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INTERVIEW CROISE PORTANT SUR LE SPECTACLE « HAIR » avec LAURENT BAN et FABIAN RICHARD, LE 27 MARS AU FOYER DU TRIANON
Quel effet, cela vous a fait de vous retrouver à nouveau réunis pour la comédie musicale « Hair », 9 ans après ?
Laurent : A l’époque, nous étions réunis dans l’adaptation du film de Milos Forman. Pour tout dire, on se retrouve depuis longtemps dans beaucoup de productions avec Fabian: il y a eu « Paradisco », « Chance », « Le fantôme de l’Opéra »… avec toujours beaucoup de plaisir.
« Votre » Hair d’il y a 9 ans était une adaptation de la compagnie « Ad Libitum » d’Hervé Lewandowski et Mathias Bord?
Fabian et Laurent : Oui
Et toi Fabian, quelles sont tes impressions de vous retrouver ainsi tous les deux sur scène pour jouer « Hair », mais cette fois dans des rôles inversés ?
Fabian : Oui là, je joue Claude Bukowski et Laurent joue Berger. En fait, j’ai vu « Hair » dans les années 80, je devais avoir cinq ans et à un moment donné dans le spectacle, toute la tribu descend dans la salle, ils prennent un gamin pour monter sur scène et le gamin, c’était moi… C’est une anecdote mais qui reste.
Qui t’a marqué au point que tu as pris le virus?
Fabian : En fait, le virus est venu plus tard avec « Les Misérables ».
Et toi Laurent ? Tu viens de Nancy, tu l’as attrapé là bas?
Laurent : Oui, je viens de Nancy et le virus est venu au lycée avec une reprise amateur de « Starmania ». J’ai donc commencé à chanter à 17 ans et j’ai immédiatement compris que ce métier serait le mien.
Quand Claude et Burger sont réunis dans cette scène où chacun se questionne sur sa vie, Claude dit qu’il ne veut pas être avocat ou autre, mais il veut paradoxalement gagner beaucoup d’argent ? Qu’en penses-tu Fabian ?
Fabian : En fait, ce n’est pas à prendre au premier degré, ce qu’il veut dire, c’est qu’il veut être heureux. Ce n’est pas un réel souhait. Juste être heureux.
Il dit à Burger, son ami : « J’en ai marre de réfléchir, j’aimerais être débarrassé de ces problèmes ».
Laurent : Les deux amis sont opposés sur certains points mais se respectent mutuellement. Berger lui ne réfléchit pas. Il agit, prend tout et tout de suite, sans penser. De plus, il augmente sa dépendance à la vie intense au moyen de drogues diverses qui le maintiennent dans son trip constant.
En quelque sorte, Berger est un marginal qui vit dans la communauté, alors que Claude a une famille qui semble très rigoriste et dont il refuse les valeurs d’où son besoin de les quitter, mais il ne veut pas non plus rentrer complètement dans la tribu. C’est ce qu’on voit d’ailleurs dans l’une des scènes avec ses parents. Claude s’oppose en ce sens à Berger qui vit complètement dans la communauté, peut être même depuis longtemps et il ne se pose
pas de questions.
Ses parents l’ont certainement éduqué dans le même esprit de l’époque« paix et amour », c’est bien ça l’histoire ?
Fabian : Oui c’est tout à fait ça, et on le vit comme ça sur scène.
Est-ce que Ned Grudjic vous a guidé dans cette scène très intimiste entre les deux amis?
Laurent : En fait, au départ, cela devait être une scène purement comique, sous forme de délire lorsqu’ils émergent de leur trip hallucinogène…puis, en la travaillant, nous avons senti qu’elle partait d’elle même vers quelque chose de plus dramatique, une vraie scène d’adieu, qui prend aux tripes … nous nous sommes donc laissés guider vers cette évidence et Ned nous a encouragé dans ce sens…la séparation de deux amis de longues dates…
Que vous êtes réellement et cela se voit sur scène ?
Laurent : Oui et nous avons utilisé ce qui relient et différencient nos personnalités au travers de notre relation dans la « vraie »vie.
Fabian : Il a fallu beaucoup de temps et de travail pour maîtriser les scènes musicales et dansées. Les numéros musicaux sont nombreux et difficiles, car on n’est pas tous danseurs à la base et il ne restait plus de temps pour les autres scènes dramatiques. Ce travail portant sur des scènes légères ou dramatiques, on l’a fait devant le public par conséquent, devant la salle. Et c’est une chose que je regrette, car pour ces raisons, on perd en qualité
dans la
recherche que demande ce travail dramatique,et qu’on n’a pas eu le temps de faire. Mais je comprends car il y a tellement de choses à régler dans ces numéros pour ce spectacle…
En fait, le metteur en scène vous a choisis aussi pour cela, parce que vous étiez des valeurs sûres, pour cette capacité naturelle de créativité théâtrale?
