau, car je trouve que chez Labiche, il y a quelque chose de plus riche, quelque chose de plus humain, les personnages me semblent plus attachants. Et c’est un peu le retour que l’on a des spectateurs qui viennent voir ce spectacle, ils trouvent les personnages très attachants. R : En dehors de la mécanique du rire ? F : Tout à fait! Il y a une intrigue du rire très bien nouée chez Feydeau aussi, mais chez ce dernier, il me semble qu’il y a un peu moins la place pour dévoiler le côté humain des personnages. J’aime beaucoup ce côté chez Labiche, je pense à « L’affaire de la rue de Lourcine » où les personnages deviennent presque fous. C’est comme un tourbillon, avec un caractère très grinçant aussi. R : Qui est lié à la société elle-même, celle dans laquelle ils s’inscrivent, dans laquelle ils sont coincés ? F : Exactement. Et Labiche excelle dans le rendu de cette société bourgeoise. R Ils sont plus tourmentés les personnages de Labiche, c’est cela ? F : oui, voilà, c’est cela! Ils sont parfois plus tourmentés, je pense… R : Vous avez essayé de respecter l’écriture de Labiche tout en étant inventif car dans cette pièce étonnamment, et c’est ce qui est rare dans les oeuvres de l’auteur, à l’origine, il n’existe pas d’intermèdes musicaux ? F : Oui. Le compositeur du spectacle Nicolas de Ferran a aussi fait les musiques des chansons du spectacle et Axel de Ferran s’est permis d’écrire les textes de ces intermèdes musicaux, qui ajoutent de la légèreté à l’ensemble. Et ils sont très doués car on croirait vraiment des textes et des musiques de l’époque. C’est très ciselé et cela s’intègre parfaitement au spectacle. R : Ce qui fait aussi la force du spectacle, c’est la complicité et la longévité de la compagnie Parciparlà avec laquelle vous avez mis en scène vos spectacles depuis la création de cette troupe qui remonte à près de dix ans maintenant ? F : Oui presque dix ans en effet. La compagnie Parciparlà s’est créée en 2001 et elle est née de la rencontre entre sept comédiens .On s’étaient tous rencontrés lors de la présentation d’un spectacle jeune public et une osmose s’est faite au point que le programmateur nous a proposé d’en monter un ensemble. R : C’était à Paris ? F : Oui .C’était dans un petit lieu qui s’appelait l’Espace Château Landon où on a démarré en 2001. J’y ai mis en scène une adaptation du « Roman de Renart » qu’on ballade un peu partout et qui se joue encore .On en est à la neuf cent cinquantième et on le reprend à nouveau cette rentrée car la compagnie Parciparlà devient résidente pour le spectacle jeune public au Théâtre Michel à partir du 19 septembre et tout au long de l’année. Nous y jouerons aussi en alternance « Alice au pays des merveilles », notre deuxième création avec la voix de Philippe Noiret et qui a aussi une très belle vie : on en est à la cinq cent cinquantième représentation. C’est la même distribution sur ces deux spectacles. Travailler avec les mêmes comédiens est une contrainte de création très enrichissante, c’est très excitant d’emmener les acteurs dans des rôles différents, de fidéliser aussi un public qui est heureux de les retrouver et de les voir dans des emplois divers... Après ces deux spectacles Jeune Public, j’ai créé « Dard Dard, Comédie insecticide » qui était une pièce pour adultes cette fois, un peu folle et barrée, puisqu’elle se passait dans l’herbe et qu’elle mettait en scène des insectes avec des chansons et de la danse. On l’a présentée au Point Virgule, à l’Aktéon et au Ciné 13 Théâtre et on la reprendra peut être au printemps prochain car on a un plaisir fou à la jouer tous ensemble. Enfin, tout dernièrement en mars, « Les vivacités du capitaineTic » qui met en scène six des comédiens de la compagnie. R : Vous aviez fait dix dates ? F : Oui mais c’était plus en showcase. L’Essaion a été intéressé donc on l’a reprise cette rentrée dans cette jolie salle. On est content car elle a été créée spécialement pour ce lieu où les vieilles pierres et la salle voûtée donnent une véritable harmonie à la pièce. C’est un endroit qui a vraiment beaucoup de charme dans ce vieux Paris et puis qui colle avec cette atmosphère XIXè siècle. R : Justement, parlons de la mise en scène en circus et de la scénographie, de ces enjeux dramatiques liés aux scènes de couloirs, aux ambiances sournoises et mesquines régnant dans les salons et qui font par ce choix que vous avez fait que le spectateur a deux visions scéniques de la pièce de Labiche? F : En fait, Nic de Ferran est un scénographe avec lequel je travaille depuis longtemps maintenant Quand on a lu ce texte, j’ai eu envie d’être surtout dans la fidélité au texte. Il fallait assumer ce que cela raconte : des portes qui claquent et qui n’arrêtent pas de claquer comme toute cette époque là, celle de Feydeau et de Labiche. Mais en même temps, je ne voulais pas être embarqué avec l’éternel canapé, le salon bourgeois carré…Iil fallait trouver une idée, d’où celle du cercle au lieu d’un traditionnel espace au carré.Il y a souvent dans ces pièces, un mouvement circulaire, une sorte de tourbillon qui embarque les personnages et qui n’arrête pas. Alors on a imaginé avec Nic de Ferran les entrées et sorties autour d’un panneau pour essayer de rendre ces quiproquos, où souvent quand un personnage rentre, l’autre sort, sans pratiquement se voir. J’ai eu aussi envie de montrer ce qui se passait derrière les murs, d’où cette idée du mur transparent et par le jeu des lumières, on a pu créer du suspens. Le fait de voir arriver les personnages de loin par transparence crée l’impatience de se demander ce qui va se dérouler … R : Il y a un jeu de lumière mais aussi un jeu d’ombres. On en parlait avec « L’Affaire de la rue de Lourcine » de Labiche, où les personnages sont plus sombres. Ici encore, on bascule petit à petit et tous les masques tombent à la fin : chacun plonge ainsi dans son trait le plus excessif et se dénonce de lui même: les hypocrites, les manipulateurs les passionnés et les innocents ? F : Complètement, c’est vrai …Cette pièce là particulièrement puisqu’elle parle des vivacités d’un capitaine. Tout le propos de la pièce repose sur ce fait de savoir si ce personnage va réussir à contenir son caractère explosif : c’est un militaire qui revient de la guerre et donc qui a tué. On a essayé justement de travailler là-dessus. On a voulu créer le divertissement, la drôlerie tout en essayant d’avoir des personnages qui soient crédibles. Le capitaine de cavalerie est un officier qui revient du front et qui se pose beaucoup de questions sur le fait de se bagarrer, d’être sanguin, de s’emporter ou de se calmer. Le tourment est très présent dans la quête du personnage principal. La pièce repose beaucoup là-dessus donc : « Est ce qu’il va savoir se maîtriser ou pas enfin ? ». R : C’est le thème central et il est aidé par son ordonnance, cet ami fidèle qui lui a sauvé la vie et qui est un homme d’honneur et de foi. Est ce que Labiche n’a pas voulu dénoncer cette contradiction liée au militarisme et à ses valeurs positives d’engagement et de courage et a contrario cette déshumanisation s’y rattachant ? F : Oui, c’est assez attachant ce rapport entre les deux personnages: rapport très hiérarchique de domination de la part du capitaine et en même temps comme il lui a sauvé la vie, on a une vraie relation de fraternité. R : C’est une belle leçon que l’on tire à la fin justement: lesquelles doivent l’emporter, les valeurs humaines ou celles sociales et bourgeoises ? Ce que dénonce aussi des auteurs tels que Labiche, c’est l’embourgeoisement et la condition des femmes aussi ? F : Oui ! R : Dans cette pièce, la tante du capitaine n’a pas vu ce dernier depuis dix ans et elle se pose des questions sur lui ? F : Oui. Mme de Guy Robert est une femme qui connait le caractère excessif d’Horace Tic et elle se demande ce qu’il est devenu. Dés la première scène, elle pose la question : est ce que la guerre l’a changé ou pas. Elle le démasque en fait très vite. R : Oui, la tante veut savoir s’il est devenu un homme bien ? F : Oui, s’il est devenu un homme de raison. R : Sans être un statisticien, comme ce prétendant Célestin Magis. Et bien merci Freddy d’avoir répondu à ces questions. A ce propos, comment le public reçoit-il cette œuvre méconnue ? F : Les gens connaissent bien le théâtre de Labiche et en même temps, on sent une vraie curiosité de leur part concernant cette pièce peu montée. Je pense que les gens trouvent que ce spectacle a beaucoup de charme, que c’est charmant et j’aime ce qualificatif. Les gens rient, sourient et passent une très bonne soirée. Mais je voulais aussi embarquer le public dans cette époque du 19é siècle pour son côté historique. R : Oui, nous pouvons souligner son caractère éducatif qui pourrait beaucoup plaire aux scolaires ? F : Tout à fait, je tenais d’ailleurs à ce que le spectacle soit monté en costumes d’époque, qui ont été réalisés sur mesure par Rick Dijkman et Katia Abros. R : Donc « Les vivacités du capitaine Tic » est à l’affiche du 2 septembre au 31 octobre au théâtre de l’Essaion ? F : Oui et se reprend le 28 septembre ici aussi, « 24 heures de la vie d’une femme » adaptée de la nouvelle de Stefan Sweig, que j’ai mis en scène la saison dernière avec Laure Meurisse et Mona Lou. Les spectateurs peuvent découvrir aussi nos spectacles jeune public tous les mercredis et samedis à 14h30, « le Roman du Renart « et « Alice au pays des merveilles », avec la voix de Philippe Noiret, dans ce beau théâtre de 350 places près de la Madeleine qu’est le théâtre Michel. Tous les renseignements sont sur notre site www.compagnieparciparla.com. Ainsi que ma prochaine mise en scène, un spectacle Jeune Public, Le Vilain Petit Canard, d’après le conte d’Andersen, que j’adapte, met en scène et joue avec James Groguelin à l’ESSAION à partir du 24 octobre prochain.
Propos recueillis par Safia Bouadan |
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INTERVIEW réalisé le 8 août 2009 au Restaurant « La Ferme » Paris Ier.
INTERVIEW CROISE DE Franck VINCENT et d’Hervé LEWANDOWSKI réalisé le 8 août 2009 au Restaurant « La Ferme » Paris Ier.
R : Bonjour, Franck et Hervé. Dites-moi comment vous en êtes venus au genre du Musical ? F : Je suis comédien de formation. J’ai suivi des cours de théâtre. Ensuite je suis rentré au Club Med, pendant quatre ans ; à cette époque, c’était des revues. Je chantais un petit peu et en rentrant, j’ai fait du théâtre et je me suis retrouvé dans une comédie musicale complètement par hasard avec Hervé pour « La petite boutique des horreurs » que j’ai faite dans un premier temps et Hervé nous a rejoints sur une reprise. On a fait sept spectacles ensemble tels que » La petite boutique des horreurs », « La Valse du Diable » « Tintin «, « Le violon sur le toit », « Chance » …Ensuite j’ai pris des cours de chant avec Yael Benzaquen. H : J’ai commencé par la direction de chœur puis j’ai intégré une école pluridisciplinaire à Paris. Là, on m’a confié la direction de plusieurs petits projets d’ensemble musicaux... C’est par Fabian Richard (avec qui j’étais en formation) que j’ai rencontré Franck autour du projet de «La valse du diable» de Philippe Loffredo et Jonathan Kerr. R : Quel a été votre déclencheur dans ce métier du Musical ? F : C’est vraiment le hasard car mon déclencheur, c’est le théâtre. Qu’il y ait quelqu’un sur scène qui chante ou non, ce n’est pas différent pour moi. Mes maîtres au théâtre n’ont rien à voir avec le Musical : c’est Lawrence Olivier puis Adjani dans « L’Ecole des femmes » avec Blier. J’ai trouvé ça incroyable. J’allais au théâtre quand j’étais gamin, avec ma mère mais pas spécialement pour des spectacles musicaux. Je me souviens d’avoir vu la création de Starmania et puis aussi la première version des Misérables en 81 au Palais des Sports. Je devais avoir...Oh la la ! J’étais jeune ! Quatorze ans ! Mais je précise que mon premier contact avec le monde du musical, ce sont plutôt les films avec Fred Astaire, Cyd Charisse, Ginger Rogers, Gene Kelly ! H : Sur scène, ce sont « Les Misérables » qui m’ont marqué. C’est un bon compromis de comédies musicales classiques avec un narratif assez moderne, entièrement chanté et qui rappelle l’opéra, au cinéma, c’est «Chantons sous la pluie» F : Pour moi, le déclic c’est vraiment le cinéma musical américain : Cyd Charisse et Fred Astaire. « La belle de Moscou », ça c’est un chef d’œuvre. Et puis il y a Cyd Charisse ! R : Les jambes de Cyd Charisse … ? F : Oui les jambes de Cyd Charisse. R : Très belle danseuse ? F : Oui, sublime, dans tout ce qu’elle fait. Sinon, avec « Les Misérables », la première année en 81, j’avais vraiment des souvenirs légers car j’avais quatorze ans et je me souviens de la musique aussi -Franck fredonne- F : La version de Mogador aussi m’a plu mais ce n’est pas forcément l’histoire ou la musique qui m’ont bluffé, c’est surtout la scénographie ! C’était la première fois que je voyais ce système de plateau tournant. R : Sinon, en tant qu’acteurs, quel est le rôle qui vous a le plus touché ? F : C’est bon, pour moi c’est fait ! Non, sérieusement, il n’y a pas photo c’est Tevye dans « Le violon sur le toit » ! No comment, ou alors on fait trois heures dessus !! H : J’ai aimé jouer Brad dans le Rocky Horror Show, Seymour dans la «petite boutique des horreurs» ou encore Claude dans «Hair» . Je suis loin d‘ avoir tout abordé et le rôle marquant, je l’attends encore ! R : Justement, pour toi Franck, c’est Le Violon, et toi Hervé, quel profil dramatique tu voudrais jouer dans le futur ? F : Ah mais moi aussi, il y a pleins de rôles encore que je voudrais jouer ! Je n’ai pas l’intention de m’arrêter au Violon ! H : J’aimerais bien jouer Tevye dans « Le Violon sur le toit » ! -rires- H : Non, sérieusement, j’ai un faible pour Mark Cohen dans «RENT». F : Dans mon cas, ce serait le rôle dans le film « Victor Victoria », pas le fiancé de Julie Andrews, pas l’américain, le Dandy parisien …Et puis plein d’autres comme Richard III, mais ce n’est pas un Musical... Et tous les rôles qui se présenteront aussi. Au départ, ce n’était pas un rêve d’enfant pour moi de jouer Tevye .Je ne savais même pas que la chanson fameuse de Tevye venait d’un Musical ! Ivan Rebbroff, c’était le Père Noel quand j’étais gamin ! H : Non, le Père Noel, c’était Tino Rossi ! F : Oui, mais il chantait pleins de trucs connus dans ce genre, Ivan Rebbroff ! R : Actuellement, vous chantez tous les deux dans Chance que vous jouez depuis des années ensemble. Êtes-vous arrivés en même temps sur Chance ? H : Franck est arrivé un tout petit peu avant moi en mars 2004, je crois. Le spectacle existait depuis 2001 et on est arrivé pour la reprise au Lucernaire. R : Vous avez joué des rôles différents tous les deux, notamment toi, Hervé ? H : J’ai commencé par Etienne, puis j’ai fait le coursier et ensuite le patron comme ça pour dépanner… J’ai même fait Nina Fleurie dans «MEN IN CHANCE»! F : J’ai fait le Boss, Etienne et Agnès pour m’amuser ! Dans Chance, on est engagé pour un rôle et on en est titulaire. Ensuite, cela arrive d’en faire d’autres en dépannage. Hervé joue Etienne, après pour les autres personnages, c’est pour rendre service. Moi c’est le Boss ! R : Chance, on en parle comme d’une comédie culte qui est dans la tradition pure des opérettes françaises, que pensez-vous de ces observations journalistiques? F : Moi, je ne trouve pas que ce soit dans les traditions pures des opérettes car les opérettes mélangent des scènes, elles sont plus proches des comédies musicales à l’anglo-saxonne que Chance qui est intégralement chantée .Il n’y a pas de scène parlée dans Chance. Dans les opérettes, c’est d’abord du théâtre agrémenté de chansons. Pour moi, Chance est difficilement classable. H : Je pense que Chance suit la tradition musicale, quand on dit que c’est dans la tradition de l’opérette : c’est un sujet assez léger traité en musique. C’est vraiment du théâtre chanté ! F : Ca reprend les codes, Mais c’est inclassable. C’est tellement décalé… C’est un Ovni et c’est pour ça que ça fonctionne. D’abord, c’est bien écrit, bien construit et j’espère, bien joué …Donc, la qualité au bout d’un moment, ça paie, ça tient la route ! C’est aussi parce qu’Hervé Devolder est quelqu’un d’une intégrité à toute épreuve et qu’il a une démarche parfaitement honnête et généreuse. R : Oui .Il y a une générosité sur le plateau qui est là, tant dans le jeu que dans la mise en scène, la musique… F : Oui, c’est un cadeau alors quand on offre un cadeau au public, il le prend ! R : Pour vous, quel rôle joue l’opérette française actuellement en France et en Europe? A t-elle disparu ? F : Non. Mais elle n’est plus guère affectionnée que d’un public âgé. H : Je connais très peu l’opérette qui a une image assez désuète, pas forcement justifiée . Mais j’ai l’impression que c’est en train de revenir … F : Oui, c’est en train de revenir un petit peu mais sous une forme différente. J’en ai fait deux ! J’ai commencé à rencontrer des gens du milieu de l’opérette comme Pierre Sybil qui dirige le Festival d’Aix les Bains depuis vingt ans maintenant. J’ai joué dans « Méditerranée » et l’année dernière, « La vie parisienne ». Je trouve que ce sont des gens formidables mais les opérettes répondent à des codes très particuliers, elles pâtissent d’un manque de moyens certains. Pour monter par exemple « La vie parisienne » qui est un des musts de l’opérette, cela a été écrit avec dix changements de décors, avec des chœurs, avec des ensembles, avec un orchestre et cela coûte trop cher aujourd’hui pour des œuvres qui ont vieilli malgré tout. Là pour ce spectacle, il y a dix sept décors ! On était plus de quarante sur scène ! Entre quarante et cinquante dont dix sept à vingt en fosse .On les monte dans des décors qui sont des toiles peintes qui ne sont plus dans l’esprit de ceux d’aujourd’hui. C’est impossible à monter dans des décors minimalistes : il faut que cela soit une débauche de costumes et de décors sinon, cela ne fonctionne pas ! R : C’est ce que le public vient voir aussi, même dans les comédies musicales ? F : Allez voir par exemple L’Opéra de Sarah : Jérôme Pradon est tout seul en scène, le décor est un mur de béton et il y a trois chaises. Cela repose sur autre chose, mais cela a été écrit comme ça. Alors que les opérettes ont été écrites et conçues pour le Châtelet, avec une machinerie gigantesque, des décors énormes…Et il n’y a plus tout ça aujourd’hui, on ne peut plus .L’opérette n’est plus adaptée aux contraintes économiques actuelles. Mais elle peut se renouveler : Laurent Pelly monte des