Charlotte BAGLAN

Interview de Charlotte Baglan réalisé au Salon de Thé La Ferme, le 29 septembre 2009.

 

R : Bonjour Charlotte .Tu es Silvia, la jeune héroïne de cette pièce incontournable de ce talentueux Marivaux, mais l’adaptation faite par Erika Vandelet en est très originale et moderne. Dis nous comment s’est faite cette rencontre, ce choix de l’actrice ?

C:Tout simplement en passant une audition mais j’étais en Inde dans cette période et j’ai vu sur un site de comédiens qu’ils cherchaient une Silvia….je suis revenue en Bretagne pour auditionner.

 R: Lorsqu’on te regarde, on voit que tu es très métissée, asiatique ?

C: En fait, j’ai des origines mongoles et italiennes. J’aime beaucoup faire des grands voyages et là je voulais parcourir cette région.

R:Peux-tu nous parler de ton parcours de comédienne ?

C: J’ai toujours voulu faire du théâtre. Je viens de Marseille du côté d’Aubagne, mais là j’ai perdu l’accent sinon, je ne pourrais faire du théâtre. En fait, il y avait dans ma petite enfance des pastorales et mon premier rôle a été d’être le bébé de la crèche !-rires-Mes parents étaient compréhensifs et j’ai fait A3 bac théâtre et littéraire. J’ai fait la scène sur Saône et par les concours nationaux, je suis arrivée à la CDN de St Etienne.

R : As-tu un modèle de comédien ou de spectacle qui aurait joué le rôle de déclic pour toi?

C : Un modèle de spectacle, oui :"Le Pays lointain" de Lagarce monté par François Rancillac (nouveau directeur du théâtre de l'Aquarium). Cela a été une de mes premières grandes émotions au théâtre, j'aime particulièrement son travail - mais un comédien en particulier non …

R : As-tu été marquée par des professeurs en particulier ?

C : Nombre de professeurs m’ont apporté leur savoir notamment dans le domaine de l'écriture contemporaine que j'affectionne particulièrement : au sein de la Comédie de St Etienne, on travaillait parfois de neuf heures du matin à vingt trois heures, alors j’étais vraiment gavée comme une oie ! J’avais vingt ans à l’époque et j’ai étudié des auteurs comme Koltès, Sarah Kane, Gilles Granouillet  pour la pièce « Trois femmes descendent vers la mer » …Alors travailler un classique avec Erika, je ne demandais que cela !

R : En avais tu abordé avant ?

C : Oui,  Shakespeare, Claudel... et même de la tragédie (Euripide), mais je suis plus à l’aise dans le registre contemporain…Erika justement ne cherchait pas l'image type de la jeune première au sens dit "classique". D'ailleurs le jour de l'audition, je suis montée sur une chaise en brandissant le texte de Silvia avec ma personnalité et après cela a été un vrai travail pour  avoir le texte, le mâcher, le redonner car au départ, je n’étais vraiment pas douée !

R : Comment s’est faite ta rencontre avec les autres acteurs de la troupe dont beaucoup avaient déjà eu une formation à ce répertoire classique ?

C : On ne se connaissait pas. Sébastien Nivaux qui joue mon amoureux Dorante a également passé une audition. Anne, Nathanaël, Raphaël et Jean avaient déjà travaillé avec Erika dans d'autres projets. Cela a été une amitié qui s’est faite par le travail : on a sué avec ce texte à essayer d’en faire le nôtre avec ces deux couples Arlequin et Lisette ou Dorante et Silvia! Ce sont de jeunes adultes qui éprouvent l’amour et dans ce mot, il y a le terme « épreuve » : on devait s’investir corps et âme !

R : Trouves tu que ce personnage te ressemble ?

C : Mes partenaires diraient que j’ai quelques côtés de Silvia : une ultra sensibilité car je passe du rire aux larmes en deux secondes dans la pièce .On a travaillé l’état adolescence…

R : Tu m’as confié que tu avais fait de la recherche en écriture et en ethnologie ?

 C : Oui je suis allée interroger des femmes de mineurs dans le bassin minier de la Loire car j’ai vu qu’il y avait très peu de recherches sur ce domaine.

R : Pourquoi cet intérêt ? Tu as aussi une sœur journaliste, cela vient de là ?

C : Non, c’est la ville où j'habitais à l'époque et sa population qui m'ont inspirée! Ces mineurs sont les artisans de la ville comme nous comédiens le sommes. Du coup, je devais me servir de cette source.

R : Comment as-tu abordé le personnage psychologiquement ?