Laurent : Je pense que Ned s’est imprégné de nos personnalités, en utilisant au mieux nos différentes facettes du moins…
Fabian : Oui, cela a guidé son choix aussi, c’est certainement vrai.
Est-ce que vous sentez la gravité du propos quand vous jouez ?
Laurent : Pour nous, sur scène, le sous-texte est clair. On connait le propos de chaque scène, nous sommes conscient des messages, car il est important d’être rempli du sens pour le faire passer au public. Maintenant, je ne sais pas si pour le spectateur, tout semble aussi limpide, surtout en une seule vision du spectacle…
Fabian : Ce n’est pas un spectacle drôle.Ca m’casse les couilles qu’on dise que ce spectacle est gai et léger. Il y a une part festive due à la tribu, un message positif, c’est vrai, mais l’état de fait n’est pas drôle. On nous éduque tout petit à ces valeurs d’engagement militaire. Quand on dit qu’il faut se taire et faire la guerre, je dis non, il ne faut pas la faire. Pas pour ces raisons, c’est ça aussi la démocratie !
Laurent : Quand on voit la polémique autour de la mort de ces dix soldats français en Afghanistan, il y a quelques mois, ou le retrait des forces d’Irak depuis l’investiture d’Obama, on est en droit de se poser des questions sur les raisons qui poussent un être humain à vouloir se battre et mourir dans un autre pays que le sien. Je ne parle pas des valeurs qui nous motivent, mais des enjeux politiques, qui parfois, ne sont pas forcément des plus clairs.
Il y a 40 ans,
la médiatisation à outrance de la guerre du Vietnam a ému l’opinion publique ce qui a pour la première fois amené une grande puissance à se retirer d’un conflit. On sait désormais que les informations sont contrôlées par les services des armées. Nous, citoyens lambda, sommes seuls face à nos choix, nos raisons et nos valeurs. J’ai, par exemple, des copains qui sont partis en 1991 en Ex-Yougoslavie, ils étaient commerciaux avant leur service militaire et ils se sont engagés pour arrondir leur maigre solde de bidasse.
Ils ont été tués par des snippers là-bas pour cette somme d’argent…pas pour des valeurs à défendre…on est en droit de se poser les bonnes questions.
Que pensez-vous de cette nouvelle version de cette comédie culte et que peut –elle apporter au public selon vous ?
Laurent : C’est important de continuer à faire vivre une œuvre après plus de quarante ans, que les générations actuelles connaissent l’œuvre. En 1968, une polémique avait déjà éclatée et les auteurs, Gerôme Ragni et James Rado avaient choisi, à raison, de la provoquer. J’aime qu’une nouvelle polémique s’installe actuellement au Trianon, je trouve ça intéressant.
Ce musical est sortie d’abord à Broadway en off en 1967 ?
Fabian : Oui et à l’époque, cette comédie a fait un bide, elle n’a pas marché !
Oui en effet, c’est après, en « In » en 1968, que ça a connu un succès qui a duré pendant quatre ans. Puis le spectale est venu en France en 1969 au th St Martin avec comme acteurs Julien Clerc ou Gérard Lenorman. Sylvain Meyniac m’a d’ailleurs dit que certains de l’équipe artistique de l’époque ont vu votre version actuelle de « Hair » et l’ont trouvée proche de la vraie, l’ancienne?
Fabian : Oui c’est tout à fait ça ! Y en a marre qu’on pense que c’est un spectacle pour faire rire !
Beaucoup de mauvaises critiques ont été faites dés le début de ce spectacle et là, cela fait deux fois que je viens, placée différemment, à l’orchestre puis en haut et j’ai constaté que le public est réellement enchanté et ils vous demandent plusieurs fois en rappel à la fin et applaudissent beaucoup de tableaux pendant le spectacle. C’est vrai qu’au début ça a été difficile, et Sylvain Meyniac, l’adaptateur m’a dit qu’il a souvent vu des gens arriver
au Trianon,
habillés en hippie. Ce spectacle a certainement souffert d’une mauvaise visibilité et d’un concept de diffusion qui fait que le public s’attendait à voir autre chose ?
Laurent : Les gens projettent beaucoup de fantasmes sur « Hair », chacun y voit ou imagine sa version. Pour certains, les hippies étaient des revendicateurs, des provocateurs, des anarchistes !! ils défendaient surtout des valeurs humanistes et pronaient l’amour et la paix, tout en mettant le nez des bien-pensants dans la mouise des travers de la société…mais toujours de manière pacifique…
Fabian : On n’a pas forcément vendu le spectacle pour ce qu’il était. Est ce un problème récurrent pour faire venir les gens et les appâter ?
