Sébastien AZZOPARDI

Interview de Sébastien Azzopardi, nommé aux Molières 2010-04-28

Réalisé au Théâtre Le Temple le 23 mars 2010

R : Mission Florimont est à l‘affiche depuis le 17 juin 2009 où cette pièce comique a démarré au Théâtre Tristan Bernard et depuis janvier 2010, elle s’est installée au Théâtre le Temple. Comment s’est faite cette rencontre avec Sacha Danino?

S A : On se connait depuis le primaire  à Henri IV mais on n’était pas dans la même classe. On a redoublé ensemble et ses copains se sont retrouvés dans la mienne : on a commencé à se voir par ce biais. Très vite, je me suis tourné vers le théâtre, lui vers le journalisme et au moment où je devais trouver un partenaire d’écriture, je n’ai pas cherché un auteur de théâtre …

R : Il écrivait des scenarii ?

S A : Non, en fait on a commencé à écrire ensemble car il écrivait des articles journalistiques : son premier réflexe a été d’écrire pour le cinéma  mais très vite, on est revenus au théâtre qui était mon milieu. Donc, comme on s’entendait bien sur le plan de l’humour et que  je le voyais tous les jours comme ami aussi, c’était plus qu’un rendez vous de boulot, c’est agréable. Il y avait une autre dynamique d’échanges.

R : De quoi vous êtes-vous nourris tous les deux ?

SA : Quand on a écrit Le Tour du monde, tout est allé très vite car cela ne demandait qu’à éclore. Dés les premières séances d’écriture, on a vu les résultats positifs de notre collaboration : j’avais déjà une expérience grâce à l’adaptation des Dix petits nègres d’Agatha Christie  et par Les classiques contre-attaquent .
Sacha connaissait plus le monde du cinéma, moi celui du théâtre dans lequel j’évoluais et de surcroit,  il venait me voir jouer très souvent. Cela se complétait admirablement bien cette fraîcheur liée à une certaine absence de règles car pour ma part, j’avais très conscience des contraintes liées au théâtre.

R : A quoi rêviez-vous enfant ?

S A : D’être acteur! En fait, la grand-mère de ma mère est la petite fille de Sarah Bernard. Donc pour ma mère, c’était une personne vivante ! C’est aussi une grande figure du théâtre,  une sorte de première star au sens moderne. En plus de ces traces historiques, elle faisait partie de la famille ! Mais quand j’étais petit, je ne m’en rendais pas forcément compte.

R : Qu’est ce qui vous a donné alors ce virus ?

SA : C’est le cinéma avec Louis de Funès, le goût du jeu, d’être quelqu’un d’autre. Mon père aussi était comédien avant de devenir restaurateur et directeur de théâtre. Quand j’étais enfant, ils avaient le théâtre « Le coupe choux Beaubourg » qui existe toujours sous le nom « Le Coupe choux ».C’était la grande époque des cabarets et en dessous de son restaurant  se trouvait une salle de spectacle : il y avait Les Frères ennemis, un Tour du monde en 80 jours qu’avait monté Nicolas Bataille que je n’ai pas vu. J’ai vu très peu de choses dans ce lieu familial car j’avais cinq ans quand ils ont vendu et j’ai beaucoup pleuré…

R : Vous êtes le seul de la famille à être devenu artiste ?

SA : Juliette, ma sœur, fait les décors et mon frère a été photographe avant de suivre la voie de mon père dans la restauration. Au départ, pour moi, c’est l’envie d’être acteur qui m’a guidé, non celle de faire de la mise en scène. Je ne faisais pas la part des choses quand j’étais petit entre le personnage principal et celui qui inventait les répliques par exemple. On mélange tout à cet âge ! Je mes suis rendu compte que mon rêve était aussi de raconter des histoires au sens d’en écrire et d’en faire des mises en scène.

R : Avez-vous suivi une formation d’art dramatique?

