LES FRANJINES

 

Regarts :  Bonsoir  les FranJines !   Vous allez tout d’abord vous présenter ?

Marièle : Je suis Marièle Chartier et je suis un peu l’initiatrice de ce projet. J’avais cela en tête depuis très longtemps, de reprendre Les Frères Jacques que j’ai toujours adorés. Je viens du monde de la danse et leur univers gestuel me plaisait beaucoup car ils exprimaient des choses qu’en danse, on n’exprime pas toujours. Ça m’a pris deux ans pour le réaliser, d’abord  je n’étais pas prête et il fallait rencontrer les bonnes personnes. Nous sommes cinq  Myriam,  Eve, Angélique, Sophie la pianiste comédienne et moi même, et c’est le hasard pour certaines qui est à l’origine de cette rencontre.

Regarts :  Comment est venue cette idée de créer les FRANJINES  et pourquoi ce nom ?

Marièle : On n’est pas FranJines. C’est la Cie TEYA'G qui abritait le projet : on ne pouvait pas s’appeler comme cela –rires- Alors, on a cherché un nom et cela n’a pas été évident et on s’est dit pourquoi ne pas s’appeler les FranJines,  en rappelant avec la lettre J  les Frères Jacques.

Regarts  : Comment s’est monté le projet, vous connaissiez-vous au départ ?

Marièle : Non. En fait, Angélique,  Myriam et moi, on se connaissait déjà mais pas dans ce cadre artistique.

Myriam Allais : J’avais travaillé dans un spectacle « Pas de deux et variations », déjà chanté, joué et dansé au festival off d’Avignon en 2005. C’était une création réalisée sur une idée de Marièle qui a été mon professeur de jazz.

Angélique  Dessaint : Bonsoir ! Angélique Dessaint , je suis la  jaune .J’ai aussi été élève de Marièle dans un centre de chant, danse et théâtre. On s’est trouvé cette passion commune pour les Frères Jacques et le jour où elle a eu envie de monter le projet, elle a téléphoné pour savoir si je voulais en être.

Marièle : Je savais que c’était son rêve ! Je ne me voyais pas le monter sans elle. Pour Eve, on cherchait vraiment une voix alors on l’a auditionnée et Sophie est venue par le biais de Myriam. Le hasard a fait qu’on s’est retrouvé à cinq femmes, mais le plus important c’était que chacune avait une vraie envie de monter les Frères Jacques. On voulait que la pianiste participe en tant que comédienne au spectacle et c’est assez rare de trouver la personne dans ces cas là.

Regarts  : A travers cette évolution de la cour d’école au monde adulte, c’est un peu comme un journal intime que vous avez mis en scène ?

Marièle : Totalement ! En fait, le fil conducteur en dehors de toutes ces chansons des Frères Jacques qui nous plaisaient beaucoup,  était de faire comme une pièce de théâtre et je n’ai jamais trouvé quelqu’un pour écrire quelque chose .On avait un livre à partir duquel on pouvait partir, mais sans résultat. Alors on s’est dit qu’on allait partir de l’impro et travailler sur le thème de la Vie qui permettait de parler de beaucoup de choses, car on se disait : on aime les Frères Jacques, on les admire , on fait notre parcours en fonction d’eux…le thème de la vie sans aller jusqu’à la mort nous a amenées à mettre en valeur ce répertoire, avec de très beaux textes, même sur la mort.

Regarts  : Vous avez choisi vingt deux chansons,  pouvez vous me parler de  votre mise en scène liée aux tableaux scénographiques : le choix des couleurs, l’écran visuel, la théâtralisation, et pour finir  cet ensemble vocal que vous formez ?

Myriam : Pour les  couleurs, on a repris celles des Frères Jacques …Et on a bataillé pour les choisir chacune.  Marièle a pris le bleu, Angélique le jaune, Eve le vert et moi le rouge.

Regarts  :  Ce n’est pas évident d’exécuter un tel travail pianistique sur un répertoire aussi original tout en étant comédienne  et en basculant dans le rôle d’une séductrice en plein cœur du spectacle.Comment avez vous concilié les deux ?

Sophie : Merci. Je suis dans l’histoire et je la suis totalement sur scène!... J’ai toujours aimé la musique de chambre et jouer avec des chanteurs. L’accompagnement, c’est être en groupe. C’est ce qui m’intéresse dans le spectacle, c’est vivre une aventure avec des gens avec qui j’ai envie de la partager.

 Marièle : Etre derrière le piano sans participer, ce n’est pas ce que l’on voulait alors il fallait qu’elle vive le spectacle avec nous, qu’elle soit sur le plateau. Pour le choix de l’outil « images », j’ai toujours pensé que les Frères Jacques, s’ils avaient vécu à notre époque, auraient utilisé les arts graphiques. Leur présence sur scène se vit à travers les gants sur l’écran numérique avec les colorisations différentes ainsi que les quelques photos. On a fait aussi avec les moyens du bord afin que ce soit réussi ! Pour la direction d’acteurs, j’avais besoin d’un regard extérieur et Camille Turlot l’a fait un certain moment quand on travaillait le chant. Plus tard, j’ai fait appel à un ami comédien, Pierre Gribling qui a été très scrupuleux, très respectueux de là où je voulais aller. Chacun peut vouloir mettre son empreinte et mes idées étaient assez arrêtées sur certaines choses.