opérettes qui sont subventionnées. Il y a des contrats derrière… R : Mais Frou-Frou Les Bains a bien fonctionné avec une production qui n’était pas aussi exceptionnelle, où on n’avait pas beaucoup de décors ? H : Le succès de Frou Frou Les Bains jouait aussi sur la redécouverte du genre. C’est arrivé à un moment où les gens ne savaient plus ce que c’était que l’opérette. F : Ou encore celles d’Alain Willemetz ou de Maurice Yvain d’abord, parce qu’elles sont bien écrites et celle de Stéphane Druet qui a été nominée aux Molières pour « Ta Bouche » où les décors et les choristes sont moins nombreux .D’ailleurs, ces opérettes sont adaptées au cinéma, avec … H : Avec Resnais. F : C’est plus petit, mais les grands Lopez, ce n’est plus possible ! R : C’est un problème de production alors ? F : Et de structure. H : C’est un problème de diffusion et de communication avec le public aussi. F : La seule opérette qui se soit montée à Paris, c’est « Le Chanteur de Mexico » au théâtre du Châtelet. H : Parce qu’il y avait des acteurs connus … F : Clotilde Courau, Benguigui… Des bankables ! J’ai trouvé les décors sublimes mais je n’ai pas accroché particulièrement. R : Actuellement, ce qu’on nomme la famille du Musical souffre d’un problème d’identité. On retrouve des grands spectacles de type variétés lyriques ou de variétés, conçus autour d’un livret avec lequel on ne recherche pas forcément à mettre l’accent sur une structure solide, littéraire ou dramatique. On a aussi des comédies musicales lancées par le marché du disque, grâce à des titres phares ou des tubes. De l’autre côté, on a des Ovni comme Chance ou l’Opéra de Sarah…Que pensez vous de cela ? H : C’est un faux problème! Que ce soit au Châtelet avec vingt cinq musiciens et des décors, au Palais des Sports avec une bande son, ou au Lucernaire avec un piano, c’est juste une branche différente : on ne peut pas comparer L’Opéra de Sarah « avec « Mozart, L’opéra rock »! Chaque spectacle est unique dans son genre. C’est d’ailleurs davantage un problème de fond que d’appellation. F : Oui mais enfin l’opérette souffrait du même problème à son époque. Offenbach a attendu la fin de sa vie pour écrire un opéra. Il a toujours souffert d’être considéré comme un sous-compositeur, alors il a fait « Les Contes d’Hoffman ». C’est inhérent à tout art d’être métissé, on mélange la musique, le théâtre et la danse. C’est comme un enfant métisse qui va être rejeté par les blancs, mais aussi par les noirs. R : Justement, parlons du terme le Musical, c’est un terme anglo-saxon, pas français ? F : Pour moi, Musical, c’est l’abréviation du théâtre musical. C’est français. R : On évoque aussi beaucoup le problème de formation et de culture. Y a-t-il une disparition des formateurs et moins de culture de la part des formés ? H : C’est avant tout une histoire de culture. On se rend compte que les jeunes artistes n’ont pas la culture du métier qu’ils veulent faire, et les formateurs ne sont pas forcement de bons professeurs... F : Il y a de plus en plus de formateurs et ce n’est pas forcément une bonne chose. Quand j’ai commencé il n’existait pas d’écoles de comédies musicales, je n’en ai pas souvenance. Maintenant, c’est bien qu’il y en ait. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’écoles qui forment à la comédie musicale, Les Trois Arts… On y apprend le chant, la danse, le théâtre mais pour moi on apprend surtout à chanter. Pour le théâtre, c’est survolé, c’est le grand perdant de l’histoire. C’est peut être parce que je viens du théâtre. H : C’est la lacune, le point négatif que l’on retrouve, et quand on regarde les critiques, c’est au niveau du jeu que ça ne va pas. F : Pour un jeune qui veut faire de la comédie musicale aujourd’hui, qui veut être sur scène, qu’il fasse du théâtre pour commencer : s’il ne prend pas de vrais cours de théâtre, il va avoir une carence ! J’ai une amie qui me dit qu’elle a pris des années de cours de chant. Je lui demande si elle prend des cours de théâtre alors, elle me répond : « Ah oui j’en ai pris pendant un an et c’est largement suffisant ! » H : Parce qu’on met le chant en avant .La promotion se fait par le disque à la TV R : On a aussi le problème de la qualité du livret et du metteur en scène. F : Mais on a des librettistes, des metteurs en scène ! R : Bien sûr, mais ils ne sont pas forcément soutenus par une production, une structure de diffusion. IIs vont disparaître et réapparaître. F : En France, les grosses productions de comédies musicales sont soutenues par des producteurs de disques, des maisons de disques. En Angleterre et Dieu sait que je n’aime pas mettre forcément en avant les anglo-saxons comme modèles, les producteurs de comédies musicales sont des producteurs de théâtre. H : Qu’il y ait un disque ou pas ! F : En France, on produit de la musique, avec ou sans livret. Or, un spectacle, c’est d’abord une histoire, une pièce de théâtre avant d’être des chansons et de la musique. R : Une « comédie » « musicale ». F : Voilà ! R : Donc un bon livret avec des paroles adaptées à ce que cela raconte et avec une musique adéquate ? F et H : Avec une musique adaptée à la dramaturgie ! A ce que ça raconte ! R : Un peu comme l’opéra dans un autre genre ? F : C’est encore autre chose car les conventions sont différentes. R : Les codes musicaux et vocaux sont différents ? F : Oui ! Mais on parle aussi de livret, c’est vrai ! H : Tous se pensent auteur compositeur et librettiste alors que sur certains spectacles, c’est juste paroles musique et ce n’est pas la même chose. R : Comment voyez vous l’avenir du Musical en France ? F : Je le vois plutôt positif rien qu’à voir à Avignon, il existe une vraie programmation du Musical. R : Avec notamment Les Folies de Lucien de Dombrowski ? F : Oui maintenant, il faut que les producteurs se disent qu’ils peuvent oser l’orchestre, de vraies histoires et qu’un spectacle ne repose pas forcément sur la vente d’un disque. Je donne l’exemple du Violon qui a marché auprès du public. Il faut savoir évoluer, comme le fait le cinéma actuellement qui se reconvertit avec la 3D pour lutter contre le téléchargement. R : Le cinéma a dépassé le problème de la télé, du magnétoscope, du DVD, du « pear to pear » ? F : Oui il faut que le monde de la comédie musicale ose la même chose ! Qu’il ramène les gens dans les salles avec un truc qu’on ne peut voir que là ! Avec l’orchestre, le live. Les producteurs doivent le comprendre car le public adore ça et ça ne coûte pas plus cher. Le plus dans une comédie musicale qui est spectacle vivant, ce sont les musiciens justement pas seulement les acteurs.
H : Tout ce qu’on entend, on le voit, c’est unique ! R : Oui pour « Chance », c’est le cas ? F : Et ça n’a jamais autant fonctionné qu’avec le piano et la guitare même s’il n’y a plus tous les arrangements. R : Mais cela peut coûter plus cher, non ? Quel est le compromis ? F : Pas forcément, pas besoin d’avoir une grosse formation d’orchestre ! Dans le Roi Lion, il y a dix sept musiciens, c’est particulier car les instruments sont spécifiques. R : Oui c’est de la world music. F : Je pense que les producteurs d’aujourd’hui peuvent produire de gros spectacles dans des grandes salles parisiennes et le surcoût de l’orchestre ne sera pas énorme par rapport à tout le travail en studio. La plus value artistique et commerciale pour le public est d’avoir l’orchestre qui joue en live. Sur le Violon, sur l’affiche, c’est ce que Serge Tapierman a mis en premier. Vraiment, les gens aiment ça, avec la bande son, la magie n’opère pas. H : Pour le Violon sur le toit, les gens ont redécouvert l’orchestre sur scène. F : Pour ma part, j’ai un faible pour l’orchestre en fosse alors que sur scène cela pose des problèmes acoustiques. R : Que pensez-vous du micro-casque, de la pastille ? F : Je pense que pour les grosses productions, cela est devenu nécessaire. R : Comment faisait-on avant ? F : On ne chantait pas pareil, les œuvres n’étaient pas écrites pareil. H : La musique n’était pas sonorisée de la même manière. R : Pensez-vous qu’il y a une disparition des voix ? H : Je ne pense pas qu’il y ait une disparition des voix. C’est un problème plus technique ou d’acoustique, d’adaptation à la salle. F : Il y a des voix magnifiques qui ne sont pas des grandes voix et puis ce ne sont pas les décibels qui font la qualité. R : La sensibilité c’est ce que les gens viennent rechercher et ils veulent ressentir des émotions. H : Les gens aiment qu’on leur raconte des histoires. Après que ça chante fort ou pas fort… F : C’est l’interprétation …Voilà une différence importante entre l’opéra et la comédie musicale, les gens viennent écouter une qualité de voix et musicale qui doit être parfaite. Dans un Musical, si les acteurs l’ont en plus tant mieux ! C’est pour ça qu’en opéra on ne sonorise pas parce que la salle est faite pour cela. Encore qu’à l’opéra Bastille, il y a une reprise d’ambiance. Quand on va jouer dans le théâtre italien, on n’a pas besoin de micros…Mais avec un orchestre sur la scène, on en a besoin effectivement mais s’il avait été en fosse, on s’en serait passé. R : Merci de toutes ces informations. Quel serait votre vœu en tant qu’artiste dans les vingt prochaines années ? H : Commencer à voir des spectacles un peu plus audacieux car on est dans une phase économique où les grands spectacles coûtent très chers. Je rêverai de voir le Jerry Springer Opéra monté sur scène à Paris par exemple. C’est audacieux dans le sens du propos : c’est un peu dur, un peu sérieux car on peut tout faire au théâtre donc dans le Musical aussi. F : Mon vœu pour les vingt prochaines années va vers les producteurs de théâtre. Qu’ils produisent du Musical et non pas que la production reste entre les mains de producteurs de disque uniquement. Même si c’est un genre que je respecte Le Roi Soleil, Cléopâtre, Mozart…J’attends que Stage crée du spectacle musical français, même s’ils font des belles adaptations anglaises en France. Stage va faire appel à des librettistes pour créer des œuvres dans les prochaines années. R : Ils achètent des théâtres déjà. F : Là c’est économique mais je crois que Stage a un agent chargé d’aller écouter les nouvelles créations .Il y a une curiosité .Ce n’est pas un rêve donc mais une attente. R : Parlons de votre actualité pour finir. F : Chance, tout d’abord jusqu’au 26 septembre puis une fois de plus, je vais jouer dans le même théâtre qu’Hervé, à Mogador, mais pas le même spectacle, car je jouerai dans Cendrillon, le rôle du papa et du Chambellan du Prince, à partir du 24 octobre et jusqu’à fin janvier, sur une mise en scène d’Agnès Boury. Ce sera les mercredis et les week-ends et vacances scolaires. H : Je reprends le Roi Lion dans le rôle de Timon jusqu’en mars. Je travaille également sur une adaptation et j’avance bien sur ce projet… R : Merci beaucoup à tous les deux et je vous souhaite une belle route !
Propos recueillis par Safia Bouadan |
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Interview croisée de Quince, Chiara Di Bari et Laurent Bàn -aussi traducteurs -, réalisée pour le spectacle musical Marlène D, fait et traduit le 8 juillet au 20è Théâtre .
Regarts : Bonjour Quince, bonjour Chiara et Laurent ! Quince, Chiara et Laurent : Bonjour Safia ! R : Quince, depuis combien de temps, incarnes-tu la grande actrice Marlène D ? Q : Huit ans R : Comment est née l’idée d’incarner ce personnage mythique Marlène Dietrich ? Q : Je suis arrivé à ce travail tout doucement car au début, je pensais à une femme. Mais après, j’ai pensé que grâce à l’ambigüité de Marlène, un homme pouvait l’incarner sur scène car elle avait plusieurs facettes .Cela pouvait justement donner une vision plus critique. R : En effet, sur scène, on voit une sorte de schizophrénie entre l’acteur que tu es et qui joue Marlène D, et le conteur dont le personnage-un gigolo ?- s’exprime à la fin ? Q : Oui, en effet. Le personnage évoqué à la fin est en fait un admirateur qui la suit toute sa vie, car cet homme a eu la chance de la rencontrer un jour d’une façon très étrange. R : Sur la scène, c’est comme un drame intime qui se joue entre mythe et vie, entre star system et solitude ? Q : Je pense que tous les personnages mythiques qui sont des icones restent seuls à la fin de leur vie. Ils sont tous concentrés sur leur propre destin, leur propre mythe, sur le personnage qui se crée par exemple autour de Marlène. Dans les quinze dernières années de sa vie, elle a coupé toute relation avec ses amis et elle est restée toute seule chez elle. R : Elle était malade, elle avait ses problèmes cardiovasculaires ? L : Oui et surtout elle ne voulait qu’on la voie diminuée. Elle voulait qu’on la voie toujours jeune et dans l’esprit du mythe. Q : Elle a voulu garder l’image de la jeunesse. L : Elle a voulu couper sa vie réelle, humaine pour garder l’image du mythe. R : Dans la première partie de ce spectacle, Marlène est vue avec toutes ses manies qui sont limite inhumaines vis à vis de tout son personnel, de la secrétaire… Est- ce un trait exagéré de la mise en scène ou est ce que c’est toi qui l’a vue ainsi à travers ce que tu connais de Marlène Dietrich ? Q : Tout ce que je dis dans le spectacle est vrai : les trois salles de bains, le parcours fléché. Elle parlait vraiment comme cela avec les gens, comme une diva, mais aussi par nécessité, car ses jambes valaient plusieurs millions de dollars et elles étaient assurées. Du fait de son problème de santé, il ne fallait pas qu’il y ait un problème. Elle était en effet très capricieuse et elle ne voulait pas qu’on sache qu’elle était malade, qu’on connaisse ses problèmes de circulation. L : Elle disait « Attention mes jambes valent très chères parce que je suis une star » …mais en fait, tout ça, c’était parce qu’elle souffrait. R : Comment s’est fait le choix des tableaux, leur sélection à la fois esthétique et dramatique, ou celui de l’écriture et de la mise ne scène ? Q : Je voulais vraiment que dés le début, on voit que c’était une femme et que ce soit vraiment Marlène. Je ne voulais pas faire d’allusion au fait que c’est un homme qui jouait le rôle. A partir du moment où Quince, le personnage apparaît, on comprend clairement que c’est un homme qui joue ce rôle. R : Peux tu me parler de la rencontre avec ce milieu du théâtre et du music Hall ? Q : J’ai fait l’Ecole Académique du Théâtre en Italie et j’ai joué des rôles classiques toujours mélangés avec le côté musical, toujours liés avec le théâtre et le chant. R : As-tu été conseillé pour ce rôle de Marlène D, as-tu eu un maître, un professeur ? Q : Non. J’avais un rapport très intime avec Marlène comme si elle était une personne de ma famille. R : L’as-tu rencontrée de ton vivant ? Q : Non-rires- Je ne l’ai jamais vue sur scène non plus. R : Tu as vu tous ses films ? Q : Oui, je suis un collectionneur de tout ce qui touche la vie de Marlène: les livres, les films, les autographes, les magazines.. . R : Laurent, comment es tu rentré dans la vie de Marlène D ? L : Je connaissais comme tout le monde certains films comme L’Ange Bleu, mais je ne connaissais pas le personnage, son parcours…Le fait qu’elle ait eu un tel impact sur le vingtième siècle. Tout le monde est lié à Marlène. R : N’est ce pas parce qu’elle est liée à la guerre ? L : Oui, elle a traversé les guerres. Elle a rencontré des artistes, des personnalités politiques ou des sportifs. Elle a croisé le destin de tout le monde du début du siècle dernier aux années 1990. R : Elle est morte le 6 mai 1992 ? L : Oui et du coup, j’ai découvert ce personnage à travers ce spectacle. Je suis curieux de nature et j’adore découvrir des choses comme ça .Et en fait, la raison pour laquelle je suis rentré dans ce projet est liée au fait que Chiara connaissait Quince en Italie. A une époque, j’avais joué en Italie pendant un an « Il conte di Monte Cristo », une comédie musicale là bas. J’avais adapté ce spectacle pour l’Asie où j’avais des contacts. Je l’avais fait en langue française et c’est tombé à l’eau car il y a eu des problèmes entre le compositeur et l’auteur. Je me suis retrouvé avec une envie d’adapter des choses, d’écrire et du coup, je suis partie sur un autre projet : celui d’un film à mettre en scène, à mettre en version musicale. J’ai rencontré un problème de droit …Aussi, de fil en aiguille, on s’est mis à chercher de beaux spectacles à adapter car Chiara est italienne et cette histoire est intéressante. Au départ, on est parti tous les deux, sur l’adaptation de la nouvelle de Mark Twain, « Le journal d’Adam et Eve ». En fait, Quince avait déjà fait une première adaptation de ces deux nouvelles « Le journal d’Adam » et « Le journal d’Eve ». Donc, on a travaillé là-dessus avec Chiara et on a commencé à écrire la version en français. Il se trouve que Le Lucernaire cherchait un spectacle mais je n’avais pas le temps de finaliser Le journal d’Adam et Eve. Je me demandais ce que je pourrais faire pour présenter un spectacle de suite. Chiara m’a dit alors que Quince avait ce spectacle Marlène D, en me proposant de le lire en version italienne. Je l’ai lu et j’ai trouvé cela vraiment émouvant et j’ai dit ok, banco, on y va. J’ai envoyé le DVD au Lucernaire et ils ont adoré. On a mis un mois pour le monter ne langue française. C’était la première création en France et c’est une chose que Quince voulait faire depuis longtemps ! R : Marlène D est donc ton premier travail d’adaptation en langue française ? L : Oui R : Comment as-tu procédé, comment as-tu eu cette connaissance linguistique ? L : Déjà, j’ai travaillé avec Alfredo Arias en 2001 sur un spectacle qui s’appelait « Les peines de cœur d’une chatte française » qui a été joué aussi en Italie. Je suis parti deux ans en tournée en France et Italie et j’ai appris l’italien avec ce spectacle. J’ai connu Chiara et je suis reparti pendant un an pour travailler dans un milieu italien, avec des italiens et la langue est devenue familière pour moi. Donc Chiara m’a aidé pour la traduction littérale parce qu’il faut que tout soit traduit clairement et à partir de là, il a fallu l’adapter, car il faut apporter les valeurs de la culture de la langue dans laquelle tu vas traduire. Tout simplement, on rencontre le problème de la structure de phrase qui ne marche pas. Par exemple, en italien, on utilise beaucoup de superlatifs, beaucoup d’adjectifs qui sont accumulés pour dire une idée. En français, on a cette chance de pouvoir avoir des mots très précis pour exprimer une idée. Ce qui fait que l’impression qu’on a en italien à chaque fois quand ça parle, c’est que ça parle à