S A : Ah oui ! J’étais un membre très actif de l’atelier théâtre du lycée. Je suis rentré au conservatoire du Vè arrondissement, en première et aux Cours Simon en formation professionnelle, en terminale. Déjà en cours, j’avais décroché mon premier contrat et j’ai fait une première tournée. J’ai commencé à bosser à vingt ans, ce qui fait que j’ai monté mon premier spectacle à vingt cinq !

R : Pas d’études supérieures alors ?

SA : rires-Je me suis inscrit en Lettres modernes à la Sorbonne à Paris IV. Je suis parti au bout de trois semaines.

R : On retrouve ce même univers caractéristique  dans Les classiques contre attaquent ou Mission Florimont par exemple…On sent que vous êtes  très inspirés par les personnages historiques qui ont créé de l’ordre ou du désordre dans l’histoire  comme ce Florimont qui est un personnage imaginaire ?

SA : Oui, Florimont n’existe pas ! Que ce soit Sacha ou moi, on s’intéresse beaucoup à l’histoire de notre pays mais pas seulement. On est donc très inquiets quand on veut supprimer cette matière en terminale S. Partout en France, la seule classe de référence est la S car les classes littéraires sont considérées comme des poubelles. Aussi les élèves préfèrent aller en S de ce fait, ils ont l’impression qu’ils auront un meilleur niveau. D’un côté, on veut organiser un débat sur l’identité nationale et d’un autre , on veut empêcher les jeunes de se faire leur propre opinion et d’accéder à l’histoire…La terminale bénéficie d’un programme sur l’histoire très contemporaine pourtant et c’est important de le connaître : on étudie les décolonisations, la guerre d’Algérie, le problème d’Israël…On essaie de nous faire croire que c’est un problème de budget alors que cela ne doit pas entrer en ligne de compte quand il s’agit de l’éducation de nos jeunes !

R : Est-ce que la volonté ne serait pas d’uniformiser une façon de penser ?

SA : Quand on veut obliger de faire lire une lettre  d’un résistant, si belle qu’elle soit. On ne doit pas obliger un professeur à se voir imposer un programme d’histoire et littéraire car les profs ont aussi leur vision liée à leur propre culture et ils choisissent parmi le répertoire du programme telle ou telle œuvre. On peut aussi étudier la chanson de Boris Vian « Mr le président, je vous fais une lettre … »…Ce qui m’ennuie, c’est de vouloir donner un prêt à manger, un prêt à penser à tout le monde! C’est très bien illustré par la très belle chanson de Souchon « Foules sentimentales » qui dit « On nous Paul-Loup Sulitzer »…Aujourd’hui ce serait : »On nous Carla Brunise ! ».

R : Mission Florimont est aussi un peu une satire ?

SA : La base de Mission Florimont fait partie de l’histoire car elle représente l’alliance de la France avec les turcs  de l’empire ottoman contre l’hégémonie de Charles Quint de l’époque, 1534.Soliman pouvait attaquer Charles Quint sur ses positions autrichiennes et d’ailleurs il a fait le siège de Vienne notamment pour diviser les armées de ce dernier et laisser le champ libre à François Ier sur ses frontières. Pourquoi on apprend Marignan 1515 ? C’est la première victoire de François Ier qui vient d’être nommé Roi et il a gagné contre les suisses. Pourquoi va-t-il en Italie ? Car Charles Quint qui possède l’Espagne et le sud de l’Italie -Naples et La Sicile-, l’Autriche, les Pays Bas-La Belgique actuelle- et il revendique aussi les possessions bourgognes. François Ier ne veut pas qu’il ait le nord de l’Italie ! Donc il veut annexer cette partie là pour empêcher l’Autriche, la Slovénie et l’Espagne. C’est une guerre stratégique…

R : Croyez-vous que le public comprenne ces détails historico-politiques ?