Regarts  : Quand a commencé cette aventure et comment se sont organisés les tableaux ?

Marièle : C’est difficile à dire car on a mis beaucoup de temps aussi dû au fait que chacune avait ses engagements par ailleurs et on n’avait pas la production pour nous financer sur trois mois d’affilé. Nous avons donc eu énormément de travail en amont et d’engueulades…Mais c’est aussi grâce à cette énergie que cela s’est monté. Rires

 Angélique : C’est vrai que cette longévité, le fait d’être régulièrement ensemble, ont été bénéfiques sur scène et on le voit aujourd’hui. Pendant deux ans, on apprend à se connaître, à vivre ensemble et à s’apprécier au-delà.

 M arièle: A ce propos, je tiens beaucoup à dire que toutes les chansons sont des Frères Jacques, ils ont réellement chanté ces chansons qui sont présentées dans le spectacle en anglais, ou encore le Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg. Rien n’a été rajouté dans ce répertoire .On a eu des personnes qui nous ont dit que ce n’était pas le cas. Nous avons eu la confirmation par Paul Tourenne , notre parrain, qui vit au Canada , et par ses enfants qui vivent à Paris et qui ont suivi  notre travail depuis le début. J’ai connu Paul Tourenne à travers  des échanges par mail et téléphone et cela avançait tellement lentement à un moment que je me disais qu’il finirait pas ne plus croire en notre spectacle et puis il a toujours été là pour nous conseiller. Il a vu notre spectacle lors de l’audition au Théâtre des Variétés et c’est aussi un peu grâce à lui qu’on est ici. Il a dit qu’on n’était pas des plagiaires …

Regarts  : On ressort de ce spectacle musical, le cœur en bandoulière et on se retrouve dans l’univers de l’enfance, c’est ce que l’on vous dit ?

Marièle : Voilà ! C’est le monde de l’enfance !

Myriam : C’est le plus beau compliment qu’on peut nous faire et on nous dit souvent : c’est frais, joyeux, enfantin…

Regarts :  Le rôle d’Eve est un peu la voix du spectacle, mais vous avez des voix très différentes chacune, comment avez-vous procédé pour  garder ce fil harmonieux vocal?

Toutes : C’est Camille Turlot

 Marièle : C’est notre maître arrangeur qui nous accompagnées dés le début. Il fallait remettre ces chansons aussi au goût du jour et les adapter à nos tessitures. Comme il nous connaissait vocalement il est parti de nos voix et je pense que de temps en temps il a dû s’arracher les cheveux !-rires

 Sophie : Tout est transposé. Chacune a son répertoire à la base et pour Eve, c’est la plus mobile, la plus chanteuse.

 Marièle : Cette aventure ne pouvait fonctionner qu’avec le facteur humain qui est essentiel …avec ces quatre filles supers !

Regarts :  Bonsoir Eve . Rejoignez-nous. On parlait justement de vous, comment êtes vous entrée dans l’aventure ?

Eve : Suite à une audition dans l’école et ce qui est drôle c’es que je n’étais pas du tout passionnée au départ comme les filles par le répertoire des Frères Jacques  que j’avais  un peu étudié à l’école. On étudiait les chansons des années 30 à nos jours. Je ne m’imaginais pas faire partie de ce type de spectacle un jour, mais dès que les répétitions ont commencé, j’ai adoré ! Je me suis dit c’est génial .

Regarts  : Ce spectacle fait penser à cet objet artisanal, « Les poupées russes », car  il a plein de tiroirs et c’est très poétique.

Marièle : C’est aussi parce qu’ayant été professeur, j’ai su tirer partie de tout le potentiel de chacune sans demander à l’une de faire autre chose que ce qu’elle savait exploiter au mieux  . Ça ne sert à rien de forcer  mais dire à quelqu’un que ce qu’il montre est merveilleux et qu’il faut qu’il aille plus loin dans sa recherche, là ça vaut la peine ! C’est notre force dans le travail de la compagnie mais il faut accepter. On est cinq personnalités assez fortes alors cela fait des choses plus riches.

Regarts :  Qu’avez-vous en  projet, en dehors du festival d’Avignon ? Un disque par exemple ?

Marièle : Oui. On va mettre cinq,  six chansons sur un CD et on verra comment c’est perçu .

Regarts  : Pensez-vous passer les frontières françaises ?

Marièle : On aimerait beaucoup mais pour cela il faudrait avoir des opportunités.

Regarts :  Espérons que  le message soit  entendu , je vous le souhaite de tout cœur, car ce spectacle est charmant  et tout à fait original. Merci à vous d’avoir été toutes présentes.

Les FranJines : Merci à vous !

Propos recueillis par Safia Bouadan

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Rubrique spectacles musicaux :  « Frères Jacques, dormez-vous ? »