toute vitesse. En une phrase, on peut réduire en simples mots. Pour Marlène D, il a fallu donc créer un langage moins riche, justement pour le réduire le plus directement aux idées car Quince, de plus, ne parlait pas un mot de français. R : Comment s’est faite la troisième étape afin que Quince puisse exprimer cette pièce adaptée de l’italien en français ? L : Il y a beaucoup de références à la France et c’est drôle car les deux versions sont différentes à ce niveau là. Il y a beaucoup de rapport à l’Italie dans la version italienne et vice versa, même dans les choix concernant les symboles...Je lui a i envoyé par MP3, le texte avec le guide de ma voix, pour qu’il se le mette en bouche. Cela a duré un mois, il s’est écouté tout ça. Je lui envoyais par bribes, chaque fois que j’écrivais un paragraphe, il l’apprenait par cœur pour avoir l’articulation. Ensuite, je suis parti à Rome pendant un mois pour le faire travailler tous les jours avec Chiara. C’était très difficile car il y a plein de choses qui sont très subtiles, surtout l’accent, chaque mot a un accent alors qu’en France, l’accent est sur la phrase. Son articulation va donner une idée précise. Alors que là bas, chaque mot a son importance et si tu fais ça en français, cela joue faux tout de suite. R : Andrea Calvani est ton pianiste avais tu déjà travaillé avec lui avant ? Q : Non, j’ai commencé avec lui pour Marlène .Pour lui, c’est Burt Baccara, en fait, il interprète son rôle dans l’histoire. L : Burt qui est un auteur compositeur de l’époque qui depuis a fait beaucoup de standards et qui est un génie de composition en l’occurrence et d’interprétation. R : Et pour le metteur en scène Riccardo Castagnari, comment s’est faite cette rencontre ? Q : J’ai un secret à révéler après huit ans, je l’ai révélé à la télévision italienne. L : En fait, Quince a beaucoup de succès en Italie et il n’avait jamais révélé ce secret jusqu’à il y a quelques mois. R : Peux tu le révéler aujourd’hui ? Q : Oui, car Riccardo Castagnari et Quince sont la même personne. Quince est un intermédiaire entre Riccardo Castagnari et Marlène mais en fait, c’est un personnage que j’ai créé de toute pièce et qui est devenu un peu la star. L : En Italie, les gens disent Quince joue Marlène. C’est devenu une autre icone. Là bas, il y a beaucoup d’évènements promotionnels qui se font autour de Quince, alors qu’en France, Quince est moins connu .Ce n’est pas Riccardo et Marlène mais Quince qui devient un centre d’attraction et ça c’est drôle. R : Chiara, merci d’être revenue parmi nous .Peux tu nous dire comment s’est faite cette rencontre avec Quince ? C : Cette rencontre a été très forte mais dés que je l’ai vu, j’ai senti quelque chose et pourtant on ne se connaissait pas ! Je l’ai connu car il faisait un spectacle avec une amie qui s’appelait « Le journal d’Adam et Eve ». L : C’est drôle ! C : Là, c’était juste pour dire, j’ai senti quelque chose de personnel et d’émotionnel par rapport à lui comme personne. Si tu veux, oui, Le journal d’Adam et Eve est un spectacle que j’ai adoré et c’est la raison pour laquelle j’ai proposé à Laurent une version pour la France. J’ai connu l’homme et l’artiste et c’est quelqu’un qui m’a touché vraiment beaucoup. Donc, on a parlé du fait que j’aimais Adam et Eve, et lui m’a dit qu’il avait un autre spectacle qui s’appelait Marlène D. Donc, je l’ai vu et cela m’a choquée, bouleversée…Je ne peux même pas expliquer car Marlène D était quelqu’un que je connaissais en tant que diva très importante de notre siècle mais je ne la connaissais pas vraiment à fond. Je connaissais quelques mélodies, L’Ange bleue… mais je ne connaissais pas vraiment le personnage. Et là, j’ai fait une super découverte ! R : On retrouve dans l’aspect esthétique de Marlène D, une dimension cinématographique beaucoup plus illustrée qu’au Lucernaire où j’avais découvert aussi ce spectacle. Q : Oui. Pour Paris, j’avais transformé et c’était voulu de le faire d’une façon cinématographique et là après Paris, je l’ai retransformé pour le faire définitivement dans cette version, en lui donnant cette touche. Maintenant, je fais la version française même en Italie. R : Le public est aussi en quelque sorte ignorant, car il ne connait que ce que les médias veulent rapporter ou certaines œuvres de et sur Marlène Dietrich. En France qui plus est, il faut éduquer le public à cette expressivité forte de l’émotion qui transparait parfois dans le spectacle, ce qui n’est pas le cas pour l’Italie où les états d’âme se montrent et sont exprimés dans le jeu naturel au quotidien. Comment se crée alors l’histoire d’amour entre toi et le public, et que veux tu que le public retienne de Marlène D ? Q : La phrase clé pour moi du spectacle est : « Je l’avais tant aimé que je finis par devenir elle ».Je crois que le public reste accroché au personnage de Marlène après le spectacle car justement, je l’aime tellement. J’ai cherché les épisodes qui pouvaient mettre plus en évidence son humanité, sa personnalité. R : C’est un acte d’amour en somme ? -rires- L : Je rajoute en plus que Marlène D était très proche de la France. Il y a tout un épisode où elle parle de la Madeleine où elle voulait être enterrée. Elle avait beaucoup d’histoire d’amour en France qui était pour elle le lieu mythique où elle voulait vraiment vivre et mourir. Du coup pour Quince, c’est aussi une grande opportunité, un vrai plaisir et une chance de venir défendre Marlène D en France. Q : En écrivant le spectacle, j’ai toujours pensé à Paris. R : D’ailleurs tu l’évoques quand tu dis que Paris est la plus belle ville au monde et on entend un rire dans la salle à ce moment là ? L et C : Oui L : Car on ne sait pas si on veut brosser dans le sens du poil alors que c’est vraiment sincère ! C : Quince ne trouve pas qu’il y a des tabous par rapport aux autres pays où il a joué… Q : Hier c’était la première, alors c’est normal, la réaction de surprise du public ! L : Ce qui est important aussi de souligner ici c’est que ce n’est pas un spectacle d’un homme travesti mais bien le spectacle d’un acteur qui interprète le rôle d’une femme dans une vraie composition dramatique, une vraie performance d’acteur. A aucun moment, le trait est exagéré au point qu’il pourrait faire penser à une caricature. C : Cela reprend le concept de l’actor Queen, qui existait sous Shakespeare. L’homme interprétait le rôle de femme. L : Elizabethain…En France, on a une vraie culture autour du travestissement avec Pigalle… Beaucoup d’artistes travestis sont donc connus. En Italie non. C : En Italie, on n’a pas eu ce problème, cela n’existe pas beaucoup, donc il n’y a pas d’ambigüité, de rapprochement par rapport à ça. R : Que veux tu que le public retienne du personnage de Marlène D? La star que notre génération n’a jamais connue, la femme engagée dans les conflits armés, l’amante ou la femme-pathos, souffrante et seule. Q : Je voudrais qu’il se souvienne de tout. Chacun de nous est plusieurs choses et n’être nommé que pour une de ces choses est réducteur. J’aimerais qu’on se rappelle de Marlène avec sa fourrure blanche mais qu’avant de rentrer sur scène, c’était elle qui nettoyait le parterre de la scène. R : Ce tableau où on te voit laver le sol avec la serpillère habillé en fourreau est- il vrai ou est-ce un épisode bouffon ? Q : Non, elle le faisait ! C’est extraordinaire de la part de cette diva. Cette femme part à la guerre apparemment pour suivre Gabin, mais après, elle reste trois ans sur les fronts les plus dangereux car ce sont ceux où il y avait le plus de bombardements. R : Et elle n’a pas eu l’Oscar, alors qu’elle est devenue une star mythique comme Maryline ou Greta Garbo. Q : La seule nomination a été pour « Témoin à charge » de Billy Wilder car elle interprète un double rôle et il ne fallait pas le savoir, et en effet, on ne la reconnait pas du tout. Un documentaire sur le nazisme a gagné l’Oscar BlackFox où elle faisait le commentaire. R : Nous allons parler maintenant de l’actualité de Marlène D, de ce qui est envisagé, une édition du livret adapté par exemple? L : En fait, le Dvd de la pièce est déjà en vente édité par L’Harmattan et diffusé aussi au Lucernaire, pour le texte, je ne sais pas. Ensuite Quince repart en tournée en Italie, mais il a joué aussi Marlène D ’Amérique du Sud en version espagnole. Actuellement, on travaille avec Chiara sur le journal d’Adam et Eve : on a fait pas mal de lecture, on l’a fait à Lourdes et on envisage une lecture au foyer du Trianon en août. R : Pouvez vous nous parler de l’histoire ? L : Mark Twain avait un rapport particulier avec la religion, pas forcément dans le sens du poil –rires- La version faite par Quince en Italie était très « années trente » avec un chapeau haut de forme, ses partenaires étaient aussi habillés comme ça. C : Oui, avec des robes de soirée et c’était accompagné par des musiques de Gershwin. L : Dans notre version, nous sommes partis, non sur l’aspect littéral mais sur une version plus proche de nous, plus moderne. C’est à dire dans le cas de Quince, il se l’est appropriée pour lui et ses partenaires, alors que de notre côté, on a trouvé aussi des similitudes avec nous dans cette oeuvre Adam et Eve. J‘ai aussi rajouté des créations musicales en partie que j’ai faites, textes et musique. J’ai demandé à Hervé Devolder d’en faire une, à Stéphane Corbin d’en faire deux et à Didier Begon, quelques une aussi. C’est très frais, cela marche bien et c’est très positif, très drôle avec une pointe d’émotion. C : En fait, on voit sur scène un homme et une femme : la première femme et le premier homme, avec leurs particularités, leurs différences et leurs complémentarités, qu’on retrouve dans notre vie de maintenant au 21è siècle. R : En fait les rapports n’ont pas changé ? L et C : Voilà ! Q : Dans ma version, Je joue Adam et Elisabetta De Palo joue Eve. L : C’est complètement autre chose par rapport à Marlène, car il est très macho, très viril dans ce rôle là. R : Oui, on ne le reconnait pas. En tout cas, bravo pour la transformation, la voix, le sensible, le féminin, en plus celui d’une star. C’est un pari très difficile à gagner d’incarner une star aussi belle et inaccessible que Marlène D quand on est l’homme que je vois là en face de moi. -Rires- R : Chiara , tu es aussi chanteuse et actrice, peux tu nous parler de tes prochains rôles ? C : Je vais certainement jouer La petite Sirène la comédie musicale de Christian Schittelheim. Je vais rentrer en Italie pour reprendre pour 80 dates, la Strada de Fellini où je joue le rôle de Samantha, la fille du cirque. Plus un projet très bien parti avec Serge Tapiermann. Je vais certainement commencer à enregistrer mon album aussi. Laurent a écrit certaines chansons, texte et musique que j’aime beaucoup. R : Dans quel style ? C : Cela reste dans un style « Chiara »,-rires- en français, en italien ou en anglais mais je ne peux pas faire de rapprochement dans un genre ou un autre. J’ai un producteur qui s’est proposé de produire l’album et je te tiendrai au courant !-rires- R : Merci à tous les trois, bravo ! Et Belle route à tous et à Marlène D ! L, C et Q : Merci !
Propos recueillis par Safia Bouadan |
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Interview d’Alex Pandev faite le 15 juillet à la Comédie de Paris.
Regarts : Bonsoir Alex et merci d’avoir accepté cette interview. J’ai envie de te demander en premier lieu, pourquoi ce titre « Le cri de la fourrure ? » Alex : Cela m’embête de répondre à cette question car je dévoile forcément le sujet.
R : Tu as mis beaucoup de toi-même dans ce spectacle « Le cri de la fourrure» qui montre un personnage en quête de bonheur, d’amour et de vérité. N’est- ce pas un peu autobiographique ? A : Pas de bol, Safia,-rires-…Je ne vais malheureusement pas répondre non plus à cette question : quand tu vas au restaurant, tu ne vas pas voir le chef dans les cuisines pour lui demander ce qu’il a mis dans le plat ? -rires-. Cela reste les ficelles de la magie de la préparation.
R : Pour cette comédie à un personnage, est ce que tu t’es servie de ton environnement, de tes expériences ? A : On se sert toujours de ce qui nous environne. Je me considère un peu comme une voleuse d’images avec un computer personnel pour stoker les infos sur mon disque dur ; quand tu es observateur et attentif, la vie et les gens sont une source d’inspiration d’une richesse formidable
R : Peux-tu raconter ton parcours ? Je sais que tu as l’âme voyageuse, un peu téméraire, peux tu raconter cela avec tes mots ? A : J’ai plutôt un parcours atypique : j’ai fait le conservatoire de Paris, après j’ai eu de très beaux rôles dans de grands théâtres subventionnés, où on me cantonnait toujours dans des rôles de tragédienne, parce que je suis très brune avec une voix très grave. J’avais beau faire, les gens ne me voyaient pas autrement. Paris me semblait très petit, Paris me semblait très gris et très étroit d’esprit donc je suis partie. D’abord en Amérique du Sud, à Buenos Aires… où je suis restée un an et demi et où j’ai chanté, dansé…Après je suis revenue à Paris et j’ai continué à travailler et puis je suis repartie. A New York. Car décidemment Paris m’étouffait.
R : Tu y as fait l’Actor’s Studio, non ? A : Oui entre autre. Et des comédies musicales pendant 2 ans. C’est en revenant de New York, en septembre 2001, que j’ai commencé véritablement à écrire.
R : Ton premier vrai succès de pièce et d’interprète c’est Happy Hanouka, au théâtre Michel mis en scène par Jean Luc Moreau, avec Maike Jansen. A : Absolument. Ca a été un très gros succès et on a enchainé avec une très grosse tournée.Ca a été formidable.
R : Tu en parles comme une référence parce que c’était une aventure pour toi ? A : C’était une aventure, mais c’était aussi une pièce qui me tenait particulièrement à cœur pour des raisons familiales –petit rire-Comme je te le disais toute à l’heure, quand on écrit on se sert toujours de tout : Il se trouve que je viens d’une famille qui est très excessive donc qui m’inspire !
R : C’est un peu comme une recréation, une récréation. C’est un peu comme une « intimisation » généreuse alors ? A : Si tu veux oui ! On peut dire ça comme ça, c’est très joli !
R : Dans les deux pièces « Happy Hanouka » et « Le cri de la fourrure », ce sont deux rôles où le personnage est en souffrance ? Est ce que ce sont ceux qui te touchent particulièrement…Là, on est quand même dans le tragique ! A :-rires-…Oui effectivement, on est tous en recherche d’amour, de reconnaissance quelque part. Les personnages râpeux et rock n roll me sied. Je n’aime pas les personnages qui sont consensuels. A partir de là, je préfère les personnages flamboyants avec des grosses fêlures.
R : Grâce à ton producteur Jean Pierre Bigard. A : Qui est une merveille qui est le meilleur producteur du monde !
R : Oui .Grâce à lui, Le cri de la fourrure a pu arriver ici à la Comédie de Paris depuis le 2 juillet. Est ce que tu as déjà des retombées du public ? Comment perçoit-il ce spectacle un peu particulier ? A : Je suis vraiment très, très émue par tous les papiers qui sortent. Ce sont des papiers qui sont absolument merveilleux et qui me réchauffent le cœur ! C’est formidable !
R : Tu en donnes, alors forcément tu en reçois de sa part? A : Merci. C’est gentil !
R : Ton personnage est tragicomique en scène et il fait beaucoup penser à ceux de Pedro Almodovar, as-tu un lien avec lui, un lien de cœur ? A : J’ai une très grande admiration pour ce mec là.
R : On retrouve d’ailleurs dans ton personnage : « Femmes au bord de la crise de nerfs », « Talons aiguilles »…Je dirai même, c’est un attachement particulier ? A : Toi aussi tu observes !
R : Je sais que tu as pris Agathe Bergman comme metteur en scène? Peux-tu nous en parler ? A : Agathe Bergman ’est une fille formidable, d’une grande intelligence. C’est l’œil et l’oreille idéaux qui m’étaient nécessaires pour me canaliser.
R : Oui, c’est un travail d’orfèvre, car on sent que sur la scène, c’est de ta matière personnelle dont on parle et qu’il ne faut pas la déformer. A : Agathe possède cette délicatesse pour occuper cette fonction.
R : Et Ta marraine est l’actrice Sonia Vollereaux ? A : C’est une personne exquise qui a eu une belle générosité de cœur à mon égard, et cela m’a fait un grand plaisir de lui offrir ce rôle.
R : Je tiens à souligner aussi l’esthétisme dans ce spectacle tel que la robe de Courrèges bien choisie et le design du décor. Comment s’est faite cette rencontre avec l’architecte designer Christophe Pillet ? A : C’est une rencontre particulière organisée par l’un de mes amis qui lui a parlé du spectacle et Christophe a eu un coup de cœur. Il m’a dit : « je n’ai jamais fait encore cela mais si tu veux je le fais »…Ce qui est formidable dans « Le cri de la fourrure », c’est que je suis entourée de gens qui sont très talentueux et qui m’ont fait confiance. Comme Minino Garay pour la musique, qui est un immense musicien très connu. C’est merveilleux ! Ca c’est pour le back ground, mais aussi toute l’équipe de production qui est derrière moi est formidable. Ils me soutiennent tous beaucoup !
R : Peux tu nous parler de tes désirs d’artiste et de femme qui sont dans « Le cri de la fourrure » ou pas ? A : Mon désir d’artiste, c’est de continuer... de m’amuser, de devenir le plus possible indépendante des diktats et des moules imposés et d’être encore un peu … beaucoup, dans la lumière !!
R : Et ton désir de femme ? A : C’est de continuer à aimer et à être aimée par l’homme dont je suis amoureuse.
R : Après ce spectacle très féroce, on a envie de jeter sa fourrure par la fenêtre ? A : Laquelle ?
R : Il y a aussi cachée, la notion de l’animal dont on enlève la fourrure et qui crie ? A : Au choix de chacun. J’ai lâché le bébé avec l’eau du bain !
R : Parmi tous ces messages et ces facettes, lequel parle le plus à tes yeux et que tu as envie que le public reçoive en premier? A : …Le malheur n’appartient pas qu’aux moches et qu’aux pauvres ! Mais Ce qui est important, c’est de savoir que le Bonheur peut être à la portée de tous.
R : Merci. J’aimerais connaître ton actualité ? A : Je suis à La Comédie de Paris, jusqu’au mois d’octobre .Entretemps je vais tourner un film d’Eric Le Roch au mois de septembre, une comédie complètement dingue : je suis ravie. et viens de terminer le tournage d’une nouvelle série pour la télévision : « Duo » qui devrait bientôt être diffusée.
R : Sur France 2. A : Oui, mais je ne sais pas quand. Par ailleurs, j’ai fini l’écriture de deux nouvelles comédies très féroces qui j’espère seront produites bientôt.