SA : Non mais on a essayé à un moment de l’expliquer et on s’est aperçus que si on le faisait, on risquait de perdre l’esprit propre au divertissement du spectacle. La situation géopolitique, on ne peut pas la comprendre mais on peut comprendre que l’empire ottoman était déjà dans l’Europe. Quand on dit la Turquie ne fait pas partie de l’Europe…Je sais que c’est un problème religieux compliqué car c’est vrai que la vie sociale des turcs n’est pas la même que celle de l’Europe. En revanche, il ne faut pas dire que l’histoire de la Turquie n’a rien à voir avec celle de l’Europe. L’empire ottoman avait le sud de la Bulgarie, de la Yougoslavie, la Grèce, il avait une grosse partie du sud de l’Europe centrale. François Ier au XVIe s’allie avec le sultan. L’empire ottoman a repris l’empire byzantin qui était l’empire romain et qui représente la continuité de notre histoire et le bassin méditterrannée est le berceau de notre civilisation : il est devenu greco-romain puis ottoman. La position de Clément VII était ambigüe car d’un côté Charles Quint était affaibli, de l’autre, il ne pouvait cautionner qu’un prince catholique s’associe à un prince musulman.

R : Vous auriez dû faire professeur d’histoire !-rires-On aurait envie qu’il y ait un vrai fascicule pour les enfants qui viennent voir la pièce?

S A : Ils entendent parler de Soliman le Magnifique et de Charles Quint. C’est vrai que le programme continue à être déconnant alors qu’on aurait pu dire : « Voilà, cette histoire Mission Florimont est tirée d’un fait réel »…Maintenant, il y a une base historique et une vraie réflexion mais la pièce reste une comédie humoristique faite pour des acteurs qui vont jouer des personnages différents. C’est aussi une réflexion sur l’humour vu sous différentes facettes : notamment, on a un grand tableau du pape Clément VII et sur le « bling bling » de l’église catholique de l’époque qui était devenu ostentatoire avec les ors, la puissance financière et politique…Et à la fin, on montre qu’on ne peut pas faire la même chose avec la religion musulmane en France –on met des « bips » au lieu d’évoquer le nom de Mahomet et cela ne fait pas rire tout le monde…

R : C’est une censure alors ?

S A : Oui. Il y a une autocensure sur ce sujet là sur lequel on sait qu’on ne peut pas déconner .On le fait quand on évoque la confusion entre turcs et arabes mais pas sur la religion. On fait des blagues misogynes, sur les parisiens, les marseillais comme dans Le Tour du monde…

R : Dans la religion musulmane, on interdit l’image ?

SA : Oui mais dans la religion chrétienne aussi.

R : Disons que l’Église représente le Christ, Jésus ?

SA : On  ne peut pas représenter le prophète. Mais on est dans une société laïque, si je veux faire des dessins  sur le Dieu des chrétiens sans représenter Dieu, je sais que grosso modo, je n’aurais personne qui râlerait !

R : C’est une volonté politique ?

S A : Oui, mon père qui est né en Algérie me disait que même le voile dans les années 50, ce n’était pas les jeunes filles qui le portaient. On mélange tout : le media aujourd’hui est la télévision, on va vite sur les sujets, on crée du spectacle pas forcément de l’information qui est devenue aussi spectacle. On se retrouve  avec des choses qui ont été très simplifiées et c’est très compliqué de rééduquer, de réexpliquer. De toute façon, pour la question religieuse, on est sur un terrain miné. Pour parler de la religion, Voltaire fait une pièce sur Constantinople où il parle de la religion musulmane alors que maintenant ce serait le contraire. C’est pour attaquer cet emploi de la religion à des fins politiques et de luttes entre des civilisations nord -sud qui peuvent exploser à n’importe quel moment…Les jeunes des banlieues ne se sentent pas intégrés à cause entre autre du chômage, de leurs origines non reconnues dans leur propre pays car ils sont résidents français et ici, ils sont considérés comme des immigrés ou fils d’immigrés non intégrés à la société française. Donc le « Je suis » devient le « Je suis musulman ». On a construit nos sociétés sur un modèle républicain qui met la religion après la république et là, on se retrouve dans un modèle où on ne peut pas dire : « Je suis un membre de la société française républicaine » et de ce fait on dit : « Je suis musulman ».