J’ai remarqué Laurent, à un moment donné dans un tableau, que tu faisais avec une des actrices , un signe avec les doigts qui ressemble beaucoup au signe de l’anarchie, est-ce le cas ?
Laurent : Ah bravo, ça ne t’a pas échappé ! Je rajoute toujours beaucoup de détails quand je travaille un rôle, beaucoup passent à la trappe et ne sont pas remarqués par le public, mais ça m’aide dans mon interprétation.
Vous identifiez-vous aux jeunes rebelles que vous jouez et de quelle manière ?
Laurent : Une partie oui, celle qui est de profiter de chaque instant. Ne pas attendre d’atteindre le bonheur au bout du chemin, mais s’en saisir chaque jour. Sinon, on peut passer à côté de sa vie, pour des chimères qui n’arriveront jamais…
Oui ne pas rester dans la quête d’un idéal en somme ? Appliquer le fameux « carpe diem » ?
Laurent : Oui, je m’efforce de suivre cette philosophie, surtout depuis la perte d’êtres chers, partis beaucoup trop tôt et qui n’ont pas su profiter, justement.
Et toi Fabian ?
Fabian : Ce que j’ai de commun avec Claude, c’est son amour inconditionnel de la liberté. C’est ce qui le tourmente. Il est dans la tribu mais il ne veut pas se sentir étouffé par elle. Il se cherche au sein de cette société.Ca pourrait me correspondre dans le sens où je me sens misanthrope avec juste l’envie que tout le monde s’aime et d’aimer tout le monde.
Alors là c’est presqu’une quête d’idéal ?
Fabian : Oui, mais je ne me résume pas qu’à ça.
Quelle est la scène qui vous a le plus touchés ?
Laurent : Celle des deux amis, la scène d’adieu finale entre Claude et Berger.
Fabian : Oui c’est celle là, elle vient de nous, elle nous ressemble.
Vous partez en tournée française, et européenne savez vous déjà dans quelles villes ?
Laurent et Fabian : Non
Laurent : Pas encore d’infos précises.
Merci beaucoup à vous de m’avoir accordé du temps car vous devez être fatigués après avoir joué. Une dernière question cependant qui concerne vos projets ? Laurent, je sais que tu reprends « Quince », « Marlène D » qui était au Théâtre Lucernaire cet hiver, cette fois au 20è théâtre, en juillet 2009 dans le cadre du festival des Musicals de Paris?
Laurent : Oui, on reprend « Marlène D » de Riccardo Castagnari avec QUINCE en version Française au 20è Théâtre .J’en suis l’adaptateur et le producteur.
Oui en effet, c’est aussi important de montrer que les acteurs du musical ne sont pas que des interprètes ?
Laurent : On peut l’être, ce n’est pas réducteur! Mais généralement, on est formé sur les trois disciplines, chant, danse et comédie, alors on aime toucher à tout, être curieux et multidisciplinaires ,c’est enrichissant.
As-tu d’autres projets en écriture ?
Laurent : Oui, « Le journal d’Adam et Eve » qui va se jouer à Lourdes fin avril.
À Lourdes, sur l’esplanade ?
Laurent et Fabian
–rires-
Laurent :Non ! Dans un théâtre à Lourdes
–rires-
Quel genre est-ce ?
Laurent : une comédie sociale, poétique et humoristique
Quel est son propos ?
Laurent : C’est une adaptation d’une nouvelle de Mark Twain qui parle des premiers rapport hommes / femmes ; pourquoi leurs rapports sont-ils si compliqués ? On comprend que l’origine du problème prend déjà racine dès les premiers jours de la création.
Quels rôles joues-tu ?
J’interprète Adam, une énorme responsabilité, j’en suis également le producteur et l’adaptateur.
Quels seront les interprètes ?
Il y aura Chiari di Bari, en Eve, et Hervé Devolder jouera le serpent / pianiste.
Et toi Fabian, quels sont tes projets ?
Je vais jouer dans une comédie musicale « Bonnie and Clyde » avec comme créateurs Raphael Bancou et Antoine Lelandais, et Armelle Ferron , comme chorégraphe. Comme interprètes, on a des pointures comme Cécilia Cara, « Bonnie », Christine Bonnard, Antoine Lelandais, Magali Bonfils et moi, plus un nouveau …
Merci encore à vous deux pour cet entretien, toutes mes félicitations, à vous et à la troupe pour ce spectacle.
Laurent : Merci à toi, c’était un plaisir !
Fabian : Oui, merci à toi.
Propos recueillis par Safia Bouadan.
En savoir plus:
www.myspace.com/fabianrichard
www.myspace.com/laurentban
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