R : Tu as des titres ? A : Oui …Mais Je n’ai pas envie de les donner par…
R : Superstition ? A : C’est ça !
R : On rencontre toujours dans la vie, des personnes qui sont un peu pour nous des maîtres, lesquelles sont encore vivantes ou non ? As-tu un maître ? A : « Ni Dieu ni maître ».
R : Tu es ton propre maître et ton propre Dieu ? A : Mon propre maître oui.
R : Tu gouvernes ? A : En tout cas, j’essaie de garder le contrôle sur ma vie. Le plus possible.
R : Bravo pour ce spectacle très courageux et généreux : c’est une comédie de femme, d’être humain, certes décalée, féroce déjantée mais aussi très tendre ? A : Parfaitement : Tu as su voir les couleurs essentielles de mon spectacle.
R : Alors si je les ai vues, d’autres l’ont vu et le verront encore. Merci Alex et à très vite ! A : Merci ! À très vite !
Propos recueillis par Safia Bouadan
Voir Article : Le cri de la fourrure
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INTERVIEW DE KOKIA de passage à la Cigale le 12 juin 2009, traduit du japonais et de l’anglais. 1 / Bienvenue ! Kokia, vous effectuez votre quatrième visite en France pour notre bonheur et vous êtes en tournée actuellement pour présenter votre nouvel album Balance, sorti chez Wasabi Records, lequel est très imprégné de culture ethnique dont celte ?. D’où vous vient cette passion pour les musiques du monde ? Kokia : L’univers celtique n’est pas vraiment relié à cet album (ndt : l’album celtique est plutôt Fairy Dance), mais ma passion,celle du chant et de la scène, me vient de la présence des fans qui m’attendent et souhaitent écouter ma musique. Je reçois tellement d’énergie de mes fans européens à chaque fois que je les vois ! 2/ Vous êtes entourée sur la scène par une formation de musiciens japonais, pianiste claviériste, guitariste, contre bassiste ainsi que d’un percussionniste qui utilise aussi des instruments traditionnels ? Pouvez-vous nous parler des origines musicales vos complices sur la scène, du choix notamment de ce style ethnique particulièrement riche et raffiné, très présents aussi dans tous vos albums, de ces accents divers, issus à la fois des sonorités très orientalisés ou celtiques ? Kokia : J’essaie de choisir des musiciens et des arrangements qui correspondent à mon univers musical avant de penser à un genre musical précis ou à un arrangement en particulier. La conclusion est que j’en arrive à croire que les percussions s’accordent beaucoup plus à mon univers que la batterie qui donne un son trop fort pour accompagner mes chansons. 3/ Votre formation vocale est très complète et cela se ressent dans votre tour de chant très lyrique car vous avez été formée aussi comme chanteuse d’opéra ? Avez-vous déjà chanté dans ce cadre ou aimeriez vivre cette expérience et partager un tour de chant avec des chanteurs lyriques internationaux ? Kokia : Eh bien… Mon style vocal ou ma méthode de chant n’est pas quelque chose que j’ai appris de quelqu’un, c’est quelque chose de naturel, et il change continuellement. Cependant, je peux dire que cette formation à l’Opéra est vraiment une force dans mon chant. Je voudrais dire aussi que le travail sur les chants et les compositions n’est pas une chose à laquelle j’ai besoin de réfléchir, c’est plutôt comme si cela tombait de quelque part, ou survenait de quelque part, et je ne sais pas moi même pourquoi ni comment j’y arrive. 4/ Vos parents étaient-ils eux mêmes musiciens, vous ont-ils initiée à la musique ? Etaient-ils très inspirés aussi par les musiques du monde ? Avaient-ils la même recherche que vous, et vous l’auraient-ils alors transmise petite? Kokia : Mes parents n’étaient pas musiciens. Mais il est vrai que j’ai eu plus d’opportunités de découvrir et d’apprécier la musique et les arts que la plupart des familles. Notre famille, en particulier mes grands parents, adoraient les spectacles. 5/ Vous avez créé un langage imaginaire, pouvez nous en dire plus, vous évoquez les symboliques des nombres, le pouvoir des ondes … Le public peut-il le déchiffrer ou cela fait il partie de votre mystère ? Kokia : Quand j’utilise les nombres ou mon propre alphabet, c’est plus un jeu avec les mots. Parfois, je l’inclus dans mes compositions comme un code secret compréhensible pour mon public, mais ce n’est pas forcément pour exprimer quelque chose en particulier, mais plutôt pour ne pas dire quelque chose de précis. 7/ Lors de votre concert à la Cigale, vous avez partagé la scène avec un groupe « Puckfair », une formation de chanteurs et de musiciens irlandais exceptionnels, avec lesquels vous avez d’ailleurs également partagé votre dernier album Fairy Dance, enregistré à Dublin en 2009? Qui sont-ils et comment se sont créées cette rencontre et cette alchimie entre vous? Kokia : Oui Puckfair sont d’extraordinaires musiciens, nous avons enregistré l’album Fairy Dance ensemble, et c’était une magnifique rencontre ! 8/ Nous sommes tous très curieux de vous poser cette question alors voici : pourquoi ce choix de chanter pieds nus ? Kokia : La réponse est très simple : je chante mieux pieds nus. C’est plus facile de chanter. Vous dire pourquoi… c’est comme marcher avec de très hauts talons : cela rend la marche plus difficile… Quand je suis debout avec mes deux pieds bien ancrés au sol, cela me permet de mieux chanter. 9/ Vous êtes très tournée vers les causes humanistes, ce que l’on perçoit dans vos textes et vos échanges avec le public : vous avez d’ailleurs donné le 11 septembre 2008, un concert de charité dans une chapelle New Yorkaise, en compagnie d’un choeur de gospel. Y a-t-il eu un enregistrement de cet évènement et où peut -on le trouver? Comptez-vous mener d’autres opérations caritatives de cette sorte par la suite ? Vous avez par ailleurs soutenu les athlètes japonais pour les Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 avec cette chanson que vous avez composée et interprétée : « Yume ga Chikara » - (Le rêve est une force !) Ne serait ce pas un peu aussi votre adage ? Kokia : Ce n’est pas seulement l’existence des êtres humains, mais aussi l’existence de tous qui est un mystère éternel et universel à mon sens. Je veux croire que tout a un sens dans ce monde. C’est le thème de beaucoup de mes chansons. Dans mon nouvel album « Infinity Balance » par exemple, il s’agit du thème des chansons "Sekaino owarini (at the end of the world)", and "life goes on". L’album Christmas Gift a été distribué à New York à Noël 2008. Quelques un ont été distribués à des casernes de Pompiers, et dans certains musées, donc pas mal de gens doivent l’avoir reçus, mais ces Cds sont un présent du Père Noël, donc personne ne peut savoir vraiment… Je ne le sais pas moi-même (rire !) ! Je veux continuer ce genre d’activités caritatives, si il y a d’autres opportunités. 10/ Que signifie ces couples de mots Balance Kokia- infini-Akiko et Akiko- infini -Kokia ? Cherchent-ils à décrire cet équilibre et cette fusion entre l’infini et nous ? Kokia : Comme vous le savez, mon vrai prénom est Akiko, et Kokia est mon nom de chanteuse. A mes débuts, il était assez difficile d’être Kokia, et parfois je n’arrivais pas à avoir un équilibre (ndt : Balance) entre Akiko et Kokia. De nombreuses choses me sont arrivées depuis mes débuts, et je prend conscience petit à petit de ce que sont vraiment mes chansons, mais c’est très récent. Le concept de cet album est fondé sur l’acceptation que mon côté Akiko et mon côté Kokia sont deux facettes de moi-même, et de ne pas essayer de vouloir perfectionner Kokia tout le temps. Mon sentiment est que lorsque Kokia et Akiko sont réunies, un pouvoir infini s’en dégage. 11/ Quels sont vos recherches esthétiques actuelles, souhaitez vous développer de nouvelles alliances musicales et humaines ? Kokia : Il y a tellement de choses que j’aimerais faire. Je me demande par exemple si je ne pourrais pas vivre à l’étranger. J’aimerais essayer de vivre dans un environnement différent. J’y découvrirai certainement beaucoup de choses… 12/ Bravo encore pour cette généreuse et magnifique prestation à la Cigale. Merci beaucoup d’avoir pris la peine de répondre à cette interview, pouvez vous pour finir, nous parler de vos prochains concerts et de vos manifestations européennes ou mondiales ? A très bientôt Kokia…Arigatô ! Kokia : Je pense qu’il est important de continuer à faire des concerts en Europe, peut importe la taille de ceux ci. C’est aussi important que de chanter pour moi. De même, je pense que délivrer des messages est aussi important que de continuer à murmurer l’amour aux gens . Venez s’il vous plait écouter les chansons de Kokia en concert et continuer à me soutenir. Merci infiniment. Propos recueillis par Safia Bouadan
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Interview réalisé avec Jonathan aux Jardins des Tuileries le 25 juin 2009 R : Bonjour Jonathan ! J : Bonjour !
R : Merci d’être là aujourd’hui. Afin de te présenter à nos lecteurs, je vais faire une petite introduction à propos de l’artiste que tu représentes : tu es donc auteur, compositeur et interprète, et j’ai vu aussi que tu as travaillé dans le monde du cinéma, non seulement en tant qu’acteur, mais tu as aussi réalisé un court métrage et exercé des talents de dialoguiste ? J : Oui, en effet. Mon film s’appelait « Au suivant » !
R : Tu as de plus fait plusieurs albums en tant que chanteur. Alors, peux-tu nous dire dans quel cadre tu as embrassé le monde de l’image ? J : C’est un monde qui me fascine, mais c’est souvent aussi un monde qui choisit plutôt qu’on le choisit .Il est assez rare d’aller frapper à la porte du cinéma et qu’il vous ouvre les bras.
R : Tu parlais de la sculpture sonore et de celle du visuel dans tes spectacles. On te connait beaucoup en homme de théâtre car tu as eu le Molière en 2005 pour Camille C avec Jean Luc Moreau à la mise en scène, Annick Cisaruk et Sophie Tellier dans le rôle de Camille C, lesquelles jouent sur deux générations différentes. Vincent Heden et toi même interprétez des rôles bouffons et romantiques à la fois…Pourquoi cette œuvre Camille C parmi tous ces artistes du XIXè s? Te considères-tu comme un romantique ? J : Romantique oui, si le romantisme est Chateaubriand, Schumann…Alors on peut dire que je suis quelqu’un de romantique, dans ce sens où c’était des gens qui développaient une espèce de « jusqu’au boutisme » du sentiment …Le romantisme est quelque chose d’acerbe, d’acéré et qui développe un aspect qui est en relation avec la mort, l’éternité, la mythologie. En ce sens, c’est vrai souvent dans mes spectacles, je me sers comme ça, d’un aspect mythologique car je trouve, étant né bien après la guerre, et j’ai pointé ce fait dans les années 68, qu’on était encore empreint de ces figures mythologiques . On avait des figures tutélaires comme De Gaulle …Et après, on est parti dans un autre monde, on a basculé dans l’ère de la technologie à outrance, l’ordinateur et internet…C’est vrai que peut être chez moi, il réside un désir, tout en me servant d’une certaine forme de technologie, de traduire cet ancien monde qui a disparu quelque part et dont je suis un peu l’héritier dans ce monde nouveau. J’ai du plaisir à travailler sur des personnages comme Camille Claudel ou comme Achab , le capitaine de Moby Dick d’Hermann Melville qui n’est pas contemporain de Camille mais pas loin…Mais ceci dit, j’ai aussi écrit une comédie musicale avec un groupe de rock, voire presque de hard rock, j’ai écrit aussi un polar musical…
R/ Le romantisme pour toi peut utiliser tous les supports modernes à condition qu’il respecte quelque part cet esprit qui serait autour d’une réflexion sur la mort, sur l’éternité, sur la mythologie …l’âme ? J : Oui…On parlait toute à l’heure des anglosaxons, je trouve que le gothique qui est restitué à travers tout ce que j’ai pu voir là bas, chez les américains aussi d’ailleurs, à travers des œuvres qui vont de Rocky Horror Picture Show à West Side Story, en passant par Sunset Boulevard, et ce sont toutes des comédies musicales, ou encore avec Oliver Twist, un héros de Dickens …On est dans une forme de romantisme, cad qui développe des sentiments où on utilise le tragique, la mort. Il y a un mort quelque part qui rode : Camille Claudel pour moitié a passé sa vie au purgatoire et pas loin de la mort, comme au départ de la tragédie, cinq cents ans avant Jésus Christ. Il fallait tuer quelque chose, et cette chose devait disparaître avec le sujet saisi, et ressurgir sous la forme d’une rédemption. J’y trouve quelque chose de jouissif, par exemple au Mexique où on fête les morts. Avant, on les fêtait en faisant des banquets, parfois plus festifs que certains mariages. J’aime cet univers là !
R : A ce propos, ta compagnie laquelle porte un nom particulier, a été fondée en quelle année ? J : C’est dans les années 80 où j’étais encore à Paris, date à laquelle j’ai produit un polar musical qui s’appelait « Le Mat » que j’ai fondé « Le Bateleur Théâtre » et je suis maintenant en Banlieu EST, où se trouve ma compagnie. A l’époque, j’avais travaillé le tarot à La Sorbonne avec Jodorowski …
R : D’où ce nom de ta compagnie « Le Bateleur Théâtre » ? J : J’ai beaucoup travaillé le tarot un moment. En quelque sorte on peut dire que c’est une traduction du monde. C’est un jeu divinatoire qui vient de l’époque de Catherine de Médicis. Certains disent que ce serait les tables de la loi qui auraient été déguisées dans des cartes apparemment anodines pour traverser les siècles. Jodorowski qui est quand même un grand penseur et qui officie toujours dans un café m’a-t-on dit à Belleville où il tire lez cartes, m’a assez impressionné. Il y a dans le tarot un aspect mythologique effectivement, comme si nos vies étaient enchâssées dans un mythe et je trouve que c’est une manière d’éclairer un sujet… Mais ça c’est personnel. Une carte, quand je le regarde suffisamment longtemps, me propose des schémas qu’il m’arrive de poursuivre.
R : Pourquoi le choix de cette arcane, Le Bateleur ? J : Parce que le Bateleur, c’est un peu tout : il a devant lui les dés, les objets, les outils (il me semble qu’il y a même un sextant). C’est celui qui met en branle, qui attire aussi les gens à lui, une espèce de bateleur de foire… Il y a quelque chose de spectaculaire dans ce personnage et de l’ordre du chant aussi : quand on invite les gens et qu’on essaie de les attirer, on est déjà dans le théâtre Musical « Entrez, entrez, mesdames et messieurs… », c’est du Théâtre chanté. C’est mon but au théâtre : la parole se transforme en chant…
R : Oui, c’est la tradition du tragique, du tragi-burlesque ou du burlesque On retrouve cela dans ton œuvre en cours de création « Jean d’Arc », un projet très suivi par tous, où est présente d’ailleurs cette espèce de parodie de l’histoire, laquelle est très respectée en même temps, dans l’historicité et dans l’aspect religieux. Ce qui est intéressant, c’est que Jean d’Arc reste aussi romantique et médiéval ? J : Oui mais romantique trash alors ! –rires-
R : Pour en revenir à cette soirée où tu as entendu le chant de Julio Iglesias que quelqu’un vantait comme romantique, ce terme ne serait –il pas trop souvent confondu avec celui de « sentimentalisme » ? J : J’avais sorti un 45 tours dans les années 80, « Foutus romantiques », c’était une manière de me moquer de cela. Mais ce côté trash, hard romantique je le revendique. Pour parler d’Iglesias, on a assimilé ça à une espèce de chose langoureuse, roucouleuse, chemise ouverte et main sur le coeur, avec un côté vaporeux évanescent…Le romantisme c’est pour moi être sur les barricades, descendre aux enfers pour pouvoir remonter aux étoiles, parler de sa tombe en espérant les embruns de vagues bouillonnantes de St Malo(donc sans repos). Achab qui lutte finalement contre Dieu, à travers la baleine, est un romantique. Pour moi il existe aussi un côté défricheur, pionnier, révolutionnaire… On ose ! Effectivement, c’est plus violent.
R : Plaçons-nous dans cet esprit au sein du mouvement romantique littéraire et musicale au XIXè en France et en Europe, quelle est la figure qui selon toi pourrait te servir de modèle ? Hugo, avec son discours sur la peine de mort au Th de L’Odéon ? J : Oui, Hugo. Mais aussi Goethe…Pour parler du Manifeste, le livre que j’ai co- écrit avec Jean Luc Annaix, je trouve qu’en France, la culture est réservée à une forme d’élite ou à la masse, de façon plus accessible .Entre les deux existe un point milieu , un segment, un no man’s land. Beaucoup de réalisateurs, d’artistes se sont regroupés pour occuper ce terrain là.
R : Justement, parlons du livre « Le Manifeste » qui paraîtra en septembre 2009 aux éditions l’Oeil du Souffleur ? J : Jean Luc Annaix et moi-même, en tant qu’auteur compositeur directeur de compagnie et metteur en scène, nous essayons d’occuper ce terrain pour propager et pour développer ces projets de théâtres musicaux là : ceux qui tout en restant exigeants, restent accessible au populaire ...Charge à nous comme l’ont fait la danse, le cirque les arts de la rue, de réaliser cet objectif…
R : Vous avez tous les deux entre autre le projet de trouver un lieu qui permettrait de garder les livrets et d’archiver les œuvres ? J : En France, il existe très peu de centres nationaux, de lieux conventionnés, de théâtres municipaux qui sont dévolus à cet art là, au théâtre musical. C’est anormal, car on a une grande tradition depuis Hervé avec « Melle Nitouche », et Offenbach bien sûr…Cela représente un tas d’œuvres qui ne sont jamais montées. Cela permettrait de montrer l’évolution : pourquoi nous en sommes arrivés là, qu’est ce que ça veut dire, où est ce que nous nous ressourçons, où est ce que nous avons « sourcé », plutôt que ressourcé d’ailleurs ? Ces lieux devraient être là aussi pour monter suffisamment d’œuvres de qualité. Il existe des œuvres raffinées, audacieuses mais effectivement sans lieu, c’est difficile en France. J’ai fait Camille C au th de l’Oeuvre, « Panique à bord » s’est jouée au 20è Th, … « Le Cabaret des Hommes perdus » a été présenté chez Jean Michel Ribes…Mais ces pièces ne sont pas assez restées suffisamment à l’affiche pour que tout d’un coup, on se dise : « Ah oui, il existe un genre qui peut être étiqueté. Aidons- le ! ». On connait soit Dusapin, soit Presgurvic, pour parler des deux univers opposés évoqués toute à l’heure. Nos auteurs et compositeurs le sont dans notre microcosme, tel que Louis Dunoyer de Segonzac, par exemple ou Alex Bonstein, mais sont inconnus du grand public.