R : Chacun est cloisonné dans une culture qui refuse l’autre aussi peut être ?

SA : La tolérance doit aller jusqu’au fait d’accepter que deux personnes puissent justement penser différemment, il ne faut pas que les coutumes de quelques uns empiètent sur la société en général. Mais Mission Florimont est avant tout une réflexion sur l’humour, sur le fait de dire certaines choses...

R : On traite de sujets graves avec humour ?

S A : Pas seulement : on explore plusieurs types d’humour : le décalage, les anachronismes, l’absurde, un comique lié au personnage. C’est le théâtre dans le théâtre où on explique ce qu’est être acteur finalement : on joue le même personnage, on fait faire à trois acteurs différents la même composition, un acteur va jouer une armée entière et aussi à un moment un acteur va jouer le procureur et l’espion dans un costume double…C’est toujours une exploration du personnage, la voix, la posture, le phrasé et on se sert de ça pour s’amuser, pour rire…

R : On est donc proche de Diderot qui a très bien expliqué cette mécanique de l’acteur ?

S A : Oui, avec le livre « Le paradoxe du comédien »… C’est une sorte de spectacle où on explore plein de ressorts comiques différents dans Le tour du monde, on n’oublie pas la toile de fond de Jules Vernes et dans Mission Florimont, on respecte la toile historique avec  ce personnage inventé Florimont.

R : On ressent cette volonté de démonter cette machine complexe qu’est le théâtre par l’exploitation de toutes ses composantes et des réflexions qui s’y rattachent. Alors qu’est ce qu’être sur scène : est-ce  être une des représentations que le spectateur peut se faire du personnage…Ou plus profondément, essayer de rendre cette machine accessible au public ?

SA : C’est vrai qu’on joue avec les codes du théâtre dans le sens où on dit « Passez le au machiniste » ou encore avec la scène des figurants russes qui parlent au public de leurs conditions d’acteurs…

R : Vous sortez même de l’action  dramatique?

S A : Oui, notamment avec cette scène où l’acteur dit qu’il est le premier rôle, tu es le figurant et tu dois me laisser parler…

R : J’ai eu l’impression que vous vouliez démonter la machine comme pour une caméra à l’ancienne ?

S A : On se retrouve un peu dans une sorte de making off : la scène des figurants a été difficile à écrire et elle est difficile à jouer tous les soirs alors que le public l’aime beaucoup. Pourtant, c’est à la fois une des scènes fragiles et fortes en même temps. Ces scènes entrecroisées entre acteurs figurants et le premier rôle où chacun dit sa réplique telle « Laissez-moi jouer ma scène » et l’autre qui répond :« Oui, mais on a un texte qui est écrit et on doit le dire » avec des phrases totalement hors contexte…Au départ, quand on a voulu écrire cette pièce , on s’est dit : « On va faire une pièce qu’on n’a pas l’habitude de voir au théâtre » : une aventure de cape et d’épées, une fresque historique, beaucoup de personnages sans unité de lieu…Et effectivement, cette pièce est comme un road movie : c’est une histoire qui avance comme au cinéma. On s’est dit aussi : « On est au théâtre et pourquoi ne pas faire une pièce de genre finalement alors qu’il y en a très peu ? ». On avait envie de mélanger les styles, le genre cinéma à la Humphrey Bogart, avec un autre lié à des références théâtrales aux fins de Molière avec la scène de ce bijou et le père de Margot. On essaie de se dire que les spectateurs vont sortir un peu des sentiers battus.

R : Et bien c’est réussi-rires-Cela va vite au point qu’on a l’impression d’être dans un dessin animé parfois ?