C : Justement, je ne l’ai pas trouvé tout de suite. Je pense même qu’on y est arrivé en dernier. Ce qui était compliqué car tout s’articule autour de Silvia ! Il faut saisir la langue, le rythme puis l’intériorité, sans en faire trop pour ne pas s’éloigner du personnage. Il fallait être dans la juste mesure tout le temps, ce qui représentait des couches et des couches de travail.

R : C’est assez rare d’avoir un très bon metteur en scène et directeur d’acteur en même temps ; on dit que l’un disparait au détriment de l’autre ?

C : Oui j’ai eu une très bonne direction d’acteur avec Erika et très suivie. C’était un vrai travail …Elle me disait qu’il y aura beaucoup de Silvia mais il n’y aura qu’une Silvia-Charlotte, un Arlequin-Raph… Comment ramené à soi? C’est intemporel dans les rapports humains. Le texte amène un souffle aussi. J’ai l’impression que quand ça marche bien c’est de l’ordre de la valse et dans le sens contraire ce serait plutôt une bourrée –rires-

R : Parlons de la maturité du spectacle ?

C : On a eu un mois et demi de travail intensif en Bretagne vers Lorient et Auray …L’année de création on a beaucoup tourné en Bretagne tel Lanester, Lorient, Pont l’Abbé…

R : Combien de temps avez-vous retravaillé avant de la présenter au Th 12 Maurice Ravel ?

C : Très peu en fait. Quatre ou cinq services. Mais quelque chose se digère entre temps : des choses qu’on ne comprend pas sur le moment à vif mais qui sont là quand on revient.

R : Comment expliquez vous l’excellente réaction du public face à cette version très moderne et fidèle au texte en même temps ?

C : Le texte est d’une beauté sans appel. Aucun des comédiens, ne s'économise sur le plateau! Le public accroche car on y va avec rythme…

R : Les personnages de Lisette et d’Arlequin sont très proches du genre « bouffon », au contraire de ceux de Dorante et de Silvia ?

C : Oui .Eux ont ce comportement là car il y a quelque chose de plus mental dans leur relation au contraire du premier couple qui reste très physique.

R : Qu’est ce que vous souhaitez apporter au public de nouveau dans cette adaptation plus moderne faite par Erika Vandelet ?

C : Qu’on le dépoussière et qu’on le rende plus accessible : les classiques, ce n’est pas chiant ! Il me plait de relire du Corneille par exemple, mais je ne veux pas décrier les autres spectacles. Les beaux mots, les grands sentiments, cela fait grandir !

R : Justement Charlotte, ta voix est très mûre et grave et ce n’est pas une voix d’adolescente ?

C :Non. Je n’ai jamais eu une voix fluette : déjà à trois ans, on me disait : "Ah vous êtes si jeune c’est drôle cette voix ! ». En tout cas c’est la mienne!

R : Tu appartiens à cette jeune génération d’acteurs issue des grandes mutations culturelles. Comment perçois-tu ce changement ? Etre acteur aujourd’hui, est ce pareil que dans les années cinquante, soixante ou soixante dix ?

C : Non, je ne pense pas. Je sors d’une maison: La Comédie de Saint Etienne …Avec la décentralisation, Jean Dasté...Je suis entrée dans une famille. Il y a deux types d’écoles et je pense qu’il faut être chercheur aussi. J’écris en parallèle des reportages sociologiques que j’adapte à la scène en fait. J’avais justement joué " Mine de rien" à l’Odéon à Paris aux ateliers Berthier. Le métier est dur et il faut le prendre comme un artisan. Aujourd’hui il faut être multiple…

R : Parle-nous de ton actualité ?

C : Après le Théâtre 12 Maurice Ravel près de la Porte de Vincennes, on est en tournée les 22, 23 et 24 octobre 2009 Arras, les 27 et 28 octobre 2009 à Beauvais, les 31 octobre, 1 et 2 novembre 2009 à Evreux, les 13 et 14 novembre à Toulouse, les 16 novembre 2009 Montpellier, les 20, 21 et 22 novembre 2009 Toulon, 28 novembre 2009 Chambéry, les 30 novembre et 1er décembre 2009 à Macon. Après je repars en tournée avec « Yael Tautavel ou l’enfance de l’art » et cela fait un an que je tourne. J’étais en reprise de rôle et il a été nominé comme spectacle jeune public aux Molière 2007. J’y joue le personnage de Kinöé, la petite fille.

R : Merci Charlotte pour cet entretien. Belle route aussi pour  « Le Jeu de l’Amour et du hasard »  mis en scène par Erika Vandelet et qui va être en tournée.

 

Propos recueillis par Safia Bouadan

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