R : Selon toi, pourquoi ces créateurs ne sont pas relayés médiatiquement et pourquoi le grand public est si peu au courant de leurs œuvres ? J : Déjà, parce qu’ il y a très peu de théâtre à la télévision, sauf s’il y a une tête d’affiche, alors là, on met le faisceau sur un évènement. La place du théâtre est effectivement réduite, quand à celle du théâtre musical… ! Si on n’a pas un disque qui marche, et trois à quatre millions d’euros ou encore un sponsor pour nous faire exister, c’est très difficile d’exister car les places de visibilité sont restreintes ou très courues. Par exemple, à Paris, le 6 juillet va s’installer le festival des comédies musicales de Matthieu Gallou, dans trois lieux importants, le 20è théâtre, le Trianon et l’Européen. Matthieu espère que ça va marcher, mais il n’en sait rien. Il faut multiplier les interventions pour être attractif, alors que cela devrait être le contraire ! On devrait se dire : Ah tiens un festival des comédies musicales, quelle bonne idée, nous allons relayer » …alors qu’il faut à chaque fois prouver qu’on est attractif, distrayant, innovant, bouleversant…d’autres arts ont lutté et ils ont réussi et je ne vois pas pourquoi nous n’arriverions pas à nos fins! On rencontre aussi cette difficulté parce que ce sont des tentatives sporadiques : on n’a pas réussi à fidéliser un public pour des tas de raisons historiques. Tu parlais de Malraux toute à l’heure qui a eu une politique résolument anti anglo-saxonne un temps. Il y a eu l’opérette qui a sombré quelque part, qui est monté au zénith jusque dans les années 70 et qui avait autrefois des livrets qui pouvait être dérangeant, voir osé, ce qui était le cas pour Hervé … Mais quand est arrivé le rock, les gens ont quitté ce genre là qui a été ringardisé, peut être que trop peu d’auteurs aussi n’ont pas tenté de se confronter aux merveilles que les anglais et les américains avaient réalisés…
R : On parlait de Matthieu Gallou et du festival des Musicals : avec votre pièce de théâtre musical, Camille C, vous avez eu un double Marius ? J : Oui ! On a eu avec Camille C en effet, le Marius de la meilleure création et celui de la Meilleure chanson.
R : Oui, c’était avec le titre « Je suis Camille » interprété par la divine Annick Cisaruk. Pour en revenir au problème rencontré dans le théâtre musical, il semble qu’il existe une disparité des valeurs dans ce domaine, mal identifiées par le public .Certaines pièces de théâtre musical sont amalgamées au théâtre populaire, ou à la comedia dell arte. D’autres sont en relation avec le monde de la variété lié aux grosses productions, où le disque porte ces créations, lesquelles sont à l’origine de la diffusion de l’œuvre en amont. Le troisième genre est plutôt proche du lyrique : il reste traditionnaliste tel que celui de l’opérette, laquelle n’a pas osé vivre cette transition culturelle. Or, on disait que la France, l’Europe, le monde ont bougé et de ce fait, certains genres n’ont pas su trouver une nouvelle place auprès du public. Donc tout est à faire et votre livre, Le Manifeste, est alors une sorte de constat ? C’est un état des lieux ? J : Oui, je me souviens de cette époque, vers le milieu des années 70, où le cirque disparaissait : il n’y avait plus que Pinder ou presque pour faire encore rêver les gens …Puis tout d’un coup en vingt ans de temps, les gens du cirque se sont fédérés, ils se sont dits : « Non ! On vient d’une tradition lointaine ». Ils ont ouvert des écoles, parce que c’est de cela dont on manque cruellement, car il n’existe pas d’endroit où on enseigne le chant et la comédie sérieusement. On fait soit l’un soit l’autre, mais pas les deux en même temps ou alors dans des écoles privées ou encore, on court les cours. Par rapport au cirque, cela s’est fait et on a redécouvert que c’était un endroit de magie, de féerie qui faisait rêver. Je crois qu’il faut que nous nous servions de cet exemple là, avec nos spécificités pour installer notre travail. Je suis aussi comédien et j’ai joué des auteurs contemporains comme Koltès ou des classiques comme Shakespeare ou Molière…Mais le passage de la comédie au chant est quelque chose d’inégalé, quoi que Shakespeare et Molière aient utilisé le chant aussi, on oublie cela -..Il existe quelque chose de libérateur, de merveilleux dans le fait de passer de la parole au chant .Dans notre société cela a disparu ! Avant, on chantait à toutes les occasions! Bien sûr, aujourd’hui, on slame , on a la variété, on a le contact direct avec le public !Mais dans une forme théâtrale, ce passage du théâtre au chant est pour moi quelque chose que je ne vis pas autre part !
R : En fait la leçon serait : « Réapprenons à chanter la vie ! » J : Par exemple, oui !
R : Comme le faisait Georges Sand qui nommait le théâtre : « le théâtre du monde » et dans lequel elle insérait le récitatif, les cantates.. ? Au XIXès, on s’inspirait beaucoup de la tradition romantique italienne ou encore autrichienne et allemande. On retrouve aussi ce problème dans l’opéra où l’interprétation dramatique n’est pas toujours à la hauteur de la création lyrique qui a donné lieu à l’origine, à celle du personnage ? Est ce un problème franco français ? J : Tout à fait ! Il y a des choses à faire.
R : La culture est-elle marginalisée ? Y a t-il des cultures ou des sous cultures ? Faut-il reconstruire cette identité musicale à travers des actions qui soient ponctuelles et fédératrices. ? Justement, j’ai appris que tu serais éventuellement candidat à la rentrée à la présidence de la Fédération des Musicals ? J : On m’a proposé d’occuper ce poste, et je réfléchis à ça : mais si je peux aider à travers ce Manifeste à dynamiser les choses, pourquoi non ? En fait, je suis né artistiquement dans la comédie musicale en 1975 avec Mayflower. J’ai fait toute ma carrière dans ce domaine, même si j’ai travaillé dans d’autres genres théâtraux, j’ai écrit une bonne vingtaine d’œuvres théâtrales ou de théâtre musical. La plupart ont été joué, ou édité. Donc, je pense peut- être en effet, être un interlocuteur valable dans ce domaine là. J’essaie aussi de proposer quelque chose d’original et que ce ne soit pas juste un prétexte. Je trouve que trop souvent, la comédie musicale est un prétexte. Alors pourquoi pas en effet ? Avec Jean Luc Annaix, notre démarche est celle d’auteurs avant tout. Bien sûr, je me suis servi de Moby Dick mais je crois que j’ apporte un vrai regard, et de vraies propositions au regard de cette oeuvre… la partition est totalement originale, je fais intervenir des personnages, tel que l’andalouse-qui n’existe pas- pour essayer d’éclairer le propos de Melville. J’essaie, en tout cas, de transmettre au public, comment cette oeuvre est passée à l’intérieur de moi. C’est cela qui m’importe. C’est pour cela, par exemple, que dans Camille C, j’ai pris l’option de la mythologie où je fais descendre Hermès de l’Olympe lequel va essayer de résoudre l’histoire de cette femme devant nos yeux. L’Andalouse, par rapport à Moby Dick est l’aspect charnel qui manque à Achab. Son incarnation.
R : D’ailleurs cela fonctionne car tu étais en juin dernier sur la Péniche opéra au programme du festival Diva qui est aussi un fer de lance pour la création dans le domaine de la comédie musicale et du théâtre musical. Vous êtes quatre acteurs et un pianiste : toi, Bernard Allane, le conteur, L’Andalouse jouée par Sophie Delmas et Laurent Malo lequel fait le marin. Le public a fusionné littéralement avec vous .A propos de cette passion pour la mer : tu es donc breton d’origine, tes grand pères étaient marin et tu viens de St Malô, puis tu t’es installé à Lorient. D’où te vient cette autre passion, celle avec la comédie musicale? Comment s’est faite cette première rencontre avec la scène, toi qui vient de la mer ? J : Mon grand père était cap Hornier, pêcheur d’Islande, il a été livré du blé au chinois dans les années 1920 à bord de splendides trois mats,…Et quand il n’a plus pu embarqué, il s’est mis à faire des bateaux en bouteille .Il a fait cela tellement bien qu’une équipe de cinéma est venu filmer son travail dans les années 50 ,notamment lié à un bateau en bouteille qui s’appelait « Fleur de Mai ». Je revois une photo de moi où je brandis ce bateau en bouteille que j’adorais… Puis on m’a offert une guitare quand j’avais douze, treize ans et le métier de la mer me passionnant, j’ai fait une école pour devenir plus tard capitaine au long cours .Je suis parti l’été plusieurs fois pour de grosses pêches et je me suis rendu compte que le romantisme lié aux hommes de la mer avait singulièrement disparu et que c’était un métier devenu très technique. Mais j’avais toujours cette guitare que je trimballais !Un jour, j’étais en mer le 24 décembre et j’ai chanté pour les bateaux qui croisaient dans les mêmes parages que nous. Et tous les marins m’ont dit alors : « Arrête ce métier de con et chante! » Voilà, je suis monté à Paris et j’ai été engagé dans la comédie musicale « Mayflower ». C’était curieux cette coïncidence où je montre ce bateau « Fleur de mai » sur la photo et où je démarre à Paris dans « Mayflower » . C’était une comédie musicale écrite par Eric Charden et Guy Bontempelli et c’est vrai que c’est là que j’ai été initié. Je suis allé à Londres à l’époque et j’ai vu « Chorus Line » et j’ai été bouleversé même si je comprenais un mot sur trois. C ‘était la vie que j’allais avoir qu’on me racontait sur scène. C’est l’archétype du genre. Un metteur en scène cherche la ligne de chœur pour accompagner une star. Il auditionne chacun et pendant ce temps, sur la scène, on entend les pensées des autres artistes qui se demandent s’ils seront pris : l’un parce qu’il est noir, l’autre parce qu’il est homo…une autre se dit :J’ai envie d’être désirée, ou je n’arrive pas à payer mon loyer… Cela m’avait bouleversé, oui, cette magie là, celle de jouer et de chanter à plusieurs, ses propres pensées sur scène ! Je me suis dit : « Voilà ce que j’ai envie de faire ! » .Ce genre particulier permet d’arriver à dire une chose et à en penser une autre, avec trois ou quatre, voire cinq personnages. Ce monologue intérieur devient alors quelque chose d’audible, de chantable : on se chevauche vocalement. C’est le seul art choral qui peut permettre cela ! De restituer nos pensées invisibles. On ne retrouve ça vraiment que dans le théâtre musical.
R : Oui Jonathan et ton actualité est très riche actuellement dans ce domaine car tu rejoues Camille C, dans le cadre du festival des Musicals de Paris organisé par Matthieu Gallou .Cela débute le 20 juillet et se prolonge au 25 juillet, au Trianon ? Mais tu présentes aussi Moby Dick ? J : Oui ! Je dois rejouer à Avignon « Chante Moby Dick », le 18 ou le 30 juillet et j’ai aussi la sortie de notre livre « Le Manifeste » qui se fera à la rentrée aux éditions L’œil du Souffleur.
R : Merci à toi Jonathan d’avoir répondu à toutes ces questions !On te dit alors à très vite ! J : A très vite ! Merci !
Propos recueillis par Safia Bouadan
Voir l'article sur le spectacle Moby Dick
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INTERVIEW de Valérie Masset et de Valery Rodriguez créateur de Swinging Life, réalisé au foyer du Trianon le 21 mai.
REGARTS : Bonjour Valérie Masset , Valery Rodriguez. Merci d’être présents pour cet interview et d’accepter de nous parler de ce spectacle dynamique et original Swinging Life, un genre musical que l’on voit rarement en France. Il évoque une époque révolue maintenant, celle de l’entre deux guerres jusqu’aux années 70, et il dépeint les sensibilités culturelles et musicales noires américaines. Alors Valéry, peux tu nous expliquer ton choix de ce type de création ?
VALERY: En fait, à la base, j’ai passé quatre ans en Angleterre et j’ai étudié le chant, la danse et le théâtre musical à Londres au London Studio Center, qui se trouve tout prêt de King Cross. J’ai eu le coup de foudre pour le jazz en particulier et j’ai commencé à m’intéresser à cette culture musicale. J’ai fait mes petites recherches et je me suis aperçu qu’aux Etats Unis, il existait beaucoup de créations de ce type et je suis tombé amoureux de ce genre musical là! Quand je suis rentré en France en 2001, je voulais faire une école de jazz afin de perfectionner ma formation en piano que j’avais faite au conservatoire de musique de Toulouse. Mais j’ai vu qu’ici on ne connaissait pas ce genre de théâtre musical. Ce que l’on appelle en France comme cela correspond plus à du spectacle musical, avec des chansons de variétés, et souvent c’est suivi d’une stratégie de vente de disques. Je respecte tous les genres, mais j’avais une frustration, un manque quelque part. Je suis aussi plus interprète.
REGARTS : Vous êtes par ailleurs le seul artiste de type européen de la troupe. VALERY: Oui. Je ne vois pas les couleurs ! En fait, nous étions tous interprètes sur Le Roi Lion et nous avions envie de vivre quelque chose ensemble… J’avais déjà organisé un petit concert à la Scène Bastille Melting roots et on s’est aperçu que ce genre musical plaisait beaucoup et je me suis dit pourquoi pas le faire dans une version plus longue. Donc j’ai tapé dans la main de Bruno Da Cruz qui nous a aidés à la production de ce spectacle. Je me souviens très bien, c’était à Mogador un après midi et je lui ai dit:« Ca t’a plu? Alors on le fait, mais attention, c’est sûr, je m’engage et on le fait». J’ai commencé à en parler aux chanteurs et aux musiciens de la troupe et on a essayé de rassembler nos énergies pour créer ce spectacle Swinging life. On a fait une sélection de numéros bien connus sur Londres et les Etats Unis, mais un peu moins ici. On s’est dit, voilà, on commence par une première version …On a vu ce qu’on pouvait adapter.
REGARTS : En effet, tout est en anglais. En revanche les standards sont assez connus et très bien mis en scène et chorégraphiés, ce qui donne une idée, un visuel très explicite au niveau des valeurs liées à la culture noire américaine et que vous voulez faire passer auprès du public. C’est ce que vous vouliez ?
VALERY: Oui ! Et après on a aussi essayer de concevoir le spectacle comme un spectacle d’évènementiels, chaque acte est un genre musical : Le premier acte est plus dans le jazz avec Duck Ellington . La deuxième partie du premier acte est plus centré sur le théâtre; donc on a pris des extraits de Couleur pourpre et d’un musical Life qui parle de la prostitution aux Etats Unis. Le troisième acte est plus axé sur de la soul, du jazz et plus contemporain aussi.
REGARTS : Ce spectacle ne se base donc pas sur une trame réelle, avec un livret dramatique à proprement parler, mais ce sont plutôt des époques et des situations sociales qui y sont décrites?
VALERY: Oui, en effet, le fil conducteur est plus le genre musical. On a constaté lundi qu’il y avait quelques points d’interrogations. Peut être, allons nous rajouter quelques liens, quelques phrases en français pour que les gens ne soient pas trop perdus, afin qu’ils ne recherchent pas forcément un lien entre le premier acte et le deuxième. C’est beaucoup plus simple que cela, c’est du divertissement, des séquences de vie.
REGARTS : Ce spectacle est en fait une proposition pour faire connaître un genre qui n’existe pas en France?
VALERY: Voilà! C’est une plate forme pour montrer tout ce qui existe dans la culture jazz noire américaine…Ca a été une rencontre humaine sur Le Roi Lion et on était tous très proches .Il n’y a pas eu de casting.
REGARTS : Vous vous êtes choisis?
VALERY: Oui ! Les chanteurs ont travaillé toutes leurs journées off, le lundi, pour mener le projet à bien. Je pense que c’est plus un projet de communion. Moi tout seul, je n’aurais pu le faire exister si Valérie Masset ici présente, n’était pas venue avec Jean Michel, notre metteur en scène, Bruno Da Cruz, et les chanteurs…Je suis à l’origine du projet mais en même temps, je n’en suis pas le seul responsable. J’ai voulu léguer à tout le monde son petit espace pour que les gens se sentent impliquer. C’était important pour moi plutôt que de dicter les choses. Après, j’avais quelques idées et on les a partagées.
REGARTS : Valérie, explique nous comment tu es entrée dans ce projet puisque tu n’appartenais pas à la troupe du Roi Lion. Comment s’est faite ta rencontre avec Jean Michel tout d’abord, et comment s’est créée votre collaboration sur cette œuvre ?
VALÉRIE : En fait, je ne me souviens même pas des circonstances de cette rencontre --rires-
VALERY: En fait, il faut dire que Valérie est la maman de Louka qui jouait Simba dans Le Roi Lion. Le lien s’est fait là.
VALÉRIE: Et dans des soirées diverses aussi autour du Roi Lion. Cela s’est fait très simplement, naturellement aussi.
VALERY: Cela s’est fait à l’humain.
VALÉRIE: En fait pour moi, c’est pareil. Je n’ai pas fait d’études à l’étranger, mais j’ai une formation en danse très jazz à la base. J’ai dansé quinze ans dans une compagnie où le gospel,le jazz, la musique africaine étaient très présents -rires-… Je suis très sensible aussi à cette culture musicale que j’aime beaucoup. Ce projet m’a intéressée et là où je m’investis, c’est souvent lié à une histoire de rencontres. C’est l’aventure humaine que je pressentais que cela allait être qui m’a fait dire oui! Ca l’est toujours d’ailleurs. Cela donne à ce projet, cette énergie, ce côté vivant car c’est une histoire d’échange et de partage.
REGARTS :A quel moment, es tu arrivée dans ce projet ? Jean Michel était-il déjà là?
VALERY: Oui, Jean Michel était là car j’avais déjà travaillé avec lui et je savais définitivement, même si je ne lui en avais pas parlé que ce serait lui qui le mettrait en scène. En fait, j’ai fait avec Jean Michel, une production qui s’appelait Anges et Démons, qui était une commande de Radio France. On ne s’est plus jamais quitté après-rires-..parce que j’ai travaillé à l’opéra de Metz, de Rennes, dans son festival aussi où ils nous a invités à venir chanter…C’est une personne vraiment incroyable!
VALÉRIE: Je ne connaissais pas Jean Michel, juste de nom et je l’avais croisé comme ça… j’ai adoré travailler avec lui. Encore une fois, on était dans l’échange et la proposition, pour mener à bien ce projet.
VALERY: Il est ouvert à tout et il écoute tout le monde et ça, c’est important. Il veut comme nous, que les esprits soient en contact pour construire un projet, pas seulement une personne.
REGARTS : On sent que ce n’est pas classique comme construction, dans l’élaboration au cœur même du travail artistique, ou à travers la richesse de jeu des acteurs, dans la mise en scène et dans la chorégraphie. Parallèlement on voit une véritable symbiose entre tous, et c’est ce que le public ressent aussi, comme une forme nouvelle de spectacle ?
VALERY: Mais oui, c’est étonnant, cette demande du public et on est tous dans cette recherche de voir ce genre de spectacle musical. Les gens aiment beaucoup.