S A : Comme une aventure d’Astérix ? C’était volontaire comme dans Le tour du monde : le personnage d’Astérix voyage beaucoup et Goscinny s’est toujours amusé avec les clichés…Pour Mission Florimont, on a utilisé d’autres clichés de cinéma ou de théâtre.

R : Pourquoi Le tour du monde en 80 jours dans cette première écriture avec Sacha Danino?

SA : Déjà dans Les classiques  contre-attaquent, on avait Candide et je cherchais un texte dans la littérature française qui puisse me permettre de faire un spectacle entier. Le Candide des Classiques contre attaquent est une sorte de premier round dans cet esprit décalé, cinématographique et on était deux. Franck jouait tous les personnages et je faisais le Candide. Je l’ai proposé au Lucernaire. Pourquoi Le Tour du monde ? Je cherchais un voyage à raconter, une épopée avec quatre bouts de ficelles et trois cubes et on va faire la pièce.
J’aimais la dimension philosophique de Voltaire et le personnage de Candide et de ses aventures ce qui n’est pas le cas de Jules Vernes qui est un romancier d’aventure…Cela nous a obligé à nous casser la tête. Au départ, je voulais faire un spectacle de tréteaux comme d’ailleurs dans Les caprices de Marianne. Je n’ai pas voulu de bande son, les acteurs musiciens jouent d’instruments traditionnels, la plaque de métal fait le bruitage voulu de l’orage comme au XIXe.

R : C’est presque du théâtre d’artisans ?

S A : Voilà ! On dresse des toiles comme à l’époque de Molière quand il faisait sa tournée. On allumait des bougies en ces temps et là, on allume trois projecteurs…Et c’est la troupe qui compte : c’est la vie que vont donner ces acteurs aux personnages qui prime ! Si on vient aujourd’hui au théâtre, c’est pour retrouver du vivant. L’effet n’est pas dans l’artifice mais dans la vérité dramatique avec des jeux d’ombres très travaillés. L’emploi de la musique est important : c’est du live, de la vie.

R :Dans Les caprices, on sent le soin apporté au fait de « garder le bijou dans son écrin » qui fait penser au théâtre d’art et d’artisans qui existe depuis la nuit des temps où on donnait à voir la chose « res »-en latin et dont le mot « respublica » est issu- devant le public de façon politique au sens de « politis »?

S A : Oui ! C’est comme pour L’Eventail de Lady Windemere  qui décrit la société victorienne : j’ai essayé de dessiner ces personnages comme dans le monde du peintre qui fait des esquisses avec ce décor et les costumes très raffinés et tout le reste est dans le noir. On est dans cet univers scénique où on suggère le luxe sans le présenter vraiment et ce sont les acteurs qui montrent.

R : Vous avez choisi Musset et Oscar Wilde qui ont analysé l’âme humaine ?

S A : Dans Wilde, cela parle de la passion enfermée par le carcan d’une société très rigide et dans le Musset c’est celle qui ne peut pas s’exprimer à cause de l’amitié ou à cause du mariage forcé que subit Marianne d’où la scène de viol. Cela se retrouve au lit aussi et c’est un viol organisé par la société qui le légitimise par la convention du mariage même!

R : Ce qu’on nomme encore le devoir conjugal ?

S A : Exactement ! C’était important  de montrer cette scène très violente pour comprendre le personnage de Marianne qui dit « Laissez-moi au moins choisir mon amant si je ne peux choisir mon mari » ! Ce qui explique pourquoi elle se jette dans les bras d’Octave car elle a besoin d’une vraie épaule...Je voulais montrer que finalement, il n’y avait pas de caprices et que c’était la vision de l’homme sur une femme: c’est la société patriarcale qui lui jette ce mot à la figure. Elle revendique surtout sa liberté !

R : Le drame romantique est mal véhiculé auprès du public qui le confond avec une histoire sentimentale.  Cette femme est vue comme une femme coquette que sa haute condition permet d’être, c'est-à-dire légère et capricieuse.