REGARTS : Quel est justement le retour que vous en avez eu depuis la première, ce lundi ? Avez-vous des idées de développement différent pour ce spectacle, voulez vous le proposer dans des formats divers, faire un disque peut être?…
VALÉRIE: Ce sont des choix qui doivent être faits pour affiner le tout, car au départ, c’était vraiment un évènement aussi. Cela changera selon la diffusion qui va être décidée, effectivement sous des formats différents. On a fait ce travail sans beaucoup de moyens, avec les disponibilités de chacun...On n’était pas en résidence où on se reposerait pendant deux mois essentiellement sur ce spectacle. Les artistes travaillaient aussi en dehors.
VALERY: Je me trompe peut être mais j’ai vraiment l’impression que les gens ont passé un très bon moment. Certains veulent revenir le voir lundi prochain à L’Alhambra
VALÉRIE: Oui c’est cela qui est chouette, car la première impression est vraiment positive.
VALERY : Au niveau des retombées, des propositions existent, Il se pourrait qu’au mois de juillet, il y ait quelques dates de prévues. On a visé aussi le circuit évènementiel, car je voulais que ce spectacle existe avant tout! Donc on a créé des formules d’une demi-heure ou de quarante minutes. Il y a des pistes dans les pays de l’Est, mais c’est une formule qui coûte chère, car on a six musiciens sur scène et huit chanteurs. C’est la seule chose à laquelle on ne touchera pas! On ne peut pas tomber sur le choix de prendre une bande orchestrale.
REGARTS :Non en effet, la présence des musiciens est aussi la force de ce spectacle : ces revues ainsi mises en scène et chorégraphiées, accompagnées dés l’ouverture par eux donnent un effet esthétiquement très fort, renforcé avec ces rideaux qui découvre soudainement le premier tableau des acteurs… On a un choc. On trouve ce type de scénographie dans la danse contemporaine, Valérie ?
VALÉRIE: Oui, mais les rideaux, c’est une idée de Jean Michel à la base. Pour les artistes en effet, ça a été un bonheur, un booster, dés que l’on a répété la première fois avec les musiciens.
VALERY: Et ils sont très bons. Je voulais citer aussi de Jan Stumke, notre directeur musical qui a beaucoup travaillé sur le projet, tout comme les autres, bénévolement. Donc je le remercie aussi.
REGARTS :Valérie, comment s’est articulée la mise en scène avec le chorégraphique ?
VALÉRIE: Quand j’ai rencontré Jean Michel à une répétition, j’ai observé son travail, comme je ne le connaissais pas, et celui des chanteurs aussi, pour voir comment cela se mettait en route .Jean Michel m’a fait une proposition liée aux tableaux du spectacle qu’il voulait chorégraphier. Cela ne s’est pas fait de façon figée. Je lui proposais parfois de travailler avec les acteurs sur un tableau plus théâtral, de rechercher plus de précision corporelle dans leur mouvement.Comme par exemple avec Neighborood. Dans Sing sing, à partir de la trame liée à la mise en scène, j'ai développé la chorégraphie. J ‘avais une grande liberté. Cela a été très agréable.
REGARTS : Par exemple aussi, le tableau sur la prostitution est très chorégraphié et très théâtral en même temps ?
VALÉRIE: Oui… Je suis intervenue pour une chanson sur deux, mais on a trouvé une vraie unité entre le chorégraphique et la mise en scène. On validait tout ensemble. Cependant, on n’a pas forcément travaillé ensemble tout le temps car Jean Michel était beaucoup à Rennes aussi. On a échangé par mail ou par téléphone.
REGARTS :J’ai pu voir que vous avez filmé aussi des séances de travail?
VALÉRIE: Oui, on a travaillé beaucoup comme ça aussi. Parfois, on était là tous les deux, mais je n’ai jamais eu la sensation, même quand il n’était pas là, de ne pas collaborer étroitement avec lui.
REGARTS :Comment expliquez-vous la qualité du résultat artistique obtenu, alors que les artistes étaient tous bénévoles sous contrat ailleurs et pas toujours disponibles?
VALÉRIE: Pour moi, ce ne sont que des gens de talent et ils s’aiment. Donc ils ont envie de faire des choses ensemble.
VALERY: Ce sont des gens avec qui j’ai envie de partir en vacances aussi! -rires- Et c’est très simple, le genre musical aussi leur plait. Les créateurs en France ne montent pas forcément ce type de projet musical dans le cadre du théâtre musical.
REGARTS : L’American School le fait, avec des spectacles de revues mais effectivement, ce genre n’est pas très présent en France. Pourquoi ?
VALÉRIE: Est-ce qu’il est proposé dans les formations aussi ? Peut être que c’est pour cela ?
VALERY: Non l’enseignement de ce genre musical dans les formations n’est pas très répandu ici. Même les écoles de comédie musicale n’abordent pas le théâtre musical noir américain, du tout! Du tout !
REGARTS :Pourquoi en sommes-nous là d’après vous, alors que ce genre est à la base de ces revues de Broadway: on a eu le ragtime, le style musical issu « coton club »…?
VALERY: Peut être qu’il n’y pas d’élèves pour cet enseignement, et de professeurs?
VALÉRIE : Ou qu’il n’y en a pas de demande de leur part?
VALERY: L’école que j’ai faite à Londres n’a pas forcément abordée ce thème là non plus. On est resté dans le classique.
REGARTS :Comment explique- vous alors cette sensibilité à ce genre musical ?
VALERY: Je n’ai pas d’origine noire américaine, mais ma mère est italienne. Mon père d’origine espagnole, est né en Afrique du Nord .J’ai rien vécu de tout ça, je suis né à Toulouse … C’est une musique qui m’émeut. Je me souviens que j’ai eu un choc en regardant quand j’étais tout petit, une émission de gospel à la télé, où on voyait des mamas qui chantaient du gospel avec des voix incroyables… J’écoute cette musique tous les jours dans le métro à Paris et pourtant je ne suis pas du tout religieux.
REGARTS : Le gospel vient des champs de coton au départ. C’est un chant lié à l’exploitation des noirs, à leur esclavage ? Alors cela vous touche ?
VALERY : Oui, je suis très sensible au parcours de cette culture. Je suis ému par West side story et par Les misérables, mais au fond du cœur, il y a cette musique là! J’éprouve un amour infini pour elle
VALÉRIE: C’est drôle mais pour moi, c’est pareil -rires-Quand j’étais petite, je suis arrivée dans une chorale de gospel…C’est une musique tellement vivante à l’intérieur. J’écoute beaucoup cela aussi, c’est un genre musical qui me donne de fait l’envie de bouger-rires-
VALERY : Dans ce chant il y a quelque chose d’essentiel. Les interprètes de gospel ne sont peut être jamais allés dans une école de chant ! C’est au-delà de cela! C’est tellement généreux, cette façon de chanter ! On se dit « Mon Dieu, comment ne pas adhérer à cela? »
REGARTS : Le public adhère en effet par le cœur; tout le monde peut vivre cette histoire à travers Swinging Life. On croise les doigts. C’était plein pour la première, et tous ont été pris par cette sorte d’alchimie que vous formiez dans le spectacle. Puis je vous demander quel tableau vous touche le plus?
VALÉRIE :¨C’est Stand!
VALERY: C’est gentil ! Pour moi c’est tout ce qui touche à la condition de la femme, le tableau de la prostitution, l’exploitation de l’homme par l’homme. Tout ça me travaille au quotidien et me perturbe…Quand les gens souffrent…
REGARTS : Quand c’est lié à la condition humaine?
VALERY: Oui voilà!
REGARTS :Justement, la souffrance est présente dans ce spectacle, même si on retrouve de la passion… voire, le propos est très violent parfois, pour les femmes notamment?
VALERY: J’ai choisi ces extraits car je trouvais indispensable d’en parler..Je ne voulais pas faire du divertissement pur et dur .J’ai mis ce thème plus fort au milieu du spectacle volontairement. Cela devient actuellement de plus en plus dur pour tout le monde et on ne peut pas se permettre de ne pas parler de certaines choses, surtout quand on a les moyens de faire un spectacle chanté.
REGARTS :Cela doit parler de la condition noire américaine aussi avant tout?
VALÉRIE: C’est là d’où vient le chant aussi, c’est donc aussi pour nous une nécessité de l’exprimer.
REGARTS :La couleur pourpre c’est l’histoire de la souffrance d’un peuple, et elle n’est pas si ancienne que ça? Doit-on se distraire avec des choses légères? C’est la question qui n’est pas posée dans ce spectacle. On se distrait aussi malgré ce thème de la violence, grâce aussi à la musique, le jazz, le swing ?
VALÉRIE : Je pense que de parler de la souffrance, de l’évoquer de cette manière, ça rend les choses plus fluides aussi, plutôt que de les occulter .C’est justement bien de dire tout. Je trouve cela bien de se divertir avec ça, ce n’est pas péjoratif, c’est l’histoire et il ne faut pas la cacher.
REGARTS : Merci à vous deux d’avoir répondu à toutes ces questions. Quels sont vos projets? Valérie, je sais que tu en as un avec les enfants du Roi Lion, écrit par Aurélien Berda. Quel en est le titre ?
VALÉRIE: Les enfants doivent trouver le nom pour la semaine prochaine. Ce projet vient du désir qu’ils ont eu de continuer, après avoir joué ensemble près de trois ans… Ils ont arrêté le spectacle pour certains car ils étaient trop grands et ils recherchaient un endroit pour développer cette expérience artistique en groupe…Nous avons créé un atelier avec Guillaume Coignard -qui en a écrit les chansons et les musiques- et celui-ci est abrité par le centre de formation vocale fondé par Richard Cross où j’enseigne… Et nous allons présenter le travail des enfants qui sont des grands maintenant. Il est donc inspiré de High School Musical .Ce sera sous la forme d’un showcase, qui est prévu normalement pour le 24 juin au théâtre des Nouveautés. C’est aussi pour leur faire vivre la création ( le Roi Lion étant une adaptation) d’un spectacle et avec peu de moyens.
REGARTS : Valery, qu’est-ce que tu souhaiterais que le public retienne de cette œuvre Swingining Life ?Quel en serait le vrai succès?
VALERY: Celui de faire vivre ce genre musical et de le développer. J’aimerais qu’un hard rocker voit ce spectacle et qu’il adhère-rires-J’aimerais aussi que cela rende plus sensible aux différences de culture.
REGARTS :Et pour toi Valérie, ce serait d’enseigner ce genre dans les écoles?
VALÉRIE:Il est vrai qu’il est est moins présent dans les cours actuellement, mais je m’efforce de continuer à le diffuser dans mon enseignement notemment lors de la préparation au diplôme d’état.
REGARTS :Quelle seraient les mots qui pourraient définir Swinging life selon vous ?
VALERY : Des séquences de vie VALÉRIE: De la vie tout simplement! La vie en musique …Le swing c’est quelque chose qui va donner du mouvement. C’est bien de venir le voir plein de fois, car on est dans le vivant des émotions.
REGARTS : Alors le titre de l’article pour Swinging Life pourrait être…? -Rires -
VALERY :….Nos vies, nos amours,… ! VALÉRIE : Nos états! VALERY: Nos vies, nos amours, nos états!
REGARTS :Merci encore à vous deux et nous souhaitons tous une longue vie à Swinging Life et tenez-nous vite au courant des suites de ce projet.
Propos recueillis par Safia Bouadan.
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Regarts : Bonsoir les FranJines ! Vous allez tout d’abord vous présenter ? Marièle : Je suis Marièle Chartier et je suis un peu l’initiatrice de ce projet. J’avais cela en tête depuis très longtemps, de reprendre Les Frères Jacques que j’ai toujours adorés. Je viens du monde de la danse et leur univers gestuel me plaisait beaucoup car ils exprimaient des choses qu’en danse, on n’exprime pas toujours. Ça m’a pris deux ans pour le réaliser, d’abord je n’étais pas prête et il fallait rencontrer les bonnes personnes. Nous sommes cinq Myriam, Eve, Angélique, Sophie la pianiste comédienne et moi même, et c’est le hasard pour certaines qui est à l’origine de cette rencontre. Regarts : Comment est venue cette idée de créer les FRANJINES et pourquoi ce nom ? Marièle : On n’est pas FranJines. C’est la Cie TEYA'G qui abritait le projet : on ne pouvait pas s’appeler comme cela –rires- Alors, on a cherché un nom et cela n’a pas été évident et on s’est dit pourquoi ne pas s’appeler les FranJines, en rappelant avec la lettre J les Frères Jacques. Regarts : Comment s’est monté le projet, vous connaissiez-vous au départ ? Marièle : Non. En fait, Angélique, Myriam et moi, on se connaissait déjà mais pas dans ce cadre artistique. Myriam Allais : J’avais travaillé dans un spectacle « Pas de deux et variations », déjà chanté, joué et dansé au festival off d’Avignon en 2005. C’était une création réalisée sur une idée de Marièle qui a été mon professeur de jazz. Angélique Dessaint : Bonsoir ! Angélique Dessaint , je suis la jaune .J’ai aussi été élève de Marièle dans un centre de chant, danse et théâtre. On s’est trouvé cette passion commune pour les Frères Jacques et le jour où elle a eu envie de monter le projet, elle a téléphoné pour savoir si je voulais en être. Marièle : Je savais que c’était son rêve ! Je ne me voyais pas le monter sans elle. Pour Eve, on cherchait vraiment une voix alors on l’a auditionnée et Sophie est venue par le biais de Myriam. Le hasard a fait qu’on s’est retrouvé à cinq femmes, mais le plus important c’était que chacune avait une vraie envie de monter les Frères Jacques. On voulait que la pianiste participe en tant que comédienne au spectacle et c’est assez rare de trouver la personne dans ces cas là. Regarts : A travers cette évolution de la cour d’école au monde adulte, c’est un peu comme un journal intime que vous avez mis en scène ? Marièle : Totalement ! En fait, le fil conducteur en dehors de toutes ces chansons des Frères Jacques qui nous plaisaient beaucoup, était de faire comme une pièce de théâtre et je n’ai jamais trouvé quelqu’un pour écrire quelque chose .On avait un livre à partir duquel on pouvait partir, mais sans résultat. Alors on s’est dit qu’on allait partir de l’impro et travailler sur le thème de la Vie qui permettait de parler de beaucoup de choses, car on se disait : on aime les Frères Jacques, on les admire , on fait notre parcours en fonction d’eux…le thème de la vie sans aller jusqu’à la mort nous a amenées à mettre en valeur ce répertoire, avec de très beaux textes, même sur la mort. Regarts : Vous avez choisi vingt deux chansons, pouvez vous me parler de votre mise en scène liée aux tableaux scénographiques : le choix des couleurs, l’écran visuel, la théâtralisation, et pour finir cet ensemble vocal que vous formez ? Myriam : Pour les couleurs, on a repris celles des Frères Jacques …Et on a bataillé pour les choisir chacune. Marièle a pris le bleu, Angélique le jaune, Eve le vert et moi le rouge. Regarts : Ce n’est pas évident d’exécuter un tel travail pianistique sur un répertoire aussi original tout en étant comédienne et en basculant dans le rôle d’une séductrice en plein cœur du spectacle.Comment avez vous concilié les deux ? Sophie : Merci. Je suis dans l’histoire et je la suis totalement sur scène!... J’ai toujours aimé la musique de chambre et jouer avec des chanteurs. L’accompagnement, c’est être en groupe. C’est ce qui m’intéresse dans le spectacle, c’est vivre une aventure avec des gens avec qui j’ai envie de la partager. Marièle : Etre derrière le piano sans participer, ce n’est pas ce que l’on voulait alors il fallait qu’elle vive le spectacle avec nous, qu’elle soit sur le plateau. Pour le choix de l’outil « images », j’ai toujours pensé que les Frères Jacques, s’ils avaient vécu à notre époque, auraient utilisé les arts graphiques. Leur présence sur scène se vit à travers les gants sur l’écran numérique avec les colorisations différentes ainsi que les quelques photos. On a fait aussi avec les moyens du bord afin que ce soit réussi ! Pour la direction d’acteurs, j’avais besoin d’un regard extérieur et Camille Turlot l’a fait un certain moment quand on travaillait le chant. Plus tard, j’ai fait appel à un ami comédien, Pierre Gribling qui a été très scrupuleux, très respectueux de là où je voulais aller. Chacun peut vouloir mettre son empreinte et mes idées étaient assez arrêtées sur certaines choses. Regarts : Quand a commencé cette aventure et comment se sont organisés les tableaux ? Marièle : C’est difficile à dire car on a mis beaucoup de temps aussi dû au fait que chacune avait ses engagements par ailleurs et on n’avait pas la production pour nous financer sur trois mois d’affilé. Nous avons donc eu énormément de travail en amont et d’engueulades…Mais c’est aussi grâce à cette énergie que cela s’est monté. Rires Angélique : C’est vrai que cette longévité, le fait d’être régulièrement ensemble, ont été bénéfiques sur scène et on le voit aujourd’hui. Pendant deux ans, on apprend à se connaître, à vivre ensemble et à s’apprécier au-delà. M arièle: A ce propos, je tiens beaucoup à dire que toutes les chansons sont des Frères Jacques, ils ont réellement chanté ces chansons qui sont présentées dans le spectacle en anglais, ou encore le Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg. Rien n’a été rajouté dans ce répertoire .On a eu des personnes qui nous ont dit que ce n’était pas le cas. Nous avons eu la confirmation par Paul Tourenne , notre parrain, qui vit au Canada , et par ses enfants qui vivent à Paris et qui ont suivi notre travail depuis le début. J’ai connu Paul Tourenne à travers des échanges par mail et téléphone et cela avançait tellement lentement à un moment que je me disais qu’il finirait pas ne plus croire en notre spectacle et puis il a toujours été là pour nous conseiller. Il a vu notre spectacle lors de l’audition au Théâtre des Variétés et c’est aussi un peu grâce à lui qu’on est ici. Il a dit qu’on n’était pas des plagiaires … Regarts : On ressort de ce spectacle musical, le cœur en bandoulière et on se retrouve dans l’univers de l’enfance, c’est ce que l’on vous dit ? Marièle : Voilà ! C’est le monde de l’enfance ! Myriam : C’est le plus beau compliment qu’on peut nous faire et on nous dit souvent : c’est frais, joyeux, enfantin… Regarts : Le rôle d’Eve est un peu la voix du spectacle, mais vous avez des voix très différentes chacune, comment avez-vous procédé pour garder ce fil harmonieux vocal? Toutes : C’est Camille Turlot Marièle : C’est notre maître arrangeur qui nous accompagnées dés le début. Il fallait remettre ces chansons aussi au goût du jour et les adapter à nos tessitures. Comme il nous connaissait vocalement il est parti de nos voix et je pense que de temps en temps il a dû s’arracher les cheveux !-rires Sophie : Tout est transposé. Chacune a son répertoire à la base et pour Eve, c’est la plus mobile, la plus chanteuse. Marièle : Cette aventure ne pouvait fonctionner qu’avec le facteur humain qui est essentiel …avec ces quatre filles supers ! Regarts : Bonsoir Eve . Rejoignez-nous. On parlait justement de vous, comment êtes vous entrée dans l’aventure ? Eve : Suite à une audition dans l’école et ce qui est drôle c’es que je n’étais pas du tout passionnée au départ comme les filles par le répertoire des Frères Jacques que j’avais un peu étudié à l’école. On étudiait les chansons des années 30 à nos jours. Je ne m’imaginais pas faire partie de ce type de spectacle un jour, mais dès que les répétitions ont commencé, j’ai adoré ! Je me suis dit c’est génial . Regarts : Ce spectacle fait penser à cet objet artisanal, « Les poupées russes », car il a plein de tiroirs et c’est très poétique. Marièle : C’est aussi parce qu’ayant été professeur, j’ai su tirer partie de tout le potentiel de chacune sans demander à l’une de faire autre chose que ce qu’elle savait exploiter au mieux . Ça ne sert à rien de forcer mais dire à quelqu’un que ce qu’il montre est merveilleux et qu’il faut qu’il aille plus loin dans sa recherche, là ça vaut la peine ! C’est notre force dans le travail de la compagnie mais il faut accepter. On est cinq personnalités assez fortes alors cela fait des choses plus riches. Regarts : Qu’avez-vous en projet, en dehors du festival d’Avignon ? Un disque par exemple ? Marièle : Oui. On va mettre cinq, six chansons sur un CD et on verra comment c’est perçu . Regarts : Pensez-vous passer les frontières françaises ? Marièle : On aimerait beaucoup mais pour cela il faudrait avoir des opportunités. Regarts : Espérons que le message soit entendu , je vous le souhaite de tout cœur, car ce spectacle est charmant et tout à fait original. Merci à vous d’avoir été toutes présentes. Les FranJines : Merci à vous ! Propos recueillis par Safia Bouadan En savoir plus : Rubrique spectacles musicaux : « Frères Jacques, dormez-vous ? »
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metteur en scène de « De profundis » Regarts : Bonsoir Grégoire Couette Jourdain. Vous venez de province et vous avez un lien avec le Havre, par la pièce que vous avez montée là bas? Grégoire Couette Jourdain : Je viens de Touraine. J’ai fait des spectacles là bas, oui, un spectacle sur la différence également mais, tout à fait différent du Wilde puisqu’il s’agit de l’histoire d’une vache normande qui va devenir une femme jet set ! Regarts : Oui, je connais l’histoire de cette pièce écrite et jouée par Benjamin Lefebvre, avec tous ses changements, pour la rejouer dans le cadre de la compagnie Rêve de Plaisanterie. Justement, je me suis intéressée à votre regard sur ce thème, pouvez vous m’en parler ? Grégoire Couette Jourdain : C’est un prolongement assez naturel du travail que je mène depuis près de 15 ans environ sur la notion de différence, de transmodulation, d’émotions.. . Regarts : De transmodulation ? Vous pouvez expliquer ce terme ? Grégoire Couette Jourdain : c’est : « Je veux vous dire quelque chose de très simple, mais mon émotion va le brouiller »… A partir de là, pour arriver à se comprendre, parfois ce n’est pas toujours facile , entre ce que vous avez voulu dire, ce que vous avez ressenti, ce que vous avez reçu et ce que vous vouliez recevoir, il faut savoir communiquer avec tout ça ! Regarts : Travaillez-vous sur des matières particulières ? Grégoire Couette Jourdain : Oui ! Pendant quatre ans, j’ai travaillé dans la Cie de l’Autre part, l’un des rares centres de France pour Handicapés mentaux, un CAT, où ils faisaient huit heures de théâtre par jour de répétition avec des représentations .Comme il n’y avait pas de parasitage intellectuel, tout passait par l’émotionnel et du coup, les spectacles étaient intenses émotionnellement tout en portant un message au niveau de l ‘intellectuel. C’est vraiment là le sens de mon travail. Regarts : Pourquoi le choix de cette correspondance, de ce monologue « De profundis » qui veut dire « Des profondeurs » ? Grégoire Couette Jourdain : Je crois que c’est l’un des plus beaux textes, réellement, je parle en termes d’écrit, de symboles, du XIX et du XXe siècle. Il a pour moi la grandeur et la force de Shakespeare, de La première épître aux Corinthiens, celle de Tarse, de St Paul. C’est à la fois une lettre sur l’amour, sur la tolérance, sur comment on retrouve sa grandeur, sa dignité, sur « Qu’est ce qu’est l’homme au delà de toutes ses souffrances? » Quand on lit De profundis, on s’aperçoit que St Paul, les Évangiles déjà écrivaient ce concept là, que Platon et Aristote parlaient de l’ « Agape », un des textes fondamentaux de l’Humanité. Et à travers cette expérience malheureuse de l’emprisonnement d’Oscar Wilde cela peut nous renvoyer à beaucoup de choses sur notre société, sur la notion de morale, la notion vulgairement du culte du succès qui n’a pas beaucoup changé à travers les âges. Regarts : Et il se retrouve dans cette situation brutale d’emprisonnement, par la loi ? Grégoire Couette Jourdain : Oui. C’était une des lois réactivée par Henri VIII, qui, chacun sait, était hétéro, jouisseur, avait beaucoup de vices. C’était un joyeux paillard…Mais comme tous les joyeux paillards, il était très intolérant envers les vices qu’il ne possédait pas, alors il a renforcé toutes les lois entre autre contre l’homosexualité. Et Wilde est vraiment tombé là dedans. Il a pensé qu’en tant qu’élite intellectuelle, privilégié…ça se passait pourtant entre adultes, majeurs et consentants dans des chambres d’hôtel. On n’est pas du tout dans l’esprit de ce que l’on a fait de Wilde à l’époque, l’équivalent de Dutroux à l’heure actuelle. Regarts : Le problème, c’est que l’ellipse est un peu trop rapide, pas justifiée et pas justifiable ? Grégoire Couette Jourdain : Absolument. Il y a quelque chose de fondamental là dedans. C’était un artiste, il a inventé les concepts du modernisme. Au-delà du dandy que l’on voit dans cette histoire, c’était un être qui a pensé effectivement les notions d’esthétisme de l’époque, qui a ouvert quelque chose de plus épuré, de plus stylisé. On est dans les mouvances symbolistes, celle des Parnassiens, d’un Baudelaire, d’un Mallarmé. Quelque chose qui était en totale opposition avec la culture et l’esthétique bourgeoises. Regarts : Où on n’est plus dans l’intériorité mais dans l’apparence ? Grégoire Couette Jourdain : Oui, mais le sens de l’expressionniste est un vrai mouvement qui va vers l’extérieur, qui montre la souffrance intérieure. Il y a là des références à Egon Schiele, à Sarah Bernhardt. Ce qui fait que j’ai voulu monter le De profundis, c’est que Wilde parle de façon particulière de la grande souffrance humaine dans une référence très raffinée d’art pour art, avec un vrai fond. : Comment on la fait passer à travers un masque de légèreté. Les paillettes ne sont pas qu’une forme, mais elles ne sont qu’une forme de quelque chose de beaucoup plus profond, contrairement à ce que les gens pensent de Wilde qui ne voit en lui qu’un dandy superficiel ! Au delà de son génie, Wilde a parlé de toute l’humanité et là, on peut se retrouver dans Wilde. Ce qu’il a souffert… Tout le monde ne fera pas de prison, tout le monde ne sera pas homosexuel, tout le monde ne vivra pas tout ça, par contre tout le monde a vécu une trahison, tout le monde a vécu la perte de l’amour. Quand on a vraiment tout perdu, comment alors peut-on se reconstruire, ne pas rester dans la haine et garder une ouverture à l’autre ... Regarts : Vous avez donc pris le parti de ne pas montrer la haine ? Grégoire Couette Jourdain : Cela n’a aucun intérêt ! J’ai voulu surtout travailler sur l’aspect iconographique, religieux. C’est en prison que Wilde a découvert son fort attrait pour le catholicisme. Il a dit : » Le catholicisme n’est fait que pour les saints et pour les pécheurs. Pour les gens comme il faut, la religion anglicane est tout à fait suffisante ! » Il a mis en place l’amour, le sens du partage, de l’ « agape » et de la compassion. Une des choses qui a le plus touché Wilde, c’est l’histoire de ce voleur qu’il a rencontré dans la cour de la prison où ils sont maintenus dans une loi de silence. Eux entendent se parler et ce pauvre voleur lui dit : « Wilde je vous plains, c’est plus dur pour des types comme vous que pour nous autres ». Wilde est extrêmement bouleversé et touché car c ‘est la première fois qu’il rencontre une voix humaine dans cette compassion. Évidemment, ils se font surprendre dans cette conversation qui n’a duré que quelques secondes .Wilde est convoqué chez le directeur de la prison et alors que le voleur a déjà avoué que c’est lui qui a commencé à parler, le directeur demande : « Wilde, qui a commencé à parler ? » et Wilde répond : « C’est moi » .Ils ont quand même eu tous les deux, quinze jours de cachot. Wilde avait tellement besoin d’amour qu’il était prêt à payer ce prix là. On sait que Wilde a beaucoup couvert son amant, et s’il avait effectivement accepté de partager la charge en disant : « Attendez, je ne suis pas le noir corbeau et lui n’est pas la blanche colombe », il n’aurait jamais fait de prison. Voilà, j’ai eu envie de montrer l’amour, jusqu’où Wilde est capable d’aller et cette notion de sacrifice. Et à partir de là, j’ai rebondi en termes de mise en scène sur l’iconographie catholique. Regarts : Justement votre scénographie est beaucoup axée sur la force des codes religieux, l’importance des objets symboliques qui fusionnent avec l’acteur et son univers carcéral. Grégoire Couette Jourdain : L’acteur, l’objet, l’univers scénographique ne sont qu’un et ne voulant pas faire une mise en scène réaliste, l’univers scénographique est un carré de sable, un escabeau-chaise du XIXe, une bougie avec un univers musical, la mer avec ses gouttes d’eau qui arrivent .Je suis dans une structure des quatre éléments … Je ne voulais pas tomber dans une allégorie au premier degré mais montrer comment Wilde dans cet espace là, découvre sa liberté. Quand il perd ses enfants, il ne peut pas perdre plus, à part sa propre vie. Il en devient ivre de douleur, presque fou ; il en rira, il sera dans la révolte.IL cassera les murs de sa prison et à ce moment là, la lumière viendra. Son enfermement explose car il devient libre dans son cœur et le monde n’est plus une charge, nous sommes libres dans le monde. Ce sont en permanence des tableaux: « Le Christ en Majesté », ce rouge sang de la cape. Vous avez cette position où il se place entre Gilles De Rey et le Marquis de Sade, il a les pieds croisés sur son escabeau : c’est l’image du Christ en Majesté, typique de l’iconographie du XII et XIV è siècle. Vous avez un moment les mains croisées, la tête légèrement penchée, les pieds croisés : c’est le tableau de Sodomas sur San Sebastien dont il prendra le nom de Sébastien en référence justement à San Sébastien et aux flèches qui se trouvaient sur le costume des prisonniers. Regarts : Je voulais revenir sur cette critique portant notamment sur l’escabeau qui se transforme en chaise : l’escabeau est-il pour vous l’outil de la torture, l’échafaud qui conduit à l’exécution et la chaise du condamné serait alors la chaise électrique actuelle ? Grégoire Couette Jourdain : Ce sont les deux et c’est en même temps un retour au quotidien, ça se lit comme tous les symboles. S’ils sont intéressants, ils doivent être ouverts sinon, je suis dans une espèce de fascisme de l’image et de la pensée unique. C’est une chose qui a tué Wilde. Ce qui m’intéresse, c’est de créer des symboles ouverts. Toute la construction autour de l’escabeau, c’est à la fois le piédestal fort d’où il va tomber et un objet qui va devenir son pilori…Mais toute la pensée de Wilde est une pensée de paradoxe. Alors que quand il tombe à genoux devant son pilori, en train d’essuyer la boue des souliers des gardiens, c’est là qu’il découvre sa véritable grandeur. Regarts : Comment un public qui n’a pas cette culture peut-il recevoir votre propre vision ? Grégoire Couette Jourdain : Pour moi, cela n’a pas une grande importance, il y a une première mise en scène, un premier degré de lecture qui est, je dirais, simple, des gestes quotidien du prisonnier, dans lesquels on peut y lire quelque chose de très premier degré, semi-naturalistes .J’ai eu des critiques qui n’ont vu que l’aspect matériel de la chose…Qui à un moment se disent : « Je ne comprends pas, c’est du remplissage »Mais derrière ce premier degré, il y a deux à trois degrés et je vois aussi des gens qui suivent très bien la démarche. Propos recueillis par Safia Bouadan En savoir plus: Rubrique Théâtre : De profundis Interview de JP Audrain
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Regarts: Bonsoir, Jean Paul Audrain je suis très heureuse de vous accueillir. Vous interprétez Oscar Wilde dans « De profundis », mis en scène par Grégoire Couette Jourdain. Aviez-vous déjà travaillé ensemble ? Jean Paul Audrain: Non jamais et ça s’est fait de façon fortuite et très rapide. À vrai dire je n’étais pas le comédien pressenti. Une partie du travail avait été faite avec un autre comédien qui s’est désisté pour des raisons qui le regardent. Grégoire un peu en catastrophe avec la production de La Luna se sont mis à chercher un comédien qui aurait pu le remplacer. La chance a fait que mon CV leur est tombé sous les yeux et je semblais avoir un profil, un physique qui d’emblée, pouvait coller, relativement aux choses que j’avais déjà faites et les gens avec qui j’avais travaillé. Donc rendez-vous a été pris et, même s’il était pressé, la rencontre s’est bien passée. Pourtant il m’a mis à l’épreuve dans des conditions difficiles : donner en lecture un texte comme celui là, un peu difficile, qui nécessite un investissement émotionnel et le faire au Café de la Gare ! Il m’a avoué ensuite qu’il faisait cela à chaque fois et m’a dit : « Si quelqu’un est capable de me donner de l’émotion au Café de la Gare, il y a des chances que ça puisse aller ». Regarts: Un bon paradoxe, utile ? Jean Paul Audrain: Voilà ! Ca s’est passé comme ça et le travail a été merveilleux avec Grégoire car il savait très bien ce qu’il voulait. En même temps, je n’étais pas en mesure d’accepter d’emblée ce qu’il souhaitait car je n’étais pas prêt. Il me fallait aller vers l’œuvre, la personnalité de Wilde, sa connaissance de l’homme et de son œuvre. Donc, j’avais toute une démarche à faire pour pouvoir être en mesure d’entendre et il a été patient. Je suis aussi exigent, je suis incapable d’apprendre quelque chose par cœur si je n’adhère pas. Et là, des choses me gênaient dans le texte, dans l’articulation du découpage …Parfois je résistais et Grégoire a accepté des modulations, des changements. Mais d’’autres fois, il est resté ferme sur ses positions et finalement, j’y suis venu. Tout ça s’est fait dans une grande complicité, mais aussi un très grand respect, une grande écoute. C’était la rencontre de deux personnalités qui avaient des choses en commun, c’est évident mais avec chacun son histoire. De plus moi je ne suis pas tout jeune non plus, j’ai trente ans de métier, j’ai soixante ans bientôt… Regarts: Vous avez accepté la démarche de votre metteur en scène au fur et à mesure car vous avez beaucoup de métier ou parce que vous l’avez comprise à l’intérieur de vous même ? Jean Paul Audrain: On a eu des grands débats sur l’œuvre en elle-même, mais c’est tellement universel, qu’on a passé un long moment ensemble de préparation. On a parlé philosophie tous les soirs en dehors des répétitions .C’est la première fois que c’est une aussi grande aventure humaine en même temps qu’une aventure artistique et théâtre… Ah c’est un beau cadeau qu’il m’a fait ! Et il n’arrête pas de me dire merci tous les soirs ! Je lui dis arrête de me dire merci ! Comme dans ce film Welcome, Bilal le personnage dit toujours merci à Vincent Lindon qui lui répond : « Arrête de me dire merci ça devient chiant ! » Regarts: Qu’est ce que vous utilisez comme matériaux personnels à travers ce que Grégoire vous a donné ? Jean Paul Audrain: Parfois j’ai le sentiment de montrer davantage ma sensibilité, d’être plus vrai dans le jeu que dans la vie, où je serais plus pudique, mais en scène justement, ça me permet de lâcher ce qu’il y a de plus profond en moi par l’intermédiaire du masque du personnage. Quand j’ai joué Robespierre, on avait l’impression que j’étais Robespierre. J’essaie d’arriver à l’authenticité du personnage pour que les gens oublient qu’ils sont au théâtre. Là, j’incarne un personnage qui est très loin de moi mais je vis des scènes admirables, ce qu’on appelle avec Grégoire, la scène d’amour, où du fin fond de sa prison, il dit « Je sais que ce qui me reste à faire, c’est de continuer à t’aimer » et « Tu vois combien je t’aime, toi qui connais autant la haine tu peux commencer à soupçonner ce qu’est l’amour ». Toute cette sensibilité, je la mets dans cette scène. Je ne suis pas forcément sûr de dire des choses aussi belles dans ma propre vie. Regarts: C’est difficile de le dire dans la vie, on ne nous prend pas au sérieux on pense qu’on joue ! Jean Paul Audrain: Grégoire, le metteur en scène disait : « On est obligé de se retrouver à un moment dans une confrontation à l’autre, mais confrontation ne veut pas dire combat ! Tu me renvoies des choses et je sens instinctivement en tant que metteur en scène que c’est là qu’il faut que j’aille et intellectuellement je me dis Mon Dieu mais comment je vais pouvoir gérer ce bestiau là ! » C’est un certain concept ; on parle souvent de pile et de face, on oublie que ce sont les faces d’une seule pièce. Moi je n’ai pas eu le sentiment d’être dirigé et en même temps, il m’a emmené car sa mise en scène était très rigoureuse et j’ai fait ce qu’il avait pensé, rêvé depuis le début, mais cela s’est fait presque naturellement. Sauf une fois. J’étais en proposition c’est moi qui lisais et qui posais des questions et mes propositions étaient reçues, il me disait toujours « tu l’as ! » Regarts: Et effectivement il vous a conduit vers votre destin qui était de jouer Oscar Wilde sur scène. Propos recueillis par Safia Bouadan En savoir plus : « De profundis », au théâtre des déchargeurs jusqu’au 2 mai Puis Avignon, pour le festival et quelques dates en région centre Rubrique Théâtre : De profundis Interview de Grégoire Couette, metteur en scène
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INTERVIEW CROISE PORTANT SUR LE SPECTACLE « HAIR » avec LAURENT BAN et FABIAN RICHARD, LE 27 MARS AU FOYER DU TRIANON