S A : Il y a une confusion aujourd’hui dans ce terme romantique : ce n’est pas la comédie romantique à l’anglo-saxonne qu’on voit maintenant dans les films comme Notting Hill qui est très bien mais il s’agit de tout autre chose. Le drame romantique du XIXe,  c’est le feu, l’action, la mort…

R : Avec une aspiration vers le divin ?

S A : Ce n’est pas quelque chose de léger ou de sirupeux, ce que j’ai remarqué en discutant avec des spectateurs.

R : C’est un drame au départ pourtant?

S A : Exactement ! Le cadavre de l’ami d’Octave est un obstacle à son amour qui dés lors devient impossible. De plus Marianne est vue comme une bigote car elle ne sort que pour aller à la messe et elle n’évoque Dieu que pour le sacré de l’amour. Le divin chez elle est lié à l’amour.

R : Les caprices se sont joués au Lucernaire avec près 280 représentations. Avez-vous un autre projet de mise en scène classique ou d’acteur car vous jouez aussi ?

S A : Je reprends le rôle une fois que le spectacle est très rodé car c’est plus facile. Souvent, c’est plus  par accident que par envie. Pour Mission Florimont , Sébastien Castro l’a créé et il savait qu’il partait en tournée avec Le comique.

R : Vous avez  monté la compagnie Sébastien Azzopardi , dans quel contexte? Etes-vous le producteur de vos propres créations?

SA : La compagnie a été créée par obligation car au départ, mon premier spectacle a été produit par le Théâtre De la Huchette. Quand il a fallu monter Le Barbier de Séville, on a dû fonder notre association. Heureusement qu’on ne savait pas ce que cela représentait comme parcours !...Sinon, je ne suis pas tout le temps le producteur de mes spectacles quand la production est trop lourde par exemple comme au Tristan Bernard.

R : Je n’entrerai pas dans le débat théâtre public/privé mais je sais que vous en avez fait l’expérience ?

S A : Ca n’a pas de sens pour moi : je fais les Dix petits nègres au Palais Royal, je suis nommé dans la catégorie théâtre privé, pour L’éventail de Lady Windemere au théâtre 14, je le suis dans celle du Théâtre public. A l’arrivée, c’est du théâtre. Ce qui est important c’est que le public vienne, qu’il y trouve son compte : c’est qu’il aime ce qu’il voit et qu’il voyage. Notre rôle est de divertir au sens noble. Le but est que les spectateurs puissent libérer par ce biais des émotions qu’ils ne peuvent exprimer habituellement.

R : Quel serait votre vœu pour les cinq à dix prochaines années ?

S A-rires- Pour moi, ce serait de continuer à écrire et de monter ces spectacles, voire écrire pour la Télé et le cinéma… C’est pour cela que je disais que je ne créerai pas prochainement de pièces de répertoire.

R : Toujours avec Sacha ?

SA : Toujours avec lui ! Je veux aussi entraîner avec moi ma petite troupe et pourquoi pas aller vers le milieu télévisuel aussi, le cinéma…

R : Mission Florimont pourrait en effet être adapté pour le cinéma ?

S A : Mais on y pense et c’est pareil pour la TV…

R Mission Florimont épisode 1 puis 2 … ?

SA :-rires-

R : Merci Sébastien car on a pu aborder à travers cet entretien, toutes les qualités liées aux fonctions de l’auteur- metteur en scène et celle d’acteur, avoir une  certaine réflexion sur la notion de responsabilité par rapport au devoir de transmission du savoir. Je sais que vous avez été aussi nommé aux Molières cette année, dans la catégorie « Pièce comique ». Nous  vous en félicitons et vous  souhaitons le meilleur pour cette création drolatique, intelligente, savamment dosée et très populaire.

 

Alors n’hésitez pas ! Précipitez-vous au Théâtre Le Temple où Mission Florimont est à l’affiche jusqu’au 20 mai puis ce spectacle sera au Théâtre Michel  jusqu’au 28 août 2010.

 

Propos recueillis par Safia Bouadan

 

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