Quel effet, cela vous a fait de vous retrouver à nouveau réunis pour la comédie musicale « Hair », 9 ans après ? Laurent : A l’époque, nous étions réunis dans l’adaptation du film de Milos Forman. Pour tout dire, on se retrouve depuis longtemps dans beaucoup de productions avec Fabian: il y a eu « Paradisco », « Chance », « Le fantôme de l’Opéra »… avec toujours beaucoup de plaisir. « Votre » Hair d’il y a 9 ans était une adaptation de la compagnie « Ad Libitum » d’Hervé Lewandowski et Mathias Bord? Fabian et Laurent : Oui Et toi Fabian, quelles sont tes impressions de vous retrouver ainsi tous les deux sur scène pour jouer « Hair », mais cette fois dans des rôles inversés ? Fabian : Oui là, je joue Claude Bukowski et Laurent joue Berger. En fait, j’ai vu « Hair » dans les années 80, je devais avoir cinq ans et à un moment donné dans le spectacle, toute la tribu descend dans la salle, ils prennent un gamin pour monter sur scène et le gamin, c’était moi… C’est une anecdote mais qui reste. Qui t’a marqué au point que tu as pris le virus? Fabian : En fait, le virus est venu plus tard avec « Les Misérables ». Et toi Laurent ? Tu viens de Nancy, tu l’as attrapé là bas? Laurent : Oui, je viens de Nancy et le virus est venu au lycée avec une reprise amateur de « Starmania ». J’ai donc commencé à chanter à 17 ans et j’ai immédiatement compris que ce métier serait le mien. Quand Claude et Burger sont réunis dans cette scène où chacun se questionne sur sa vie, Claude dit qu’il ne veut pas être avocat ou autre, mais il veut paradoxalement gagner beaucoup d’argent ? Qu’en penses-tu Fabian ? Fabian : En fait, ce n’est pas à prendre au premier degré, ce qu’il veut dire, c’est qu’il veut être heureux. Ce n’est pas un réel souhait. Juste être heureux. Il dit à Burger, son ami : « J’en ai marre de réfléchir, j’aimerais être débarrassé de ces problèmes ». Laurent : Les deux amis sont opposés sur certains points mais se respectent mutuellement. Berger lui ne réfléchit pas. Il agit, prend tout et tout de suite, sans penser. De plus, il augmente sa dépendance à la vie intense au moyen de drogues diverses qui le maintiennent dans son trip constant. En quelque sorte, Berger est un marginal qui vit dans la communauté, alors que Claude a une famille qui semble très rigoriste et dont il refuse les valeurs d’où son besoin de les quitter, mais il ne veut pas non plus rentrer complètement dans la tribu. C’est ce qu’on voit d’ailleurs dans l’une des scènes avec ses parents. Claude s’oppose en ce sens à Berger qui vit complètement dans la communauté, peut être même depuis longtemps et il ne se pose pas de questions. Ses parents l’ont certainement éduqué dans le même esprit de l’époque« paix et amour », c’est bien ça l’histoire ? Fabian : Oui c’est tout à fait ça, et on le vit comme ça sur scène. Est-ce que Ned Grudjic vous a guidé dans cette scène très intimiste entre les deux amis? Laurent : En fait, au départ, cela devait être une scène purement comique, sous forme de délire lorsqu’ils émergent de leur trip hallucinogène…puis, en la travaillant, nous avons senti qu’elle partait d’elle même vers quelque chose de plus dramatique, une vraie scène d’adieu, qui prend aux tripes … nous nous sommes donc laissés guider vers cette évidence et Ned nous a encouragé dans ce sens…la séparation de deux amis de longues dates… Que vous êtes réellement et cela se voit sur scène ? Laurent : Oui et nous avons utilisé ce qui relient et différencient nos personnalités au travers de notre relation dans la « vraie »vie. Fabian : Il a fallu beaucoup de temps et de travail pour maîtriser les scènes musicales et dansées. Les numéros musicaux sont nombreux et difficiles, car on n’est pas tous danseurs à la base et il ne restait plus de temps pour les autres scènes dramatiques. Ce travail portant sur des scènes légères ou dramatiques, on l’a fait devant le public par conséquent, devant la salle. Et c’est une chose que je regrette, car pour ces raisons, on perd en qualité dans la recherche que demande ce travail dramatique,et qu’on n’a pas eu le temps de faire. Mais je comprends car il y a tellement de choses à régler dans ces numéros pour ce spectacle… En fait, le metteur en scène vous a choisis aussi pour cela, parce que vous étiez des valeurs sûres, pour cette capacité naturelle de créativité théâtrale? Laurent : Je pense que Ned s’est imprégné de nos personnalités, en utilisant au mieux nos différentes facettes du moins… Fabian : Oui, cela a guidé son choix aussi, c’est certainement vrai. Est-ce que vous sentez la gravité du propos quand vous jouez ? Laurent : Pour nous, sur scène, le sous-texte est clair. On connait le propos de chaque scène, nous sommes conscient des messages, car il est important d’être rempli du sens pour le faire passer au public. Maintenant, je ne sais pas si pour le spectateur, tout semble aussi limpide, surtout en une seule vision du spectacle… Fabian : Ce n’est pas un spectacle drôle.Ca m’casse les couilles qu’on dise que ce spectacle est gai et léger. Il y a une part festive due à la tribu, un message positif, c’est vrai, mais l’état de fait n’est pas drôle. On nous éduque tout petit à ces valeurs d’engagement militaire. Quand on dit qu’il faut se taire et faire la guerre, je dis non, il ne faut pas la faire. Pas pour ces raisons, c’est ça aussi la démocratie ! Laurent : Quand on voit la polémique autour de la mort de ces dix soldats français en Afghanistan, il y a quelques mois, ou le retrait des forces d’Irak depuis l’investiture d’Obama, on est en droit de se poser des questions sur les raisons qui poussent un être humain à vouloir se battre et mourir dans un autre pays que le sien. Je ne parle pas des valeurs qui nous motivent, mais des enjeux politiques, qui parfois, ne sont pas forcément des plus clairs. Il y a 40 ans, la médiatisation à outrance de la guerre du Vietnam a ému l’opinion publique ce qui a pour la première fois amené une grande puissance à se retirer d’un conflit. On sait désormais que les informations sont contrôlées par les services des armées. Nous, citoyens lambda, sommes seuls face à nos choix, nos raisons et nos valeurs. J’ai, par exemple, des copains qui sont partis en 1991 en Ex-Yougoslavie, ils étaient commerciaux avant leur service militaire et ils se sont engagés pour arrondir leur maigre solde de bidasse. Ils ont été tués par des snippers là-bas pour cette somme d’argent…pas pour des valeurs à défendre…on est en droit de se poser les bonnes questions. Que pensez-vous de cette nouvelle version de cette comédie culte et que peut –elle apporter au public selon vous ? Laurent : C’est important de continuer à faire vivre une œuvre après plus de quarante ans, que les générations actuelles connaissent l’œuvre. En 1968, une polémique avait déjà éclatée et les auteurs, Gerôme Ragni et James Rado avaient choisi, à raison, de la provoquer. J’aime qu’une nouvelle polémique s’installe actuellement au Trianon, je trouve ça intéressant. Ce musical est sortie d’abord à Broadway en off en 1967 ? Fabian : Oui et à l’époque, cette comédie a fait un bide, elle n’a pas marché ! Oui en effet, c’est après, en « In » en 1968, que ça a connu un succès qui a duré pendant quatre ans. Puis le spectale est venu en France en 1969 au th St Martin avec comme acteurs Julien Clerc ou Gérard Lenorman. Sylvain Meyniac m’a d’ailleurs dit que certains de l’équipe artistique de l’époque ont vu votre version actuelle de « Hair » et l’ont trouvée proche de la vraie, l’ancienne? Fabian : Oui c’est tout à fait ça ! Y en a marre qu’on pense que c’est un spectacle pour faire rire ! Beaucoup de mauvaises critiques ont été faites dés le début de ce spectacle et là, cela fait deux fois que je viens, placée différemment, à l’orchestre puis en haut et j’ai constaté que le public est réellement enchanté et ils vous demandent plusieurs fois en rappel à la fin et applaudissent beaucoup de tableaux pendant le spectacle. C’est vrai qu’au début ça a été difficile, et Sylvain Meyniac, l’adaptateur m’a dit qu’il a souvent vu des gens arriver au Trianon, habillés en hippie. Ce spectacle a certainement souffert d’une mauvaise visibilité et d’un concept de diffusion qui fait que le public s’attendait à voir autre chose ? Laurent : Les gens projettent beaucoup de fantasmes sur « Hair », chacun y voit ou imagine sa version. Pour certains, les hippies étaient des revendicateurs, des provocateurs, des anarchistes !! ils défendaient surtout des valeurs humanistes et pronaient l’amour et la paix, tout en mettant le nez des bien-pensants dans la mouise des travers de la société…mais toujours de manière pacifique… Fabian : On n’a pas forcément vendu le spectacle pour ce qu’il était. Est ce un problème récurrent pour faire venir les gens et les appâter ? J’ai remarqué Laurent, à un moment donné dans un tableau, que tu faisais avec une des actrices , un signe avec les doigts qui ressemble beaucoup au signe de l’anarchie, est-ce le cas ? Laurent : Ah bravo, ça ne t’a pas échappé ! Je rajoute toujours beaucoup de détails quand je travaille un rôle, beaucoup passent à la trappe et ne sont pas remarqués par le public, mais ça m’aide dans mon interprétation. Vous identifiez-vous aux jeunes rebelles que vous jouez et de quelle manière ? Laurent : Une partie oui, celle qui est de profiter de chaque instant. Ne pas attendre d’atteindre le bonheur au bout du chemin, mais s’en saisir chaque jour. Sinon, on peut passer à côté de sa vie, pour des chimères qui n’arriveront jamais… Oui ne pas rester dans la quête d’un idéal en somme ? Appliquer le fameux « carpe diem » ? Laurent : Oui, je m’efforce de suivre cette philosophie, surtout depuis la perte d’êtres chers, partis beaucoup trop tôt et qui n’ont pas su profiter, justement. Et toi Fabian ? Fabian : Ce que j’ai de commun avec Claude, c’est son amour inconditionnel de la liberté. C’est ce qui le tourmente. Il est dans la tribu mais il ne veut pas se sentir étouffé par elle. Il se cherche au sein de cette société.Ca pourrait me correspondre dans le sens où je me sens misanthrope avec juste l’envie que tout le monde s’aime et d’aimer tout le monde. Alors là c’est presqu’une quête d’idéal ? Fabian : Oui, mais je ne me résume pas qu’à ça. Quelle est la scène qui vous a le plus touchés ? Laurent : Celle des deux amis, la scène d’adieu finale entre Claude et Berger. Fabian : Oui c’est celle là, elle vient de nous, elle nous ressemble. Vous partez en tournée française, et européenne savez vous déjà dans quelles villes ? Laurent et Fabian : Non Laurent : Pas encore d’infos précises. Merci beaucoup à vous de m’avoir accordé du temps car vous devez être fatigués après avoir joué. Une dernière question cependant qui concerne vos projets ? Laurent, je sais que tu reprends « Quince », « Marlène D » qui était au Théâtre Lucernaire cet hiver, cette fois au 20è théâtre, en juillet 2009 dans le cadre du festival des Musicals de Paris? Laurent : Oui, on reprend « Marlène D » de Riccardo Castagnari avec QUINCE en version Française au 20è Théâtre .J’en suis l’adaptateur et le producteur. Oui en effet, c’est aussi important de montrer que les acteurs du musical ne sont pas que des interprètes ? Laurent : On peut l’être, ce n’est pas réducteur! Mais généralement, on est formé sur les trois disciplines, chant, danse et comédie, alors on aime toucher à tout, être curieux et multidisciplinaires ,c’est enrichissant. As-tu d’autres projets en écriture ? Laurent : Oui, « Le journal d’Adam et Eve » qui va se jouer à Lourdes fin avril. À Lourdes, sur l’esplanade ? Laurent et Fabian –rires- Laurent :Non ! Dans un théâtre à Lourdes –rires- Quel genre est-ce ? Laurent : une comédie sociale, poétique et humoristique Quel est son propos ? Laurent : C’est une adaptation d’une nouvelle de Mark Twain qui parle des premiers rapport hommes / femmes ; pourquoi leurs rapports sont-ils si compliqués ? On comprend que l’origine du problème prend déjà racine dès les premiers jours de la création. Quels rôles joues-tu ? J’interprète Adam, une énorme responsabilité, j’en suis également le producteur et l’adaptateur. Quels seront les interprètes ? Il y aura Chiari di Bari, en Eve, et Hervé Devolder jouera le serpent / pianiste. Et toi Fabian, quels sont tes projets ? Je vais jouer dans une comédie musicale « Bonnie and Clyde » avec comme créateurs Raphael Bancou et Antoine Lelandais, et Armelle Ferron , comme chorégraphe. Comme interprètes, on a des pointures comme Cécilia Cara, « Bonnie », Christine Bonnard, Antoine Lelandais, Magali Bonfils et moi, plus un nouveau … Merci encore à vous deux pour cet entretien, toutes mes félicitations, à vous et à la troupe pour ce spectacle. Laurent : Merci à toi, c’était un plaisir ! Fabian : Oui, merci à toi. Propos recueillis par Safia Bouadan. En savoir plus: |
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Pourquoi ce choix de Amédée, de Ionesco ? Cette pièce est si particulière qu’elle est rarement montée. En effet, elle comprend deux personnages principaux, accompagnés au troisième et dernier acte de sept comparses qui ont très peu de répliques chacun. Il est donc difficile de trouver des comédiens intéressés. Cela augmente aussi d’autant le budget. Seule une compagnie permanente comme la Comédie française pourrait se le permettre . Comment avez-vous résolu ce problème ? Par une astuce de mise en scène que je ne dévoilerai pas ici, préférant laisser aux spectateurs le plaisir de la découvrir. L’argent ? Cela a toujours été un souci permanent. À mes débuts, je me suis retrouvé avec douze millions de dettes. Que j’ai intégralement payés. Vous aviez monté cette pièce à sa création, en 1955 Et Ionesco l’avait vu et aimé. C’est très émouvant de la reprendre si longtemps après. Cette pièce, c’est une des plus jolies fables sur le couple, supérieure à mon avis aux Chaises. Elle est à la fois drôle et profonde. Tout le comique du XXème siècle est là. Les deux premiers actes sont un vrai chef d’œuvre. Il y a une vraie invention avec ce cadavre qui grandit, dont on ne sait ce qu’il est : leur amour, la faute, le temps qui passe ? Le temps qui est pour Ionesco le châtiment indissociable du péché. C’est Colette Dompiétrini, qui interprète le rôle de Madeleine, et Patrick Séguillon le facteur.Ce sont des fidèles parmi les fidèles. La fidélité, c’est ce qui fait l’esprit de votre équipe Colette Dompiétrini est là depuis les débuts. Elle a un talent fou. Elle a renoncé à une carrière à Paris, elle a fait le choix de rester. Patrick Séguillon, lui, est acteur et aussi assistant à la mise en scène. Et à part le théâtre ? Toute ma vie, j’ai à la fois écrit, mis en scène et joué. Sans hésiter à me lancer dans des aventures un peu folles, comme la création de Rhône-Alpes Cinéma, structure de coproduction que j’ai imaginée en 1990 pour décentraliser le cinéma en région. En 2002, j’ai construit le studio 24 qui propose un studio pour les tournages en intérieur et une salle de spectacle. En savoir plus http://www.evene.fr/culture/agenda/amedee-ou-comment-s-en-debarrasser-25389.php |
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Julie Ferrier est ce qu’on pourrait appeler une artiste complète : danse, théâtre, arts du cirque, elle a tout travaillé. Humoriste, elle s’est révélée au grand public dans l’émission de Canal+, « Samedi pétantes ».Entretien. Pourquoi avoir finalement choisi d’être humoriste ? J’ai un parcours assez atypique. J’ai effectivement fait d’autres choses avant, j’en ferai d’autres après. Il n’est pas impossible que l’on me retrouve à la mise en scène ou dans un spectacle dramatique. Là c’est un de mes rêves qui se réalise. Il faut dire que je viens d’une famille qui a un solide sens de l’humour et que j’adore faire rire.Mais je porte encore d’autres rêves, et je peux encore partir sur d’autres voies. Même s’il est vrai qu’en France, ce n’est pas évident d’être pluridisciplinaire.Mais des émissions comme la Star’Ac, qui est souvent critiquée, a au moins permis de faire évoluer les mentalités. On se rend compte qu’une même personne peut très bien jouer la comédie, chanter ou encore danser. Ce qui est courant aux États-unis ou en Angleterre.
Quel souvenir gardez-vous de Samedi pétantes ? Très bon souvenir même si c’était extrêmement difficile. Maintenant, je le ferais différemment. J’étais constamment sur la corde raide et je conservais le trac longtemps après les improvisations. Grosses montées d’adrédaline. Et le cinéma ? Difficile aussi. J’avais l’impression d’être en prison, je ressentais un manque total de liberté. A tous les niveaux. Ce sont des techniques complètement différentes de la scène. Ça va mieux maintenant, j’ai pris mes marques.Mais il m’a fallu cinq films pour ça. C’est une autre façon de faire ce métier. Fondamentalement. Parlons de votre spectacle. Est-il très écrit ou laissez-vous place à l’improvisation ? Comment choisissez-vous vos personnages ? Très écrit mais il paraît parfois improvisé. Chabat m’a dit un jour je ne vois pas les ficelles.Mais je ne suis pas objective. Mes personnages viennent de trois sources : vécu, imaginaire, inconscient. Isabelle Nanty vous met en scène. Comment ça se passe avec elle ? Est-elle très directive ? Elle a beaucoup de souplesse, de générosité, de talent, de métier. Elle sait être à l’écoute. Elle m’a aidé à développer les personnages. C’est un vrai bonheur de travailler avec elle. En savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Julie_Ferrier
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Une manifestation qui regrouperait tous les professionnels du théâtre musical français ? Tel est le défi lancé par Matthieu Gallou avec les "Musicals", en 2005.
Pourquoi les Musicals ? C'est un genre que j'adore. La comédie musicale me fait vivre des émotions beaucoup plus intenses que n'importe quelle forme artistique. J'ai également le sentiment que la profession ne profite pas des possibilités inouïes du genre, sous exploitées et sous valorisées. Les talents existent, mais ils sont éclatés, rien ne les fédère. Aucune structure ni vitrine n'existent. A ce titre, je pense qu'un festival est le moyen le plus rapide et le plus sûr d'accompagner un développement de projets, attendus par des millions de spectateurs potentiels qui aiment la comédie musicale! Parlez-nous du Festival Fidèle à ses objectifs, le Festival permet au public d'accéder à un grand nombre de spectacles (un pass à 10 euros permet des remises de 10 à 50% sur le prix des places), mais il offre aussi aux auteurs, compositeurs, metteurs en scène, producteurs un tremplin pour se faire connaître. Ces derniers peuvent en effet présenter une œuvre en devenir dans le cadre des prix SACD et Découverte. Vous avez aussi créé les Marius Les Marius (french musicals awards) sont des trophées qui récompensent, depuis 2005, des spectacles de théâtre musical, aussi appelés musicals et des spectacles musicaux créés ou repris au cours de l'année précedente à Paris ou en région parisienne, ainsi que les artistes-interprètes de ces spectacles. Est également décerné le Marius de la meilleure chanson de Musicals. Les Musicals est jumelé avec The New York Musical Theater Festival. Outre le festival, Matthieu Gallou crée également dans la foulée la "Fédération des Musicals, partagée en 12 collèges. (www.federationdesmusicals.org) et un magazine appelé comme il se doit Les Musicals. En savoir plus |